L’étrangleur de Cater Street – Anne Perry

Couverture - L'étrangleur de Cater Street.

Anne PERRY

L’étrangleur de Cater Street

Editions 10-18, 2012

381 pages

Collection Grands détectives

.

Présentation de l’éditeur

Suffragette avant l’heure, la téméraire Charlotte Ellison n’aime ni l’étiquette ni le badinage des jeunes filles bien nées. Dévorant en cachette les faits divers des journaux, sa curiosité la mêlera à une affaire des plus périlleuses, aux côtés du séduisant inspecteur Pitt de Scotland Yard. Dans le Londres des années 1880, le danger guette et les femmes en sont souvent la proie…

Sherlock Holmes en jupons, la divine Charlotte dénoue son premier crime et inaugure une longue série d’enquêtes haletantes, dévoilant une Angleterre victorienne pleine de secrets.

Mon avis

La famille Ellison poursuit son quotidien tranquillement : les femmes font leurs affaires de femmes – Sarah auprès de son mari et auprès de l’association caritative de la femme du pasteur, Caroline en tant que maîtresse de maison, Emily qui souhaite mettre le grappin sur un Lord fortuné, et Charlotte, trop franche au gout de ses soeurs et de ses parents, qui lit en cachette les livres et les journaux interdits par son père – et les hommes leurs affaires d’hommes – Edward, le père, ou Dominic le mari de Sarah, entre des dîners, leurs clubs ou leurs diverses connaissances. Leurs habitudes sont bouleversées quand ils apprennent qu’un meurtre vient d’avoir lieu dans leur quartier bourgeois si tranquille. C’est d’abord la bonne d’une famille voisine, puis une jeune fille du voisinage. Cela semble tout de même loin d’eux jusqu’à ce que Lily Mitchell, leur bonne, soit tuée à son tour. Ils reçoivent alors la déplaisante visite de l’inspecteur Pitt qui vient leur poser des questions et vérifier leurs emplois du temps respectifs. Reçu plusieurs fois par Charlotte qui le trouve à la fois vulgaire, par sa mise, son attitude et son ignorance délibérée de l’étiquette, et attrayant pour les mêmes raisons, Pitt lui expose sa théorie : le meurtre n’a pu être commis que par une personne du quartier, un homme de bonne famille, qui serait habité par une étrange folie. La suspicion s’installe alors : tous les hommes du voisinage sont craints, les femmes n’osent plus sortir seules. Les femmes Ellison en viennent à suspecter leurs hommes respectifs : le père de famille, Dominic le beau-frère, ou même Mallock le majordome. Alors que la tension plane, met à jour des secrets et crée des conflits indémêlables, le meurtrier court toujours.

Ce résumé fait, sans spoiler et avec la dose de suspens requis, je souhaite maintenant démêler un certain nombre de point de la quatrième de couverture, qui a comme d’habitude vendu un autre livre que celui que j’ai lu. Charlotte ne fait pas véritablement d’enquête dans ce premier tome – je ne sais pas ce qu’il en est pour la suite de la série. Elle reste au sein de sa famille à tenter d’arranger les drames familiaux avec son caractère qui déplait aux autres, mais qui attire irrésistiblement Pitt, et c’est lors de ses rencontres avec Pitt que celui-ci lui expose les avancées de l’enquête, ses raisonnements et les conclusions auxquelles il arrive.

A propos du « suffragette avant l’heure », il est vrai que ce roman fait s’interroger les personnages féminins sur des thèmes relevant du féminisme, l’égalité homme-femme en première ligne, notamment sur la question de la moralité et de l’adultère : pourquoi les hommes pourraient-ils être infidèles tandis que leurs femmes sont déchues si elles ont un amant ? Il y a une sorte de prise de conscience et d’interrogation de la part de ces femmes devant le comportement des hommes qui les entourent. C’est intéressant de ce point de vue. Le personnage de Charlotte a un petit côté féministe avant l’heure, mais c’est loin d’être aussi flagrant que le suggérait cette phrase du synopsis.

Cela étant dit, qu’ai-je pensé de ce roman ?

Eh bien j’ai beaucoup aimé ! L’intrigue est vue de l’extérieur, ou plutôt d’un intérieur cloisonné, protégé, une sorte de bulle que le crime vient envahir comme un évènement scandaleusement morbide. On adopte successivement les points de vue des membres de la famille et des femmes en particulier. Elles en savent peu, elles spéculent, elles suspectent, mais elles sont assez impuissantes face à l’autorité d’un père ou d’un mari. Nous ne sommes jamais sur le terrain avec l’inspecteur Pitt, à suivre son raisonnement. Cela n’est pas inintéressant pour autant : l’auteur crée avec talent une atmosphère de tension, de peur et de suspicion généralisée qui met au jour des fautes et des secrets bien cachés qui vont causer la zizanie. Grâce à ça et malgré un début difficile, j’ai dévoré ce roman, passionnée par ces intrigues, portées malgré moi dans ce monde presque exclusivement féminin. On peut ajouter à l’intrigue policière, les relations amoureuses qui se nouent autour des soeurs Ellison et qui ne sont pas désagréables.

Je ne savais pas à quoi m’attendre vraiment pour ce roman (j’avais un peu trop l’image d’une héroïne fougueuse et audacieuse comme dans Le Protectorat de l’ombrelle, mais l’ambiance est au final très différente ^^) et j’ai vraiment apprécié, même si j’avais craint que ce ne soit laborieux après avoir peiné sur les premières dizaines pages. L’atmosphère rattrape le lecteur. J’aime beaucoup quand les livres ou les films créent ce genre d’atmosphère, parlent de la peur et de tout ce qu’elle est capable de faire, des différentes réactions que les hommes lui opposent : suspicion, repli sur soi, méfiance, etc.

Le seul bémol que j’y mets est que j’avais deviné la fin dans le dernier tiers du roman. Je n’ai pas été surprise, mais je me suis créée un surplus de suspens : sachant qui s’était, sans en avoir pourtant la confirmation, je tremblais à chaque apparition de ce personnage !

C’était une bonne première pour un roman d’Anne Perry et pour un polar de ce type, alors je le conseille sans hésiter à ceux que ce mélange décapant tenterait !

ABC thriller polars

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