Au sortir de l’ombre – Syven

 

 

 

SYVEN
Au sortir de l’ombre
Editions du Riez, 2011
421 pages
Collections Brumes étranges

Présentation de l’éditeur

Londres, 1889. La Guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de Lady Eileen pour une nuit n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils font l’objet. Mais dans l’ombre d’Eileen, attentif, « Il » sait ce qui est sur le point de se jouer.


Les gothans sont des monstres. Même sous l’emprise d’une prêtresse et prisonnier de leur ombre, ils empoisonnent l’atmosphère et peuvent pénétrer les rêves des hommes pour en faire des pantins à leur service. Les traqueurs sont alors chargés de tuer ces hommes, de sortes qu’ils ne s’attaquent pas aux prêtresses. Car sans leur contrôle, les gothans seront libres.

La Guilde d’Ae parvient à mener à bien sa mission quand une secte s’en prend à ses agents et kidnappe plusieurs prêtresses. Eileen, qui contient dans son ombre un puissant gothan est l’une de leurs cibles. William, Christopher et Heinrich, trois traqueurs qui ont chacun un don singulier, sont chargés de sa protection. Nous découvrons particulièrement William, un grand homme noir, aux manières sophistiquées, mais spolié de son héritage par plus puissant que lui. Heinrich, Christopher et lui se retrouvent l’objet d’un noir complot qui vise la guilde et ses prêtresses.

Nous sommes projetés dans cet univers au coeur de l’action, en pleine nuit de chaos : une jeune femme est en fuite alors qu’un incendie fait rage non loin et qu’on semble la traquer. Le Gothan a déjoué la vigilance d’Eileen et en a profité pour déchaîner l’horreur. La situation est finalement contrôlée, mais voici qu’un an plus tard, c’est son protecteur qui est assassiné. Trahison, manipulation… l’ambiance est très sombre dans ce roman. On pourrait même lui attribuer d’autres qualificatifs : violent, sanglant par moments, mais aussi bien équilibré entre des scènes d’action ou de suspens, et la découverte de la Guilde d’Ae, de son fonctionnement et de ses secrets.

J’ai lu ce roman en plein milieu du marathon du Weekend à 1000 et c’est très bien passé. J’ai été bien prise dans l’action, ai apprécié les personnages – surtout les traqueurs – et suis passée par plein d’états en cours de lecture. Cette intrigue et l’écriture de l’auteur m’ont bien accrochée et j’ai passé un très bon moment avec ses lectures. L’idée même que les gothans puissent exister me fait frissonner. Bref, je suis très contente de cette lecture qui me conforte dans mon impression sur cette auteure : son travail est très bon ! J’avais déjà beaucoup apprécié La Guerrière Fantôme ; ici le roman m’a semblé plus dur, plus sombre, mais la lecture en a été plus intense. A lire si vous aimez ces ambiances !

 

Les Eveilleurs, 1. Salicande – Pauline Alphen

 

 

 

Pauline ALPHEN
Les Eveilleurs, 1. Salicande
Editions Hachette, 2010
516 pages

Présentation de l’éditeur

Dans une vallée isolée grandissent Claris et Jad. Ils sont jumeaux, se comprennent sans rien dire, et vivent dans  un univ ers où évoquer le passer est interdit. A Salicande en effet, personne ne parle des Temps d’Avant, pas plus que de leur mère, disparue mystérieusement. Que s’est-il produit ? Y a-t-il un lien avec ces dons mystérieux dans les enfants semblent avoir hérité ? Avec la Grande Catastrophe et l’effondrement de la civilisation des Temps d’Avant ?


Claris et Jad vivent à Salicande, une vallée isolée où une petite communauté s’est rassemblée après la Grande Catastrophe. Les jumeaux n’en ont pas bien conscience. Ils ont douze ans et sont pris dans leur quotidien : Claris apprend le maniement des armes, elle est dynamique, enjouée, et un peu frustrée de son rôle de fille, tandis que son frère, souffreteux et malade, se replie dans l’étude ou le soin de ses bonsaïs.

Et puis il y a des rencontres, les leçons de leur précepteur, la puberté, la découverte d’un jeu étonnant ou de lectures passionnantes, et ils se mettent doucement à évoluer, à changer de leur posture, Jad retrouve une activité physique, des amitiés se nouent, bref, ils avancent. Et en même temps, c’est la découverte pour le lecteur de Salicande, ses légendes, les autres peuples qui vivent à proximité et leurs particularités – le Peuple des arbres ou les Elémentaux -, et la découverte progressive des Temps d’Avant. On découvre ainsi que Salicande a été créée par le grand-père des jumeaux pour composer une société idéale, qui évitera à tous prix que ces Temps d’Avant se reproduisent. Alors même que les jumeaux commencent à développer des dons singuliers.

