Le passage de la nuit – Haruki Murakami

Couverture - Le passage de la nuit

Haruki MURAKAMI

Le passage de la nuit

(traduit de japonais par Hélène Morita et Théodore Morita)

Editions 10-18, 2008

229 pages

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Présentation de l’éditeur

Que se passe-t-il après les douze coups de minuit ? Mari rencontre un musicien dans un bar, sa soeur partage à son insu le sommeil d’un inconnu… Pour les âmes solitaires d’une ville assoupie, les expériences se succèdent, entre fantasmagorie et réalité. Le lecteur, voyeur protégé par l’obscurité, palpe les rêves inquiétants des acteurs de la nuit.

Mon avis

Le narrateur s’introduit dans l’histoire comme pur point de vue. Comme une caméra reliée à une salle de surveillance loin de ce qu’elle filme. Le lecteur est en quelque sorte derrière une télévision dans cette salle et il est impossible pour le narrateur comme pour le lecteur de s’immiscer dans l’histoire et d’agir ou d’influencer les personnages. C’est dans cette perspective que le roman nous est présenté par le narrateur. Et c’est ainsi qu’il nous emmène en différents lieux, le temps d’une nuit, pour suivre plusieurs personnages.

Une horloge marque le passage du temps, le passage de la nuit, avant chaque chapitre, à mesure que les vies de chacun se déroulent. Il y Mari qui lit un gros livre dans un restaurant ouvert toute la nuit pour éviter de rentrer chez elle. Il y a Takahashi, un étudiant musicien qui la reconnait, engage la conversation et s’installe à sa table.  Il y a aussi Kaoru, ancienne catcheuse et gérante de love hotel, ou encore Shirakawa, un employé de bureau qui travaille tard dans la nuit. Et puis, il y a Eri, la soeur de Mari, qui dort sans interruption depuis plusieurs mois, parce qu’elle « n’essaie pas de se réveiller ». Elle dort très paisiblement quand la télévision de sa chambre va s’allumer pour montrer une pièce vide, et y transporter son lit, dans son sommeil…

J’aime beaucoup ce roman. C’est une de mes relectures de la fin du mois d’avril. Je trouve ce roman asse riche et simple tout en étant complexe – contradiction quand tu nous tiens… – je ne sais pas trop comment l’exprimer. On assiste à des choses à la fois très simple, mais peu ordinaires finalement, qui se mêlent et se rejoignent dans une trame plus complexe. J’aime beaucoup le style qui nous livre les actions des personnages d’un point de vue externe, sans entrer dans leurs pensées, et qui les rend leurs conversations ou leurs comportements intéressants. Par exemple, nous avons les longues conversations de Mari et Takahashi, qui partent dans des sujets très divers. C’est amusant parce que Takahashi est un personnage très spontané, il est aussi plutôt bavard, et Mari qui n’a pas très envie de l’écouter ou de lui parler, finit par se laisser gagner par les confidences.

Il y a aussi ce qui arrive à Eri. Murakami parvient avec beaucoup de talent à évoquer, à brosser la possibilité de la présence d’un autre monde ou d’une autre côté. La nuit serait alors une sorte de passage entre les deux, parce que c’est un moment incertain, où l’on hésite entre un jour ou le lendemain.

Il y a donc cet aspect fantastique qui se mêle avec quelque chose de très concret, de très terre à terre qui sont la vie et les drames de chacun. Le roman est assez déroutant, il y a des choses qui ne sont pas expliquées, mais qui ne nécessitent pas d’explication, il me semble. Ce sont des histoires étranges qui se déroulent à la faveur de cette nuit, elles sont parfois très banales, mais elles ne sont pas vraiment dans les normes. On frôle le marginal. L’auteur parvient à rendre ça passionnant et c’est pour cela que j’adore ce livre : sa capacité à envouter le lecteur avec des choses qui sont loin de ce à quoi on est habitué.

Pour conclure, je vous laisse sur une citation qui résume l’ambiance générale de ce roman :

« Un nouveau jour est sur le point d’arriver mais l’ancien porte encore sa lourde traîne. Comme l’eau de mer et l’eau de la rivière affrontent leurs élans à l’embouchure, le nouveau temps et l’ancien temps luttent et se mélangent. Takahashi, lui non plus, ne parvient pas à déterminer clairement de quel côté du monde se situe son centre de gravité. »

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