Le Fleuve des brumes – Valerio Varesi

 

 

 

Valerio VARESI
Le Fleuve des brumes (traduit par Sarah Amrani)
Editions Agullo, 2016
315 pages
1ère édition (VO) : 2003

Présentation de l’éditeur

Dans une vallée brumeuse du nord de l’Italie, la pluie tombe sans relâche et le Pô menace de sortir de son lit. Libérée de ses amarres, une barge dérive dans la nuit avant de disparaître dans le brouillard. Quand elle s’échoue à l’aube, son pilote est introuvable. Quelques heures plus tard, le frère du batelier est défenestré. Suicide ? Lorsque le commissaire Soneri découvre que les deux frères ont servi dans la milice fasciste cinquante ans plus tôt, il pressent qu’il y a un lien entre leur passé trouble et leur mort violente.

Un polar impressionniste où la vérité se heurte au silence de ceux qui vivent sur le fleuve et n’ont pas digéré les vieilles rancœurs…


Une nuit, au bord du Pô. Le club des bateliers local est en alerte : il pleut sans arrêt depuis plusieurs jours et le Pô menace de passer au dessus des digues et d’inonder les villages qui le bordent. Soudain, la barge amarrée devant les baraques du port s’éloigne du quai et se met à dériver sur le fleuve. Ils ne sont d’abord pas inquiets : Tonna, son propriétaire, est un vétéran de la navigation. Mais il se rendent compte rapidement qu’il n’y a aucune lumière sur à bord de la barge ; elle semble d’ailleurs déserte. Quand elle s’échoue, le pilote est introuvable.

A Parme, le commissaire Soneri est envoyé sur le lieu d’une mort par défenestration. Tout à l’apparence du suicide, sauf de minces indices qui l’amènent à penser que la victime, un vieil homme, a probablement été tué. Quand il découvre que le mort est le frère du pilote disparu de la barge, il se précipite sur les bords du Pô pour mener l’enquête.

Soneri est le genre d’enquêteur qui avance en errant et en se perdant. Il va, il vient, il fait une rencontre, discute, part, revient, insiste… larguant dans son sillage son adjoint balloté entre la suite logique de l’enquête, et les demandes en apparence farfelues de son chef. Soneri est souvent en conflit avec ses supérieurs, procureurs et juges d’instruction, dans une sorte de bataille d’ego qui semble n’avoir pour seul but que d’entraver l’enquête. Avec cette affaire, Soneri plonge en plein brouillard. Entre le mutisme et l’hostilité de ceux qui ont connaissaient le disparu, le passé de chemises noires, les altercations entre fascistes et résistants communistes durant la guerre, une histoire de trafic sur le fleuve, il y a de quoi s’embourber. Mais le jour va bien évidemment finir par se lever, le brouillard avec, et les eaux du fleuve se retirer.

Ce n’est pas le genre de roman policier à l’action effrénée, où les rebondissements s’enchaînent. Au contraire, le rythme est plutôt lent, et plus que l’action, c’est l’ambiance qui compte : la pluie, la brume, l’inondation, et les vieilles rancoeurs toujours bien ancrées. La gastronomie y tient une place importante : ça mange et ça boit beaucoup dans ce roman. C’est tout à fait le genre de roman que j’aime bien, d’ordinaire. En effet, je suis restée en dehors de cette histoire. L’idée de l’ancrage historique de l’enquête m’avait bien plu, de même que l’image d’un fleuve en cru, couvert de brume.

Pourtant, je n’ai pas accroché au personnage du commissaire. Je suis restée sur l’impression qu’on ne nous avait pas présenté le personnage, comme s’il y avait eu un premier tome qui l’introduisait à côté duquel je serais passée à côté. Ça a surtout été l’impression que j’ai eu concernant la compagne du commissaire, qui débarquait de nulle part sans que je sache qui elle était ou comprenne quel était son lien avec lui. J’ai eu un peu la même réaction que si un inconnu m’avait claqué deux bises alors qu’on ne s’était jamais vus avant et qu’on avait pas été présentés : un haussement de sourcil stupéfait et hostile (oui, le haussement de sourcil est chez moi très significatif).

Si j’ai lu ce roman assez vite, mon sentiment demeure mitigé : j’ai été séduite par cette ambiance et la découverte de cette région, mais suis restée peu investie, auprès des personnages et au sein de l’enquête. L’écriture ne m’a pas non plus marquée. Je suis sur ma faim, persuadée d’être passée à côté de plein de choses, sans pour autant avoir l’envie d’y revenir un jour. J’ai donc quelques regrets et vous conseille d’aller consulter d’autres avis que le mien pour en savoir plus sur ce roman.