C’est compliqué à résumer, cette histoire, puisque nous sommes en présence d’un tome d’introduction et que doucement progressivement on va nous mener vers un élément perturbateur qui intervient à la fin. On se concentre plutôt sur les rencontres humaines, les rapports entre les deux frère et soeur qui doivent trouver un nouvel équilibre à leur relation, ou à celle qu’ils ont avec leur père. Par exemple, ils n’ont pas la même approche de la disparition de leur mère : Jad veut se souvenir d’elle et l’honorer, tandis que Claris redoute la douleur de l’abandon et refuse obstinément de seulement l’évoquer.

Cette manière de poser l’univers est intéressante. On découvre le fonctionnement de ce petit monde, les caractères de personnages, on suit leur apprentissage et nous en apprenons de fait plus sur ce qui les attend. Mais il m’a semblé que le changement était trop subtil et je finissais par avoir envie qu’il se passe vraiment quelque chose (et pas juste des querelles insignifiantes). Je trouve que l’histoire est bien amenée, l’auteure a créé un climat agréable dans son livre – Salicande serait presque une utopie, sans quelques grains de sables – et tout le monde a tendance à vivre dans le bonheur et l’insouciance. Ce qui n’est pas un problème en soi.

Ce qui est un problème, c’est qu’on nous le rabâche pendant 400 pages. Ça a plutôt eu un effet overdose sur moi, et j’ai regretté que cela s’étale autant. Mais la fin change tout, évidemment, relance l’intérêt pour l’intrigue et se paye un bon cliffhanger  qui m’a laissée à demi hurlant dans mon siège – à demi seulement parce que j’étais en train, un TGV quoi – : où est la suite ?!

Salicande est un tome d’introduction qui fait bien son boulot – et c’est un bon point pour Pauline Alphen – et qui prend le temps de le faire. Je n’ose pas cataloguer ce roman dans un quelconque genre, de peur d’en dire trop ou même de me planter. De ce point de vue, je suis très curieuse de savoir ce que l’auteure nous réserve. J’ai seulement éprouvé quelque longueur qui fait passer ce roman de « très bonne lecture » à « bonne lecture mais *baillement* il était temps que quelque chose se passe ! » Je pense donc continuer cette série, maintenant qu’elle est bien lancée.

Des BD en bref #4

Hey ! Ce soir, je poursuis mon « défi » calendrier de l’avent (1 chronique par jour), que j’ai déjà bien foiré, entre un « oubli », un weekend de promenade sans aucune connexion internet (et un évident manque de temps pour rédiger quoi que ce soit en avance), et dernièrement un « syndrome de la page blanche » version blog (je me suis mis un peu la pression pour chroniquer un certain recueil de nouvelles, et j’ai juste bloqué dessus pendant des lustres). Et donc, ce soir, je n’avait curieusement aucune envie de me prendre la tête avec une chronique « classique ». J’ai donc préféré la version allégée que je fait pour les BD (d’autant plus que j’ai passé l’après-midi à grenouiller avec un revisionnage de Captain America entrecoupé de vidéo Youtube (volatilité et procrastination…) Résultat : je n’ai RIEN fait ! (et je suis toujours à 1/2 heure de la fin du film alors que je l’ai commencé vers 14h) Mes vacances commencent bien…

Le blabla est fini. Sachez seulement que toutes ces BD ont été chroniquées sur ma chaîne Youtube. Encore une fois, on est plutôt sur de la BD ‘jeunesse’ ou ‘grand public’. Mais c’est une sélection de ce que j’ai préféré ces dernières semaines.

Dans la forêt sombre et mystérieuse – Winshluss

Editions Gallimard, 2016.

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait… Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

J’ai découvert, après l’avoir lu, que cet album vient de remporter la pépite d’or au Salon de la littérature et la presse jeunesse (celui de Montreuil donc). Et comme je le comprend ! On y suit Angelo qui, sur la route pour se rendre chez sa mémé, coincé entre sa petite soeur bébé et son grand frère bâte comme ses pieds, est oublié au bord de la route. Et pressé de les retrouver, il va prendre les chemins de traverse, à travers la forêt sombre et mystérieuse. Il va y croiser un certain nombre de créatures, plus ou moins dangereuses, et vivre de folles aventures. J’aime beaucoup ce dynamisme, cet humour, qui change de la BD jeunesse habituelle. Et l’album a beau être épais, on tourne les pages sans s’en rendre compte. Le dessin ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais ne vous laissez pas avoir par ces considérations ! Cet album est un petit bijou !

Découvrez quelques extraits.

Fantômes – Raina Telgemeier

Editions Akileos, 2016.

