Porcelaine – Estelle Faye

Estelle FAYE

Porcelaine : Légende du tigre et de la tisseuse

Editions Les Moutons électriques, 2012

274 pages

Collection La Bibliothèque voltaïque

Présentation de l’éditeur

Chine vers l’an 200.

Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son coeur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer mille ans.

Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son coeur de chair. Cependant, Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.

Pendant presque 15 siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.


 Xiao Chen est le fils d’un potier célèbre qui ne vit que pour son art. C’est devenu une obsession depuis la mort de sa femme, presque une maladie. Pour lui permettre d’achever une pièce réalisée à partir d’une argile précieuse, Xiao Chen se rend chez le dieu de la montagne chercher du bois et des aiguilles de pins sèches pour alimenter le four du potier. Mais il commet une erreur dans la demeure du dieu et celui-ci le maudit en transformant son visage en tête de tigre.

Chassé de son village, il rejoint une troupe de théâtre dans laquelle il se lie avec Pied-de-cendre, un contorsionniste, et Brume de Rivière, une jeune fille avec un talent particulier. Mais la troupe est poursuivie par des cohortes de démons, et la danse des sabres de Xiao Chen n’a pas seulement un but artistique.

Nous découvrons avec lui le monde du théâtre, la difficile vie sur les routes, le nomadisme perpétuel, et le frisson qui gagne les artistes lorsqu’ils montent sur scène. C’est un thème qui trouve une autre déclinaison dans le masque que Xiao Chen est obligé de porter pour dissimuler son visage de tigre, et dans les multiples rôles que chaque personnage aura a joué avant la fin de cette histoire.

L’histoire de Xiao Chen se déroule sur plusieurs siècles, au gré des routes et des difficultés qu’il va rencontrer au sein de la troupe. Le roman raconte cela en trois actes, de manière linéaire, en se concentrant surtout sur le IIIè siècle et le XVIIIè siècle. Le monde va donc évoluer, tout comme ses personnages qui vont s’endurcir aux fil de leurs aventures ou changer l’objet de leur loyauté. L’évolution la plus flagrante est celle de Li Mei, la tisseuse qui va finir par avoir un rôle très important dans l’histoire et pour Xiao Chen.

Le monde de Porcelaine est alimenté par la mythologie chinoise, avec les dieux plus ou moins bienveillants envers les hommes. On découvre aussi certains métiers qui ont leurs traditions et leur éthique : les potiers, les tisseurs, les comédiens et les artistes. Cet univers merveilleux est fascinant. La Chine qui est présentée là est une Chine médiévale, avec un aspect historique très présent, mais qui reste très colorée et changeante.

J’ai découvert ce roman après en avoir lu une chronique quelque part. Je dois dire que c’est avant tout la superbe couverture dessinée par Amandine Labarre qui m’a incitée à le lire. J’ai vite été prise dans cet univers de conte, surprise même par certains rebondissements. L’auteur nous embarque à la découverte de ce monde merveilleux et de ces destins extraordinaires. La narration au présent met le lecteur à distance. Il y a peu d’introspection, mais cela va dans le sens de l’histoire et de son atmosphère, et laisse la place à des belles descriptions.

J’ai juste eu un peu de mal avec la tournure que prend le troisième acte, tant dans le comportement des personnages, que dans le rythme plus lent, différent du reste du roman. Cela est tout de même bien peu de choses, comparé au reste.

Porcelaine est un conte enchanteur, élégamment mené par son auteur et je le recommande chaudement.

ABC Imaginaire 2015 v2

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Stratégies du réenchantement – Jeanne-A Debats

Couverture - Stratégies du réenchantement

Jeanne-A DEBATS

Stratégies du réenchantement

Editions Griffe d’Encre, 2010

247 pages

Présentation de l’éditeur

Devant l’insupportable, il est malaisé de se révolter, mais parfois plus encore de se soumettre.

Huit nouvelles sur l’art et les raisons de dire non, huit stratégies pour réenchanter le monde jusqu’à, parfois, le détruire.


