Parade – Shuichi Yoshida

Présentation de l’éditeur

Comme à la parade ! Quatre jeunes gens, qui partagent un appartement dans Tôkyô, se racontent à tour de rôle : sa vie, son passé, ses amours, ses travers, ses folies, ses manies, ses secrets. Et lorsqu’un cinquième entre par hasard dans le jeu, son intrusion change la donne et révèle ce qui se trame sous les règles tacites de la communication humaine.

La petite musique de Yoshida Shuichi excelle à décrire ce qui se joue dans le phénomène de la colocation, cette communauté de vies qui est le reflet de la société tout entière. Il s’entend à orchestrer le drame silencieux sous la futilité apparente du monde et nous ramène constamment au mystère de l’autre : celui que nous côtoyons et croyons connaître, celui que nous jouons vis-à-vis d’autrui et de nous-mêmes, entre norme et transgression, peurs et attentes, solidarité et violence.

Mon avis

Parade est un roman inscrit dans le quotidien des personnages. Il y a de nombreux détails sur la musique, les émissions de télé, la nourriture, les lieux, les bars… Dans ce quotidien, on suit cinq personnages à tour de rôle. On pénètre dans leur intimité, leurs pensées. Chaque partie du roman porte le nom de l’un d’eux : Ryosuke d’abord, étudiant qui a une liaison avec la petite amie de son tuteur à l’université ; Koto qui vit dans l’attente de l’appel de son amant, une idole de la télévision ; Mirai dont les deux passions sont boire et dessiner ; Naoki qui travaille dans une boite de production cinématographique et s’efforce de conseiller le mieux qu’il peut ceux qui viennent se confier à lui ; et enfin, Satoru, un jeune prostitué qui a tendance à s’immiscer dans l’intimité des autres à leur insu. Ils partagent tous les cinq le même appartement aux rituels bien établis, et pourtant bouleversé par l’intrusion du dernier.

Il n’y a pas vraiment de conflit qui rendrait ce récit intéressant et attractif par la simple réjouissance de voir les autres s’entredéchirer. On visite tour à tour l’intériorité d’un personnage. On lit ce qu’il pense des autres, ce que les autres pensent de lui, ce qu’il sait et que les autres ne savent pas, leurs hontes, leurs manies, leurs folies. Chacun à sa vie, son caractère, malgré le fait qu’ils vivent tous dans le même appartement. Ils ont une manière bien particulière d’agir devant les autres. Et c’est ce constat qui est aussi intéressant :

« Pour bien vivre ici, il n’y a rien d’autre à faire que d’adopter le moi qui paraît le plus adapté au lieu. […] Le moi qui s’entend bien avec les autres colocataires […], c’est le « moi fait pour cet appartement », à mon sens. Mais il n’est pas impossible que les autres […] se soient eux aussi créé un « moi fait pour cet appartement ». Donc en fait, ils n’existent pas dans cet appartement, en fin de compte personne n’y existe. »

A cause de ce quotidien, on pourrait croire ce roman superficiel ou lassant, mais c’est tout le contraire. J’ai lu sans me rendre compte ou presque que je tournai les pages. On plonge avec facilité dans l’intériorité de chaque personnage. Le style de l’auteur est fluide et parvient à poser le doigt de manière juste sur le fond du problème, quand le personnage en est conscient, ou à exprimer les doutes, les incertitudes, les tâtonnements. Parade en devient un roman passionnant sur la société japonaise et sur la place de l’individu face aux autres (et plus précisément dans la colocation).

En bref, un très bon roman, en plus attractif par sa couverture, malheureusement pas assez connu et que je conseille grandement !

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Yuichi YOSHIDA. Parade. Traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary. Editions Philippe Picquier, 2010. 315 pages.

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