La Dernière Terre, 1. L’enfant Merehdian – Magali Villeneuve

Magali VILLENEUVE

La Dernière Terre, 1. L’enfant Merehdian

Editions L’Homme Sans Nom, 2012

462 pages

Présentation de l’éditeur

Un monumental ruban de pierre se dresse en sentinelle au bord des brumes éternelles.

Les hommes leur ont donné un nom : la Dernière Terre.

Dans la cité-capitale des Cinq Territoires, Cahir, jeune homme frêle, maladif, aux moeurs et aux allures bien éloignées des codes strictes qui font loi autour de lui, subsiste  envers et contre la réprobation générale. Il est issu des Giddires, un peuple rejeté, au ban de la paix politique qui unit les autres contrées. Malgré cela, entre intelligence et ingénuité, il parvient à se rapprocher de certains locaux, dont Ghent, fils du Haut-Capitaine à la tête des forces militaires des Basses-Terres.

Au fil de ces jours paisibles, s’il advenait un évènement capable de bouleverser tous les dogmes établis, quel poids l’existence de Cahir aurait-elle dans la balance des certitudes ?


Il va m’être difficile de parler de ce roman. D’une part parce que sans avoir particulièrement d’attentes autres que celles présagées par la couverture, je ne me suis pas du tout attendu à ce que j’y ai trouvé. D’autre part, parce que sans renier les qualités de ce roman – stylistiques notamment -, je me trouve devoir admettre qu’il ma moyennement plu. En fait, ce livre m’a surprise, mais pas forcément de la bonne manière.

Les Cinq Territoires sont une terre circoncise par un épais rempart et, au delà, les brumes éternelles. L’origine de ce mur remonte à la nuit des temps et la raison de sa construction s’est perdue au fil du temps. Ce « royaume » est dirigé par l’Ighil Nolath, un jeune homme qui a accédé au trône durant son adolescence, selon les règles d’une tradition stricte. Avec l’Ighil Nolath, l’autre Institution des Cinq Territoires est son armée, dont les soldats sont nommés « Arpenteurs », parce qu’ils surveillent les brumes en arpentant le rempart. Mais c’est plutôt un titre honorifique, puisque le monde des Cinq Territoires est relativement calme et apaisé : pas de guerre, pas de crime. Chaque territoire a ses caractéristiques et les habitants se distinguent par un physique ou un type de personnalité différents les uns des autres. Ainsi, les habitants du plateau Agrevin, là où se trouve la capitale Tileh Agrevina, et donc là où réside l’Ighil Nolath, sont froids, raidis par une sorte de code d’honneur strict. Ils supportent mal le contact physique avec les autres, et se complaisent dans leur société corsetée, à la politesse exacerbée.

Dans cette ville Tileh Agrevina, nous allons suivre plusieurs personnages, dont Cahir et Ghent. Ghent, c’est le jeune homme parfait, beau, droit, discipliné, strict, un peu trop même, fils du Haut-Capitaine, soit le premier commandant des Arpenteurs. Il a toutes les qualités, selon les codes agrévins, et il est certainement promis a un grand avenir (enfin, ce n’est pas explicité, j’extrapole un peu). Cahir, c’est tout l’inverse. Tout d’abord, c’est un giddire, il est originaire de Merehde ou des Hautes-Blanches, le seul pays des Cinq Territoires qui est au delà du Rempart. Il a été secouru par Melgar, un Arpenteur, alors qu’il était perdu dans un forêt enneigée. Il lui a fallu batailler pour être accepté à Tileh Agrevina, obtenir le statut d’Arpenteur, et se forger une réputation de sorte qu’on lui laisse un peu de répit. C’est un adolescent maigre, de petite taille, habile à l’épée mais souffreteux. Un mal le ronge et lui bouffe la vie à intervalle régulier. Il est intelligent, mais sa franchise, son humour ou son ironie sont très mal vus dans son entourage. Il souffre des préjugés attachés à son peuple et de la défiance qui va avec, mais pour autant il ne fait pas de compromis. C’est ce qui en fait un personnage intéressant, et c’est autour de lui que toute l’histoire de ce roman va se dérouler.

