Au sortir de l’ombre – Syven

 

 

 

SYVEN
Au sortir de l’ombre
Editions du Riez, 2011
421 pages
Collections Brumes étranges

Présentation de l’éditeur

Londres, 1889. La Guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de Lady Eileen pour une nuit n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils font l’objet. Mais dans l’ombre d’Eileen, attentif, « Il » sait ce qui est sur le point de se jouer.


Les gothans sont des monstres. Même sous l’emprise d’une prêtresse et prisonnier de leur ombre, ils empoisonnent l’atmosphère et peuvent pénétrer les rêves des hommes pour en faire des pantins à leur service. Les traqueurs sont alors chargés de tuer ces hommes, de sortes qu’ils ne s’attaquent pas aux prêtresses. Car sans leur contrôle, les gothans seront libres.

La Guilde d’Ae parvient à mener à bien sa mission quand une secte s’en prend à ses agents et kidnappe plusieurs prêtresses. Eileen, qui contient dans son ombre un puissant gothan est l’une de leurs cibles. William, Christopher et Heinrich, trois traqueurs qui ont chacun un don singulier, sont chargés de sa protection. Nous découvrons particulièrement William, un grand homme noir, aux manières sophistiquées, mais spolié de son héritage par plus puissant que lui. Heinrich, Christopher et lui se retrouvent l’objet d’un noir complot qui vise la guilde et ses prêtresses.

Nous sommes projetés dans cet univers au coeur de l’action, en pleine nuit de chaos : une jeune femme est en fuite alors qu’un incendie fait rage non loin et qu’on semble la traquer. Le Gothan a déjoué la vigilance d’Eileen et en a profité pour déchaîner l’horreur. La situation est finalement contrôlée, mais voici qu’un an plus tard, c’est son protecteur qui est assassiné. Trahison, manipulation… l’ambiance est très sombre dans ce roman. On pourrait même lui attribuer d’autres qualificatifs : violent, sanglant par moments, mais aussi bien équilibré entre des scènes d’action ou de suspens, et la découverte de la Guilde d’Ae, de son fonctionnement et de ses secrets.

J’ai lu ce roman en plein milieu du marathon du Weekend à 1000 et c’est très bien passé. J’ai été bien prise dans l’action, ai apprécié les personnages – surtout les traqueurs – et suis passée par plein d’états en cours de lecture. Cette intrigue et l’écriture de l’auteur m’ont bien accrochée et j’ai passé un très bon moment avec ses lectures. L’idée même que les gothans puissent exister me fait frissonner. Bref, je suis très contente de cette lecture qui me conforte dans mon impression sur cette auteure : son travail est très bon ! J’avais déjà beaucoup apprécié La Guerrière Fantôme ; ici le roman m’a semblé plus dur, plus sombre, mais la lecture en a été plus intense. A lire si vous aimez ces ambiances !

 

Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir, Fabien Cerutti

Fabien CERUTTI
Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir
Editions Mnémos, 2014
352 pages
Collection Icares

 

Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…


Nous sommes en 1339, en plein Moyen Âge. Mais un Moyen Âge habité autant par des humains, que par des elfes, des nains, des orcs ou d’autres créatures plus ou moins connues du bestiaire de la fantasy. L’Eglise a longtemps traqué ces créatures, leur magie étant impie, et une paix fragile a été accordée quand une princesse elfe est devenue Comtesse de la Champagne, faisant de celle-ci une terre d’asile pour les elfes et les autres peuples pourchassés. Mais en Champagne, la situation est difficile a tenir, puisqu’elle est prise en étau entre le Royaume de France et le Duché de Bourgogne – indépendant de la Couronne. Dans ce contexte instable, Pierre Cardwain de Kosigan, dit « Le Bâtard », est un interlocuteur privilégié pour toute basse-besogne, complot secret, ou enquête discrète. Un tournoi organisé en Champagne est au coeur de tous les enjeux politiques et diplomatiques de l’année, et bien sûr, le Bâtard de Kosigan a décidé d’y participer.

C’est le journal du chef mercenaire qui nous est dévoilé ici. Et, je ne sais pas pourquoi, je m’attendais presque à un personnage plus violent et bourrin. Je ne dis pas qu’il n’est pas violent, mais il est beaucoup plus subtile. Bon, il triche, ment, séduit, corrompt, trahit et assassine, mais le phrasé est élégant, et il est difficile de savoir qui il sert réellement – bon, en fait c’est facile : lui-même – et quel est son but. Avertissement (annoncé dès la première page): il ne révèlera pas ses plans. On découvre donc au fur et à mesure chacune de ses actions et ses conséquences. On devine derrière une stratégie sans jamais avoir de plan d’ensemble. Et on se fait surprendre – en tous cas, je me suis faite avoir par ses intrigues.