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Le Quatrième Mur – Sorj Chalandon

 

 

 

 

Sorj CHALANDON
Le Quatrième mur
Editions Grasset, 2013
325 pages

Présentation de l’éditeur

« L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.

Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne… »


Georges fait partie de la génération des bacheliers de 1968. Très militant, il rencontre Samuel Akounis, dramaturge grec qui a fui la dictature et la répression dans son pays. La vie les rapproche, les sépare, et un beau jour, Samuel, malade, appelle Georges à son chevet. Il lui demande de prendre sa place dans un projet fou : monter Antigone de Jean Anouilh dans le Liban en guerre, en faisant jouer les personnages de la pièce par des membres des différents camps qui s’affrontent, afin d’accorder à ces peuples une trêve poétique le temps de la représentation. Mais la guerre a peu de considération pour les « trêves poétiques ».

Le roman retrace d’abord la rencontre de Georges et de Samuel. C’est Georges notre narrateur, et comme lui nous nous laissons séduire par Samuel et ses convictions. Et quand il s’agit de s’envoler pour le Liban pour monter une forme d’utopie éphémère, eh bien nous partons, pleins de bonne volonté et prêt à diffuser Antigone et son symbole dans ce pays en guerre. Mais à Beyrouth, dès que Georges doit visiter chacun des acteurs, la réalité le rattrape. Circuler est difficile, tout comme convaincre juifs, chrétiens, palestiniens et chiites de coopérer à la création de cette pièce. Chacun a sa propre vision de la pièce et interprète le personnage d’Antigone et son combat différemment. La guerre est bel et bien présente : tirs, bombes, bâtiments en ruine, contrôles à chaque coin de rue, morts, massacres. Georges se retrouve pris par ce projet, par cette guerre, et il va en être changé à jamais.

Ce roman est une claque ! Le sujet est d’abord très fort et l’écriture, sublime, en rend toute la complexité. J’ai particulièrement aimé la présence, tout au long du roman, d’Antigone et de son combat, de sa résistance. Son symbole est fort et l’interprétation qu’en fait Sorj Chalandon donne envie de relire la pièce pour la redécouvrir sous cette nouvelle lumière. C’est une lecture puissante et bouleversante qui raconte la guerre dans toute sa brutalité.

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Jardin d’hiver – Olivier Paquet

 

 
Olivier PAQUET
Jardin d’hiver
Editions L’Atalante, 2016
416 pages

Présentation de l’éditeur

Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé  » le crime du siècle « . Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.

La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les batailles et dont la philosophie se résume à cette maxime :  » Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde.  »

Un soir, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé et des germes du futur.


Le travail sur la Tchaïka n’est pas de tout repos. Si les contrebandiers ratissent les champs de bataille une fois que les combattants l’ont quitté, ils doivent rester vigilants pour ne pas déclencher les nombreuses armes laissées sur place par les belligérants : les animaux-robots du consortium tirent à vue sur eux, tandis que les plantes-bombes de la Coop ne font pas la distinction entre les différents camps. Mais le champ de bataille où ils récupèrent cet inconnu est inhabituel. Ils trouvent nombre de carcasses d’aéronefs à désosser, mais les morts sont nombreux et ce qui les a causé est inquiétant. En effet, ils ne souffrent d’aucune blessure physique. L’un des deux camps semblent avoir développé une arme encore plus destructrice.

Voilà l’équipage plongé au coeur du conflit, conflit auquel vient s’ajouter une troisième faction qui cherche à tous prix à mettre fin à cette guerre. A ces trois factions qui s’opposent, s’ajoutent une intelligence artificielle, une Epée (c’est-à-dire un guerrier  sanguinaire que rien n’arrête), et une entité mystérieuse : Jardin d’hiver. L’action est par moment un peu confuse : tout n’est qu’alliance, trahison, conversation éthique ou divergence de point de vue idéologique.

