Histoires Extraordinaires – Edgar Alan Poe

 

 

Edgar Alan POE
Histoires extraordinaires (traduit par Charles Baudelaire).
Editions Folio Classique, 2004
417p.
1ère édition (VF) : 1856.

Présentation de l’éditeur

« Voilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n’emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils ainsi les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu’il y a quelque chose d’excessif et de bizarre – quelque chose d’absolument  inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent  les plus pervertis des hommes. »


La chronique va être encore plus courte que d’habitude. En effet, je ne me sens pas très légitime à venir parler d’Edgar Alan Poe, ou en tout cas d’en faire une forme d’analyse. Je vais plutôt rester en surface.

Histoires extraordinaires est un recueil de nouvelles d’Edgar A. Poe, constitué par Baudelaire quand il a traduit ses textes pour l’édition française. Il n’aurait donc probablement pas eu la même cohérence si l’auteur lui-même aurait fait les mêmes regroupements. Mais j’ai trouvé ça intéressant puisque on retrouve des thématiques communes à plusieurs nouvelles, ce qui permet d’explorer plusieurs points de vue de l’auteur sur les thématiques en question.

On retrouve le célèbre Double assassinat dans la rue Morgue, en diptyque avec La Lettre volée qui présentent le même personnage de dandy qui résout des problèmes d’apparence insoluble grâce à son intellect. Poe est d’ailleurs l’un des précurseurs du roman policier. Il exploite aussi des découvertes scientifiques de son temps, ou des phénomènes naturels et y ajoute une touche fantastique : un ballon pour aller sur la lune, l’hypnose et ses effets sur la mort, un navire pris dans un maelström en pleine mer. Il y a aussi des histoires de fantômes, bien fantastiques dans le sens où on doute dans un premier de ce qu’on perçoit. Les explications scientifiques sont – souvent – très longues et un peu laborieuses à lire, mais je garde un bon souvenir de la lecture de ce recueil. J’admire toutes les idées développées tout comme l’ambiance qu’il parvient à instiller dans les contes les plus effrayants. Un classique à découvrir !

L’Eau des collines, 1. Jean de Florette – Marcel Pagnol

Marcel PAGNOL

L’Eau des collines, 1. Jean de Florette

Editions de Fallois, 2004

280 pages

première édition en 1963

Présentation de l’éditeur

Au village des Bastides Blanches, on hait ceux de Crespin. C’est pourquoi lorsque Jean Cadoret, le Bossu, s’installe à la ferme des Romarins, on ne lui parle pas de la source cachée. Ce qui facilite les manoeuvres des Soubeyran, le Papet et son neveu Ugolin, qui veulent lui racheter son domaine à bas prix.

Jean de Florette (1962), premier volume de L’Eau des collines, marque, trente ans après Pirouettes, le retour de Pagnol au roman. C’est l’épopée de l’eau nourricière sans laquelle rien n’est possible.


Au village des Bastides, Ugolin Soubeyran a un projet : faire une grande plantation d’œillets, produit qui lui rapporterait plus que les pois chiches qu’il fait pour le moment pousser dans ses champs. Mais, dans ces collines provençales, sans eau et sans le terrain approprié, la moindre plantation devient un travail titanesque. Il se confie à son Papet, qui lui trouve alors une solution : acheter la terre du vieux Pique-Bouffigue, un braconnier qui n’exploite pas ses champs pourtant alimentés par une source d’importance. Pique-Bouffigue refuse de vendre ou de louer sa terre. Mais la chance sourit à Ugolin à la mort de celui-ci quelques semaines plus tard. Il leur suffit de boucher et de cacher la source, et puis d’attendre que les héritiers – des citadins – vendent la maison et les terres. Après tout que pourraient-ils bien en faire ?

Seulement voilà, Jean de Florette (nommé ainsi parce qu’il est le fils de Florette), originaire de Crespin, bossu, rêveur, philosophe, citadin,  et neveu de Pique-Bouffigue tombe sous le charme de la région et rêve d’y faire vivre sa femme et sa petite fille grâce à des projets agricoles ambitieux, battis avec l’implacable certitude que peut apporter la science et les statistiques.