Du fait de la maladie de sa soeur Maya, Catrina, onze ans, et sa famille déménagent dans la petite ville côtière de Bahia de la Luna. Tandis que leurs parents s’occupent de ranger les affaires, les deux jeunes filles partent explorer leur nouvelle maison et son voisinage. Elle font alors la rencontre d’un voisin qui leur confie un secret : il y a des fantômes à Bahia de la Luna. Si Maya est déterminée à vouloir en rencontrer un, il en va tout à fait autrement pour Cat. Or, la période de l’année à laquelle les fantômes se réuinissent avec leurs proches approche, et Cat doit découvrir comment mettre ses peurs de côté pour le bien de sa soeur… et le sien.

Encore une très belle histoire ! (en même temps je vous avais prévenu : c’est une sélection de BD que j’ai adorées) Cette fois, une histoire de famille, avec Cat qui subit un déménagement pour le bien de sa soeur Maya. Si elle doit être très prudente pour veiller sur elle, Maya est la joie de vivre et l’énergie incarnée. Elle veut tout vivre à cent à l’heure, au risque de gâcher sa santé. Cette histoire de fantômes l’intrigue et l’excite au plus haut point. Et Cat se retrouve à la suivre tant bien que mal, malgré sa frousse.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, avec la leçon de vie qu’apporte la tradition autour des fantômes. Et puis Cat est un personnage très agréable à suivre. La BD a un format plutôt roman graphique, mais elle est très abordable. Les dessins sont clairs, et il est très plaisant de s’y plonger. Je vous conseille de la tenter !

La jeunesse de Mickey – Tebo

Editions Glénat, 2016

Norbert, l’arrière-petit-neveu de Mickey, est comme tous les gamins de son âge : le nez toujours plongé dans sa console de jeux vidéo. Alors, pour attirer son attention, son arrière-grand-oncle a l’habitude de lui raconter des histoires. Mais pas n’importe lesquelles : celles qu’il a vécues dans sa jeunesse. De palpitantes aventures dans lesquelles il a tour à tour été : cowboy, prisonnier dans le bayou, as de l’aviation de la Première Guerre Mondiale, trafiquant de chocolat pendant la Prohibition et même astronaute ! Norbert a un peu de mal à croire à ces récits invraisemblables, d’autant que, comme toutes les personnes âgées, pépé Mickey (comme l’appelle Norbert) a la vue qui baisse et la mémoire un peu comme un gruyère…

Mickey fait de nouveau parler de lui cette année : le personnage a été repris par plusieurs auteurs de bande dessinée et 4 albums sont sortis depuis la rentrée. Une exposition à Quai des bulles (Saint-Malo) leur était d’ailleurs consacrée cette année.

J’ai lu deux de ces albums et j’ai eu un coup de coeur pour La Jeunesse de Mickey. On y retrouve Mickey vieillissant mais très énergique, sans cesse plongé dans de  nouvelles inventions dans son atelier. Il raconte ses aventures de jeunesse à Norbert, son arrière petit neveu. Chasse au trésor dans le Far West, aventure sur la lune, sauvetage en plein marais, action héroïque mettant fin à la guerre… tout y passe ! Il y a de l’héroïsme, des situations cocasses, et les dialogues entre l’ancien et le petit neveu sont savoureux. Au delà de ça, l’album est très beau : dos toilé, papier épais, couverture solide. C’est vraiment un album à offrir ou à s’offrir.

Charlotte et moi, tome 1 – Olivier Clert

Editions Makaka, 2016

Ce matin-là, Charlotte fait un rêve. Dans son sommeil agité, elle provoque, sans s’en douter, une réaction en chaîne qui va bouleverser sa vie, celle de son voisinage et surtout celle de Gus, un jeune garçon qui vient tout juste d’emménager dans l’immeuble avec sa mère…

Charlotte et moi, c’est THE coup de coeur de cette sélection. (oui, bon, c’est aussi le cas pour les autres, mais celui-là encore plus). C’est l’album qui n’a pas fait de bruit, mais que j’ai envie de faire lire parce que son histoire m’a beaucoup touchée. On n’est pas dans quelque chose de fantastique comme pour Dans la forêt sombre et mystérieuse, ni humoristique. On est dans du « tranche de vie », du « drame », de ces albums qui raconte la vie de personnages banals, qui raconte des rencontres, des dépassements de soi dans la vie du quotidien. Charlotte est une jeune femme très discrète. Ses voisins l’ont tout de suite cataloguée : obèse, n’a plus toute sa tête depuis que sa grand-mère est décédée. Elle fait peur à Gus, le petit garçon qui vient d’emménager avec sa mère. Et puis, il y a cet enchaînement de circonstance qui vient mettre du bazar et faire bouger les choses.

Je suis très impatiente de lire la suite de ce tome, parce que la fin promet un beau sac de noeud. Je me suis régalée en le lisant, d’autant plus que je ne m’y attendais pas. C’est encore une chaude recommandation que je vous fait là, et j’espère au moins qu’elle aura contribuer à faire connaître un peu plus cet album.