La quatrième de couverture est éloquente. Ce recueil contient 8 nouvelles sur « l’art et les raisons de dire « non » » : désobéissance, résistance, survie, à une situation oppressante et imposée ou à soi-même. Chaque nouvelle se place dans un univers différent : fantastique, avec un aspect historique, science-fiction, ou anticipation.

Aria Furiosa. Durant la seconde guerre mondiale, une danseuse d’opéra blessée travaille chez un célèbre castrat et raconte comment il s’est vu obligé de chanter pour les nazis, alors qu’il a pris sa retraite. Ce premier récit m’a éblouie. Je l’ai trouvée très beau et touchant, dans ce face à face entre ce castrat et un colonel nazi.

Saint-Valentin. La petite amie d’un tueur en série, qui ne s’en prend qu’aux fées, change de vie grâce à l’intervention d’un lutin qui exauce les voeux. Elle se rend compte alors qu’elle préférait sa première vie et part à la recherche du lutin pour qu’il la lui rende. La situation de départ m’a beaucoup amusée, même si j’ai moins aimé cette nouvelle dans la durée. C’est la seule nouvelle qui dénote dans ce recueil par son aspect fantastique et saugrenu.

Paso doble. Dans un monde où la technologie permet de réimplanter les âmes dans des corps différents, une cuadrilla, une équipe de torreros s’entraîne, entre jalousie et compétition interne, pour une important corrida. La chute est amère, mais excellente.

Stratégies du réenchantement. Une maladie ravage l’humanité après une nouvelle révolution sexuelle : le Sida4, qui a pour particularité d’annihiler toutes les émotions, faisant des malades des dangers pour la société. L’intrigue met face à face un père atteint du SIda4 et sa fille. Cette nouvelle est assez dérangeante, mais elle m’a produit une forte impression – sa fin, notamment, m’a soufflée.

Privilège insupportable. Univers post-apocalyptique, dans lequel l’oxygène est rationné. Un homme trouve alors le moyen de vivre en secret une vie différente, en désobéissant aux règles instaurées pour la survie de tous. C’est un texte glauque, sombre, dérangeant lui aussi, mais qui met en lumière une histoire des descendance et d’héritage.

Gilles au bûcher. Encore un univers post-apocalyptique qui traite, comme de la nouvelle précédente, de descendance et d’héritage. Gilles survit depuis des centaines d’années dans un bunker au milieu d’une terre ravagée par une guerre nucléaire. Il a recréé des générations d’humains pour reconstruire une société.

Fugues et fragrances au temps du Dépotoir. Les habitants de Cecilya, une station spatiale abritant un trou noir, au bord de la ruine, luttent contre les Réguliers qui sont venus pour les évacuer. Cette nouvelle est la plus longue. Je l’ai trouvé très intéressante par ce qu’elle montre de la station, dans laquelle la gravité et le temps peuvent changer à tout instant.

Nettoyage de printemps. Texte très court à propos d’un agent des Time Corps dont le rôle est de réparer les changements opérés dans l’histoire par les touristes temporels, qui va décider de nettoyer la seule grande tache de l’histoire. Cette nouvelle radicale est parfaite pour clôturer ce recueil.

Postface. L’Art du changement d’état, de Jean-Claude Dunyach. Dans cette postface, Jean-Claude Dunyach revient sur ce qui fait l’uniformité de ce recueil : le changement d’état, et la manière dont il est traité dans les nouvelles ou appréhendé par les personnages.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé lire ce recueil. J’ai apprécié les nouvelles à des degrés divers, mais j’aime toujours autant ce que Jeanna-A Debat fait de ses univers. Ses récits sont percutants et intelligents et c’est toujours un grand plaisir de s’y plonger. (Et ma médiathèque remonte un peu dans mon estime en l’ayant dans sa collection ^^.)

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L’Héritière – Jeanne-A Debats

Couverture - L'Héritière

Jeanne-A Debats

L’Héritière

Editions Actu SF, 2014

382 pages

Présentation de l’éditeur

Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j’ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m’a obligée à vivre recluse, à l’abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m’a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l’étude qu’il dirige n’est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes… À croire que tout l’AlterMonde a une succession à gérer ! Moi qui voulais de l’action, je ne suis pas déçue… Et le beau Navarre n’y est peut-être pas étranger.

