Rêves de Gloire – Roland C. Wagner

Roland C. WAGNER
Rêves de gloire
Editions L’Atalante, 2011
697 pages
Collection La Dentelle du Cygne

Présentation de l’éditeur

Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : « On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit… »

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…


Rêves de gloire est un roman que j’ai acheté pour son auteur et pour la batterie de prix qu’il avait gagné – Prix Utopiales du meilleur roman européen, Prix du Lundi, Prix ActuSF de l’uchronie, tout ça en 2011 – il y a 2 ou 3 ans. Mais je l’avais à peine ouvert, effrayée que j’étais par sa densité (697 pages, tout de même). J’ai fini par mettre ce roman dans ma PAL d’automne, et il y est passé.

Rêves de Gloire est une uchronie qui prend pour point de divergence historique la mort du Général de Gaulle en octobre 1960 lors d’un attentat à la mitrailleuse contre sa voiture. Avec sa mort, c’est toute la guerre d’Algérie et l’histoire de sa conclusion qui sont bouleversées : pas d’accords d’Evian, l’Algérie devient indépendante, mais la France conserve des enclaves autour d’Alger et de deux autres villes.

En parallèle, un mouvement se crée autour de la Gloire, drogue distribuée par un certain Tim pour diffuser une vision mystique. En résulte le lancement d’une légende qui va attirer des jeunes venus de toute la France et de plusieurs pays d’Europe par la promesse d’un nouveau mode de vie festif. Les autorités françaises n’aiment pas qu’on dévergonde ses jeunes et les vautriens (contraction de vaurien et vautré) émigrent à Alger pour y créer des communautés.

Cette histoire est raconté par plusieurs points de vue différents, à travers plusieurs témoignages de personnes qui ont participé à différents moments de ce mouvement : ceux qui ont connu ses débuts, festifs et insouciants, et ceux qui ont vécu ses difficultés et l’extrême pauvreté et le dénuement dans lesquels certains communautés se sont retrouvées. Et il y a des acteurs plus ou moins bien identifiés qui ont participé aux événements politiques et qui donc témoignent des causes et conséquences de choix politiques faits durant ces années complexes.

Il y a aussi ce collectionneur de vinyles à la recherche d’un disque extrêmement rare enregistré à l’époque et qui pour le retrouver va mettre à jour les événements marquants de ces années 1960-1970 : la tension politique entre Alger et la France, entre des indépendantistes radicaux et des mélancoliques de l’Algérie française, alors qu’Alger devient un enjeu déterminant du conflit qui ne demande qu’à éclater entre les deux pays ; le développement de ces communautés, fondées sur l’entraide et le partage, et sur des valeurs révélées par la Gloire, de ces mouvements non-violents d’engagement contre la guerre ; l’avènement de la musique psychodélique et de nombreux groupes plus ou moins engagés dans les mouvements de leur époque.

C’est un roman qu’il est difficile d’aborder, parce qu’il est dense, foisonnant et que son intrigue peut difficilement se résumer en deux lignes (en témoignent les paragraphes précédents). Il se fait le portrait d’une époque – les années 60-70 et ses mouvements communautaires hippies, non-violents, engagés pour un autre mode de vie – tout en exposant les enjeux politiques et sociétaux suscités par une ville – Alger. Il porte son titre à merveille : la Gloire a suscité l’envie de constituer des communautés, une manière de vivre alternative, mais ce fantasme n’est qu’un rêve et a vite produit de nombreuses désillusions.

Tout cela doit paraître bien complexe, l’aspect polyphonique des récits qui se répondent et se croisent est peut-être perturbant. Il faut en effet faire le liens entre les différents pour appréhender le tableau en entier. Mais tout cela est très bien mené par son auteur. Il a réussi à faire un récit cohérent, et qui, si tant est qu’on veuille faire l’effort de s’accrocher un peu de sortir de sa zone de confort, est passionnant.

Quant à moi, vous l’aurez deviner, j’ai adoré cette lecture, je me suis faite embarquée sans m’en rendre compte et j’ai été fascinée. Par cette époque, par ce récit, par ce qu’on peut en tirer, par les traces qu’il en reste peut-être aujourd’hui. J’ai été bien inspirée d’ailleurs de ne pas le lire plus tôt, parce que je pense que, il y a un an ou deux, je n’aurais pas eu la maturité nécessaire pour apprécier pleinement ce roman et ses enjeux. Je vous recommande chaudement ce roman.

Et une chronique en vidéo !

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