Cyber China – Qiu Xiaolong

Couverture - Cyber China

QIU Xiaolong

Cyber China

(traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon)

Éditions Liana Levi, 2012

278 pages

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Présentation de l’éditeur

Harmonie et probité : à en croire les médias officiels, le modèle chinois est une réussite. Mais sur internet, la colère des cyber-citoyens se déchaîne. Zhou, un cadre de la municipalité de Shanghai, est la cible rêvée de cette chasse à la corruption d’un nouveau genre. Une photo de lui en possession d’un paquet de cigarettes de luxe, emblème des Gros-Sous sans scrupules, enflamme la toile. Deux semaines plus tard, on le retrouve pendu. Suicide ? Assassinat ? Sous l’oeil vigilant des dignitaires du Parti inquiets du formidable mouvement qui agite le réseau, l’inspecteur principal Chen, aidé d’une jeune journaliste, plonge dans l’univers des blogs clandestins. Là où la censure rouge se casse les dents.

Cette huitième enquête du célèbre policier-poète pointe l’exaspération d’une population déterminée à retrouver sa liberté de parole face aux dérives d’un système clanique.

Mon avis

Vous voulez connaître un pays ? sa culture, ses coutumes, sa gastronomie, sa politique ? Lisez du polar !

Pour le coup, on peut difficilement faire plus ancré dans les problèmes sociétaux de la Chine : on nage en plein dans les scandales de corruption des cadres du Parti, dans la censure d’internet, avec les autorités qui « harmonisent » les sites internet. On a aussi un bon aperçu de la vie à Shanghai : les prix de l’immobilier qui flambent, la jeunesse qui espère s’en sortir et voir son rêve de réussite dans la grande ville se réaliser, mais qui se retrouve confronter aux dures réalités des crédits à payer pour rouler en voiture et avoir un bon appartement.

J’ai appris un tas de chose. Par exemple, il existe une pratique, le shuanggui, qui consiste en la détention illégale d’un membre corrompu du Parti afin qu’une enquête interne puisse être menée par les départements du contrôle de discipline. Bien sûr, la situation est bien plus compliquée que ce que j’explique là, tout comme la censure des blogs : il faut savoir jouer au plus fin, mais ne pas dépasser la ligne qui justifierai la fermeture du site.

Au delà de cet aspect de critique sociale, j’ai découvert un côté étonnant de la Chine. Le personnage principal est un homme cultivé, un poète. Alors qu’il parcourt Shanghai pour son enquête, il lui revient souvent des vers ou des maximes qu’il livre à ses interlocuteurs ou garde pour lui. C’est aussi un fin gourmet : il passe beaucoup de temps dans les restaurants et les descriptions de plats m’auront donné faim plus d’une fois.

J’ai assez peu parler de l’enquête jusqu’à présent. En fait, elle est très diffuse, parmi tout le reste des informations qui sont données par l’auteur. Il se passe un tas de choses durant le roman et au premier abord, ce n’est pas en lien avec l’enquête. Mais, comme le remarque l’inspecteur Chen, il est souvent inutile de s’acharner, de nombreux éléments et indices sont dus à un simple hasard. Cependant, voici quelques précisions : Chen assiste à une conférence d’écrivain sur « l’énigme chinoise », revenant sur le paradoxe du « socialisme à la chinoise », quand on l’appelle sur une scène de crime. Quoique, crime ou suicide, ce n’est pas encore décidé, même si le Parti aimerait que la conclusion aille dans le second sens, et vite, si possible. Chen, devenu vice-secrétaire du Parti à la police de Shanghai, se retrouve conseiller dans cette enquête menée par différents services du Parti, dont l’inspecteur Wei de la police de Shanghai. Wei trouvera la mort dans un accident peu de temps après le début de l’enquête. Un accident qui paraît suspect à l’inspecteur Chen qui décide alors d’approfondir l’enquête même si ce n’est pas le rôle qui lui est attribué. Le voilà plongé dans les manigances d’un panier de crabes aux titres compliqués ayant des intérêts différents dans l’histoire.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Je me suis rendue compte que je ne connaissais rien de la Chine ni de ses coutumes. Ce roman n’est pas palpitant au sens où il y a de l’action, du suspens ou des péripéties à n’en plus finir. Mais il est passionnant par ce qu’il montre de la société chinoise et de sa culture. Il est très agréable de suivre Chen dans son enquête. Il s’interroge constamment. Il est cadre du Parti, mais il n’est pas à l’aise dans cette position. Il assiste à des conférences controversées qui lui font honte en tant que policier, mais qui l’interpellent en tant que poète. C’est une situation difficile à tenir pour lui et c’est très intéressant d’avoir un tel point de vue.

Il est vrai que l’enquête policière n’est pas très innovante mais elle est un prétexte à l’auteur pour explorer cette « Cyber China », le monde des blogs et les actions des cyber-citoyens. Et je suis très satisfaite de cette découverte.

ABC thriller polars

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