Romancière, nouvelliste et anthologiste, Jeanne-A Debats a convoqué les figures les plus flamboyantes du fantastique pour une romance douce-amère dans la Ville Lumière. Plume reconnue de l’imaginaire français, sa novella La Vieille Anglaise et le continent a été lauréate du Grand Prix de l’imaginaire, des prix Julia Verlanger et Rosny aîné.

Mon avis

Ayant gardé un excellent souvenir de ma lecture de Plaguers de la même auteure, je n’ai pas longtemps hésité avant d’acheter L’Héritière, entre le visuel alléchant de la couverture et la promesse de son histoire.

L’histoire, justement, qu’en est-il ?

Agnès Cleyre est fille de sorcière. Elle a un don (ou une malédiction) particulier : celui de voir les fantômes, tous les errants, les fantômes qui hantent divers lieux ou que les personnes portent avec eux, ersatz de leurs sentiments, joie, peur, rancoeur. Mais ces fantômes le blessent quand elle entre à leur contact, l’obligeant à vivre cloitrée dans une maison protégée, ou à sortir dans un état d’ébriété ou de défonce avancé. Au début du roman, elle se rend au cimetière du Père Lachaise, pendant une nuit spéciale où les fantômes sont moins virulents, pour rendre visite à la tombe de ses parents et de son frère, décédés récemment. Elle y est rejointe par son oncle Géraud, un éternel, et Navarre, un vampire.

Géraud lui propose de travailler dans son cabinet de notaire pour traduire les testaments des surnaturels qui font appel à ses services : vampires, loups-garous, sirènes, et autres créatures de tout poil. C’est un boulot à l’abri des fantômes, mais loin d’être de tout repos. Entre des irruptions de loups garous déchaînés, les tentatives de noyades par une sirène dans un lavabo, la très coquette Zalia, et les vols avec Navarre, vampire décidément très sexy, proportionnellement à sa puissance, elle se retrouve à gérer une succession dans un clan de vampires.

Je n’ai pas assez lu de romans de ce genre-là pour pouvoir faire des comparaisons en terme de traitement des créatures fantastiques ou du thème. En tous cas, c’était une excellente lecture. L’univers est solide, ancré dans l’Histoire qui remonte au moins jusqu’au Moyen Age, et les caractéristiques de chaque espèce surnaturelle se retrouvent aussi en matière de classe sociale, les vampires sont des représentants de l’aristocratie tandis que les loups-garous ont pris leurs origines dans la lutte sociale, dans la Commune notamment.

J’ai souvent eu l’impression qu’on était dans quelque chose de très classique : le vampire séducteur, l’antipathie de certaines espèces surnaturelles l’une envers les autres… tout en ayant une volonté de détourner les codes, de donner un coup de pied dans certaines sagas très connues (Twilight !), dans les clichés. On a des scènes déjantées au possible, où un ange de la mort apparaît sous la forme d’une petite fille avec des ailes en carton pâte, où un vampire lit de la romance paranormale, et où on se défend à coup de talons aiguilles en argent.

Le résultat est drôle, entre décalage et situations comiques. Il y a de l’action, parce que cette succession n’est pas du goût de tout le monde et qu’il y a forcément des gens pour s’y opposer. On découvre la capitale, Paris, sous un autre point de vue : celui de l’Alter-Monde. Chaque arrondissement est aux mains d’une espèce ou d’un clan.

Le résultat est vraiment sympa. J’ai pris un grand plaisir à me plonger dans l’histoire, même si j’ai été un peu frustrée par l’aspect « premier tome » de ce roman. Le style est efficace, fluide. J’ai beaucoup ri et j’ai adoré suivre tous ces personnages.

On dispose une Préface d’Adrien Party et une Postface de Jean-Luc Rivera, qui offrent des pistes d’interprétation et de contextualisation de ce roman dans les genres de la bit-lit et de l’urban fantasy. Ce ne sont pas mes genres préférés, donc je n’avais pas vraiment ce recul en ce qui concerne le traitement des créatures fantastiques et la manière avec laquelle l’auteur a innové, mais ça m’a beaucoup intéressée d’avoir le point de vue de connaisseurs et spécialistes sur la question.

