Notre Dame des loups – Adrien Tomas

Couverture - Notre-Dame des loups

Adrien TOMAS

Notre-Dame des loups

Editions Mnémos, 2014

182 pages

Présentation de l’éditeur

1868, aux confins de l’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage.

Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent, des os qui rompent, des incarnations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence….

Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des loups…


 Le silence est omniprésent. Il est lourd sur ma nuque et mes épaules, il m’entoure, m’étouffe, me pèse. A chaque fois que mon cheval traverse de son sabot la couche de neige fraîche, à chaque fois que j’inspire l’air glacé ou que j’exhale un souffle de nuage blanc, j’ai l’impression d’être en train de profaner une église, un temple ou je ne sais quoi de sacré. Je n’ai jamais été très porté sur la religion, mais par la Dame, ce que je me sens païen et ignorant dans cet endroit ! La forêt blanche m’écrase de sa majesté, de son immensité, me réduit à ce que je suis certainement : un intrus, minuscule et vain, dans un territoire qui ne lui appartient pas.

Les Veneurs cheminent en plein hiver dans la forêt Blanche à la poursuite de leur proie : une meute de wendigos (ou loups-garous ou rejs) et leur créatrice, la Dame. Alors qu’ils approchent de leur but, la troupe est peu à peu décimée et les veneurs meurent les uns après les autres. Un agent de la Dame agit-il dans l’ombre pour les mener à leur perte ? Qui les trahit au sein de la troupe ?

Au fil de huit chapitres successifs, nous nous plongeons dans ce huis-clos glaçant, un huis-clos au sein de la Vénerie, mais qui prend place dans un environnement hostile. Chaque chapitre adopte le point de vue d’un personnage. On découvre alors sa propre histoire et la manière qu’il a de considérer sa mission ou les autres veneurs. Il y a par exemple Würm : il est allemand ; sa famille est celle qui a commencé la lutte contre les rejs et il a immigré aux Etats-Unis pour poursuivre la chasse quand la Dame a investit le nouveau continent. Jack est celui qui mène les Veneurs, c’est le chef de troupe. Il est brutal, sans concession, obsédé par la Dame, et est peu aimé de ses compagnons. Il y a aussi Arlington, un pistolero de talent mais qui a peu d’estime pour ceux qu’il accompagne, Jonas, le plus vieux, Evangeline qui était une esclave et qui a dressé des chiens au combat contre les garous, et Winters, un jeune cowboy, un peu naïf.

L’intrigue se déroule à la fin du XIXème siècle. On se retrouve donc en plein western, mais un western fantastique et horrifique : des créatures rôdent dans les ombres et au milieu du blizzard. En plus du froid, de la neige et du danger, l’animosité règne au sein de la Vénerie : la confiance est loin. Chacun de ses membres se haïssent et se méfient les uns des autres.

L’imaginaire développée autour des cette troupe de Veneurs et des créatures qu’ils pourchassent est également très intéressant. La Dame et ses abominations ont une histoire : ils sont nés en Europe puis ont émigré en Amérique ; ils ont été traqué par des Veneurs européens qui ont mis en place des dispositifs de défense, comme les balles en argent ou des grigris, artefacts magiques qui leurs permettent de voir mieux dans l’obscurité. Les loups-garous font aussi échos à des mythes indiens comme les wendigos.

Tout ça donne un roman fort, prenant, trépidant. Il y a de l’action, du suspens, du mystère. Le fait que l’on change de  personnage à chaque chapitre est aussi un ressort de la narration qui est bien trouvé et qui colle parfaitement à l’intrigue. J’ai beaucoup aimé le mélange de western et de fantastique. Le style est efficace et le roman est concis, comme il le faut pour une histoire pareille (il fait moins de 200 pages). Le mélange des genres est détonnant et m’a fait passer un excellent moment de lecture.

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