Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Couverture - Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie OTSUKA

Certaines n’avaient jamais vu la mer

(traduit par Carine Chichereau)

Editions Phébus, 2012.

142 pages

.

Présentation de l’éditeur

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.

C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Ce roman a remporté le Prix Femina étranger 2012.

Mon avis

Julie Otsuka choisit la voix de la multitude pour narrer un épisode méconnu de l’Histoire : des femmes japonaises sont mariées « par correspondance » à des japonais émigrés. Elles sont décrites comme pleines d’espoir et se retrouvent au débarquement de multiples fois déçues.

L’auteur raconte ainsi le voyage, l’arrivée, la première rencontre avec le mari, le travail au champ, comme femme de ménage ou encore dans une blanchisserie, les enfants, la vie en communauté, le contact avec les blancs, leurs réactions et leur changement de comportement avec l’attaque de Pearl Harbor et puis ensuite le soupçon, les interrogations, les disparitions, la déportation.

A l’aide du nous, le récit hypnotique ne se centre pas sur une, mais sur ces milliers de femmes qui se sont retrouvées dans cette situation. Au lieu de choisir une vie, l’auteur en raconte de multiples : par des anecdotes, des faits, des petits évènements, on a une fresque de ce qu’a pu être la vie de ces femmes et de leurs familles. Ce n’est pas vraiment un roman, ni un documentaire, peut-être les deux. Des milliers de témoignages ont été compressés de manière à ne constituer que 140 pages et ça donne un livre passionnant, brutal par moment, émouvant, splendide.

J’ai lu sur certains blogs que le « nous » avait un effet lassant, répétitif, même ennuyant, mais ça n’a pas été mon cas. Ce procédé impose un rythme soutenu au point qu’il en devient hypnotique, il ne garde que l’essentiel, élimine les futilités, garde la substantifique moelle des nombreux récit qui parcourent ce livre.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote

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