Les Sentiers des Astres, 1. Manesh – Stefan Platteau

 

Stefan PLATTEAU

Les Sentiers des Astres, 1. Manesh

Editions Les Moutons Electriques, 2014

Collection Bibliothèque Voltaïque

 

Présentation de l’éditeur

Quelque part dans la nordique forêt du Vyanthryr, les gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve vers les sources sacrées où réside le Roi-diseur, l’oracle dont le savoir pourrait inverser le cours de la guerre civile. À bord, une poignée de guerriers prêts à tout pour sauver leur patrie. Mais qui, parmi eux, connaît vraiment le dessein du capitaine ? Même le Barde, son homme de confiance, n’a pas exploré tous les replis de son âme. Et lorsque les bateliers recueillent un moribond qui dérive au fil de l’eau, à des milles et des milles de toute civilisation, de nouvelles questions surgissent. Qui est Le Bâtard ? Que faisait-il dans la forêt ? Est-il un danger potentiel, ou au contraire le formidable allié qui pourrait sauver l’expédition de l’anéantissement pur et simple ?

Un huis-clos humaniste et un peu cruel, une histoire sans héros, quelque part entre Robin Hobb et Robert Holdstock.


Manesh est le premier tome de la série Les sentiers des astres de Stefan Platteau publié aux éditions des Moutons électriques en 2014. Il s’agit de fantasy, mon genre de prédilection. J’en lis beaucoup et j’apprécie tout particulièrement les univers qui me font sortir des classiques elfes/nains/orques/dragons et licornes.

Nous suivons ici une troupe d’aventuriers qui naviguent sur un fleuve pour remonter son cours vers les terres étranges et inexplorées du nord. Ils sont à la recherche du Roi-Diseur, un oracle, dont les paroles pourraient changer le cours de la guerre civile qui fait rage dans le royaume de l’Héritage. C’est le barde de la troupe qui nous raconte comment lui et ses compagnons ont tiré du fleuve un homme blessé flottant accroché à une branche d’arbre. Il a les jambes brisées, presque nécrosées, il est fiévreux et tout le monde doute de pouvoir le soigner. Pourtant, il reprend conscience et se met à raconter son histoire. Il s’appelle Manesh, dit aussi le Bâtard et ce surnom cache en fait des origines fabuleuses.

Tout le roman va se passer sur ces bateaux entre la troupe dont la mission reste floue pendant un bon moment et le nouvel arrivant. C’est un genre de huis-clos mystérieux où on va apprendre à connaître chaque personnage et ses motivations.

L’histoire se déroule au rythme lent du voyage sur le fleuve, ce qui ne la rend pas moins envoûtante. Et on se laisse faire, on choisit de prendre le temps pour lire cette histoire. D’ailleurs, prendre son temps ne signifie pas que ce roman est dénué suspens ou de surprise, bien au contraire. Chaque camp, la troupe de navigateurs et le naufragé, a ses secrets et tente de les garder bien dissimulés jusqu’à ce qu’ils éclatent au grand jour.

J’aime particulièrement ce ton et ce style, cette voix de conteur dont on perçoit les moindres intonations à la lecture. Le style est riche, se laisse aller à quelque poésie, et est tout simplement magnifique. C’est vraiment très agréable à lire !

L’univers met en scène des créatures rarement vu en fantasy : des géants aux pouvoirs grandioses, une magie terrible. Le narrateur nous dévoile au fur et à mesure l’histoire légendaire de ce monde et on sent à quel point il est riche et que les influences de l’auteur viennent de multiples horizons.

En bref, je vous conseille ce livre, que vous soyez amateurs de fantasy ou pas. Pour conclure en quelques mots, Les Sentiers des Astres, c’est un univers riche, un style envoutant et une histoire qui malgré son apparente indolence se révèle pleine de surprise et de rebondissements. Pour moi c’est un coup de cœur !

Voir aussi : mon coup de cœur en vidéo !

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Toi – Martine Bourre

Martine BOURRE
Toi
Editions MeMo, 2008

Deux êtres, un grand et un petit, se trouvent, s’aiment, se protègent, se cachent, se retrouvent. Toi c’est deux fois toi.

Martine Bourre a écrit et illustré un livre tout simple mais grand comme la vie.