Mon avis est un peu plus modéré que quand j’ai acheté ce roman. En effet, j’avais eu un coup de coeur pour cette couverture, et lire sur la quatrième de couverture les mots « animaux-robots » et « plantes mécanisées » dans la même phrase avait fini de me convaincre. D’abord, il y a cette impression que les personnages tournent en rond : ils vont dans un lieu, déterminés à faire quelque chose, mais rien ne se passe comme prévu, ou l’un d’eux change d’avis, et les voilà repartis en sens inverse, et ça de la Méditerranée à l’Islande. C’est assez frustrant parce qu’on a l’impression qu’ils agissent en vain. Le côté contrebandier est aussi peu mis en avant par rapport à ce qui est dit dans le résumé. Certes, ils sont pivots dans l’histoire, mais on suit moins leur mode de vie que leur changement de cap au gré des caprices de l’un ou l’autre des belligérants. Il m’a aussi semblé que certains dialogues partaient dans des discussions éthiques interminables – qui sont aussi un ressort du récit – mais qui m’ont semblé plus confuses qu’autre chose, et j’avoue n’y avoir pas compris grand chose (mais ça, c’est peut-être juste dû à l’état de fatigue dans lequel j’étais quand j’ai lu ce roman).

Cependant, cela ne doit pas vous arrêter : ce roman a aussi plein de qualités. Tout d’abord, il y a de très bons concepts de science fiction, autour de l’intelligence artificielle notamment. Et j’aime beaucoup la vision qu’il offre d’une forme de compromis entre le végétal, l’animal et la machine. Enfin, il n’y a aucun angélisme sur le conflit ou sur les partis en présence. Il n’y a aucun parti pris, ni pour le Consortium ni pour la Coop, et la conclusion arrive à dépasser cet antagonisme de façon remarquable. De plus, l’écriture est plutôt efficace, et se laisse aller à un peu de poésie, ce qui est plutôt agréable. Enfin, j’ai beaucoup aimé comment l’auteur dépeint la société du Consortium, et le mode de vie des habitants de Mégapole. C’est ville gigantesque au coeur même du Consortium, et les innovations architecturales que technologiques (notamment tout ce qui peut être une forme évoluée de nos réseaux sociaux et de nos objets connectés) qui la composent et ce qu’elles induisent en terme de mode de vie, d’interaction sociale etc. m’ont vraiment intéressée.

Ainsi, je suis peut-être moins enthousiasme à propos de ce roman que je ne l’étais au moment où je suis tombée dessus en librairie – à cause d’une certaine fatigue qui rendait la lecture laborieuse. Mais j’en garde vraiment un bon souvenir, et maintenant que mon avis a mûri, je le conseille aux personnes qui aiment la SF et à celles qui n’ont pas peur quand on prononce les mots « intelligence artificielle ».

Pottsville, 1280 habitants – Jim Thompson

 

 

Jim THOMPSON
Pottsville, 1280 habitants (traduit par Jean-Paul Gratias)
Editions Rivages, 2016
270 pages
Collection Rivages Noir

Présentation de l’éditeur

Shérif de Pottsville, 1280 habitants, au début du vingtième siècle,Nick Corey évite de trop se fatiguer à se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et pourrait bien perdre son poste aux prochaines élections. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

Première traduction intégrale du plus célèbre romande Jim Thompson, un classique incontournable.


Ce qui est amusant à propos de ce roman – et c’est ce qui m’a attirée au premier abord -, c’est l’histoire de sa traduction. En effet, lors de cette réédition pour l’anniversaire de la collection Rivages/Noir, ce qui fait parler de ce roman, ce sont les changements qu’a apporté la nouvelle traduction, illustrant en quelque sorte un avant et un après de la traduction comme métier et discipline littéraire. Le titre change, de « 1275 âmes » à « Pottsville, 1280 habitants », retrouvant ainsi ses 5 âmes perdues (le titre original étant : Pop. 1280). Certains passages avaient aussi été tronqués. Bref, si l’anecdote est plutôt amusante (plus d’information sur cette histoire de traduction ici et ), le roman l’est aussi (une chance).

Nick Corey, shériff à Pottsville, aime sa tranquillité plus que tout et, au grand dam de ses concitoyens, il ne tient pas vraiment à appliquer la loi. Il est débonnaire, passe ses journées renversé sur sa chaise, les pieds sur son bureau, le chapeau sur les yeux. Sa phrase préférée est « Je ne dirais pas que vous avez tort, mais je ne dirais pas que vous ayez raison non plus », un summum d’argumentaire et de fermeté. On le voit donc se faire humilier, quelqu’un sous-entend devant lui des doutes quant à la fidélité de sa femme, elle-même une furie qui passe son temps à le houspiller. Et puis il y a les notables qui menacent de le destituer, de soutenir un autre homme aux prochaines élections du shérif.