Effarés, Ugolin et le Papet assistent avec dérision et patience aux tentatives de Jean de Florette pour construire son projet, qui persévère malgré l’absence d’eau, guidé par ses guides scientifiques et ses relevés statistiques des précipitations. Entre querelles de clocher, vieilles rancunes et confrontation de la modernité et de la tradition, avec Jean de Florette d’un côté et Ugolin de l’autre, on s’amuse de l’incrédulité de l’un et de l’enthousiasme démesuré de l’autre, non sans s’émouvoir du drame.

Lire ce roman, c’était pour moi comme être en vacances. Entre le contexte – la Provence ! -, les périodes décrites – certes toute l’année est évoquée, mais surtout l’été et ses grandes chaleurs -, les dialogues entre la simplicité paysannes et les envolées lyriques du citadin-philosophe-poète qu’est Jean, et cette histoire à la fois drôle et dramatique, c’était l’évasion garantie, accompagnée d’un certain nombre de sourires et fous rires. En plus de ça, le roman se lit très facilement, ce n’est donc pas un auteur « classique » à craindre : bien au contraire, il y a toujours un peu d’humour, c’est plaisant et facile.

Un roman à lire donc, ou à regarder puisqu’il a fait l’objet d’une adaptation en 1986 par Claude Berri (avec Yves Montand, Gérard Depardieu et Daniel Auteuil).

XXe siècle

Thérèse Desqueyroux – François Mauriac

François MAURIAC

Thérèse Desqueyroux

Editions Le Livre de Poche, 2010

189 pages

Présentation de l’éditeur

Première édition en 1927.

Pour éviter le scandale et protéger les intérêts de leur fille, Bernard Desqueyroux, que sa femme Thérèse a tenté d’empoisonner, dépose de telle sorte qu’elle bénéficie d’un non-lieu. Enfermée dans sa chambre, Thérèse tombe dans une prostration si complète que son mari, effrayé, ne sais plus quelle décision prendre. Doit-il lui rendre sa liberté ?

Dans ce livre envoûtant, François Mauriac a réussi un fascinant portrait de criminelle.


Thérèse sort de son procès qui s’est terminé en non-lieu. Elle a voulu empoisonner son mari, mais celui-ci s’en est sorti. Elle reprend la route pour retrouver son mari, et sur le chemin, elle prépare ce qu’elle va pouvoir lui dire, et remonte dans ses souvenirs pour trouver une explication à son geste. A son arrivée, Bernard, son mari, ne la laisse pas s’exprimer et lui impose la réclusion avec quelques sorties en public pour faire taire les rumeurs. Mais Thérèse se laisse dépérir.

« Contre moi désormais, cette puissante mécanique familiale sera montée, – faute de n’avoir su ni l’enrayer ni sortir à temps des rouages. Inutile de chercher d’autres raisons que celle-ci : « parce que c’était eux, parce que c’était moi… » Me masquer, sauver la face, donner le change, cet effort que je pus accomplir moins de deux années, j’imagine que d’autres êtres (qui sont mes semblables) y persévèrent souvent jusqu’à la mort, sauvés par l’accoutumance peut-être, chloroformés par l’habitude, abrutis, endormis contre le sein de la famille maternelle et toute puissante. Mais moi, mais moi, mais moi… »

La première partie du roman remonte le temps, en même temps que Thérèse fait défiler ses souvenirs, pour découvrir la vie que Thérèse a mené auprès de son mari et l’évènement qui a bouleversé sa vie et celle de sa famille. La deuxième partie raconte l’après : la réaction du mari, la punition et la réclusion.