Tout le roman va donc tourner autour du tournoi (ahah !). C’est une action qui dure quelques jours, qui porte une forte tension, et qui va nécessiter du personnage bien des efforts. Mais on va aussi suivre la correspondance de Michaël Konnigan, un lointain descendant de Pierre Cadwain de Kosigan de la fin du XIXe siècle, à qui on livre un curieux objet en héritage et qui va en apprendre plus – ou plutôt soulever de nombreux questions – sur son ancêtre magouilleur. Les deux fils de l’intrigue se mêlent habilement et le deuxième présage de grands évènements à venir dans le premier.

Et en substance, on en apprend plus sur ce monde, ce Moyen Âge-là : la magie, les ravages faits par l’Inquisition dans les rangs des peuples anciens. On croise plusieurs races : Humals (hommes à têtes de lion), elfes, nains, Changesang (capable de prendre l’apparence d’autres personnes), esprits de rivière… Au delà de cet aspect magique, ce Moyen Âge a un goût d’authentique. Et pour cause, l’auteur est historien. Certains mots de vocabulaire employés, les pièces d’armures, les types de chevaux, les textes en ancien français qui nécessitent une traduction (d’ailleurs le journal du mercenaire a sûrement été traduit pour qu’on puisse le lire ;) )… tout nous met dans l’ambiance des romans de chevalerie, les complots en plus. Et j’insiste là-dessus, parce que c’est un sentiment que l’on a rarement dans les romans de fantasy dite médiévale.

Je ne m’attendais pas non plus que toute l’action soit si condensée autour d’un évènement, mais j’ai beaucoup aimé, et même si ça peut paraître court, il y a tellement de combats – décrits avec minutie, notamment lors du tournoi – d’actions, de retournement de situation, de « je veux bien te servir, mais en fait je sais que je vais te trahir », de double-jeu, etc. qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.

En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lecture.

La Passe-Miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

Ce roman, qui a remporté le premier concours du premier roman de Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama, a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie. Et pour cause : ce fut une véritable évasion !

 

 

Christelle DABOS

La Passe-miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver

Editions Gallimard Jeunesse, 2013

517 pages

 

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.


Dans ce roman, le monde est constitué d’arches, chacune ayant des traditions et un fonctionnement différent, et chacune ayant doté leurs habitants de pouvoirs. Ophélie est née sur Anima, et comme tous les habitants de cette arche, elle possède des dons qui lui permettent d’agir sur les objets. En l’occurrence, elle est une liseuse : elle peut lire le passé des objets en les touchant ; et une passe-miroir : elle est capable de passer d’un endroit à un autre en passant à travers les miroirs. Sa vie tranquille est bouleversée quand les autorités d’Anima lui impose un mariage arrangé avec un homme d’une autre arche. Elle n’a d’autres choix que d’accepter, au risque d’être exilée d’Anima. Le Pôle est une arche glacée, dons le système, violent et dangereux, oppose plusieurs clans dans une lutte pour le pouvoir (politique). Son fiancé, Thorn, est à l’image de l’arche : glacé, taiseux et définitivement indifférent au sort de sa promise. Ophélie se frotte aux intrigues de la Cour du Pôle, sans comprendre ce qu’on attend d’elle, cachée le temps de ses fiançailles, et bien déterminée à ne rien ressentir pour Thorn.

Les Fiancés de l’hiver est un roman qui m’a vraiment enthousiasmée. Comprendre : je l’ai terminée en trépignant des étoiles pleins les yeux, « tropbientropbientropbien… » s’échappant de ma bouche comme une litanie. Ce fut une vraie évasion (mentale), pour la simple raison que ce monde, le monde créé par Christelle Dabos est complet, fascinant et habité. Il vit, il s’anime par de nombreux détails que l’auteure a disséminé dans son roman. Ainsi, les objets son presque vivants sur Anima, ils ont un caractère et il est possible d’influer leurs psychologie. Et cette immersion commence dès les premières lignes :

On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.

Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir, à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.

Mais par dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimaient pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.