Quand la menace de perdre son poste se fait plus forte, il commence à faire le ménage. Et finalement, malgré son sens tordu du discours, son air pataud et sans volonté, on le découvre bien plus malin qu’il n’y paraît. Les toilettes publiques sous ses fenêtres qui l’empuantissent, les deux maquereaux qui l’ont cogné, le mari violent de sa maîtresse, il élimine de manière diablement efficace les obstacles et révèle être un manipulateur machiavélique et cynique. Si le côté pataud du personnage m’a d’abord semblé pénible, c’est diablement réjouissant de le voir effectuer sa métamorphose et d’assister à chacun de ses tours. Tout ça avec une vision du monde amorale et une logique implacable.

Ce roman de 1964 (première traduction française en 1966) est devenu un classique du roman noir et il mérite bien ses deux appellations. Ce type personnage est mythique : c’est l’anti-héros qu’on déteste. Et puis il y a ce style, ce ton : c’est Nick Corey le narrateur qui nous raconte cette histoire et s’il ne nous dévoile pas ses plans, on lit ses répliques avidement et il nous retourne la tête tout autant qu’à ses interlocuteurs. C’est aussi drôle, mais attention d’un humour noir et plutôt grinçant. Une excellente lecture !

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Des BD en bref #2

Je continue à faire des découvertes BD, parce que j’aime ça, et parce que mon boulot me permet d’y avoir un accès plus facile. Et j’ai envie d’en parler, sans avoir la matière pour en faire des articles complets, argumentés, etc. Du coup, je vous ai fait une petite sélection qui me permettra d’en parler de manière concise et décontractée.

Les Effroyables missions de Margo Maloo – Drew Weing

Editions Gallimard, 2016.

Charlie et ses parents quittent la campagne pour vivre à Écho City. Alors qu’il regrette son ancienne vie, ce reporter en herbe découvre avec horreur que des monstres en tout genre – trolls, vampires, fantômes et familles d’ogres – habitent non seulement dans son immeuble. mais dans toute la ville ! Sa rencontre avec la mystérieuse Margo Maloo, spécialiste es-monstres qui gère les conflits de cette communauté secrète, vont l’entraîner dans des enquêtes aussi excitantes qu’effrayantes !

Charlie est un peu du genre à dramatiser. Quand il emménage avec ses parents dans une grande ville, il s’imagine aussitôt victime d’un acte criminel, racket, vol, agression. Pourtant, le danger dans sa chambre même quand il voit deux grands yeux jaunes le fixer dans la nuit. Un voisin lui transmet une carte de visite, celle de Margo Maloo, une fillette qui vient le débarrasser du monstre qui habite son placard  avec diplomatie. Charlie découvre alors que dans les coins obscurs de son immeuble, des rues, de toute la ville, une autre société s’est organisée, une société composée de monstres. Charlie, journaliste en herbe, se lance alors dans une enquête haletante sur les traces de Margo Maloo.

L’idée que des monstres,trolls, fantômes vivent dans les ombres d’une grandes villes, dans ses espaces vides – égouts, tunnels, placards abandonnés, sous-sols délaissés… – est à la fois excitante et fait… frissonner ! Bref, j’aime beaucoup ce genre d’ambiances, la découverte de ces mondes cachés. Les deux personnages sont plutôt agréables à suivre. J’ai lu cette BD aux alentours d’Halloween et ce fut une bonne découverte.

Lila, pomme, poire, abricot – Séverine De la Croix et Pauline Roland

Editions Delcourt, 2016.

Je m’appelle Lila ! Mes parents se sont séparés et j’ai un grand frère qui m’embête tout le temps. Depuis hier, il m’arrive un truc incroyable : j’ai les nénés qui poussent ! Ma mère m’a emmenée chez le gynéco et m’a acheté mes premières brassières, même que j’ai hâte de les montrer à mes copines de l’école parce que c’est une taille 12 ans alors que j’en ai que 10. Elle est trop belle la vie !

Lila a 10 ans. Elle fait sa rentrée à l’école, alors qu’un truc incroyable s’est passé pendant les vacances : ses seins commencent à pousser. Entre l’admiration de ses copines, les moqueries des garçons, le désespoir de son père qui voit brusquement sa fille grandir et les taquineries de son frère, Lila se fait à ces deux bosses sur sa poitrine.