L’auteur nous présente ici à la fois le portrait d’une femme criminelle, et à la fois le portrait d’une tranche de population, cette bourgeoisie des Landes très attachée à ses valeurs familiales et prête à tout pour conserver son image. Thérèse est jeune, riche, mais elle ne parvient pas à se faire à la vie  de ces familles rurales,  étouffante et aliénante. Son personnage est intéressant parce que, de mon point de vue, elle est autant criminelle que victime d’une certaine manière, alors même qu’elle ne parvient pas à expliquer son geste. La famille et le mari retiennent la seule qui leur convient, à savoir l’argent : elle a tenté de le tuer pour garder la fortune pour elle. Mais on est loin de cette explication simpliste.

Ce roman a rejoint le cercle des classiques. Il a d’ailleurs fait l’objet de deux adaptations cinématographiques. C’est donc un gage certain de sa qualité. Pour ma part, j’ai apprécié ma lecture et j’ai aimé me plonger dans la tête de Thérèse. Est-ce que je le conseille ? Mais oui, pourquoi pas ?!

XXe siècle

Rebecca – Daphné Du Maurier

Daphné DU MAURIER

Rebecca

Traduit par Denise Van Moppès

Editions Le Livre de poche, 2007

444 pages

1ère édition (VO) : 1939

Présentation de l’éditeur

Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l’ouest de l’Angleterre, le souvenir de celle qu’elle a remplacée s’impose à la jeune femme que vient d’épouser Maxim de Winters.

Rebecca, morte noyée, continue d’exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme de Winters, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l’angoisse qui l’envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

Dans Rebecca – qui est sans doute le roman le plus caractéristique de son talent – Daphné Du Maurier fascine le lecteur et l’entraîne à la découverte d’inquiétantes réalités sans quitter le domaine familier de la vie quotidienne.


La narratrice – on ne connait pas son nom – est une jeune femme timide et effacée, dame de compagnie d’une vieille rombière à Monte-Carlo quand elle rencontre Maxim de Winters. Ils se fiancent et se marient en urgence, quand Mrs Van Hopper menace de partir à New York. Maxim la ramène à Manderley, où elle doit s’habituer à la somptuosité des lieux, à la raideur des serviteurs, au mépris de Mrs Danvers, la gouvernante, et au caractère renfermé et froid de Maxim. La présence de Rebecca, la première femme, plane partout et notre héroïne souffre d’être sans cesse comparée à elle. Elle va donc chercher à savoir ce qui lui est arrivée, mais cela semble déplaire de plus en plus à son époux.

Daphné Du Maurier crée avec ce roman une ambiance de suspense, de tension qui croit et devient insoutenable. Elle plante son intrigue dans un décor gothique, dans une grande maison, avec un jardin, proche de la mer. Elle joue pas mal sur la météo : la pluie et l’orage participent de l’ambiance et de la tension.

Rebecca met donc en place la rivalité entre un fantôme et sa remplaçante. Le personnage est plutôt naïf, innocente et frêle, tout le contraire du fantôme qui a une solide réputation et semble agir même au delà de la mort. Daphné Du Maurier parvient bien à accrocher son lecteur et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai bien aimé ce roman, même si cela ne s’approche pas du coup de coeur. J’avais vu le film d’Hitchcock avant de lire le roman, et donc j’avais un vague souvenir de ce qui s’y passe. Mais ça ne m’a pas vraiment gênée. Il se passe dans ce cas-là un truc bizarre quand je lis : je me souviens de ce que j’ai vu, mais pas très bien, et donc je lis avec l’impatience de voir si ce dont je me souviens se réalise ou pas. Tout en ayant très fortement envie de revoir carrément le film.

Bref, passons outre ces étrangetés.

Rebecca est un roman d’ambiance prenant place dans les années 1930 et montre la lutte d’une femme contre le souvenir de celle qui l’a précédé. Elle cherche à vivre heureuse avec son mari tout en essayant de s’adapter aux exigences sociales du train de vie de celui-ci. La mort de la première femme va les rattraper. C’est considéré comme un classique qui emprunte au roman gothique son environnement et son ambiance, mais qu’on pourrait faire coïncider avec les romans à suspense et les thrillers. Je conseille de le lire pour cela, en particulier si cela vous intéresse, mais cela ne restera pas pour moi une lecture remarquable dont je me souviendrai particulièrement.

