Lambeaux – Charles Juliet

Couverture - Lambeaux

Charles JULIET

Lambeaux

Éditions Folio, 1997

155 pages

.

Présentation de l’éditeur

Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu célébrer ses deux mères : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée.

La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d’un amour malheureux, d’un mariage qui l’a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré sans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d’atroces conditions. La seconde, mère d’une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l’a élevé comme s’il avait été son fils.

Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l’auteur relate succinctement son parcours : l’enfance paysanne, l’école d’enfants de troupe, puis les premières tentatives d’écritures. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d’un homme qui, a la faveur d’un long cheminement, est parvenu à triompher de  » la détresse impensable  » dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d’espoir.

Mon avis

Ce récit est celui de l’auteur, et celui de ses mères : celle qui l’a mis au monde mais dont il a été séparé très jeune créant un traumatisme dont l’auteur se remettra difficilement ; et celle qui l’a accueilli, qui lui a offert son amour et son affection malgré le fait qu’il ne soit pas son vrai fils.

Cela commence comme une lettre posthume à cette mère qu’il n’a pas connu. Utilisant le « tu », s’adressant directement à elle, il reconstruit ce qu’à du être sa vie : l’enfance dans une famille avec un père silencieux et oppressant, l’envie d’apprendre, la soif de connaissance, le besoin de lire et d’écrire qui ne sera jamais satisfait dans un milieu paysan pauvre et fermé, les rêves d’adolescente, le premier amour pour un jeune homme qui décède de la tuberculose, puis le mariage avec un homme simple, paysan lui aussi et peu présent, la naissance des enfants. L’isolement et la solitude apporteront la dépression, maladie encore peu connue et certainement pas traitée à l’époque. Elle finit dans une clinique psychiatrique dans laquelle elle connaîtra un sort terrible alors que la Seconde Guerre mondiale fait mourir de faim les malades.

La deuxième parle de l’auteur, de son enfance dans sa famille adoptive, paysanne elle aussi, où il a été accepté comme un fils, où il allait garder les vaches, terrifié par le fait de quitter sa mère adoptive, de la laisser hors de son champ de vision. A douze ans, il est envoyé dans une école d’enfant de troupe, ce qui, malgré la discipline militaire, lui permet de faire des études, d’accéder finalement au monde de la littérature. Le besoin d’écrire, toujours présent, devient impérieux et s’alimente alors à de nouvelles sources. Ecrire lui permet petit à petit de se trouver, de combattre le traumatisme, de savoir qui il est et d’atteindre une certaine sérénité.

Charles Juliet manie une écriture du mot juste, poignante, subtile et délicate, intime, mais sans épanchement égoïste. Il y a beaucoup de malheur et de tristesse dans ce livre. Mais l’auteur en parle simplement, sans dramatisation. Et finalement, pointe un signe d’apaisement. Lambeaux fait sans aucun doute partie des récit inoubliables qui apportent par leur poésie et leur humanité beaucoup à leurs lecteurs.

Chales JulietUn petit mot sur l’auteur, que j’ai eu la chance de rencontrer et d’écouter lors notamment d’une conférence. Il a gagné cette année le Goncourt de la poésie. Pour un vieil homme de presque 80 ans, et au vu de ce qu’il laisse entrevoir de lui dans ce récit, il semble avoir trouvé son équilibre et il parle à merveille de l’écriture, de l’intériorité et de la connaissance de soi.

XXe siècle

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