La Malédiction – Hyam Yared

Couverture - La Malédistion

Hyam YARED
La Malédiction
Editions des Equateurs, 2012.
185 pages.

Présentation de l’éditeur

Qu’est que la malédiction pour une femme ? Vivre dans un monde marqué par la domination de la virilité et la transmission des valeurs masculines.
Hala — ce qui signifie la beauté — est une jeune femme libanaise née dans les années 1970. Elle vit à Beyrouth, entre culture arabe et occidentale. Elle reçoit une éducation dans une école catholique et subit le rigorisme de sa mère qui la persécute : ses fréquentations, sa gourmandise, sa sensualité, son poids.
Hala va devoir conquérir sa féminité dans un pays où les femmes sont soumises à la puissance des hommes, de la religion et à la dévoration des mères. A l’image d’un pays sans cesse occupé, Hala se battra jusqu’au meurtre pour se libérer, respirer.
Dans un style ravageur et avec un humour satirique, Hyam Yared raconte l’histoire d’une héroïne d’aujourd’hui au cœur d’une tragédie antique. Hala est une femme universelle, une Antigone sacrifiée au nom de l’ordre social.

« A la maison la mère me tenait enfermée dans une coquille de laquelle je ne sortirais, répétait-elle, que pour me marier. Devant une table garnie, du seul fait de mon corps, je me sentais libre. Et de cette liberté je ne cessais de me gaver. »

Mon avis

Ce livre là je l’ai pris un peu par hasard. Je l’ai vu dans les rayons de ma bibliothèque, je l’ai rangé, je suis allée voir d’autres livres, puis j’y suis revenue et je l’ai pris. Et encore une fois, je bénis le hasard qui m’a fait regardé ce livre et l’impulsion qui m’a fait le lire ! Les explications après la citation :

J’aurais bien échangé le poids des attributs masculins contre la pesanteur du rien. Car il n’y a rien en cette besace de femme sinon une infinie douleur.

La narratrice est une femme libanaise, vivant à Beyrouth dans une famille catholique aisée. On la voit petite fille soumise à sa mère, puis femme, mère elle-même, qui subit son mari et sa belle famille. A ce portrait se superpose celui d’un pays, le Liban soumis continuellement aux invasions de ses voisins ou à la domination des pays occidentaux. Ainsi, Hala est à l’image de son pays : soumise, dominée par les autres, les hommes d’abord et surtout sa mère, sa mère qui, comme elle le dit, l’a « aimée du mieux qu’elle a pu c’est-à-dire avec la haine inconsciente d’elle-même. » Le Liban est un pays où les droits des femmes sont bafoués. Et il est des mères qui ont subi humiliation et domination masculine et qui perpétuent ces mêmes humiliations et ces mêmes tyrannies, et le système patriarcal qui les écrase. Ainsi, La Malédiction est aussi un livre sur la condition des femmes, dans toute sa complexité, au Liban. Hyam Yared développe une psychologie fine, celle de l’abusée, celle qui est oppressée, qui subit la souffrance et qui pour survivre n’a d’autre choix que d’aimer cette douleur.

Hala est donc abusée par sa mère, puis par d’autres hommes. Elle ne connait rien. La sexualité est tabou, et jeune fille ou adolescente, elle ne peut savoir ce qu’est le désir dans le comportement des hommes qui lui tourne autour. De même, on ne l’a jamais protégée. L’amour que lui donnait sa mère était forcément accompagnée de sa violence, de son mépris ; les bras ouverts étaient précédés d’une claque. Aussi, elle n’a pas su se protéger. Son seul échappatoire, c’est Fadia, sa seule amie, aussi anorexique qu’elle est boulimique. Fadia a le pouvoir des mots quand celui-ci a été retiré à Hala par sa mère qui hait le langage. Fadia a la connaissance, elle sait le désir, la sexualité et l’enseigne à Hala dans une espèce de jeu érotique qui va les perdre. Séparées, Hala est vite mariée. L’homme a qui on la donne a aussi subi le pouvoir féminin des mères. Il est érodé par l’amour fusionnel de sa mère qui l’étouffe et le tue. Veuve, Hala se retrouve devant un tribunal religieux pour obtenir la tutelle de ses filles. En effet, la loi veut que la tutelle revienne à un mâle de la famille du père décédé. C’est sur ce procès que s’ouvre le roman. Puis Hala nous raconte tout ce qu’elle a vécu entre tyrannie maternelle et obsession pour la nourriture, le corps, la sensualité. Il y a d’abord la soumission puis une révolte étouffée. Il est impossible de s’échapper à une telle société si bien contrôlée par les tabous.

Si la quatrième de couverture évoque de l’humour, je n’ai pas ri. Et si humour il y a, il est dans certains comportements décrits, excessifs ou incohérents, dans lesquels certains personnages s’enferment. En revanche, on ne peut que souligner le style cru et poétique de l’auteur, qui arrive en peu de mots à faire passer dans cette histoire une critique exacerbée de la société libanaise, de son indifférence à sa propre situation. La lecture d’un tel livre n’est pas évidente, mais elle accroche et bouleverse. Le plaidoyer de Hala devant le tribunal est une accusation envers cette société dévoratrice et oppressante, et une tentative (réussie ? inaboutie ?) de conquérir enfin sa féminité et d’imposer son statut et son droit de femme. Alors pourquoi je bénis cette découverte ? Parce que c’est un livre percutant, marquant, sensible au caractère du personnage tout en étant très critique sur la société dans laquelle elle vit et dont elle ne peut se soustraire. En un mot, c’est un coup de cœur.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote

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