En conclusion, L’Héritière est un roman savoureux, passionnant et fascinant que j’ai lu avec un grand plaisir.

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Narcogenèse – Anne Fakhouri

Couverture - Narcogenèse

Anne FAKHOURI

Narcogenèse

Editions L’Atalante, 2011

312 pages

Collection La Dentelle du cygne

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Présentation de l’éditeur

Louise Gaucher travaille dans un service de réanimation. Dès qu’elle le peut, elle s’assoupit auprès des malades plongés dans le coma. Elle a le don de voyager dans le « monde des rêves » où les patients cheminent entre la vie et la mort. Simon Larcher est flic. Il ne boit plus, ne baise plus et ne joue à rien.Il voudrait juste nettoyer le monde de son horreur et de sa tristesse. Une nuit de janvier, un enfant de la DDASS disparu est retrouvé dans le parc du Chais, propriété de la puissante et riche famille de Louise.

Dans Narcogenèse, Anne Fakhouri convoque les grandes peurs enfantines et les personnages de conte pour nous faire vivre la genèse de l’abandon et de l’infanticide. Sur fond de secret de famille, les deux enquêtes menées par Simon et Louise nous emmènent aux frontières du fantastique.

Mon avis

Claude Gaucher, grand-mère et chef de la famille Gaucher, cultive les secrets de sa famille avec autant d’assiduité qu’elle cultive et entretient son jardin. Elle vit avec ses deux filles, Diane et Louise, et avec les enfants de Diane, qui est séparée de son mari. Saul, son fils, n’est plus là, on ignore ce qu’il est devenu, son nom même est tabou. Malgré ce climat, il ne viendrait à aucune d’entre elle l’idée de quitter le domaine du Chais, la maison ancestrale et son parc aux allées d’amandiers.

Louise est infirmière dans le service de réanimation. Elle a la capacité de voyager dans les rêves des autres. Alors qu’elle visite l’esprit d’un jeune comateux, elle rencontre le Marchand de Sable, une créature démoniaque qui hante le monde des rêves et se nourrit de l’énergie vitale des comateux. Quand des cas de somnambulisme sont relevés et que des enfants disparaissent pour réapparaître dans un état comateux, elle le soupçonne d’être responsable. Pour lutter contre lui, elle n’a qu’une solution, plonger dans le monde des rêves.

Simon est lui aussi chargé de l’enquête sur les disparitions d’enfants. Quand l’un d’eux est retrouvé dans le parc du Chais, il soupçonne aussitôt toute la famille, et va chercher à inhumer leurs secrets, notamment l’étrange disparition de l’arrière-grand-mère Amélia et ce silence sur le fils de la famille. Mais certains faits ne sont pas à sa portée de flic cartésien et il préfère chercher des solutions rationnelles à ces disparitions étranges.

J’ai beaucoup aimé ce roman. Anne Fakhouri fait appel à un imaginaire qui me parle, même si j’ai lu assez peu de livres sur ce sujet : le monde des rêves. Les comparaisons avec Le magicien d’Oz m’ont aussi semblé judicieuses, même si je ne connais pas vraiment cette œuvre.

Les personnages sont tracés à gros traits et leurs personnalités sont assez peu approfondies, à part celle de Simon. Le fait est qu’ils sont nombreux et qu’on alterne très régulièrement entre leurs différents faits et gestes. On va suivre Simon, Louise, Claude, Max et Lucie, les enfants de Diane, Thibaux l’ami d’enfance des filles Gaucher, sans oublier Paulo, le neveu de Simon. Une flopée de personnages intriguants qui auraient gagné à être mieux caractérisés, mais cela ne nuit pas au roman pour autant. J’ai trouvé le temps très confus. Le roman manque de marqueurs temporels. Au bout d’un moment, je ne savais plus combien de jours avaient passé, avec tous ces gens qui voyagent dans leurs rêves, et je me demandais si on était seulement au lendemain du début de l’enquête ou alors plus semaines plus tard.