Rebecca a été adapté de nombreuses fois en film, ou en téléfilm. Pour le moment, je n’ai vu que celle qu’a réalisé Alfred Hitchcock en 1940. Je le recommande sans arrières pensées : l’ambiance fait frissonner !

XXe siècleLu dans le cadre d’une lecture commune sur Livraddict.

Le Tour du monde en 80 jours – Jules Verne

Couverture - Le Tour du monde en 80 jours

Jules VERNE

Le Tour du monde en 80 jours

Editions Maxi-poche, 1994

285 pages

Collection Classique français

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Présentation de l’éditeur

Excellent narrateur qui n’écrivait, mêlant prudemment l’imagination et la vraisemblance, qu’après s’être soigneusement documenté dans le domaine scientifique, Jules Verne (1828-1905) a bâti une oeuvre qui comprend plus de soixante-dix romans dont plusieurs ont inspiré des films.

Parmi eux Le Tour du monde en 80 jours (1876), l’un des romans d’aventures les plus lus dans le monde. Phileas Fogg, le flegmatique gentleman de Londres et son valet Passepartout, modèle de débrouillardise, sont des personnages universels et le défi qu’ils lancent au temps : boucler le tour de la planète en moins de trois mois reste, un siècle plus tard, un modèle d’ingéniosité.

Mon avis

Phileas Fogg, flegmatique, inébranlable, mène une vie aussi réglée que du papier à musique, au grand contentement de son serviteur Passepartout, tout juste engagé. Mais le jour même de cette embauche, Mr. Fogg passe un pari fou avec d’autres gentlemen de son club : faire le tour du monde en moins de 80 jours grâce au moyens de transports disponibles, steamer, train, etc. A peine rentré chez lui, Phileas fait ses bagages et embarque avec son domestique pour le tour du monde. Le jour même, un vol est commis à la banque d’Angleterre. Le suspect est décrit comme un gentleman et on le suppose parti loin de l’Angleterre pour mettre son magot en sûreté. L’inspecteur Fix, guettant les arrivées à Suez, trouve que la description du suspect correspond trop bien à celle de Mr. Fogg. Ne pouvant l’arrêter faute d’un mandat, il décide de le suivre pour en apprendre plus sur le gentleman.

Fogg et Passepartout vont vivre d’étonnantes aventures en Inde, au Japon ou aux Etats Unis, alors qu’ils s’échinent – très paisiblement pour le calme Mr. Fogg – dans cette course contre la montre.

Le style de Jules Verne est dynamique, il ajoute du piment à son roman avec des péripéties amusantes et fournit à ses lecteurs une visite gratuite des villes et des pays traversés : encore mieux qu’un guide touristique ! L’aventure se révèle au final sans grande surprise, mais j’ai pris grand plaisir à découvrir ce classique et l’univers de Jules Verne.

Gatsby le Magnifique – Francis Scott Fitzgerald

Couverture - Gatsby

Francis Scott FITZGERALD

Gatsby le Magnifique

Editions Pocket, 2013

222 pages

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Présentation de l’éditeur

Dans le Long Island des années vingt, la fête est bruyante et la boisson abondante. Surtout chez Jay Gatsby. Aventurier au passé obscur, artiste remarquable par sa capacité à se créer un personnage de toute pièce, Gatsby, figure solaire par son rayonnement, lunaire par le mystère qu’il génère, est réputé pour les soirées qu’il donne dans sa somptueuse propriété. L’opulence, de même que la superficialité des conversations et des relations humaines, semblent ne pas y avoir de limites. C’est pourquoi l’illusion ne peut être qu’éphémère.