Toutes nos peurs et nos bonheurs sont contenus dans ces pages.


Toi c’est un petit album qui fait se répondre un grand être bleu et un petit être orange. Ils dialoguent, jouent sur plusieurs pages. Les deux êtres ne sont pas vraiment identifiés, mais leur relation est très touchante. Elle m’a fait penser à une relation que peuvent avoir un grand et un petit, un adulte (parent, grand frère, grande sœur, etc.) et un enfant.

Le texte consiste en un dialogue entre ces deux êtres, chaque phrase étant écrite dans la couleur du personnage correspondant. Les illustrations sont très simples, on a de grandes formes colorées comme si elles avaient été peintes sur une feuille très granulée. Les images ont donc un grain particulier qui me plaît beaucoup.

Cette histoire est simple et belle, et c’est un petit coup de cœur.

Les éditions MeMo font des livres qui me plaisent beaucoup. Le papier et la couverture sont mates, plutôt épais, mais très doux au toucher. Leurs histoires, d’après ce que j’ai lu jusqu’à présent, sont jolies et touchantes. Parmi leurs auteurs, j’ai découvert Anne Crausaz, Malika Doray et Emilie Vast. Je vous conseille d’aller les découvrir.

avril en albums

The Help – Kathryn Stockett

Kathryn STOCKETT
The Help
Editions Penguin Books, 2010
451 pages

Présentation de l’éditeur

Enter a vanished world : Jackson, Mississippi, 1962.

Where black maids raise whete children, but aren’t trusted not to steal the silver…

There’s Aibileen, raising her seventeenth white child and nursing the hurt caused by her own son’s tragic death; Minny, whose cooking is nearly as sassy as her tongue; and white Miss Skeeter, home from college, who wants to know why her beloved maid has disappeared.

Skeeter, Aibileen and Minny. No one would ever believed they’d be friends; fewer still would tolerate it. But as each woman finds the courage to cross boundaries, they come to depend and rely upon one another. Each is in search of a truth. And together they have an extraordinary story to tell…


A Jackson, Mississippi, en 1962, les femmes Blanches emploient des Noires pour faire le ménage, la cuisine et élever leurs enfants, alors qu’elles organisent un club de bridge ou lèvent des fonds pour « les pauvres enfants affamés d’Afrique ». Aibileen travaille chez les Leefolt. Leur fille, Mae Mobley, 2 ans, est le 17ème enfant qu’elle élève. Elle est là tous les jours, et assiste aux grands moments de sa vie. Minny a une langue trop bien pendue pour garder longtemps un emploi, même si sa cuisine est divine. Skeeter revient à Jackson après avoir obtenu un diplôme, et retourne chez elle pour découvrir que Constantine, la bonne qui l’a élevée pendant 22 ans a disparu. Sa mère lui met la pression pour faire d’elle une jeune femme convenable et attirante, et lui trouver vite un mari. Mais Skeeter a un projet : écrire. Une histoire de toilettes et la rencontre d’Aibileen et de Minny lui donnent un sujet. Un sujet dangereux, mais un sujet qui pourrait changer bon nombre de choses à Jackson.

J’inaugure avec cette chronique les lectures en VO sur ce blog. On m’avait prêté ce livre il y a deux ou trois ans ; j’ai enfin passé le cap et je l’ai lu. Et je rejoins l’avis général pour dire que ce livre est plein de force et d’émotion, et donc qu’il est à lire. Pour une fois, je ne pourrai pas juger le roman sur le style de son auteur  – sur du français oui, mais je ne vais pas commenter de l’anglais. Ça se lit bien, mais le langage est parfois très familier et retranscrit des accents (avec oubli d’auxiliaire, contraction, expressions presque argotiques, etc.) et donc loin de l’anglais académique qu’on apprend. Il vaut mieux avoir un bon niveau d’anglais parce que c’est un peu perturbant.

On suit les points de vue d’Aibileen, de Skeeter et de Minny, alors qu’elles poursuivent leurs chemins à Jasckson : Skeeter se met à développer un point de vue contraire à ce que la bonne société voudrait d’elle, Minny doit se faire aux bizarres habitudes de sa nouvelle patronne, et Aibileen prend soin de Mae Mobley en lui racontant des histoires sur la tolérance. L’ambiance de la ville est très bien transmise, entre la bienséance de la société blanche huppée, les relations compliquées entre les communautés noire et blanches, avec la menace du Ku Klux Klan ou celle que les femmes blanches font peser sur leurs employées : qu’une rumeur sur l’une d’elle se répande et elle ne pourra plus trouver de travail en ville.

