Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

Couverture- Le déchronologue

Stéphane BEAUVERGER

Le Déchronologue

Editions La volte, 2009

389 pages

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Présentation de l’éditeur

« A tous les buveurs de tafia et à tous ceux qui restent debout. »

Au XVIIème siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes si rares, qui apparaissent quelques fois aux abords du Nouveau Monde Assurément pas croiser l’impensable : un léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher le foudre et d’abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !

Mon avis

Le Déchronologue nous offre les cahiers du capitaine Henri Villon, récit de son périple dans les Caraïbes et témoignage sur les terribles évènements qui ont agité cette partie du monde : des maravillas, des merveilles qui sont retrouvées dans la mer, ou encore des bateaux venus d’un autre temps qui sont venus voguer entre les îles. A la fois acteur et victime, Villon se retrouve aux premières loges pour assister au cataclysme. Il l’annonce dès la première ligne : il va mourir, sa frégate est sur le point de sombrer et les cahiers qu’il lègue à la postérité sont les seules choses qui témoigneront de son passage dans le monde. Ce début à l’air tragique. Comment Villon en est-il arrivé là ?

1640 : Villon se réunit avec d’autres capitaines français, flibustiers comme lui, pour organiser la conquête d’une île afin de limiter l’expansion des espagnols. Il est aussi à la recherche de maravillas ces objets étranges et merveilleux qui apparaissent et témoignent d’une technologie et d’une modernité phénoménale. Il poursuit un navire espagnol dont il soupçonne la cale d’être pleine de maravillas, mais pris en chasse pas des navires de guerre plus rapide et défendant le galion, il se perd dans une tempête de laquelle émerge une monstrueuse silhouette, celle d’une monstre de fer, d’une montagne qui engloutit sans effort ses poursuivants. Au fil des ans ce navire gigantesque va imposer sa présence, détruire des ports entiers et terroriser les quelques survivants du cataclysme qui frappe les îles des Caraïbes, des ouragans temporels destructeurs. La mer devient le seul refuge pour Villon et ses marins, le Déchronologue la seule arme capable de lutter contre ces envahisseurs d’autres temps.

L’épopée de Villon est un récit de longue haleine, traversé d’épreuves, de dépressions, de trahisons et de manipulations. Et pour ne pas faciliter la chose, les chapitres sont présentés dans le désordre. C’est déroutant au premier abord, mais on se laisse facilement emporter dans ce récit entre histoire de piraterie et science-fiction temporelle. C’est pas très clair exprimé ainsi, mais je ne peux qualifier ce roman d’uchronie. Pour moi, le principe de l’uchronie est de modifier un évènement historique pour ensuite imaginer comment le monde a pu évoluer suite à cet évènement. Là, on est plus dans le dérèglement temporel, comme une sorte de voyage dans le temps mal réglé, qui aurait amené dans le monde des objets, et des personnes d’autres temps, dont la présence aurait bien sûr bouleversé l’ordre établi. Cependant, ne vous y trompez pas, le roman est bien documenté sur l’histoire des flibustiers et de la vie dans les Caraïbes dans ces années-là. Le réalisme est saisissant et le style se prête au jeu, tant dans l’écriture que dans les paroles des dialogues où les nombreux jurons, entre autres, apportent un certain exotisme. On s’amuse également des anachronismes, du rock qui passe dans une gargote miteuse d’Hispaniola (qui deviendra Haïti), alors que des soudards se menacent à l’épée.

Le héros est étonnamment attachant. Sa psychologie est très fouillée. Comme c’est lui raconte l’histoire, on a droit à ses pensées, ses états d’âmes, ses constats sur la nature des hommes. C’est qu’il en a vu, Villon. Il a survécu au naufrage de son premier bateau, il a été emprisonné dans des geôles ou les gardiens oublient d’apporter de l’eau. Il a traversé une jungle devenue une créature folle et tourmentée, il a gouté à des drogues qui lui ont fait voir des dieux, il a chassé la flotte d’Alexandre Le Grand, et il a assisté plusieurs fois à des modifications et à la dilutions du temps. Cela l’a rendu désabusé. Il boit beaucoup pour oublier les horreurs auxquelles il a assisté tout comme ses interrogations sur les changements qui se sont emparés de son monde et sur sa place parmi les vivants. C’est un homme tourmenté et, ma foi, ça le rend plutôt sympathique.

Le début du roman peut paraître difficile, surtout que le désordre des chapitres (voulu, bien entendu) nous empêche d’appréhender le problème comme Villon l’a découvert et nous devons nous contenter de bribes et d’indices pour comprendre ce qui se passe. Puis le jour se fait peu à peu sur le mystère et je trouve ce procédé plutôt bien joué de la part de l’auteur. Passez vite ces difficultés en faisant taire vos réticences et vous plongerez bientôt dans un récit passionnant et dépaysant. Le roman ne m’a pas fait l’effet d’un coup de cœur, et pourtant, par sa richesse et sa complexité, il vient compléter la liste de mes romans préférés !

(Notez également qu’il a remporté le Grand Prix de l’Imaginaire du roman francophone en 2010).

logo_livraddictLu pour une lecture sur Livraddict. Voir les avis de : Flo Tousleslivres, Sia,…

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4 réflexions sur “Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

  1. Superbe chronique !
    J’ai également beaucoup aimé ce roman original, et j’ai apprécié Villon que j’ai trouvé très touchant (dans son histoire avec Sévère notamment).

  2. Déjà, je te remercie pour ta participation à cette LC.
    J’ai beaucoup aimé ce livre. Dès le début, quand j’ai vu les chapitres dans tous le sens, j’ai eu peur de m’y perdre, mais en fait c’est tellement bien fait que j’ai tout de suite adhéré !!!

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