Retour à Whitechapel – Michel Moatti

Couverture - Retour à Whitechapel

Michel Moatti

Retour à Whitechapel

Editions HC, 2013

350 pages

Présentation de l’éditeur

Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur. Elle avait deux ans.

Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, étudiant et répertoriant tous les éléments qui ont touché de près ou de loin chacune des victimes de Jack l’Éventreur. Plongeant ainsi dans les bas-fonds de l’East End victorien, revivant le calvaire de ces femmes qui vendaient leur âme et leur corps pour quelques heures de sommeil, elle va reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.

« Pourquoi ni la police de l’époque, ni les enquêteurs qui ont suivi l’affaire depuis plus d’un siècle n’ont jamais identifié Jack l’Éventreur ? Parce qu’ils cherchaient un homme correspondant à un a priori social ou allégorique. “Jack” n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre. Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là. »

Mon avis

J’ai acheté ce livre après avoir assisté à une conférence durant laquelle l’auteur a exposé les recherches qu’il a mené sur les traces de Jack l’Eventreur. Il est revenu sur les faits, les lieux, le contexte social, pour exposer les trouvailles qui lui ont permis d’écrire ce livre.

Jack l’Eventreur est un personnage mythique qui a fait couler beaucoup d’encre. Il fait partie de ces mystères non résolus qu’on ne résoudra pas, mais sur lesquels de nouvelles « vérités » ou en tous cas de nouvelles hypothèses sortent régulièrement. Avant d’assister à la conférence et de lire le roman, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’avait fait Jack l’Eventreur, alimenté par le visionnage il y a quelques années du film From Hell. Et, à part les crimes sanglants, je n’en ai pas retenu pas grand chose.

Dans ce roman, Michel Moatti raconte l’enquête, une cinquantaine d’années après les crimes, de la fille fictive de Mary Jane Kelly (la dernière et la plus mutilée des victimes) à travers ce qu’elle rédige dans un carnet : la lecture des dossiers sur les crimes, les articles de presse, ses conversations avec d’autres riperrologues… tout en intercalant des passages à la troisième personne qui vont montrer, eux, des moments de 1888. Le jury d’enquête, la vie des victimes quelques heures avant leur assassinat, l’enquête, les réactions des journaux, l’enterrement d’une des victimes sont rendus au lecteur de manière très réaliste.

Ce qui est réaliste aussi, c’est l’enquête que Amelia Pritlowe va mener pour démasquer l’assassin et, s’il est toujours en vie, lui faire payer. Elle suit un peu, j’imagine, le même chemin que l’auteur avant l’écriture de son livre, cherchant dans des archives, revenant sur les lieux du crime, ou fouillant parmi des souvenirs fugaces. Il est intéressant de suivre ce chemin, d’autant plus qu’il est basé sur des documents pour la plupart réels.

Michel Moatti propose un visage et un nom à la fin de l’ouvrage à mettre sur Jack l’Eventreur. Mais cela ne pourra, je le crois, jamais être vérifié. Au lecteur alors de l’accepter ou non. Pour ma part, loin d’être spécialiste, je trouve ça plausible. A chacun de juger !

Le roman comporte des annexes précieuses. Un index des personnages apporte une courte description de leur rôle, tandis que dans un chapitre « Note de l’auteur », celui-ci nous décrit ce qui l’a mené à faire sa propre enquête et ce roman ; il livre aussi les éléments qui lui font croire que son Jack l’Eventreur est le bon, tout en distinguant les faits avérés des faits fictifs, ce que j’ai grandement apprécié. Dans l’édition que j’ai acheté, des pages du carnet d’enquête de l’auteur ont été reproduites, montrant des images d’archives, des photos actuelles. Il y a des photos de la dernière victime (âmes sensibles s’abstenir !) et le nom du coupable selon Michel Moatti y est écrit : il vaut mieux le lire une fois le roman terminé !

Tout ces considérations mises à part, j’ai passé un très bon moment de lecture. L’aspect « enquête réelle » est très réussie. On ne s’attache pas tant que ça à l’enquêtrice principale. Il est vrai aussi qu’à part son carnet on a peu accès à sa personnalité et, de cette façon, sa psychologie n’a pas été assez approfondie selon mes goûts. Je vous le conseille cependant si vous souhaitez comprendre les crimes de Jack l’Eventreur et avoir un aperçu précis de ce qui s’est passé à Whitechapel.

ABC thriller polars

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Une réflexion sur “Retour à Whitechapel – Michel Moatti

  1. Jack l’Eventreur fait partie de ces mythes urbains qui me fascinent – les faits, les légendes autour, ce qu’on en fait en termes d’adaptations ou d’analyse scientifique. La critique que tu donnes de ce livre me fait penser qu’il s’agit de quelque chose de convaincant au moins sur un plan fictionnel ! :)

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