On est aussi dans un contexte bien particulier, avec le début des marches pour les droits civils, l’influence des actions de Rosa Parks et Martin Luther King. Il y a un subtil changement social, puisque c’est aussi le début du mouvement hippie, et qu’une musique contestataire se répand – Bob Dylan est cité plusieurs fois -, changement qui semble peu affecter Jackson. Par contre, on ressent bien la tension qu’il y a entre les deux communautés. Mais cela est mis en scène de manière intelligente par l’auteur puisqu’elle aborde de manière nuancée les relations entre ces femmes blanches et leurs bonnes, des relations de respect, de conflit, de peur, des relations parfois inexistantes.

Je suis complètement emballée et émue par cette lecture, je l’ai lu bien plus vite que ce à quoi je m’attendais et le fait d’avoir vu l’adaptation cinématographique avant de le lire ne m’a absolument pas gênée. Au contraire, le fait de lire en anglais m’a rappelé des intonations ou des voix des actrices du film ce qui a d’autant plus enrichi ma lecture. A lire sans hésiter !

Le Grand Méchant Renard – Benjamin Renner

Benjamin RENNER

Le Grand Méchant Renard

Editions Delcourt, 2014

192 pages

Collection Shampooing

Présentation de l’éditeur

Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place entrant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des oeufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel.


Il était temps que je parle de cette BD ! Mais en même temps, j’avais du mal a trouver quelque chose à y dire qui puisse être objectivement intéressant – à part dire QU’IL FAUT LA LIRE !!!

Malgré tout, comme je reste persuadée qu’en parler est indispensable, je fais cet article.

Le résumé est très explicite : un renard maigrichon et au charisme d’un mouche tente de trouver sa place dans la chaîne alimentaire de la magie. Mais, les poules  le tabassent et même les moineaux n’ont pas peur de lui. Le loup lui souffle alors une idée : voler des oeufs, les couver pour les faire éclore, puis engraisser les poussins et enfin les manger ! Mais le tout va se compliquer quand les poussins le prennent pour leur « maman ».

Quiproquos, situations rocambolesques, personnages feignant, hargneux, tyranniques ou nonchalants, dialogues et répliques au potentiel culte… C’est tout simplement génial ! Drôle et truculent !

Pour donner un exemple de son succès, je l’ai vu dans deux ou trois librairies mis en avant et chaudement conseillée par les libraires. Et puis, toute ma famille l’a lue, l’a relue et approuve.

Pour terminer, un petit extrait :

Chien du heaume – Justine Niogret

Couverture - Chien du heaume

Justine NIOGRET

Chien du heaume

Editions J’ai lu, 2011

222 pages

Collection Fantasy

Présentation de l’éditeur

Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloîtrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les moeurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t-elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?


 Je ne sais que la voix du fer, de la tempête et des cris des hommes.

J’ai eu le grand plaisir en début d’année de relire ce roman. Je reste encore subjuguée par ce style, cette originalité et cette histoire qui s’apparente d’une certaine manière aux mythes médiévaux et aux chansons de geste. (Je prends le temps de faire un parenthèse : j’ai eu il y a quelques années des cours sur la littérature du Moyen Age. Le prof était super intéressant et drôle, mais c’était il y a trop longtemps pour que j’en garde un souvenir précis. Je m’excuse donc par avance des inexactitude que je pourrais écrire ici).

Voici un roman plutôt étrange. Court et surtout inclassable de mon point de vue. En lisant le résumé et le nom de la collection, on peut penser que c’est de la fantasy ou même un roman historique. Mais il n’y a pas vraiment d’évocation de faits historiquement avérés et on n’est pas non plus dans un monde inventé, où cohabiteraient hommes, elfes, nains et autres créatures de magie.