Ces critiques sont superficielles et les éléments évoqués ne nuisent pas à l’ambiance générale du livre, qui arrive bien à donner froid dans le dos, avec cette figure du Marchand de sable qui semble être foncièrement mauvaise. J’ai beaucoup aimé aussi de quelle manière les secrets de famille se mêlaient à l’enquête policière. C’est amusant de voir que le fantastique et la sorcellerie sont contrebalancés par le rationalisme des policier qui cherchent à tout prix des coupables en chair et en os, alors qu’il faut chercher dans un monde beaucoup plus obscure.

C’était un très bon thriller fantastique que je recommande aux amateurs du genre !

Le peuple des Minuscules, tome 1 – Steve Augarde

Couverture - Le peuple des minuscules

Steve AUGARDE

Le peuple des Minuscules, tome 1

(traduit de l’anglais par Jean Esch)

Editions Albin Michel, 2011

422 pages

Collection Wiz

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Présentation de l’éditeur

C’est un peuple minuscule qui vit dans les bois et dont l’existence doit demeurer secrète. Maintenant tout est changé car ils sont en grand danger. Certains sont prêts à demander leur aide aux humains. D’autres préfèrent taire la menace qui les guette, quitte à disparaître. Jusqu’au jour où pénètre dans la forêt une jeune humaine appelée Midge…

Mon avis

Ce roman, je l’ai emprunté à la bibliothèque avant tout pour sa couverture : une couverture cartonnée, en dur, avec pour image un dessin bleu et argenté pour une ambiance féérique. En lisant le résumé, je m’attendais à une intrigue féérique, selon le schéma classique « immersion d’humain dans une monde féérique qui ne leur veut pas que du bien », ou encore « aventures d’enfants dans un monde magique », un peu comme Fablehaven. Mais finalement, c’est assez différent et ça m’a agréablement surprise.

L’auteur nous fait suivre Midge, une fille de douze ans, qui passe des vacances seule chez son oncle, alors que ses cousins sont chez leur mère divorcée et que sa mère, musicienne, fait une tournée de concerts. Citadine, elle se plaît pourtant très vite dans cette ferme délabrée perdue au milieu des champs et des forêts. Jusqu’au jour où elle trouve un petit cheval ailé blessé. Ce cheval est intelligent et est capable de lui parler par la pensée. Par son intermédiaire, Midge va rencontrer les Minuscules, peuple composé de cinq tribus différentes qui se méprisent les unes les autres.

L’aspect féérique est moins flagrant que dans Fablehaven. Il n’y a pas vraiment de magie apparente, seulement des êtres de petites tailles, avec des caractéristiques physiques particulières (des ailes de chauve-souris par exemple). Et si un danger les menaces, il n’est pas désigné comme étant une force maléfique qui voudrait soumettre le monde. C’est plutôt un dépérissement et une défiance générale qui diminue leur ressources et empêche la confiance entre les tribus. L’ambiance est donc beaucoup plus réaliste. Il y a d’ailleurs une inégalité entre les tribus qui font que les chasseurs ailés se pensent supérieurs aux tribus troglodytes qui cachent en fait des trésors. Ce sont des ressorts intéressants dans cette intrigue. Autre originalité : le bestiaire est totalement nouveau. Il y a aussi une magie latente et des légendes qui sont évoquée, mais dans ce premier tome, tout reste un mystère.

La mise en place du contexte de l’histoire et la découverte du monde mystérieux se fait progressivement. J’ai trouvé le style parfois un peu lourd. L’auteur décrit avec beaucoup de précision certains gestes de ses personnages et ça manque de fluidité, mais ça ne m’a pas freinée dans ma lecture. Au contraire, j’ai passé un bon moment. On découvre des personnages très sympathiques, et d’autres plus mystérieux qu’on aimerait mieux connaître, comme cette sorcière Maven la verte.

C’était une bonne lecture pour un début de série qui a un bon potentiel, et je découvrirai volontiers la suite, dès que la bibliothèque l’aura achetée !