Les Yeux dans les arbres – Barbara Kingsolver

 

 

Barbara KINGSOLVER
Les Yeux dans les arbres (traduit par Guillemette Belleteste)
Editions Rivages poche, 2014
659 pages
1ère édition (VO) : 1998

Présentation de l’éditeur

En 1959, Nathan Price et les siens quittent l’Amérique pour le Congo belge. Pasteur baptiste, Price pense évangéliser un peuple qui ne rêve que d’autonomie et de liberté. La révolution éclate, mettant fin à l’illusion. Tour à tour, sa femme et ses quatre filles racontent la ruine tragique de leur famille qui, malgré ses croyance, ne résiste à rien : ni à la détresse, ni aux orages, ni aux tourments de l’Histoire.


Nathan Price bouleverse sa famille quand il leur annonce son intention de se rendre au Congo pour évangéliser un village. Sa femme et ses filles, attachées à leur confort de famille américaine moderne, sont catastrophées. Orleanna, la mère, panique, pense aux maladies, a peur de manquer. Rachel est la fille aînée, belle et superficielle, et elle ne veut pas quitter l’eau chaude, l’électricité et ses produits de beauté. Leah est la bonne élève qui idolâtre son père tandis que sa jumelle, à moitié handicapée, pose sur sa famille et sur l’obstination de leur père un regard plus ironique. Enfin, Ruth May est la plus jeune, la dernière enfant, celle qui pense à jouer, l’intrépide.

Leur installation est pour elles toutes un véritable bouleversement : elles se retrouvent dans un village perdu en pleine nature, sauvage, loin du confort et de la sécurité des villes. Là ils rencontrent les habitants, apprennent difficilement à vivre selon de nouvelles contraintes, et à comprendre leurs voisins. En tous cas, les filles de la famille apprennent des choses, acceptent de changer leurs points de vue. Leur père, lui reste accroché à ses croyances. Et la révolution et la guerre civile vont encore fragiliser leur mode de vie et leur famille.

Je ne sais pas pourquoi, j’imaginais, en ouvrant ce livre, Nathan Price comme un père Ingalls, droit et bienveillant. Alors que pas du tout ! Price est un pasteur intransigeant, un père strict et un homme qui refuse la lâcheté. Un mari qui écrase sa femme, un père qui effraie ses filles. Et qui préfère l’obstination à leur santé et à leur sécurité. Cette aventure au Congo est son combat, son cheval de bataille. Mais il reste aveugle à ce qui l’entoure, aux personnes qui lui sont proches, qui elles mènent un véritable combat quotidien, et il ne va voir ni le drame venir, ni sa famille se déliter.

Les Yeux dans les arbres, c’est une histoire de famille, un drame, le récit intimiste d’un épisode de l’Histoire – la décolonisation et l’indépendance du Congo belge. C’est aussi une façon d’opposer la civilisation occidentale, sa bonne conscience et ses croyances soit disant supérieure, au mode de vie de la campagne congolaise. Ce que j’ai aimé, c’est l’évolution des points de vue des filles qui – au contraire de leur père – sont plus ancrées dans la vie quotidienne : elles comprennent petit à petit les mythes, les rituels ; elles voient le travail acharné, la malnutrition des enfants, la maladie, les cicatrices, la mortalité infantile. La progression est marquée par les titres des parties : « Les choses que nous avons apportées », « Les choses que nous avons apprises », « Les choses que nous ignorons », « Les choses que nous avons perdues », « Les choses que nous avons rapportées »… qui sont plutôt explicites quant à cette évolution.

Les filles prennent la parole à tour de rôle. Elles ont donc chacune un point de vue différent, et racontent les choses, avec leurs biais, et ça enrichit d’autant ce que nous découvrons de leur histoire. Elles restent toutes très différentes, entre Adah qui ne croit plus en dieu depuis des années et trace son propre chemin en même temps qu’elle traîne sa jambe tordu, Leah qui est la fille sage et fidèle, et qui prendra pourtant le chemin le plus radical, Rachel qui reste fidèle à elle-même : superficielle, franche et égoïste.

On suit l’arrivée de la famille au Congo, et leur adaptation laborieuse à la vie congolaise. Ils affrontent de nombreuses difficultés, jusqu’au drame. Et on continue de les suivre encore après le drame,une façon d’appréhender les conséquences de tout ce qu’ils auront vécu.

Barbara Kingsolver maîtrise son sujet, et elle nous donne à voir un épisode historique par le petit bout de la lorgnette, celui d’une famille étrangère et qui va être directement impactée par les évènements. L’écriture accroche et la progression dans le drame – avec flashback et flashforward – est bien gérée. J’ai beaucoup aimé cette lecture. C’est le second roman de Barbara Kingsolver que je découvre, et j’adore les univers qu’elle ouvre à ses lecteurs. J’ai pu m’immerger facilement dans les vies et les histoires de chacun des personnages, et j’en garde un fort souvenir plusieurs mois après l’avoir refermé.

