La saison de l’ombre – Léonora Miano

Couverture - La saison de l'ombre

Léonora MIANO

La saison de l’ombre

Editions Grasset, 2013

234 pages

Prix Femina 2013

Présentation de l’éditeur

« Si leurs fils ne sont jamais retrouvés, si le ngambi ne révèle pas ce qui leur est arrivé, on ne racontera pas le chagrin de ces mères. La communauté oubliera les dix jeunes initiés, les deux hommes d’âge mûr, évaporés dans l’air au cours du grand incendie. Du feu lui-même, on ne dira plus rien. Qui goûte le souvenir des défaites ? »

Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l’intérieur des terres, dans le clan Mulungo. Les fils aînés ont disparu, leurs mères sont regroupées à l’écart. Quel malheur vient de s’abattre sur le village ? Où sont les garçons ? Au cours d’une quête initiatique et périlleuse, les émissaire du clan, le chef Mukano, et trois mères courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les Bwele, les ont capturés et vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux.

Dans ce roman puissant, Léonora Miano revient sur la traite négrière pour faire entendre la voix de celles et ceux à qui elle a volé un être cher. L’histoire de l’Afrique sub-saharienne s’y drape dans une prose magnifique et mystérieuse, imprégnée du mysticisme, de croyances, et de « l’obligation d’inventer pour survivre. »

Mon avis

Il y a eu un incendie, un accident pensent-ils. Et douze hommes ont disparu, deux anciens, et dix jeunes. Les mères des dix jeunes initiés sont menées à l’écart du village pour circonscrire la souffrance à un seul endroit. Pour les punir, selon certains, car elles sont responsables d’une manière ou d’une autre de cette disparition. Cela dure depuis deux semaines. Alors qu’Ebeise l’ancienne se rend à leur case pour les rencontrer, elle voit qu’une ombre est descendue sur leur habitation. Toutes les femmes cette nuit-là ont été visitées par leur enfant en songe. Le chef du village voudrait enquêter, mais le Conseil s’y oppose. Son frère part mener son enquête chez leurs voisins, les Bwele, et il y fait une terrible découverte.

Pratiquement tout est dit dans la quatrième de couverture : le thème, l’histoire, le style… Il reste cependant des points important à souligner.

Léonora Miano se base sur une réalité historique pour écrire son roman. Sa source d’inspiration est un rapport commandé par l’UNESCO dont le sujet est la mémoire de la Traite transatlantique. Ainsi elle raconte la manière avec laquelle une communauté, pour qui le respect de la vie humaine compte plus que tout, découvre ce que d’autres font de la vie de leurs proches. Nous les suivons faisant face à la disparition de douze des leurs, nous voyons leur confusion, leur incompréhension, les recherches aussi, et les questions.

A cause de cette disparition, c’est toute une communauté qui est désemparée. Certains voudraient oublier, tandis que les mères et les veuves veulent des réponses, ou simplement pouvoir accomplir les rituels qui leur permettront de faire leur deuil. Ils n’ont plus de guide spirituel. Et pendant qu’ils restent indécis sur la conduite tenir, des ombres viennent visiter les mères éplorées, et leurs ennemis tendent leur filet. Une femme quitte le village pour mener une quête, celle qui la rapprochera de la vérité et de son horreur.

La langue, parsemée de mots douala, déroule son récit dans un rythme entêtant, entre onirisme et poésie. Elle décrit avec précision et justesse les rituels, les coutumes et le mode de pensée des habitants de ce village, sans pour autant les idéaliser. Elle montre les failles dans le règne même de l’ordre.

C’est donc le thème de l’esclavage et de le traite des noirs qui est ici abordé d’un point de vue rarement utilisé : celui de ceux qui ont vu les leurs leur être arrachés et qui sont restés chez eux sans bien comprendre comment cela a pu être possible. J’ai beaucoup aimé ce parti pris, et la détresse des mères ou l’horreur qu’ils ressentent quand les personnages comprennent ce qui s’est passé et quelles en ont été les raisons, sont très bien retranscrites. Et la nécessité du souvenir et de la mémoire comme conclusion vient naturellement, et c’est exactement ce que l’auteur fait avec son roman.

Le roman n’est pas toujours facile à suivre, à cause des nombreux noms ou mots douala qui parsèment le texte. Cependant, j’ai été subjuguée par ce livre sublime. Et même si cette lecture n’était pas du tout prévue et que je n’en attendais rien de particulier, je suis très heureuse de l’avoir faite. C’est assurément un livre à lire. Alors si jamais la lecture de cette chronique a fait briller ne serait-ce qu’une étincelle de curiosité, lancez-vous, lisez-le !

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