Le passage de la nuit – Haruki Murakami

Couverture - Le passage de la nuit

Haruki MURAKAMI

Le passage de la nuit

(traduit de japonais par Hélène Morita et Théodore Morita)

Editions 10-18, 2008

229 pages

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Présentation de l’éditeur

Que se passe-t-il après les douze coups de minuit ? Mari rencontre un musicien dans un bar, sa soeur partage à son insu le sommeil d’un inconnu… Pour les âmes solitaires d’une ville assoupie, les expériences se succèdent, entre fantasmagorie et réalité. Le lecteur, voyeur protégé par l’obscurité, palpe les rêves inquiétants des acteurs de la nuit.

Mon avis

Le narrateur s’introduit dans l’histoire comme pur point de vue. Comme une caméra reliée à une salle de surveillance loin de ce qu’elle filme. Le lecteur est en quelque sorte derrière une télévision dans cette salle et il est impossible pour le narrateur comme pour le lecteur de s’immiscer dans l’histoire et d’agir ou d’influencer les personnages. C’est dans cette perspective que le roman nous est présenté par le narrateur. Et c’est ainsi qu’il nous emmène en différents lieux, le temps d’une nuit, pour suivre plusieurs personnages.

Une horloge marque le passage du temps, le passage de la nuit, avant chaque chapitre, à mesure que les vies de chacun se déroulent. Il y Mari qui lit un gros livre dans un restaurant ouvert toute la nuit pour éviter de rentrer chez elle. Il y a Takahashi, un étudiant musicien qui la reconnait, engage la conversation et s’installe à sa table.  Il y a aussi Kaoru, ancienne catcheuse et gérante de love hotel, ou encore Shirakawa, un employé de bureau qui travaille tard dans la nuit. Et puis, il y a Eri, la soeur de Mari, qui dort sans interruption depuis plusieurs mois, parce qu’elle « n’essaie pas de se réveiller ». Elle dort très paisiblement quand la télévision de sa chambre va s’allumer pour montrer une pièce vide, et y transporter son lit, dans son sommeil…

J’aime beaucoup ce roman. C’est une de mes relectures de la fin du mois d’avril. Je trouve ce roman asse riche et simple tout en étant complexe – contradiction quand tu nous tiens… – je ne sais pas trop comment l’exprimer. On assiste à des choses à la fois très simple, mais peu ordinaires finalement, qui se mêlent et se rejoignent dans une trame plus complexe. J’aime beaucoup le style qui nous livre les actions des personnages d’un point de vue externe, sans entrer dans leurs pensées, et qui les rend leurs conversations ou leurs comportements intéressants. Par exemple, nous avons les longues conversations de Mari et Takahashi, qui partent dans des sujets très divers. C’est amusant parce que Takahashi est un personnage très spontané, il est aussi plutôt bavard, et Mari qui n’a pas très envie de l’écouter ou de lui parler, finit par se laisser gagner par les confidences.

Il y a aussi ce qui arrive à Eri. Murakami parvient avec beaucoup de talent à évoquer, à brosser la possibilité de la présence d’un autre monde ou d’une autre côté. La nuit serait alors une sorte de passage entre les deux, parce que c’est un moment incertain, où l’on hésite entre un jour ou le lendemain.

Il y a donc cet aspect fantastique qui se mêle avec quelque chose de très concret, de très terre à terre qui sont la vie et les drames de chacun. Le roman est assez déroutant, il y a des choses qui ne sont pas expliquées, mais qui ne nécessitent pas d’explication, il me semble. Ce sont des histoires étranges qui se déroulent à la faveur de cette nuit, elles sont parfois très banales, mais elles ne sont pas vraiment dans les normes. On frôle le marginal. L’auteur parvient à rendre ça passionnant et c’est pour cela que j’adore ce livre : sa capacité à envouter le lecteur avec des choses qui sont loin de ce à quoi on est habitué.