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Stone Rider – David Hofmeyr

 

 

 

 

David HOFMEYR
Stone Rider (traduit par Alice Marhand)
Editions Gallimard Jeunesse, 2015
311 pages

Présentation de l’éditeur

Seuls les plus forts survivront.

Adam Stone veut la liberté et la paix. Il veut une chance de s’échapper de Balckwater, la ville désertique dans laquelle il a grandi. Mais plus que tout, il veut la belle Sadie Blood.

Aux côtés de Sadie et de Kane – un Pilote inquiétant -, Adam se lance dans le circuit de Blackwater, une course à moto brutale qui les mettra à l’épreuve, corps et âmes.

La récompense ? Un aller simple pour la Base, promesse d’un paradis.

Et pour cette chance d’une nouvelle vie, Adam est prêt à tout risquer…


Stone Rider prend place dans un monde dystopique indéterminé. Blackwater est une ville tenue par le Colonel – un chef, un despote ? un véritable officier d’armée ? – qui impose à chacun de travailler dans les mines proches de la ville dont sont extraits des minéraux précieux. La seule façon d’y échapper est de participer à des courses de békanes. Des courses longues, dangereuses, éprouvantes et violentes, mais qui offrent un aller simple à une sorte de paradis situé dans l’espace en orbite autour de la Terre.

Adam Stone hésite d’abord à s’inscrire au circuit de Blackwater. Il est amoureux de Sadie Blood, vit avec son frère, estropié lors d’une précédente course de békane, alors que leur père est mort – s’est suicidé ? – dans le lac de Blackwater. C’est de lui qu’il a hérité sa békane. Ces machines répondent à l’empreinte d’une même famille, ainsi elles se transmettent de parents à enfants. Mis au pied du mur par la violence de Levi Blood, fils du colonel et frère de Sadie, il n’a d’autres choix que de participer à la course. Avec en tête les recommandations de son frère : ne faire confiance à personne.

La vie à Blackwater, c’est parcourir des rues poussiéreuses à békane sous la vigilance des robots du maintien de l’ordre, se méfier des différences clans de pilotes qui se battent à coup de fronde, sur une terre désertique et ravagée. Et les békanes sont les seuls objets susceptibles d’apporter une forme de liberté dans un quotidien dur et misérable. Il y a quelque chose d’assez fascinant à lire ces scènes de courses ou d’acrobaties à békane. C’est effréné et virtuose. Pour le reste, l’univers fait tout de suite penser à Mad Max (qu’il faudrait que je regarde un jour), ou à Jeremiah (pour un référence que je connais un peu mieux) : un monde dystopique, étrange et surtout très violent. C’est un univers de biker, jeunes ou moins jeunes, mais qui évoque tout de suite des courses en ligne droite dans des paysages qui s’étendent à perte de vue.

Ça nous donne une lecture trépidante, avec un bon rythme, de l’action, et du suspens. Tous les ingrédients sont là pour accrocher le lecteur, faire passer un bon moment, et nous faire frétiller d’impatience dans l’attente de la ligne d’arrivée. Il m’aura juste manqué un peu de background, quelques explications supplémentaires sur cette ville, son fonctionnement, le reste du monde, plutôt que de rester centré sur Blackwatter, avec simplement une brève évocation à ce paradis que tous cherchent à atteindre. Stone Rider est une lecture surprenante pour un livre dont je n’avais pas du tout entendu parlé, mais dont la suite m’intrigue beaucoup !

Memories of Retrocity, Le Journal de William Drum – Bastien Lecouffe Deharme

 

 

Bastien LECOUFFE DEHARME
Memories of Retrocity, Le Journal de Williame Drum
Editions du Riez, 2011
120 pages
Collection Graffics

Présentation de l’éditeur

A la veille de l’hiver 2004, William Drum, ex-inspecteur de la police criminelle de Chicago, est exilé par ses supérieurs à Retrocity.
Retrocity, la Cité déchue, fermée sur elle-même, que l’on tente de faire disparaitre des consciences depuis plus d’un demi-siècle.
A l’aide d’une machine à écrire trouvée dans son appartement, William se lance dans la rédaction de son journal de bord, et s’enfonce dans la ville.
Une ville hors du temps, que les citoyens ont depuis longtemps désertée.
Une ville où la mécanique remplace les organes humains.
Une ville malade et rongée par un étrange virus.
Une ville de laquelle on ne revient pas.


William Drum, policier, est exilé à Retrocity après une bavure. Retrocity est une ville étrange, coupée du monde et qui semble vivre hors du temps et de la réalité depuis des décennies. Après un accueil glacial, William rejoint son nouvel appartement, dans lequel il trouve une machine à écrire. C’est sur cette machine qu’il commence son journal : le texte qui nous est livré dans ce livre.

William se met ainsi à explorer la ville et il raconte ses errances et ses découvertes. Ce qui attire d’abord son attention ce sont ces passants qui possèdent des organes mécanisés : oeil, bras, jambe… Il apprend aussi l’existence de l’étrange virus qui contamine les habitants de Retrocity.