Et aussi :

Sa main tâtonna sur la table de chevet, à la recherche de ses lunettes. Les verres cassés commençaient déjà à cicatriser, mais il leur faudrait plusieurs heures avant guérison complète. Ophélie les posa sur son nez. Un objet se réparait plus vite s’il se sentait utile, c’était une question de psychologie.

L’héroïne ne paie pas de mine, et elle est décrite loin des canons de beauté habituels. C’est une « petite souris grise » : petite, terne, discrète et réservée, cheveux devant les yeux, lunettes de myope, longue et vieille écharpe (vivante) autour du coup. Mais elle est tenace, volontaire et déterminée. Elle trace son chemin comme la passe-miroir qu’elle est (si ce bout de phrase vous paraît obscur, lisez le roman, vous comprendrez), malgré tout ce qu’on veut lui imposer. C’est vraiment super de la suivre.

Son alter ego, le mystérieux Thorn, son fiancé, est aussi un personnage troublant. Vu sa description, je l’imaginais raide et dégingandé, comme des marionnettes à la Tim Burton, filiforme et tranchant comme l’acier. C’est un personnage qui m’a aussi marquée.

Tout ceci culmine dans une intrigue haletante, entre complot politique, jeux de pouvoirs, secrets et (donc) révélations. Les jeux d’intrigues à la Cour du Pôle et l’enquête d’Ophélie pour comprendre ce dont elle est le jouet entretiennent le suspens, tout comme l’évolution des relations entre les personnages.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman, et pour moi son succès est complètement justifié et mérité. Je suis toujours un peu réticente quand un roman fait un tel buzz (je l’ai vu presque systématique sur les chaîne/blogs etc. que je suivais au moment de sa sortie). Mais j’ai fini par passer le pas et j’en suis très heureuse ! Si c’est aussi votre cas, essayez, lancez-vous ! (D’ailleurs, la version poche est sortie.) (C’était mon dernier argument pour vous convaincre de le lire, je vais m’arrêter là. Salut !)

Morwenna, Jo Walton

Jo WALTON

Morwenna (traduit par Luc Carissimo)

Editions France Loisirs, 2015

446 pages

Présentation de l’éditeur

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.


Morwenna prend la forme d’un journal intime. La jeune fille y parle de son quotidien : son arrivée dans cette école privée, la famille de son père qui l’a recueillie, les différences entre l’Angleterre – son paysage clôturé – et les différences qu’elle constate avec son Pays de Galle natal – plus sauvage et aux fées peu farouches. Petites, elle et sa soeur avaient l’habitude de les voir, de converser avec elles et même de faire des choses pour elles. C’est aussi en tentant de contrecarrer les plans de leur mère, folle et un peu sorcière, que l’accident a eu lieu. A l’école, elle doit trainer sa jambe douloureuse, le souvenir de sa soeur, son aversion pour les règles absurdes, au milieu des moqueries des autres. Heureusement, il y a la lecture, la bibliothèque et tous ces romans de SF qu’elle avale à la pelle.

C’est une forme de narration à laquelle on s’attend peu – un journal intime – dans une histoire où on nous annonce des fées et de la magie. Mais on est plus proche du récit de vie que de l’aventure fantastique. On suit Morwenna dans son intimité, ses réflexions sur la magie et peu à peu son évolution. Et si les fées et la magie sont bel et bien présentes, c’est le parcours de Morwenna qui fait le sel de ce roman. J’ai regretté que, sous cette forme, le climax tombe un peu à plat, et soit moins intense que ce que promettait la quatrième de couverture. Je n’ai pas tellement ressentie de montée en tension dans l’intrigue, comme on aurait pu s’y attendre à cause de la menace que constitue la mère de Morwenna. En revanche, c’est très intéressant et très agréable de la voir s’adapter à son environnement, trouver dans son école des coins ou des moments de liberté. Elle évolue aussi dans sa vision sur sa famille, son histoire ou les personnes qui l’entourent.

Il y a beaucoup de passage sur ses lectures. Beaucoup de ses journées vont tourner autour des livres : ceux qu’elle va acheter ou emprunter, ceux qu’elle lit. Le roman se déroule en 1975 et c’est un bel aperçu de la littérature de science fiction ou de fantasy de l’époque, de Tolkien à Zelazny, en passant par Le Guin et beaucoup d’autres que je ne connaissais pas. D’ailleurs, au moment où le roman est sorti, un blogueur a listé tous les romans et un autre a organisé le challenge Morwenna’s list, pour lire une partie des ouvrages mentionnés dans le roman.