Pour conclure, je vous laisse sur une citation qui résume l’ambiance générale de ce roman :

« Un nouveau jour est sur le point d’arriver mais l’ancien porte encore sa lourde traîne. Comme l’eau de mer et l’eau de la rivière affrontent leurs élans à l’embouchure, le nouveau temps et l’ancien temps luttent et se mélangent. Takahashi, lui non plus, ne parvient pas à déterminer clairement de quel côté du monde se situe son centre de gravité. »

Strom – Emmanuelle et Benoît de Saint-Chamas

Couverture - strom 1Couverture - strom 2

Emmanuelle et Benoît de SAINT-CHAMAS

Strom

Editions Nathan, 2011

2 tomes lus sur 4 publiés

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Présentation de l’éditeur

Tome 1 : Le collectionneur

Dans les sous-sols du Louvre, une société occulte oeuvre pour protéger l’humanité : la confrérie des Chevaliers de l’Insolite. Elle préserve le secret de l’existence de mondes insoupçonnés, invisibles au commun des mortels. Aujourd’hui, l’organisation recrute la prochaine génération de chevaliers. Raphaël et Raphaëlle sont de ceux-là. Maîtrise des sciences paranormales, télépathie, lévitation, les jumeaux développent, en parallèle de leur vie de collégiens ordinaires, les capacités inexplorées de leur esprit. Désormais initiés aux pouvoirs du Strom, ils se lancent bientôt à la recherche d’un objet précieux, dérobé à la confrérie par un mystérieux collectionneur…

Tome 2 : Les portails d’outre-temps

Il y a certains secrets qu’il est préférable de taire, certaines porte qu’il vaut mieux laisser fermées. Ainsi, depuis des siècles, et grâce aux pouvoirs du Strom, la confrérie des Chevaliers de l’Insolite cache l’existence de portails ouvrant sur l’inconnu. Membres de la future génération de chevaliers, Raphaël et Raphäelle découvrent l’un de ces passages : un portail d’outre-temps, qui permet de voyager dans le passé – au risque de ne jamais revenir…

Mon avis

Raphaël et Raphaëlle Chêne, jumeaux et orphelins, sont membres de la Confrérie des Chevaliers de l’Insolite, comme leur parrain, Tristan. Ils sont initiés au Strom et doivent passer les étapes successives pour devenir chevaliers.

Dans le premier tome, Le collectionneur, un ordinateur portable est retrouve lors d’une fouille dans un tombeau en Égypte. Raphaël et Raphaëlle viennent tout juste d’apprendre qu’ils possèdent le Strom, une capacité cérébrale qui leur permet d’avoir un pouvoir sur les choses. On suit leur apprentissage, et leur découverte du nouveau monde qui s’ouvre à eux. Ils se font un nouvel ami, Arthur, un orphelin comme eux, et Raphaël réussit à battre, grâce au Strom la bande de garçons qui s’en prenaient à lui et à son meilleur ami.

Dans le deuxième tome, ils sont devenu pages et commencent à grimper les échelons qui feront d’eux des chevaliers. Raphaëlle se rend chez une amie, dans le château de ses parents, et elle disparaît. En enquêtant, Tristan et Raphaël se rendent comte qu’elles sont passées par un portail qui les a menées en Egypte antique. Tristan passe le portail pour les retrouver tandis que Raphaël tente de les aider de son époque.

Au début, quand j’ai su que les personnages avaient douze ans, j’ai craint un moment que le style d’écriture fasse trop jeunesse. Mais non, ça reste simple, mais ce n’est pas enfantin. Les deux jumeaux sont des personnages sympa. On a envie de les suivre dans leurs aventures avec leur parrain et son nœud papillon. Dans le premier tome, on est plutôt dans la découverte de la confrérie et des nouveaux mondes qui s’offrent à eux. Les auteurs commencent à tisser la trame d’une histoire qui va nous emmener sur plusieurs tomes.

Les aventures qu’ils vivent sont un peu anecdotiques, on attend que l’enjeu devienne un peu plus important. Malgré tout, les intrigues sont à chaque fois bien trouvées et c’est une petite lecture très sympathique, agréable et divertissante.

Voir l’avis de : A la croisée des chemins.

Lu pour le baby challenge Jeunesse