Dans ce roman, même si le personnage est policier, l’intrigue ne tourne pas autour d’une quelconque enquête. L’ambiance est sombre, et c’est vraiment le parcours du personnage dans la ville qui est raconté, ses rencontres, bonnes ou mauvaises, ses découvertes, le constat toujours plus fort de l’état de dégénérescence de la ville et de certains de ces monstrueux habitants.

Le point fort de ce livre, c’est son ambiance et son esthétique, entre la forme du journal intime et l’apport des illustrations. Elles ont beau avoir un côté rétro – Retrocity semble s’être arrêtée dans les années 50 – elles rendent tout le livre sombre et étrange. On plonge très vite dans Retrocity, en même temps que William Drum se laisse séduire par sa noirceur et sombre lui aussi.

Memories of Retrocity est un très beau livre. J’ai hésité avant de me le procurer, parce que je doutais que cette esthétique me plaise. Et finalement, j’ai été conquise. Le travail éditorial est de grande qualité. L’interaction entre le récit et les illustrations est bien gérée et cela permet de créer une ambiance, sombre et mortifère. Ce livre reste un investissement, mais c’est un très bel objet et il vous fera passer un très bon moment.

Le Lagon noir – Arnaldur Indriðason

 

 

 

 

Arnaldur Indriðason
Le Lagon noir (traduit par Eric Boury)
Editions Métaillé, 2016
320 pages
Collection Noir

Présentation de l’éditeur

Reykjavik, 1979. Le corps d‘un homme est repêché dans ce qui va devenir le lagon bleu. Il s’agit d’un ingénieur employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. Dans l’atmosphère de la guerre froide, l’attention de la police s’oriente vers de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Dans un climat de tension, conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’une jeune femme noire, officier de la base.

Le jeune inspecteur Erlendur vient d’entrer à la brigade d’enquêtes criminelles, il est curieux, passionné par son métier, soucieux des autres, mais il ne cache pas son opposition à la présence américaine sur le sol islandais.

En parallèle, il travaille sur une vieille affaire non résolue. Une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement dans l’île, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine.

Indridason construit un univers particulier, une atmosphère pénétrante et sans nostalgie, un personnage littéraire de plus en plus complexe, et  le roman noir, efficace, est transformé par la littérature.


Je connaissais cet auteur de nom, mais c’est le premier roman que je tentais de lui. Sa série met en scène Erlendur, un policier islandais. Ici, nous le découvrons dans l’une de ses premières enquêtes, autrement dit, des années avant les autres romans de la série. Il est donc plus jeune et (d’après ce que j’ai compris) moins désabusé.

Ici il est pris dans deux enquêtes, l’une sur la mort d’un ingénieur qui travaillait dans une base de l’aviation américaine – qui révèle les contacts difficiles entre les Islandais et les américains qui ont occupé le territoire pendant la guerre. L’autre est la brusque disparition d’une jeune fille alors qu’elle se rendait à l’école, des années plus tôt.

Deux enquêtes qui se croisent, se complètent, et pourtant… que c’était long ! Le roman est relativement court, mais il manquait franchement de dynamisme. Je comprends l’intérêt des romans policier qui prennent leur temps (ambiance, personnages, tout ça), et souvent c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Mais là rien à faire : je me suis ennuyée.

J’ai appris des choses cependant : découvrir l’Islande de la fin des années 1970 m’a paru intéressant et enrichissant. J’ignorais par exemple que les américains avaient occupé l’île. Il y a aussi l’histoire du Camp Knox, ces baraquements abandonnés par l’armée américaine, et devenus un quartier pauvre, à la réputation mal famée. On sent l’ancrage historique et social, et c’est le genre de chose qui me plaît beaucoup. En tout cas, quand je ne ressens pas cet effet de longueur et de lenteur dans l’intrigue, et que j’en fini par bailler (de frustration ?).

Rendez-vous manqué, donc. Une prochaine fois, peut-être ?

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Le Rouge vif de la rhubarbe – Auður Ava Ólafsdóttir

 

 

 

 

Auður Ava Ólafsdóttir
Le Rouge vif de la rhubarbe (traduit par Catherine Eyjólfsson)
Editions Zulma, 2016
155 pages

Présentation de l’éditeur

Souvent aux beaux jours, Ágústína grimpe sur les hauteurs du village pour s’allonger dans le carré de rhubarbe sauvage, à méditer sur Dieu, la beauté des nombres, le chaos du monde et ses jambes de coton. C’est là, dit-on, qu’elle fut conçue, avant d’être confiée aux bons soins de la chère Nína, experte en confiture de rhubarbe, boudin de mouton et autres délices.