Cette BD, c’est un peu le truc que j’aurai aimé lire quand ça m’est arrivé. C’est d’abord pédagogique, avec des planches qui expliquent ce que c’est, ou qui montrent quels sont les soutiens gorges les plus adaptés.  Mais c’est aussi très drôle, parce que Lila est impayable. Et puis il y a tous les personnages qui tournent autour d’elle qui viennent compléter le tableau. Il y a des situations hilarantes, d’autres plus touchantes, et c’est un bon moyen pour dédramatiser ce début de la puberté.

Pile ou face, 1. Cavale au bout du monde – Hope Larson et Rebecca Mock

Editions Rue de Sèvres, 2016.

New York, années 1860. Lorsque le père adoptif de Cleopatra et Alexandre disparait, les deux jumeaux rejoignent le gang du Crochet Noir, surveillé pour ses multiples larcins. Pris par la police, ils acceptent de trahir le gang, contre un ticket de train pour la Nouvelle Orléans, où ils espèrent commencer une nouvelle vie. Mais Alex est capturé et embarqué de force comme main-d’oeuvre sur un cargo faisant route pour San Francisco. Cléo prend la route sur un steamer, pour tenter de rejoindre son frère. Mais les deux ados sont loin de suspecter les dangers qui les guettent : le gang a informé une bande de pirates, redoutés et impitoyables, que les jumeaux sont en possession d’objets constituant une carte au trésor. La course commence pour nos héros : course au trésor, vers leur père et pour leur vie.

Cette BD m’avait d’abord paru bien épaisse – 224 planches ! -, pour raconter une telle histoire (surtout un peu long comparé aux formats qu’on trouve habituellement pour des enfants). Mais ça se lit tout seul ! Et on se laisse facilement embarquer dans cette aventure. Certains ressorts sont un peu évidents – le fait que les jumeaux se trouvent séparés -, mais il y a de nombreux rebondissements, l’image qui est donnée des USA n’est pas inintéressante, et il y a quelques personnages secondaires hauts en couleur. Une chouette aventure à lire…

A bientôt pour de prochaines « BD en bref » !

Histoires Extraordinaires – Edgar Alan Poe

 

 

Edgar Alan POE
Histoires extraordinaires (traduit par Charles Baudelaire).
Editions Folio Classique, 2004
417p.
1ère édition (VF) : 1856.

Présentation de l’éditeur

« Voilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n’emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils ainsi les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu’il y a quelque chose d’excessif et de bizarre – quelque chose d’absolument  inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent  les plus pervertis des hommes. »


La chronique va être encore plus courte que d’habitude. En effet, je ne me sens pas très légitime à venir parler d’Edgar Alan Poe, ou en tout cas d’en faire une forme d’analyse. Je vais plutôt rester en surface.

Histoires extraordinaires est un recueil de nouvelles d’Edgar A. Poe, constitué par Baudelaire quand il a traduit ses textes pour l’édition française. Il n’aurait donc probablement pas eu la même cohérence si l’auteur lui-même aurait fait les mêmes regroupements. Mais j’ai trouvé ça intéressant puisque on retrouve des thématiques communes à plusieurs nouvelles, ce qui permet d’explorer plusieurs points de vue de l’auteur sur les thématiques en question.

On retrouve le célèbre Double assassinat dans la rue Morgue, en diptyque avec La Lettre volée qui présentent le même personnage de dandy qui résout des problèmes d’apparence insoluble grâce à son intellect. Poe est d’ailleurs l’un des précurseurs du roman policier. Il exploite aussi des découvertes scientifiques de son temps, ou des phénomènes naturels et y ajoute une touche fantastique : un ballon pour aller sur la lune, l’hypnose et ses effets sur la mort, un navire pris dans un maelström en pleine mer. Il y a aussi des histoires de fantômes, bien fantastiques dans le sens où on doute dans un premier de ce qu’on perçoit. Les explications scientifiques sont – souvent – très longues et un peu laborieuses à lire, mais je garde un bon souvenir de la lecture de ce recueil. J’admire toutes les idées développées tout comme l’ambiance qu’il parvient à instiller dans les contes les plus effrayants. Un classique à découvrir !

Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir, Fabien Cerutti

Fabien CERUTTI
Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir
Editions Mnémos, 2014
352 pages
Collection Icares

 

Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…


Nous sommes en 1339, en plein Moyen Âge. Mais un Moyen Âge habité autant par des humains, que par des elfes, des nains, des orcs ou d’autres créatures plus ou moins connues du bestiaire de la fantasy. L’Eglise a longtemps traqué ces créatures, leur magie étant impie, et une paix fragile a été accordée quand une princesse elfe est devenue Comtesse de la Champagne, faisant de celle-ci une terre d’asile pour les elfes et les autres peuples pourchassés. Mais en Champagne, la situation est difficile a tenir, puisqu’elle est prise en étau entre le Royaume de France et le Duché de Bourgogne – indépendant de la Couronne. Dans ce contexte instable, Pierre Cardwain de Kosigan, dit « Le Bâtard », est un interlocuteur privilégié pour toute basse-besogne, complot secret, ou enquête discrète. Un tournoi organisé en Champagne est au coeur de tous les enjeux politiques et diplomatiques de l’année, et bien sûr, le Bâtard de Kosigan a décidé d’y participer.

C’est le journal du chef mercenaire qui nous est dévoilé ici. Et, je ne sais pas pourquoi, je m’attendais presque à un personnage plus violent et bourrin. Je ne dis pas qu’il n’est pas violent, mais il est beaucoup plus subtile. Bon, il triche, ment, séduit, corrompt, trahit et assassine, mais le phrasé est élégant, et il est difficile de savoir qui il sert réellement – bon, en fait c’est facile : lui-même – et quel est son but. Avertissement (annoncé dès la première page): il ne révèlera pas ses plans. On découvre donc au fur et à mesure chacune de ses actions et ses conséquences. On devine derrière une stratégie sans jamais avoir de plan d’ensemble. Et on se fait surprendre – en tous cas, je me suis faite avoir par ses intrigues.

Tout le roman va donc tourner autour du tournoi (ahah !). C’est une action qui dure quelques jours, qui porte une forte tension, et qui va nécessiter du personnage bien des efforts. Mais on va aussi suivre la correspondance de Michaël Konnigan, un lointain descendant de Pierre Cadwain de Kosigan de la fin du XIXe siècle, à qui on livre un curieux objet en héritage et qui va en apprendre plus – ou plutôt soulever de nombreux questions – sur son ancêtre magouilleur. Les deux fils de l’intrigue se mêlent habilement et le deuxième présage de grands évènements à venir dans le premier.

Et en substance, on en apprend plus sur ce monde, ce Moyen Âge-là : la magie, les ravages faits par l’Inquisition dans les rangs des peuples anciens. On croise plusieurs races : Humals (hommes à têtes de lion), elfes, nains, Changesang (capable de prendre l’apparence d’autres personnes), esprits de rivière… Au delà de cet aspect magique, ce Moyen Âge a un goût d’authentique. Et pour cause, l’auteur est historien. Certains mots de vocabulaire employés, les pièces d’armures, les types de chevaux, les textes en ancien français qui nécessitent une traduction (d’ailleurs le journal du mercenaire a sûrement été traduit pour qu’on puisse le lire ;) )… tout nous met dans l’ambiance des romans de chevalerie, les complots en plus. Et j’insiste là-dessus, parce que c’est un sentiment que l’on a rarement dans les romans de fantasy dite médiévale.

Je ne m’attendais pas non plus que toute l’action soit si condensée autour d’un évènement, mais j’ai beaucoup aimé, et même si ça peut paraître court, il y a tellement de combats – décrits avec minutie, notamment lors du tournoi – d’actions, de retournement de situation, de « je veux bien te servir, mais en fait je sais que je vais te trahir », de double-jeu, etc. qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.

En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lecture.

La Passe-Miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

Ce roman, qui a remporté le premier concours du premier roman de Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama, a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie. Et pour cause : ce fut une véritable évasion !

 

 

Christelle DABOS

La Passe-miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver

Editions Gallimard Jeunesse, 2013

517 pages

 

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.


Dans ce roman, le monde est constitué d’arches, chacune ayant des traditions et un fonctionnement différent, et chacune ayant doté leurs habitants de pouvoirs. Ophélie est née sur Anima, et comme tous les habitants de cette arche, elle possède des dons qui lui permettent d’agir sur les objets. En l’occurrence, elle est une liseuse : elle peut lire le passé des objets en les touchant ; et une passe-miroir : elle est capable de passer d’un endroit à un autre en passant à travers les miroirs. Sa vie tranquille est bouleversée quand les autorités d’Anima lui impose un mariage arrangé avec un homme d’une autre arche. Elle n’a d’autres choix que d’accepter, au risque d’être exilée d’Anima. Le Pôle est une arche glacée, dons le système, violent et dangereux, oppose plusieurs clans dans une lutte pour le pouvoir (politique). Son fiancé, Thorn, est à l’image de l’arche : glacé, taiseux et définitivement indifférent au sort de sa promise. Ophélie se frotte aux intrigues de la Cour du Pôle, sans comprendre ce qu’on attend d’elle, cachée le temps de ses fiançailles, et bien déterminée à ne rien ressentir pour Thorn.