Lors de ma première lecture, je me souviens d’être restée perplexe en lisant les premières pages : je ne savais pas trop ou j’atterrissais. Cela ne m’a pas déplu et j’ai continué, d’autant plus que le style de l’auteur m’intriguait. Je trouve la performance remarquable dans la mesure où on n’est plus dans un langage du XXIème, mais dans quelque chose qui sonnerait comme le ton de l’époque : tournures de phrase qui peuvent sembler soutenues, mais seulement parce que ce n’est plus vraiment utilisé de nos jours, mots d’ancien ou moyen français (enfin, je suppose : mes connaissances en la matière sont limitées !). Ça sonne archaïque et pourtant ça reste fluide. Et comme je prends toujours plaisir à lire un style qui se distingue des autres, j’ai poursuivi.

L’intrigue n’est pas uniforme, dans Chien du heaume. La quête de l’identité du personnage est un point de départ et semble être un prétexte à l’auteur pour nous faire découvrir plein de personnages, et d’anecdotes un peu épisodiques, mais qui trouvent leurs places dans un schéma plus global. De fait, le roman se déroule sur plusieurs années.

Ce que je retiens cependant, c’est l’ambiance de violence et de brutalité qui s’y développe. Et c’est d’un réalisme saisissant. Il est loin l’amour courtois ! Les chevaliers ne sont pas surnommés « Sanglier », « Salamandre » ou « Chien » pour rien ! Leur bestialité apparaît sans équivoque. Ce sont des brutes, des combattants rudes, sans vraie beauté. Notre héroïne elle-même est grasse, pas jolie, avec le museau « aussi noir que les bêtes ». Mais c’est une mercenaire et avec sa hache, elle devient redoutable. Mais ça ne les empêche pas de rêver, d’aimer qu’on leur conte des histoires, de se plonger dans la mélancolie et de tenir des discours d’une remarquable profondeur.

« Chien, qui n’avait souvenance de rien de son petit âge, revit pourtant, dans les brumes de son bol, une vieille image réveillée par la maladie, la fatigue, les songes de guerre et l’aveu du meurtre de son père. Et cette image était celle d’une falaise, d’une falaise qui éventrait, toute couleur d’herbes, d’algues et de rocs. Elle balafrait une lande dévorée par les vents, et Chien du heaume se souvint que c’était cette blessure qui donnait  forme à la terre, qui lui serinait ses frontières grises, que, sans elle, la lande n’aurait été qu’un lieu sans limites et sans fin, balayée de toutes les bourrasques que l’océan aurait su lui jeter au corps. Cette terre était tout  comme la mercenaire, c’était leur manque et leur plaie qui les définissait. »

Si le contexte est indéterminé, et le genre incertain, il ne faut pas oublier que le roman possède par moment un aspect onirique, un peu comme des contes, des fables ou des légendes qui seraient racontées au coin du feu. C’est d’ailleurs ainsi que le roman est introduit. Le narrateur s’adresse directement à son audience pour lui souffler à l’oreille un ou deux secret de son personnage.

Cette lecture est très agréable. Il faut souligner que l’auteur s’y connait en terme de Moyen Age, de pièces d’armurerie, de chevalerie. Elle nous offre un tableau étonnant de cette période. Ses personnages son fascinants, loin des lieux communs que l’on retrouve régulièrement en littérature.

Vous voulez une autre preuve de sa qualité ? Ce roman a été récompensé de quelques prix : le Prix Imaginales 2010 du roman francophone ; le Grand Prix de l’Imaginaire du festival Étonnants Voyageurs 2010 pour les romans francophones ; et le Prix Oriande 2010 du roman de féérie.

Je conseille ce roman sans aucune retenue. Si ce que j’ai pu écrire plus haut vous intrigue ne serait-ce qu’un petit peu, laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçu !

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Bric-à-Brac – Maria Jalibert

Couverture - Bric-à-brac

Maria JALIBERT

Bric-à-Brac

Editions Didier Jeunesse, 2013

96 pages

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Présentation de l’éditeur

Le temps d’un livre, l’illustratrice Maria Jalibert nous dévoile sa collection de jouets miniatures. Les combinaisons surprennent par leur poésie, leurs fantaisie – orange rangé, rose désordre, tout seul / ensemble, haut les mains, etc. – et leur façon d’assumer ce qui fascine les petits : des derrières, des squelettes, des choses qui brillent…

Un imagier étonnant, déjanté parfois, poétique et ludique ! Pour les amoureux des photos, des jouets rétro, pour les petits rêveurs et les grands enfants.