En conclusion, à part ce manque de tension et d’intensité dans les moments de menace ou d’action, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est l’évolution de l’héroïne qui importe, que les difficultés qu’elle a à surmonter soient d’ordre magique ou quotidien – sa relation aux autres, sa jambe douloureuse, etc. Ce roman est aussi, d’une certaine manière une ode aux livres, au roman de SF et ce qu’ils peuvent nous apporter, ainsi qu’une ode au prêt entre bibliothèques !

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Absinthes & démons – Ambre Dubois

Lord Nermeryl est un jeune homme étrange. Quiconque reçoit sa carte peut lui demander de l’aide pour résoudre un problème étrange, surnaturel et d’apparence insoluble. Un personnage fascinant, mais qui ne réussit pas à dépasser l’anecdotique.

 

 

 

Ambre DUBOIS

Absinthes & démons

Editions du Riez, 2011

184 pages.

Présentation de l’éditeur

Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière…


Possessions, malédictions, disparition en masse de jeunes gens, morts étranges… c’est le lot quotidien de Lord Nermeryl qui s’est fait une spécialité d’enquêter à la demande de quiconque reçoit sa carte de visite. Entre un fantôme qui possède une jeune femme, un vampire qui sévit dans un quartier mal famé, et une fée qui revient à la vie  au prix de sacrifices humains, ses pouvoirs obscures et sa fidèle compagne ne sont pas de trop pour l’épauler dans sa tâche. Et alors que les nouvelles passent, l’auteur en dévoile un peu plus sur le mystère qui plane autour de son personnage.

Je n’attendais pas grand chose de ce roman, donc je ne suis pas tellement déçue, mais il est clair que ce livre sera très vite oublié. Tout est sous-exploité, le personnage est peu incarné, la corneille a un rôle minime,au point que ce qui se passe à la fin ne soulève aucune émotion, et le tout reste très anecdotique.

En terme d’écriture, c’est assez pauvre. On nous sert à la pelle nombre de descriptions surnaturelles ou érotiques clichées à souhaits, entre des « yeux mordorés », des lèvres « incarnats », etc… clichés que l’on retrouve beaucoup dans les récits bit-lit ou vampiriques. L’absinthe, qui apparaît dans le titre, ne sert à rien. Le personnage en boit, mais à part ça… Par contre, les démons, vu tous les teasings qu’on nous fait d’une nouvelle à l’autre, on finit par en entendre parler.

Le format est celui de courts chapitres, plutôt des nouvelles, qui présentent une enquête différente à chaque fois. Il y a simplement un mince fil rouge, la révélation progressive de la nature du personnage, et cela n’a pas suffit m’accrocher. Un autre format aurait peut-être rendu l’intrigue plus intéressante. J’ai bien aimé certains détails : le dénouement d’une ou deux nouvelles, les créatures intrigantes qu’elles présentent, et la façon dont Jorian Nermeryl arrive à s’en sortir. Mais, le fonctionnement de ce monde n’est pas expliqué, les quelques bons points du livre restent sous-exploités, et tout a un goût d’inachevé.

Les Sentiers des Astres, 1. Manesh – Stefan Platteau

 

Stefan PLATTEAU

Les Sentiers des Astres, 1. Manesh

Editions Les Moutons Electriques, 2014

Collection Bibliothèque Voltaïque

 

Présentation de l’éditeur

Quelque part dans la nordique forêt du Vyanthryr, les gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve vers les sources sacrées où réside le Roi-diseur, l’oracle dont le savoir pourrait inverser le cours de la guerre civile. À bord, une poignée de guerriers prêts à tout pour sauver leur patrie. Mais qui, parmi eux, connaît vraiment le dessein du capitaine ? Même le Barde, son homme de confiance, n’a pas exploré tous les replis de son âme. Et lorsque les bateliers recueillent un moribond qui dérive au fil de l’eau, à des milles et des milles de toute civilisation, de nouvelles questions surgissent. Qui est Le Bâtard ? Que faisait-il dans la forêt ? Est-il un danger potentiel, ou au contraire le formidable allié qui pourrait sauver l’expédition de l’anéantissement pur et simple ?

Un huis-clos humaniste et un peu cruel, une histoire sans héros, quelque part entre Robin Hobb et Robert Holdstock.