Les Fiancés de l’hiver est un roman qui m’a vraiment enthousiasmée. Comprendre : je l’ai terminée en trépignant des étoiles pleins les yeux, « tropbientropbientropbien… » s’échappant de ma bouche comme une litanie. Ce fut une vraie évasion (mentale), pour la simple raison que ce monde, le monde créé par Christelle Dabos est complet, fascinant et habité. Il vit, il s’anime par de nombreux détails que l’auteure a disséminé dans son roman. Ainsi, les objets son presque vivants sur Anima, ils ont un caractère et il est possible d’influer leurs psychologie. Et cette immersion commence dès les premières lignes :

On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.

Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir, à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.

Mais par dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimaient pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.

Et aussi :

Sa main tâtonna sur la table de chevet, à la recherche de ses lunettes. Les verres cassés commençaient déjà à cicatriser, mais il leur faudrait plusieurs heures avant guérison complète. Ophélie les posa sur son nez. Un objet se réparait plus vite s’il se sentait utile, c’était une question de psychologie.

L’héroïne ne paie pas de mine, et elle est décrite loin des canons de beauté habituels. C’est une « petite souris grise » : petite, terne, discrète et réservée, cheveux devant les yeux, lunettes de myope, longue et vieille écharpe (vivante) autour du coup. Mais elle est tenace, volontaire et déterminée. Elle trace son chemin comme la passe-miroir qu’elle est (si ce bout de phrase vous paraît obscur, lisez le roman, vous comprendrez), malgré tout ce qu’on veut lui imposer. C’est vraiment super de la suivre.

Son alter ego, le mystérieux Thorn, son fiancé, est aussi un personnage troublant. Vu sa description, je l’imaginais raide et dégingandé, comme des marionnettes à la Tim Burton, filiforme et tranchant comme l’acier. C’est un personnage qui m’a aussi marquée.

Tout ceci culmine dans une intrigue haletante, entre complot politique, jeux de pouvoirs, secrets et (donc) révélations. Les jeux d’intrigues à la Cour du Pôle et l’enquête d’Ophélie pour comprendre ce dont elle est le jouet entretiennent le suspens, tout comme l’évolution des relations entre les personnages.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman, et pour moi son succès est complètement justifié et mérité. Je suis toujours un peu réticente quand un roman fait un tel buzz (je l’ai vu presque systématique sur les chaîne/blogs etc. que je suivais au moment de sa sortie). Mais j’ai fini par passer le pas et j’en suis très heureuse ! Si c’est aussi votre cas, essayez, lancez-vous ! (D’ailleurs, la version poche est sortie.) (C’était mon dernier argument pour vous convaincre de le lire, je vais m’arrêter là. Salut !)

Morwenna, Jo Walton

Jo WALTON

Morwenna (traduit par Luc Carissimo)

Editions France Loisirs, 2015

446 pages

Présentation de l’éditeur

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.


Morwenna prend la forme d’un journal intime. La jeune fille y parle de son quotidien : son arrivée dans cette école privée, la famille de son père qui l’a recueillie, les différences entre l’Angleterre – son paysage clôturé – et les différences qu’elle constate avec son Pays de Galle natal – plus sauvage et aux fées peu farouches. Petites, elle et sa soeur avaient l’habitude de les voir, de converser avec elles et même de faire des choses pour elles. C’est aussi en tentant de contrecarrer les plans de leur mère, folle et un peu sorcière, que l’accident a eu lieu. A l’école, elle doit trainer sa jambe douloureuse, le souvenir de sa soeur, son aversion pour les règles absurdes, au milieu des moqueries des autres. Heureusement, il y a la lecture, la bibliothèque et tous ces romans de SF qu’elle avale à la pelle.

