La disparition de Jim Sullivan – Tanguy Viel

Couverture - La disparition de Jim Sullivan

Tanguy VIEL

La disparition de Jim Sullivan

Les éditions de Minuit, 2013

153 pages

.

Présentation de l’éditeur

Du jour où j’ai décidé d’écrire un roman policier américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d’une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s’appellerait Dwayne Koster, qu’il enseignerait à l’université, qu’il aurait cinquante ans, qu’il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu’il détestait.

Mon avis

Jim Sullivan était un guitariste américain, qui a sorti un album, UFO (qui est l’équivalent anglais d’OVNI). Le rapport avec le roman de Tanguy Viel, outre le titre ? Sa légende : Jim Sullivan a disparu sur une route de Nouveau Mexique en 1975. On n’a retrouvé sa voiture, mais aucune trace de lui. D’aucuns diront qu’il a été enlevé par les extraterrestres.

La disparition de Jim Sullivan est l’histoire de Dwayne Koster, professeur de fac, qui entame une véritable descente aux enfers après son divorce, entre alcoolisme et combines louches. Le tout raconté par la voix d’un narrateur français qui serait en train de construire cette histoire, dans le but d’écrire un vrai roman américain. Comprendre par là, un roman universel comme seuls savent les écrire les romanciers américains, sans Cathédrale de Chartes, mais avec les motels et le focus sur le bac de la douche, l’adultère, la jalousie, la vengeance, et le tout en vieille Dodge.

Tanguy Viel est un écrivain que je suis de loin depuis Paris-Brest, un roman sur la famille et la Bretagne. Là, il s’attaque à la puissance fictionnelle américaine. Il construit un récit avec son propre style – qui est celui d’un écrivain français de littérature contemporaine publié chez Minuit, assez loin de la narration américaine typique. Il reprend donc tout ce qui fait la littérature américaine : les clichés, les noms, les évènements traumatiques qui sous-tendent ces romans – en l’occurrence la Guerre en Irak.

L’idée est formidablement amusante. On dirait presque un exercice de style. L’auteur livre sa vision de l’Amérique qui est celle véhiculée par la littérature, et celle du mythe américain. Mais il le fait à la fois en amoureux du genre et en critique, avec bienveillance. Il décrypte le genre américain avec son style – des formules longues, des précisions, des répétitions – et en souligne les détails. Il fait ça tout en nous plongeant dans l’histoire de son personnage, Dwayne Koster, que l’on découvre au volant de sa Dodge, espionnant son ex-femme à travers les rideaux de sa maison, de l’autre côté du carré de pelouse soigneusement tondue, son ex-femme qui a une relation avec son collègue et rival à l’université – autant dire, son pire ennemi. Dans sa voiture, il y a une bouteille de whisky, une crosse de hockey et l’album UFO de Jim Sullivan – oui il y a bien un rapport avec cette légende urbaine – qui passe en boucle.

L’histoire n’est pas joyeuse en soi. Dwayne part pour un aller simple vers l’enfer. Mais le procédé du roman dans le roman y ajoute ironie et malice. Non, on n’est pas juste en train de lire une énième histoire de prof de fac divorcé et dépressif. C’est bien plus que ça !

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé ce roman et je le conseille ! (Je conseille d’ailleurs tout Tanguy Viel).

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