Parmi les invités de cet hôte étrange se trouve Nick Carraway, observateur lucide qui seul parvient à déceler une certaine grandeur chez Gatsby, incarnation de multiples promesses avortées. Ce roman visuel qui se décline dans des tons d’or, de cuivre et d’azur, s’impose également comme la chronique d’une certaine époque vouée, telle la fête qui porte en elle son lendemain, à n’être magnifique que le temps d’un air de jazz.

Mon avis

Nick Carraway, agent de change à New York, vit dans une petite maison à Long Island, dans l’East Egg, entre deux grandes propriétés. Son voisin est le mystérieux Gatsby qui organise chaque soir de somptueuses fêtes dans sa demeure. Sa cousine, Daisy, vit à West Egg, en face de chez lui, de l’autre côté de la baie. Gatsby l’a connue, des années plus tôt, avant qu’elle se marie et qu’il gagne fortune et réputation. Toujours amoureux d’elle, Gatsby tente de l’approcher par l’intermédiaire de Nick.

Cette histoire prend place dans les années 1920, au sein d’une société riche et frivole. Avoir Nick en narrateur extérieur met le drame à distance et permet au lecteur d’avoir un point de vue distant, lucide sur ce qui est montré. Le roman est très bien écrit. En tous cas, la traduction que j’ai lu est fluide et, si j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, j’ai apprécié le style, la manière dont les évènements sont racontés.

J’ai malheureusement peu de choses à dire sur ce roman : j’ai beaucoup aimé, j’ai été bien plongée dans ma lecture, mais pourtant, il m’en reste un goût de « tout ça pour ça ». Quand même, j’ai bien aimé l’intrigue, le mystère qui tourne autour de Gastby et sur la manière dont il acquis sa fortune. F. S. Fitzgerald, en plus d’avoir un beau style, donne un bel aperçu de la société de son époque : la réussite sociale d’un certain milieu, sa notion du bonheur, les fêtes époustouflantes, l’argent et l’alcool qui coule à flot, et d’un autre côté l’aspect délabré de la route qui monte à New York, avec le garage Winston, et le caractère vulgaire de la maîtresse de Tom Buchanan.

Mais comme mon seul reproche va au dénouement de l’intrigue et à son manque d’intensité – intensité que j’ai plus ressentie en regardant le film de 2013 -, je suis très heureuse de l’avoir enfin lu.

XXe siècle

L’écume des jours – Boris Vian

Couverture - L'écume des jours

Boris VIAN

L’écume des jours

Éditions Le Livre de Poche, 2008

350 pages

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Présentation de l’éditeur

L’Ecume des jours : ce titre léger et lumineux annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féerique et déchirant. Dans cette oeuvre d’une modernité insolente, l’une des plus célèbres du Xxe siècle et livre-culte depuis plus de trente ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des noirs américains…

Mon avis

Colin est un homme aisé, qui n’a pas besoin de travailler. Il est l’ami de Chick, un ingénieur qui adore Jean-Sol Partre au point de collectionner les différentes éditions de ses ouvrages, et de Nicolas, son génial cuisinier. Mais Chick a rencontré une jeune femme, Alyse la nièce de Nicolas, et Colin est jaloux de lui : lui aussi veut rencontrer quelqu’un et tomber amoureux. C’est lors d’une fête organisée par Isis, l’amie d’Alyse et de Nicolas, qu’il va rencontrer Chloé.

On nous raconte donc la rencontre de Colin et Chloé, puis leur mariage, leur voyage de noce, et quand Chloé va tomber malade, à cause d’un nénuphar qui croit dans son poumon, tout ce que Colin va faire pour essayer de la sauver, dans un univers absurde, qu’il est parfois difficile d’appréhender.