Singulière, arrogante et tendre, Ágústína ignore avec une dignité de chat les contingences de la vie, collectionne les lettres de sa mère partie aux antipodes à la poursuite des oiseaux migrateurs, chante en solo dans un groupe de rock et se découvre ange ou sirène sous le regard amoureux de Salómon. Mais Ágústína fomente elle aussi un grand voyage : l’ascension de la « Montagne », huit cent quarante-quatre mètres dont elle compte bien venir à bout, armée de ses béquilles, pour enfin contempler le monde, vu d’en haut…


J’avais été un peu touchée par Rosa Candida – cette histoire d’amoureux des roses qui s’épanouit soudain dans la paternité – et rendue complètement indifférente par L’Embellie – à cause du personnage sans doute. Je partais donc vaguement blasée en ouvrant Le Rouge vif de la rhubarbe. Et pourtant – est-ce à cause de la taille de ce court roman qui empêche les détours et les élucubrations ? – cette histoire m’a véritablement enchantée.

Ágústína est née avec deux jambes qui ne peuvent la porter, d’un père inconnu et d’une mère qui voyage constamment pour accomplir des travaux de recherche. Elle demeure dans son  village islandais natal avec Nina, la vieille femme qui l’a recueillie, entre le champ de rhubarbe dans lequel elle a été conçue et la grève toute proche, le regard levé vers la montagne qui les surplombe. Montagne qu’elle rêve de gravir, malgré ses 844 mètres d’altitude : un exploit jugé impossible pour elle.

Relations de voisinage, confection de boudins et de confitures, rencontre avec Salomon, le fils de la nouvelle chef de chœur du village, lecture de lettres de sa mère, rêveries ou conversations mentales avec Dieu… la vie d’Ágústína est dépeinte au fil des saisons, avec délicatesse et poésie.

J’ai aimé le point de vue de cette adolescente toujours un peu décalée par rapport à ceux qui l’entourent, cette vision du monde qui lui est propre, sa force et sa volonté dans tout ce qu’elle fait, même quand il s’agit de marcher constamment sur ses béquilles pour traîner ses jambes faibles. J’ai aimé l’ambiance de ce village isolé au milieu d’une nature superbe. J’ai aimé cette impression de flottement, de douceur, de poésie et cette fin ouverte (au lecteur d’apprécier toutes les possibilités qui lui sont offertes).

Autant les autres romans de l’auteur m’avaient laissée de marbre, autant je préfère ce premier roman, doux, pas encore calibré, et dont la lecture m’a aéré la tête. Essayez : ça fait un bien fou !

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Le Camp des morts – Craig Johnson

 

 

 

Craig JOHNSON
Le Camp des morts (traduit par  Sophie Aslanides)
Editions Gallmeister, 2012
375 pages
Collection Totem

Présentation de l’éditeur

Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, le shérif Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il se plonge alors dans le passé mystérieux de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Connally. Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Le deuxième volet des aventures de Walt Logmire nous entraîne au coeur d’une violence tapie dans les paysages magnifiques du Wyoming.


Le shérif Walt Longmire est toujours secoué par ce qu’il a vécu dans sa dernière enquête (voir Little Bird)  quand un nouvel évènement vient ébranler Durant. L’ancien shérif, le mentor de Longmire, crée un mouvement de panique à la maison de retraite quand il exige l’ouverture d’une enquête et une autopsie sur le corps de Mari Baroja. La vieille femme semble avoir succombé à une mort naturelle, mais Lucian est persuadé du contraire. Walt Longmire décide alors de faire confiance à l’ancien shérif et plonge dans le passé de la victime. L’enquête se complexifie alors même que la neige tombe sans arrêt et que le blizzard menace.

Après la découverte de Little Bird, je me suis replongée avec grand plaisir dans une enquête du shérif Walt Longmire, et l’ai lu en une petite journée seulement lors du dernier Weekend à 1000. On a de tout dans cette enquête : une vieille histoire d’amour, un mariage abusif, un héritage, une longue poursuite dans la neige, et bien sûr une accumulation de meurtres qui confirme la suspicion de l’ancien shérif quant à la mort de Mari Baroja. L’intrigue est finalement assez complexe et plonge ses racines dans l’histoire locale, dans laquelle Longmire va devoir fouiller, bon gré mal gré.

A cela s’ajoute la vie personnelle du shérif. Il est plutôt désabusé de nature, mais sa dernière aventure l’a rendu d’autant plus amer. Heureusement, il est bien entouré, entre Vic, son adjointe, son ami Henry ou encore sa fille. Il a aussi récupéré un chien qui le suit partout comme son ombre. Il ne manque pas d’humour, est un brin cynique, mais cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’affection pour son petit monde. Vous l’aurez compris : j’aime beaucoup ce personnage en apparence bourru, mais qui possède un bon sens de l’autodérision et une finesse certaine quand il s’agit de gérer ses contemporains.

