Sukkwan Island – David Vann

Couverture - Sukkwan Island

David VANN

Sukkwan Island (traduit par Laura Derajinski)

Editions Gallmeister, 2013

199 pages

Collection Totem

Présentation de l’éditeur

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Couronné par le prix Médicis étranger en 2010, Sukkwan Island est un livre inoubliable qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l’âme humaine.

Mon avis

Il y a pour moi deux façons de considérer ce livre, une très subjective dans laquelle mon avis est assez tranché et irrémédiable, une autre dans laquelle je tente de laisser mes sentiments de côté pour le considérer de manière plus objective et de m’appuyer sur des éléments concrets et nettement définissables pour en formuler une critique constructive.

Autant mettre les choses au clair tout de suite : je n’ai pas du tout aimé ce roman. Je me suis graduellement énervée au cours de ma lecture, jusqu’à me faire désespérer d’en tirer un seul point positif. J’y ai trouvé des lieux communs : l’homme et son obsession pour les Femmes (je mets volontairement une majuscule, comme une sorte de représentation universellement acquise de la Femme, sans laquelle l’homme est incapable de vivre mais qui ne lui permet pas de vivre bien et de s’accomplir), le père irrémédiablement foireux et merdique, la recherche de la rédemption impossible qui vire à la folie et l’horreur… Si certains peuvent aimer ce traitement des turpitudes humaines, ce n’est pas mon cas, où en tous cas pas comme il est fait dans ce roman-là.

Et puis c’est évident depuis le début, les 10 premières pages mêmes, que ça va mal se finir. C’est peut-être qu’il y a dans ma famille une culture de la vie dans la nature, loin des civilisations, ou en tous cas une idée de comment il faut bien faire les choses, alimentée par des lectures de récit de voyages extrêmes ou d’aventures à la Jack London. Alors quand on commence à lire l’histoire d’un homme, américain moyen, qui s’imagine, parce qu’il connaît un peu la pêche et la chasse, qu’il peut vivre pendant un an en pleine nature, sans prendre un minimum de précaution et en y embarquant son fils, on crie à la stupidité et à l’irresponsabilité. Certes, c’est aussi ce que veut raconter l’auteur : la relation père-fils, le père qui échoue tout le temps et le fils qui le soutient et l’aime malgré tout. Mais ça fout en rogne.

Et la fin, mon dieu cette fin ! A quoi bon ? Ça m’a toujours sembler délicat d’écrire une conclusion à un roman, d’autant plus quand celui-ci aborde l’horreur, la douleur, la culpabilité, la descente aux enfers comme le fait celui-ci. Ok, elle ne laisse aucun espoir. Mais, ça aurait pu encore passer sans cette longue accumulation de tentatives avortées ou échouées pour améliorer la situation, sans cette spirale de récriminations et de malheurs qui vire à l’absurde. J’y ai plus vu de la surenchère qu’autre chose et ça a contribué à mon sentiment d’aversion générale.

Bref, j’arrête là ce point de vue subjectif de peur de m’embarquer dans quelque discours virulent s’éloignant trop de ce qu’est le roman.

Je ne l’aime donc pas, mais ce n’est pas pour autant qu’il est mauvais. Il suffit de chercher un peu sur la blogosphère pour y trouver nombre de critiques positives et emballées. Essayons donc objectivement de souligner certaines de ces qualités en oubliant l’appréciation personnelle.

Sukkwan Island est donc une île sur laquelle un homme et son fils vont s’isoler pendant un an pour vivre une aventure au beau milieu de la nature et pour tenter de mieux se connaître. Mais le père est un personnage instable, névrosé, supportant mal la solitude, pas du tout préparé à une vie en pleine nature et potentiellement dangereuse. Le tête à tête va donc devenir de plus en plus angoissant, se resserrant autour des personnages, laissant une pression énorme sur les épaules du fils désemparé, jusqu’au drame.

L’auteur s’attache à présenter l’homme, à travers le personnage du père, sous son jour le moins favorable, à présenter sa noirceur de manière très froide. C’est sordide, terrifiant, révulsant, mais crée peu d’émotion et donne presque l’impression (là, c’est la partie subjective qui émerge de nouveau) que c’est offert gratuitement et crument par l’auteur. Par contre, c’est bien écrit, froidement, et objectivement et fera certainement résonner d’autres situations rencontrées dans d’autres livres ou des films.

J’ai déjà exprimé mes sentiments sur ce roman, mais si tout ça vous intrigue, vous aurez peut-être une chance d’aimer et de vous laisser fasciner. A lire toutefois dans une période de grande félicité.

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3 réflexions sur “Sukkwan Island – David Vann

  1. Je n’ai pas adhéré du tout non plus à ce roman. Outre la fin pour laquelle je suis entièrement d’accord avec toi, je n’ai pas supporté ce style d’écriture clinique et sans émotion pour une histoire qui en demandait pourtant.
    Ce qui fait que je me suis vu réagir comme toi à cette lecture qui pourtant a enthousiasmé pas mal de monde.

  2. Alison Mossharty dit :

    Je comprends ton avis même si je fais partie des lecteurs qui ont adoré ce roman. C’est justement cette façon de parler des turpitudes humaines qui m’a bien plu ! En tout cas, chapeau pour avoir écrit une partie objective quand je déteste un bouquin je n’arrive pas à l’être (en fait même quand j’adore un roman je ne suis pas objective XD)

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