La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

Couverture - La mort du Roi Tsongor

Laurent GAUDE

La mort du roi Tsongor

Editions Babel, 2005.

204 pages

.

Présentation de l’éditeur

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint ; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor.

Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte.

Récompense : Prix Goncourt des Lycéens 2002.

Mon avis

J’ai l’impression que tout est dit dans cette quatrième de couverture – que je n’ai pas lu avant d’entamer ce livre, et j’ai pu entrer dans l’histoire sans vraiment savoir à quoi m’attendre.

Le jour se lève sur Massaba, la capitale érigée par Tsongor pour régner sur son immense empire. Katabolonga, le premier serviteur du roi, parcourt le palais, comme tous les matins. Il y règne une agitation fiévreuse : Tsongor marie sa fille Samilia au prince Kouame, et c’est le jour des fiançailles. Cependant, Katabolonga sent que quelque chose est sur le point d’arriver. C’est le jour où Tsongor va pouvoir tenir une vieille promesse qu’il a faite à son ami : il lui a en effet promis, sur le champ de bataille, alors qu’il venait de tuer tous les siens, que le jour venu, sa mort lui appartiendrait. C’est donc le jour des fiançailles pour Samilia et Kouame, et pourtant, c’est un autre prétendant qui s’annonce, Sango Kérim, l’ami d’enfance de Samilia, qu’elle avait promis d’épouser quand il reviendrait de son voyage. Tsongor se retrouve alors face à un affreux dilemme : qu’il donne sa fille à Sango Kérim ou à Kouame, le prétendant rejeté déclarera la guerre à Massaba. Devant ce cul-de-sac, Tsongor opte pour une solution désespérée : avec l’aide de Katabolonga, il se donne la mort en espérant que le deuil interrompe les querelles et que Samilia refuse l’un et l’autre des deux prétendants. Mais lors de la veillée funèbre, les rivaux se disputent au dessus de la dépouille de Tsongor et ses enfants se querellent pour savoir qui héritera du trône. La guerre rôde et bientôt elle éclate, opposant les amis et les frères, menant la ville à sa ruine, alors que Souba, le plus jeune fils de Tsongor, parcourt le royaume selon le souhait de son père pour édifier sept tombeaux à la gloire du grand souverain. Son corps reposant dans l’un des caveaux du palais, veillé par Katabolonga, Tsongor erre entre le monde des vivants et des morts, spectateur passif de la déchéance de sa famille.

De son écriture fine et belle, Laurent Gaudé nous envoie dans un monde mythologique qui évoque les plus grandes épopées. Le ton est celui des récits ancestraux et sages, avec le détachement et la force des histoires qui survivent au temps et qui se transmettent. En lisant, j’avais l’impression d’entendre une voix de conteur ou quelque chose approchant, un récit homérique, par exemple. Cette impression est renforcée par les parallèles qu’on peut faire avec l’Iliade et l’Odyssée : les rivalités de deux hommes autour d’une même femme, que l’honneur, l’orgueil et la vanité va pousser à ravager et à anéantir une ville entière. Ils vont commettre des atrocités et finir diminués au delà de tout bon sens. C’est comme une folie qui s’empare de chaque homme pour le mener à la plus absolue déchéance. Toute cette historie est absurde. Il y aurait eu des moyens bien plus simples d’y mettre fin : Samilia aurait pu s’imposer, refuser ce qui était commis en son nom ; les deux rivaux auraient pu s’affronter en duel, sans mettre dans la balance des milliers de vies. C’est là à mon sens que réside la « morale » de se récit, la leçon à retenir. D’autant plus qu’aucune cruauté n’est épargnée au lecteur : les soldats qui paradaient lors du premier affrontement, sont devenues des bêtes à tuer, des fous emportés par leur vanité.

Le voyage de Souba alimente aussi cette impression de mythe en construction. C’est un apprentissage qui commence pour lui, et pas des moindres, puisqu’il apprend à devenir un être humain. Au cours de ce périple, il apprend à mieux connaître son père, flamboyant monarque, homme généreux, père aimant, soldat sanguinaire, général cruel… Il explore chacune de ses facettes, à l’image du royaume ou des tombeaux qu’il lui fait construire. Il apprend aussi à se connaître lui-même, et surtout, il apprend la honte, qui fait de lui, par le crime accompli, un homme à part entière.

L’auteur dresse ainsi les caractères de personnages forts, depuis Tsongor errant dans les limbes, jusqu’à Samilia et Katabolonga, en passant par les figures marquantes des chefs de guerre, ou des pleureuses de Massaba. Ils se trouvent tous dans des situations où choisir la « meilleure » solution, ou la meilleure sortie, est impossible et chacun de leurs actes a des conséquences terribles.

J’ai été très étonnée par ce roman. En fait, je connaissais Laurent Gaudé pour avoir lu Ouragan, quand ce roman a été publié en 2010, et d’après le souvenir vague que j’en garde, le style de l’auteur et le genre du récit étaient assez différents. Ouragan m’avait aussi fait une forte impression, mais pas de la même manière que La mort du roi Tsongor. En conclusion, j’ai beaucoup aimé cette lecture. C’est un roman riche en réflexions sur la vie, la mort, l’honneur, les traditions, situé dans un univers antique qui paraît mythique (les descriptions de l’empire et des paysages m’ont totalement enchantée). J’ai été dépaysée et j’ai beaucoup apprécié le voyage.

Lu dans le cadre d’une lecture commune sur Livraddict. Voir les avis de Angelebb, Stefiebo, Alison Mossharty, Rose, Piplo, Achille49, Biblimi, Unchocolatdansmonroman.

Logo Livraddict

Publicités

2 réflexions sur “La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

  1. J’aime beaucoup ta chronique! « Le ton est celui des récits ancestraux et sages, avec le détachement et la force des histoires qui survivent au temps et qui se transmettent », c’est tout à fait ça!!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s