Dans cette atmosphère de neige à la violence feutrée qui éclate comme des gouttes de sang sur le blanc immaculé (je me sens poète aujourd’hui), je n’ai pas vu le temps passer, et je n’ai qu’une hâte : retrouver le shérif dans un autre roman de Craig Johnson. Une très bonne lecture !

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Le Fleuve des brumes – Valerio Varesi

 

 

 

Valerio VARESI
Le Fleuve des brumes (traduit par Sarah Amrani)
Editions Agullo, 2016
315 pages
1ère édition (VO) : 2003

Présentation de l’éditeur

Dans une vallée brumeuse du nord de l’Italie, la pluie tombe sans relâche et le Pô menace de sortir de son lit. Libérée de ses amarres, une barge dérive dans la nuit avant de disparaître dans le brouillard. Quand elle s’échoue à l’aube, son pilote est introuvable. Quelques heures plus tard, le frère du batelier est défenestré. Suicide ? Lorsque le commissaire Soneri découvre que les deux frères ont servi dans la milice fasciste cinquante ans plus tôt, il pressent qu’il y a un lien entre leur passé trouble et leur mort violente.

Un polar impressionniste où la vérité se heurte au silence de ceux qui vivent sur le fleuve et n’ont pas digéré les vieilles rancœurs…


Une nuit, au bord du Pô. Le club des bateliers local est en alerte : il pleut sans arrêt depuis plusieurs jours et le Pô menace de passer au dessus des digues et d’inonder les villages qui le bordent. Soudain, la barge amarrée devant les baraques du port s’éloigne du quai et se met à dériver sur le fleuve. Ils ne sont d’abord pas inquiets : Tonna, son propriétaire, est un vétéran de la navigation. Mais il se rendent compte rapidement qu’il n’y a aucune lumière sur à bord de la barge ; elle semble d’ailleurs déserte. Quand elle s’échoue, le pilote est introuvable.

A Parme, le commissaire Soneri est envoyé sur le lieu d’une mort par défenestration. Tout à l’apparence du suicide, sauf de minces indices qui l’amènent à penser que la victime, un vieil homme, a probablement été tué. Quand il découvre que le mort est le frère du pilote disparu de la barge, il se précipite sur les bords du Pô pour mener l’enquête.

Soneri est le genre d’enquêteur qui avance en errant et en se perdant. Il va, il vient, il fait une rencontre, discute, part, revient, insiste… larguant dans son sillage son adjoint balloté entre la suite logique de l’enquête, et les demandes en apparence farfelues de son chef. Soneri est souvent en conflit avec ses supérieurs, procureurs et juges d’instruction, dans une sorte de bataille d’ego qui semble n’avoir pour seul but que d’entraver l’enquête. Avec cette affaire, Soneri plonge en plein brouillard. Entre le mutisme et l’hostilité de ceux qui ont connaissaient le disparu, le passé de chemises noires, les altercations entre fascistes et résistants communistes durant la guerre, une histoire de trafic sur le fleuve, il y a de quoi s’embourber. Mais le jour va bien évidemment finir par se lever, le brouillard avec, et les eaux du fleuve se retirer.

Ce n’est pas le genre de roman policier à l’action effrénée, où les rebondissements s’enchaînent. Au contraire, le rythme est plutôt lent, et plus que l’action, c’est l’ambiance qui compte : la pluie, la brume, l’inondation, et les vieilles rancoeurs toujours bien ancrées. La gastronomie y tient une place importante : ça mange et ça boit beaucoup dans ce roman. C’est tout à fait le genre de roman que j’aime bien, d’ordinaire. En effet, je suis restée en dehors de cette histoire. L’idée de l’ancrage historique de l’enquête m’avait bien plu, de même que l’image d’un fleuve en cru, couvert de brume.

Pourtant, je n’ai pas accroché au personnage du commissaire. Je suis restée sur l’impression qu’on ne nous avait pas présenté le personnage, comme s’il y avait eu un premier tome qui l’introduisait à côté duquel je serais passée à côté. Ça a surtout été l’impression que j’ai eu concernant la compagne du commissaire, qui débarquait de nulle part sans que je sache qui elle était ou comprenne quel était son lien avec lui. J’ai eu un peu la même réaction que si un inconnu m’avait claqué deux bises alors qu’on ne s’était jamais vus avant et qu’on avait pas été présentés : un haussement de sourcil stupéfait et hostile (oui, le haussement de sourcil est chez moi très significatif).

Si j’ai lu ce roman assez vite, mon sentiment demeure mitigé : j’ai été séduite par cette ambiance et la découverte de cette région, mais suis restée peu investie, auprès des personnages et au sein de l’enquête. L’écriture ne m’a pas non plus marquée. Je suis sur ma faim, persuadée d’être passée à côté de plein de choses, sans pour autant avoir l’envie d’y revenir un jour. J’ai donc quelques regrets et vous conseille d’aller consulter d’autres avis que le mien pour en savoir plus sur ce roman.

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