Maintenant que le contexte est posé, et l’histoire aussi, entrons dans le vif du sujet.

C’est long ! mais c’est long ! (Ça, c’est ma première réaction, et elle est encore valable.)

Le rythme est lent, et il n’y pas d’action, ou alors très peu (une visite à l’Ighil par-ci, un voyage par-là). L’auteur prend son temps pour poser son contexte et ses personnages. Le premier évènement notable arrive à la page 160, et j’avais espéré que le rythme change au-delà, mais non. On va étonnamment découvrir de nouveaux personnages qui vont prendre l’importance de personnages principaux ou secondaires (point de vue interne, etc.). Je dis étonnamment parce que, vue l’avancée du roman, je me suis demandé ce qu’ils venaient faire-là, à ce moment-là. Ils auraient pu intervenir d’une autre manière, mais ils ont aussitôt pris des caractéristiques de personnages d’ampleur, avec leur histoire, leurs caractères et leur point de vue, qui sont décrits de manière aussi fouillée que ça l’était pour des personnages tels que Ghent ou Cahir.

Pourquoi est-ce si dérangeant ? Je m’explique.

Il m’a fallu du temps à mettre le doigt sur ce qui me gênait dans ce roman, au-delà du rythme et du style – sur lequel je reviendrais plus tard. Et il s’agit, je crois, du schéma narratif, qui n’est pas suivi ou qui est pas dosé comme j’aime qu’il soit pour qu’un roman m’embarque dans ses contrées imaginaires. Le schéma narratif, c’est une situation initiale, qui expose le contexte, les personnages et leurs enjeux, un bouleversement qui va lancer l’intrigue et mettre les personnages en actions, des péripéties qui vont s’achever dans un climax et un rétablissement menant à une situation finale. C’est bien sûr schématique, et on le retrouve pas à la lettre dans tous les romans, mais pratiquement tous les suivent. Ici, c’est très diffus. On ne connait pas les enjeux des personnages, ce qui les poussent à vivre et à agir. Le seul qui a un enjeu clairement identifié est Cahir qui souhaite vivre à Tileh Agrevina, malgré le racisme – oui parce que c’est juste du racisme – qu’il subit. Les autres personnages sont plus dans une sorte de vie quotidienne, ils sont aussi tous assez passifs, ils se laissent porter et je me suis perdue dans leurs histoires individuelles. Et parmi eux, il y en a qui apparaissent, comme par magie, à la moitié du livre. Et qui vont subir le même traitement que les autres, à savoir la description fouillée de leur histoire, de leurs caractéristiques physiques, leurs opinions. Et c’est comme si toute l’histoire recommençait. Et ma réaction n’a pu être autre chose que « mais qu’est-ce qu’ils viennent faire là ? j’en ai rien à faire ! Parle-moi plutôt des autres, je veux savoir ce qui leur arrive.« 

J’ai vraiment peiné à lire ce premier tome (j’ai passé deux semaines dessus et ça m’a paru interminable), parce que je ne comprenais pas son intérêt, dans le sens où, n’ayant pu identifier les enjeux qui meuvent les personnages, le roman n’en avait pas lui même. Heureusement, au fur et à mesure des chapitres, quelques choses de diffus apparaît, une sorte de menace qui apparaît et qui est lié à Cahir, mais rien n’est expliqué, explicité, et finalement, ça ne change pas grand chose à ce qui se passe pour les personnages. Ça sert juste à créer un peu de suspens pour accrocher, assez maladroitement de mon point de vue, le lecteur.

Tout ça donc, pour dire que je suis très mitigée sur ce roman, même si je peux reconnaître ses qualités. C’est d’abord très bien écrit – même si le vocabulaire est un peu trop poussé, presque précieux (« abstruses » ou « cauteleuse » sont des mots que j’ai appris grâce à ce roman – pour info, ça veut dire « difficile à comprendre » pour le premier et « rusé, défiant » pour le deuxième) ; j’avais parfois du mal à imaginer deux jeunes amis dialoguer et échanger avec un langage soutenu. Les personnages sont très fouillés, ce qui est une grande force du roman, même si c’est trop poussé par moment.