La langage de Boris Vian est riche d’inventions, de jeux de mots et d’imagination. On a d’abord l’impression d’être dans un monde idyllique, un peu bizarre certes, puis ça devient sombre à un point que ça en est violent. Il y a des tas de détails qui sont à la fois amusants et troublants : il y a des souris dans la maison, la maladie qu’on ne peut soigner qu’avec des quantités de fleurs pour effrayer le nénuphar et l’empêcher de pousser. Il y a aussi l’appartement qui rétrécit alors que la maladie s’aggrave et que Colin connait des problèmes d’argent, et qui devient une sorte de marécage ; la fin de Chick qui est descendu par des agents d’armes parce qu’il n’a pas payé ses impôts et Alyse qui va incendier des librairies pour empêcher Chick d’acheter quoi que ce soit de Partre et de se ruiner.

L’écume des jours en dit beaucoup sur une certaine vision que l’auteur a sur le travail, sur l’amour, la maladie, la religion, la musique également, avec la présence de cet extraordinaire pianocktail, un piano qui crée des cocktails selon les mélodies jouées. Il y aurait beaucoup à dire, mais je n’ai pas pris le temps de tout relever ou même de m’interroger en profondeur sur certains points du roman, par manque de temps et aussi parce qu’il y a certainement des références que je n’ai pas comprises.

J’ai plutôt aimé L’écume des jours, malgré le fait que ce soit déroutant. Je n’ai pas eu de difficultés à le lire et les jeux de langages m’ont plutôt amusée. Je n’ai pas adoré, mais je n’ai pas détesté – je ne sais pas comment le dire autrement. En fait, le monde dans lequel ça se passe a suscité mon intérêt tout comme l’histoire ou les personnages de manière générale, mais je n’ai pas vraiment réussi à m’investir émotionnellement dans cette histoire, je suis restée un peu froide à tout ce qui s’y passe et c’est ce qui fait que ça reste dans les bonnes appréciations, mais pas plus.

Je pense aussi manquer de connaissances pour tout ce qui concerne la musique et le jazz qui sont très présents dans le roman. J’avoue mon ignorance totale en la matière et peut-être que si ça n’avait pas été le cas, j’aurais encore plus apprécié.

XXe siècle

Northanger Abbey – Jane Austen

Couverture Northanger Abbey

Jane AUSTEN
Northanger Abbey (traduit de l’anglais par Josette Salesse-Lavergne)
Editions 10/18, 1996
286 pages.
Collection Domaine étranger

Présentation de l’éditeur

Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin de modèles de vertu. Mais si cette jeune Bovary délicatement british n’a rien d’une héroïne, c’est que Jane Austen s’amuse ! Et nous emporte, d’une plume malicieuse, d’un bout à l’autre du plus moderne des romans austeniens.

Mon avis

Catherine Morland est invitée par ses voisins, Mr et Mrs Allen, à leur tenir compagnie à Bath où ils vont passer quelques semaines. C’est la première que Catherine quitte sa famille, ses parents et ses nombreux petits frères et soeurs. Son séjour à Bath n’est alors plus que bals, promenade, pièces de théâtre, amitiés – avec Isabelle ou Eleanor -,  et rencontre de jeunes hommes charmants, dont Henry Tilney. Son père, le respectable Général Tilney, l’invite alors à passer quelques jours en compagnie de Henry et Eleanor dans leur demeure : Northanger Abbey. Un nom qui frappe tout de suite les oreilles romantiques de Catherine, évocateur d’aventures et de récits d’amour tragique… Elle n’avait rien d’une héroïne, pourtant la voilà en train d’en devenir une. Reste à voir quel sera son destin !

Au départ je n’avais pas l’intention de lire ce roman-là de Jane Austen. Et puis on m’a prêté le coffret de Dvd des films adaptés de ses romans par la BBC, et j’ai tout vu et je me suis empressée d’acheter le roman pour aussitôt m’y plonger… Et j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume malicieuse de l’auteur qui met à jour les travers de ses personnages. Ils semblent tous, l’héroïne en premier, qui avoue bien qu’elle est très naïve. Le récit se passe tranquillement, avec plus de dialogues que d’actions. L’impression est en effet qu’il ne se passe pas tant de choses à Bath : on fait beaucoup les mêmes choses (se montrer aux bals ou au théâtre…) et surtout on y parle beaucoup. Et, en tant que lecteur, on savoure ces dialogue où transparaissent la moquerie affectueuse et l’ironie amusée de l’auteur. Les dialogues sont savoureux et truculents, avec des personnages qui ne cessent de se contredire. Pourtant, l’auteur ou le personnage principal ne formule presque aucun jugement sur ces comportements étranges et contradictoires. Le lecteur est mis face au fait et il se crée avec l’auteur une délicieuse complicité.