Mon avis

Autant l’annoncer tout de suite : cet album est un coup de coeur !

Maria Jalibert a sorti tous ses jouets en plastiques et les a rangés, associés, dérangés, classés selon des thèmes ou des logiques bien particulières : par couleur, par taille, par ordre alphabétique, les poissons d’un côté, les jouets cassés de l’autre, ceux qui évoquent la guerre, les animaux…

Chacune des pages est une surprise : les jouets sont vraiment installés de manière étonnante et pas toujours évidente. C’est un régal pour les yeux, c’est drôle, très ludique.

On a des finalités assez classiques qui sont l’apprentissage des chiffres, des formes et des couleurs, et puis il y a des assemblages qui détonnent, qui amusent. Et ça marche pour les petits comme pour les plus grands.

J’ai personnellement pris un grand plaisir à feuilleter puis examiner cet imagier. Il recèle de nombreuses surprises et puis c’est juste très beau ! (oui, cet avis est loin d’être aussi construit qu’il devrait l’être. Pour ma défense, cette lecture date de quelques mois et j’ai tendance à avoir une mémoire de poisson rouge… Pour plus de précisions, je vous invite à lire la chronique sur le site Ricochet).

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Tout seul – Christophe Chabouté

Couverture - Tout seul

Christophe CHABOUTE

Tout seul

Editions Vents d’Ouest, 2008

368 pages

Coup de coeur

♥♥♥♥♥

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Présentation de l’éditeur

50 ans qu’il vit ici, sur ce caillou, dans son vaisseau de granit. Bateau immobile qui ne l’emmène nulle part et qui ne rejoindra jamais aucun port… Et pourquoi quitter ce lieu alors que le monde au-delà de cette satanée ligne d’horizon fait si peur ? Où s’évader lorsqu’on n’a nulle part où aller ? Comment combattre la solitude et empêcher que ce silence perpétuel ne devienne assourdissant ?… Des années passées sur son rocher, avec l’imagination comme seule compagne… Avec Tout seul, Christophe Chabouté signe un de ses albums les plus surprenants, où se côtoient onirique et quotidien et où s’enchevêtrent subtilement sensibilité, tendresse et humour…

Mon avis

Un phare au milieu de la mer – autant dire au milieu de nulle part. Un désert de vague et d’eau ravitaillé par un bateau de pêche chaque semaine et visité par les mouettes. Le pêcheur nouvellement engagé croit d’abord à un genre de trafic, mais son patron lui raconte l’histoire de « tout seul », le fils de l’ancien gardien du phare. « Tout seul » est né mal formé dans le phare et ne l’a jamais quitté. Quand sa mère est morte, son père a tout organisé pour qu’il puisse vivre tranquillement dans le phare. Il ne s’est jamais montré à personne et vit en solitaire dans cette tour isolée, avec pour seul compagnon un poisson rouge et pour seule distraction la pêche, ce que lui apporte les vagues et un dictionnaire. Ce dictionnaire, il le jette sur la table pour lire des définitions au hasard qui le feront rêver et s’évader grâce à sa fabuleuse imagination. Même si parfois, certaines définitions le font revenir à sa condition d’isolement.

En ouvrant cette bande dessinée, je ne savait du tout à quoi m’attendre. Et puis, on entre dans le sujet de manière progressive : une mouette, des vagues, un bateau, le phare, puis l’intérieur du phare, des objets et « tout seul ». Les dessins sont uniquement en noir et blanc, les paroles sont rares. L’ambiance est fabuleuse.

J’adore ce livre. Je le lis et le feuillette sans me lasser. Les images sont belles et l’idée de l’intrigue est vraiment originale : un homme lit des définitions d’un dictionnaire et imagine le monde selon ses références à lui. Quand on lui décrit des confettis comme des rondelles de papier qu’on s’envoie lors de fête, il imagine des gens riant se jetant des confettis aussi gros que des crêpes. C’est assez drôle et en même temps très touchant.

Les deux autres personnages sont aussi intéressants : le vieux marin bourru et sa jeune recrue méfiante qui finissent par s’ouvrir l’un à l’autre et se découvrir des intentions différentes de ce qu’ils croyaient de l’un envers l’autre.

Je recommande ce livre. Je mets rarement des coups de coeur, mais là, c’en est un, sans hésiter.