Pottsville, 1280 habitants – Jim Thompson

 

 

Jim THOMPSON
Pottsville, 1280 habitants (traduit par Jean-Paul Gratias)
Editions Rivages, 2016
270 pages
Collection Rivages Noir

Présentation de l’éditeur

Shérif de Pottsville, 1280 habitants, au début du vingtième siècle,Nick Corey évite de trop se fatiguer à se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et pourrait bien perdre son poste aux prochaines élections. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

Première traduction intégrale du plus célèbre romande Jim Thompson, un classique incontournable.


Ce qui est amusant à propos de ce roman – et c’est ce qui m’a attirée au premier abord -, c’est l’histoire de sa traduction. En effet, lors de cette réédition pour l’anniversaire de la collection Rivages/Noir, ce qui fait parler de ce roman, ce sont les changements qu’a apporté la nouvelle traduction, illustrant en quelque sorte un avant et un après de la traduction comme métier et discipline littéraire. Le titre change, de « 1275 âmes » à « Pottsville, 1280 habitants », retrouvant ainsi ses 5 âmes perdues (le titre original étant : Pop. 1280). Certains passages avaient aussi été tronqués. Bref, si l’anecdote est plutôt amusante (plus d’information sur cette histoire de traduction ici et ), le roman l’est aussi (une chance).

Nick Corey, shériff à Pottsville, aime sa tranquillité plus que tout et, au grand dam de ses concitoyens, il ne tient pas vraiment à appliquer la loi. Il est débonnaire, passe ses journées renversé sur sa chaise, les pieds sur son bureau, le chapeau sur les yeux. Sa phrase préférée est « Je ne dirais pas que vous avez tort, mais je ne dirais pas que vous ayez raison non plus », un summum d’argumentaire et de fermeté. On le voit donc se faire humilier, quelqu’un sous-entend devant lui des doutes quant à la fidélité de sa femme, elle-même une furie qui passe son temps à le houspiller. Et puis il y a les notables qui menacent de le destituer, de soutenir un autre homme aux prochaines élections du shérif.

Quand la menace de perdre son poste se fait plus forte, il commence à faire le ménage. Et finalement, malgré son sens tordu du discours, son air pataud et sans volonté, on le découvre bien plus malin qu’il n’y paraît. Les toilettes publiques sous ses fenêtres qui l’empuantissent, les deux maquereaux qui l’ont cogné, le mari violent de sa maîtresse, il élimine de manière diablement efficace les obstacles et révèle être un manipulateur machiavélique et cynique. Si le côté pataud du personnage m’a d’abord semblé pénible, c’est diablement réjouissant de le voir effectuer sa métamorphose et d’assister à chacun de ses tours. Tout ça avec une vision du monde amorale et une logique implacable.

Ce roman de 1964 (première traduction française en 1966) est devenu un classique du roman noir et il mérite bien ses deux appellations. Ce type personnage est mythique : c’est l’anti-héros qu’on déteste. Et puis il y a ce style, ce ton : c’est Nick Corey le narrateur qui nous raconte cette histoire et s’il ne nous dévoile pas ses plans, on lit ses répliques avidement et il nous retourne la tête tout autant qu’à ses interlocuteurs. C’est aussi drôle, mais attention d’un humour noir et plutôt grinçant. Une excellente lecture !

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