C’est une forme de narration à laquelle on s’attend peu – un journal intime – dans une histoire où on nous annonce des fées et de la magie. Mais on est plus proche du récit de vie que de l’aventure fantastique. On suit Morwenna dans son intimité, ses réflexions sur la magie et peu à peu son évolution. Et si les fées et la magie sont bel et bien présentes, c’est le parcours de Morwenna qui fait le sel de ce roman. J’ai regretté que, sous cette forme, le climax tombe un peu à plat, et soit moins intense que ce que promettait la quatrième de couverture. Je n’ai pas tellement ressentie de montée en tension dans l’intrigue, comme on aurait pu s’y attendre à cause de la menace que constitue la mère de Morwenna. En revanche, c’est très intéressant et très agréable de la voir s’adapter à son environnement, trouver dans son école des coins ou des moments de liberté. Elle évolue aussi dans sa vision sur sa famille, son histoire ou les personnes qui l’entourent.

Il y a beaucoup de passage sur ses lectures. Beaucoup de ses journées vont tourner autour des livres : ceux qu’elle va acheter ou emprunter, ceux qu’elle lit. Le roman se déroule en 1975 et c’est un bel aperçu de la littérature de science fiction ou de fantasy de l’époque, de Tolkien à Zelazny, en passant par Le Guin et beaucoup d’autres que je ne connaissais pas. D’ailleurs, au moment où le roman est sorti, un blogueur a listé tous les romans et un autre a organisé le challenge Morwenna’s list, pour lire une partie des ouvrages mentionnés dans le roman.

En conclusion, à part ce manque de tension et d’intensité dans les moments de menace ou d’action, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est l’évolution de l’héroïne qui importe, que les difficultés qu’elle a à surmonter soient d’ordre magique ou quotidien – sa relation aux autres, sa jambe douloureuse, etc. Ce roman est aussi, d’une certaine manière une ode aux livres, au roman de SF et ce qu’ils peuvent nous apporter, ainsi qu’une ode au prêt entre bibliothèques !

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Absinthes & démons – Ambre Dubois

Lord Nermeryl est un jeune homme étrange. Quiconque reçoit sa carte peut lui demander de l’aide pour résoudre un problème étrange, surnaturel et d’apparence insoluble. Un personnage fascinant, mais qui ne réussit pas à dépasser l’anecdotique.

 

 

 

Ambre DUBOIS

Absinthes & démons

Editions du Riez, 2011

184 pages.

Présentation de l’éditeur

Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière…


Possessions, malédictions, disparition en masse de jeunes gens, morts étranges… c’est le lot quotidien de Lord Nermeryl qui s’est fait une spécialité d’enquêter à la demande de quiconque reçoit sa carte de visite. Entre un fantôme qui possède une jeune femme, un vampire qui sévit dans un quartier mal famé, et une fée qui revient à la vie  au prix de sacrifices humains, ses pouvoirs obscures et sa fidèle compagne ne sont pas de trop pour l’épauler dans sa tâche. Et alors que les nouvelles passent, l’auteur en dévoile un peu plus sur le mystère qui plane autour de son personnage.

Je n’attendais pas grand chose de ce roman, donc je ne suis pas tellement déçue, mais il est clair que ce livre sera très vite oublié. Tout est sous-exploité, le personnage est peu incarné, la corneille a un rôle minime,au point que ce qui se passe à la fin ne soulève aucune émotion, et le tout reste très anecdotique.

En terme d’écriture, c’est assez pauvre. On nous sert à la pelle nombre de descriptions surnaturelles ou érotiques clichées à souhaits, entre des « yeux mordorés », des lèvres « incarnats », etc… clichés que l’on retrouve beaucoup dans les récits bit-lit ou vampiriques. L’absinthe, qui apparaît dans le titre, ne sert à rien. Le personnage en boit, mais à part ça… Par contre, les démons, vu tous les teasings qu’on nous fait d’une nouvelle à l’autre, on finit par en entendre parler.

Le format est celui de courts chapitres, plutôt des nouvelles, qui présentent une enquête différente à chaque fois. Il y a simplement un mince fil rouge, la révélation progressive de la nature du personnage, et cela n’a pas suffit m’accrocher. Un autre format aurait peut-être rendu l’intrigue plus intéressante. J’ai bien aimé certains détails : le dénouement d’une ou deux nouvelles, les créatures intrigantes qu’elles présentent, et la façon dont Jorian Nermeryl arrive à s’en sortir. Mais, le fonctionnement de ce monde n’est pas expliqué, les quelques bons points du livre restent sous-exploités, et tout a un goût d’inachevé.