Jane Austen offre également critique en demi-ton sur la littérature de l’époque, notamment les romans gothiques comme Le Moine de Matthew Gregory Lewis ou les œuvres d’Anne Radcliffe dont Les mystères d’Udolphe sont si chers à l’héroïne. Celle-ci apparaît comme une Emma Bovary avant l’heure, influencée par les romans dont la lecture a débridé son imagination. Cependant Catherine Morland n’est pas une héroïne tragique ou pathétique. Ce n’est même pas une héroïne, comme le souligne Jane Austen, s’amusant des codes romanesques de la littérature de son temps.

Ce n’est pas le roman le plus connu et encensé de Jane Austen, mais je l’ai beaucoup aimé. Le lire m’a particulièrement amusée et par moments, je riais toute seule au fil de la lecture.

Le film Northanger Abbey (2007)

Northanger Abbey, le filmRéalisé par Jon Jones ; scénario d’Andrew Davies ; avec Felicity Jones, Carey Mulligan, JJ Feild, William Beck, Liam Cunningham ; produit par la BBC

Le parti pris est un peu différent du roman. On voit moins la bêtise de certains personnages. Cependant l’influence des romans sur l’imagination de Catherine est plus accentuée. On la voit se faire des scénarios, rêver d’aventures… au risque de se méprendre sur la réalité des choses et de se brouiller avec ses amis. On retrouve bien le côté ingénu de Catherine et celui plus taquin de Henry Tilney. L’ensemble reste léger et drôle et c’est pour moi un bonne adaptation de l’œuvre de Jane Austen.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote

La mare au diable – George Sand

Couverture - La mare au diable

George Sand

La Mare au diable

Préface de Pierre Reboul

Editions GF Flammarion, 1964.

187 pages

Présentation de l’éditeur

De grands écrivains, George Sand en particulier, ne sont ce qu’ils sont que pour avoir jalousement préservé, dans un coin de leur âme, malgré les pourritures de la maturité, les grâces exquises de leur enfance ou de leur adolescence, c’est-à-dire ces rêves azuréens d’avenir dont ils ont enchanté un présent noir ou gris. Le miracle de La Mare au diable, n’est-ce pas cela ? A la faveur d’un souvenir ancien, c’est le rêve évangélique d’une pureté d’adolescente possédant, avec «le respect de soi», le besoin de servir et d’aimer, la vraie noblesse et la vraie distinction – qui vient, après tant de calamités et, peut-être, de noirceurs, promettre le salut à cette femme de lettres, qu’on avait nommée Aurore. (Pierre Reboul.)

Mon avis

La Mare au diable c’est le nom d’un point d’eau dans le Berry, autour duquel rôdent quelques superstitions. Germain, un laboureur veuf, se soumet à son beau-père et part dans le village voisin pour visiter une jeune veuve qu’il projette d’épouser. Ce faisant, il emmène avec lui la petite Marie, pauvre bergère de seize ans pour qu’elle aille servir dans une ferme avoisinante. C’est là le point de départ de l’intrigue. Rien de diabolique là dedans.

Au contraire, George Sand prend le parti de nous raconter de la manière la plus réaliste qui soit un récit champêtre, ou plutôt une anecdote qui prend place dans le monde rustique et traditionnel des paysans des années 1840-1850 (le roman a d’abord été publié sous forme de feuilleton en 1845, puis sous un seul volume en 1846) dans le sud de la France. L’auteur nous encourage à voir « le beau dans le simple ». Effectivement, tout est simplicité, naïveté et tradition, et pourtant l’ensemble est touchant.