Cette construction du récit, très centrée sur les personnages, presque introspectif, contemplatif, est un parti pris intéressant de la part de l’auteur, mais j’ai trop peiné pour avoir envie de poursuivre la découverte de ce monde. Pourtant il me semble que ça pourrait bouger dans les tomes suivants. Cette lecture a peut-être souffert du fait que j’ai entamé en cours de route Druss la légende de David Gemmell qui est l’efficacité même en fantasy : en 100 pages, la situation est posée, on connaît le personnage principale, son histoire, ses enjeux, son but, le bouleversement est passé et l’action est lancée. Bien sûr l’effet n’est pas le même. Les personnages et le monde sont présentés dans la dynamique de l’action.

J’ai eu l’impression que c’était une question de dosage dans le rythme du récit qui ne m’a pas plu. En fait, en voyant la couverture, je m’imaginais plutôt un roman de fantasy d’aventure, avec des voyages en région sauvage et une quête. J’ai donc été grandement surprise. En soit, la surprise ne me dérange pas, la lenteur non plus, quand c’est bien dosé et qu’on ressent un intérêt à suivre l’histoire. Dans mon cas, l’intérêt s’est étiolé au fil des pages. Passé le seul évènement important, qui a lieu vers les 160 pages, je me suis résignée à ce que le roman garde le même rythme. Ça reste beaucoup trop introductif, et ça ne m’a pas assez accroché. Tout de même, j’ai beaucoup aimé le personnage de Cahir, Ghent m’a d’abord intéressée, puis m’a déçue, les autres sont aussi intrigants à différents niveaux. Le monde créé n’est pas inintéressant, mais il m’a paru très policé, et au final assez banal. L’aversion généralisée pour les giddires reste inexpliquée et me laisse toujours autant perplexe.

Cependant, l’avis général sur ce roman semble être très positif. Je vous invite donc à aller parcourir les chroniques d’autres blogueurs. J’ai bien peur que, pour ma part, je me suis trop pris la tête sur ce roman, pour proposer une chronique justement argumentée et en adéquation avec mon ressenti. J’ai plutôt l’impression que ça part dans tous les sens, et de vous livrer quelque chose de fouillis. Je m’en excuse donc, et j’encourage celles et ceux que ça intrigue à aller se forger leur propre avis.

Voir la fiche Livraddict de La Dernière Terre, 1. L’enfant Merehdian.

ABC Imaginaire 2015 v2

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6 réflexions sur “La Dernière Terre, 1. L’enfant Merehdian – Magali Villeneuve

  1. C’est une très bonne chronique que tu as écrit! J’ai personnellement aimé ce premier tome mais je comprends tout à fait ce que tu lui reproches et notamment son schéma narratif, j’ai mis un peu de temps à comprendre qui étaient les personnages principaux! Mais je trouve que c’est un tome prometteur, à voir ce que donne le tome 2… :)

  2. Ce que tu dis du schéma narratif m’ennuie un peu car c’est précisément un des points qui m’ont fait arrêter le Trône de Fer. Cependant je n’ai rien contre le contemplatif en Fantasy de manière générale – c’est juste que j’en ai lu qui est très bien passé (Le Guin) et d’autre qui m’a moins plu (Vance).
    Peut-être que le but de ce tome, voire même de cette série, est de mettre en scène des personnages les uns après les autres, comme des tranches de vie ?
    Au vu de tout le remue-ménage que cette série a provoqué je tenterais sûrement de la lire à l’occasion.

    • Le contemplatif ne me gêne pas en lui-même. Ce qui m’a gêné ici, c’est le manque d’enjeu, au niveau de l’intrigue et des personnages. On découvre des personnages qui ont l’air de tomber comme un cheveu sur la soupe. Je pense que c’est un parti pris de l’auteur, de fouiller ces personnages et ce tome reste très introductif. Pour résumer ce roman, je pourrais seulement parler de l’univers et des personnages, mais je me trouve incapable de décrire son intrigue.
      Je ne sais pas vraiment si ce commentaire peut éclaircir cette histoire de schéma narratif.
      Mais sinon, ce roman a d’autres qualités et je serai curieuse de lire ton avis :)

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