Au récit à proprement parlé s’ajoutent un appendice dans lequel l’auteur décrit très précisément le rituel des noces qui se déroulent dans la plus pure des traditions, avec des symboles religieux, chrétiens et païens. L’ensemble est assez intéressant et j’ai bien aimé me plonger dans ces descriptions qui ne me sont pas du tout apparues longues ou ennuyeuses. J’ai eu l’impression d’avoir accès à un monde totalement oublié de nos jours : celui du passé et de la tradition. Le premier chapitre est un peu déroutant parce que George Sand développe une réflexion sur l’art et la représentation des misères du monde par les artistes à partir d’une gravure d’Holbein. Sa réflexion paraît à côté de la plaque parce qu’elle n’a presque aucun lien avec la suite de l’histoire.

J’aime bien La mare au diable parce que George Sand s’attache à décrire la vie de gens vrais et bons, dans une société patriarcale et traditionnelle qui fait écho à l’image d’un passé lointain et de coutumes perdues. C’était simple à lire, mais pas vraiment marquant. A mes yeux de lectrice du XXIème siècle, ce roman de moeurs rustiques est une gentille histoire, qui était agréable à lire, mais qui ne restera pas durablement dans ma mémoire. Mais c’était la première fois que j’abordais une oeuvre de cet écrivain et l’expérience m’a bien plu.

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Les Quatre filles du Dr March – Louisa May Alcott

Couverture - Les quatre filles du DrMarch

Présentation de l’éditeur

Meg, Jo, Beth et Amy vivent aux États-Unis et s’entendent plutôt bien pour des soeurs ! En pleine guerre de Sécession, leur père est parti sur le front, alors tout le monde travaille dur. Mais entre Meg la raisonnable, Jo l’impétueuse, Amy la raffinée et Beth la délicate, les discussions sont passionnées et la maison rarement silencieuse !

Mon avis

Avant la lecture commune organisée sur Livraddict par Meldc, je n’avais qu’une vague idée de l’existence de ce roman. J’en ai donc profité pour le lire. Résultat : je suis un peu mitigée. Cela est principalement dû au fait qu’il est très ancré dans son époque : le roman a été publié en 1868 et a – selon moi – plutôt mal vieilli. En tous cas, il est loin d’avoir une portée universelle comme peuvent l’avoir certains romans « classiques ». De fait, il m’a parut vieillot et désuet dans le style et la portée moralisatrice.

L’histoire est assez simple : elle raconte la vie de quatre soeurs et de leur mère pendant la Guerre de Sécession. Leur père est parti au front et elles doivent travailler pour vivre car leur famille n’est pas riche : travaux ménagers dans la maison pour les plus jeunes, gouvernante pour les aînées. Elles se font des amis, se disputent, rêvent chacune selon son caractère d’aventure, de belles robes ou de richesses… leur vie est pleine de rebondissements et d’évènements. Chacun d’eux est alors porteur d’une morale portant sur la générosité, l’humilité, le travail, l’honnêteté et le bonheur. Ce côté moralisateur m’a lassé à la longue. En soi, on voit bien à travers les actions et les réactions des jeunes filles qu’il y a une morale à tirer de leurs actes. Mais à cela s’ajoute en plus l’inévitable sermon de leur mère, ce qui était un peu trop à mon gout.

A part ça, ce petit livre se lit facilement et, sans me faire rire aux éclats, les péripéties m’ont parfois amusée. En conclusion, c’était une lecture agréable. J’aurais préféré moins de sermons.

Voir les avis de Meldc, Bouquinons, Stellablogueuse, Bouquinette, Sunflo, Joe, Géraldine, Bouchon des bois.

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Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote___________________________________________________________________________

Louisa May ALCOTT. Les quatre filles du Dr March. Traduit de l’américain par Maud Godoc. Editions J’ai lu, 1995. 318 pages. Collection J’ai lu les classiques.