Manesh est le premier tome de la série Les sentiers des astres de Stefan Platteau publié aux éditions des Moutons électriques en 2014. Il s’agit de fantasy, mon genre de prédilection. J’en lis beaucoup et j’apprécie tout particulièrement les univers qui me font sortir des classiques elfes/nains/orques/dragons et licornes.

Nous suivons ici une troupe d’aventuriers qui naviguent sur un fleuve pour remonter son cours vers les terres étranges et inexplorées du nord. Ils sont à la recherche du Roi-Diseur, un oracle, dont les paroles pourraient changer le cours de la guerre civile qui fait rage dans le royaume de l’Héritage. C’est le barde de la troupe qui nous raconte comment lui et ses compagnons ont tiré du fleuve un homme blessé flottant accroché à une branche d’arbre. Il a les jambes brisées, presque nécrosées, il est fiévreux et tout le monde doute de pouvoir le soigner. Pourtant, il reprend conscience et se met à raconter son histoire. Il s’appelle Manesh, dit aussi le Bâtard et ce surnom cache en fait des origines fabuleuses.

Tout le roman va se passer sur ces bateaux entre la troupe dont la mission reste floue pendant un bon moment et le nouvel arrivant. C’est un genre de huis-clos mystérieux où on va apprendre à connaître chaque personnage et ses motivations.

L’histoire se déroule au rythme lent du voyage sur le fleuve, ce qui ne la rend pas moins envoûtante. Et on se laisse faire, on choisit de prendre le temps pour lire cette histoire. D’ailleurs, prendre son temps ne signifie pas que ce roman est dénué suspens ou de surprise, bien au contraire. Chaque camp, la troupe de navigateurs et le naufragé, a ses secrets et tente de les garder bien dissimulés jusqu’à ce qu’ils éclatent au grand jour.

J’aime particulièrement ce ton et ce style, cette voix de conteur dont on perçoit les moindres intonations à la lecture. Le style est riche, se laisse aller à quelque poésie, et est tout simplement magnifique. C’est vraiment très agréable à lire !

L’univers met en scène des créatures rarement vu en fantasy : des géants aux pouvoirs grandioses, une magie terrible. Le narrateur nous dévoile au fur et à mesure l’histoire légendaire de ce monde et on sent à quel point il est riche et que les influences de l’auteur viennent de multiples horizons.

En bref, je vous conseille ce livre, que vous soyez amateurs de fantasy ou pas. Pour conclure en quelques mots, Les Sentiers des Astres, c’est un univers riche, un style envoutant et une histoire qui malgré son apparente indolence se révèle pleine de surprise et de rebondissements. Pour moi c’est un coup de cœur !

Voir aussi : mon coup de cœur en vidéo !

La Voie des Oracles, 1. Thya – Estelle Faye

Estelle FAYE
La Voie des Oracles, 1. Thya
Editions Scrineo, 2014
336 pages

Présentation de l’éditeur

La Gaule, Vème siècle après Jésus-Christ.

Cerné par les barbares, miné par les intrigues internes et les jeux du pouvoir, l’Empire romain, devenu chrétien depuis peu, décline lentement.

Les vieilles croyances sont mises au rebut, les anciens dieux se terrent au fond des bois, des montagnes et des grottes, les devins sont pourchassés par la nouvelle Eglise.

Thya, fille de l’illustre général romain Gnaeus Sertor, a toujours su qu’elle était une oracle. Il lui faut vivre loin de Rome, presque cachée, en Aquitania, perdue au milieu des forêts.

Que faire alors, quand son père, son protecteur, tombe sous les coups d’assassins à la solde de son propre fils ? Il faut fuir, courir derrière le seule chance qu’elle a de le sauver… Se fier à ses visions et aller vers Brog, dans les montagnes du nord, là où autrefois, Gnaeus a vaincu les Vandales. Et peut-être, le long de ce chemin pavé d’embûches et d’incroyables rencontres, voir le passé refaire surface et réécrire l’Histoire…


Thya a 5 ans quand elle découvre ses dons d’Oracle. Dans un Empire romain devenu chrétien, cela seul lui vaudrait d’être exécutée comme une sorcière. Aussi son père lui a fait quitter Rome, où il a une charge de sénateur, et il l’a conduite en Aquitania, dans une villa isolée où elle a pu développer ses dons. Elle a 16 ans quand, à la suite d’une partie de chasse, son père est attaqué par des assassins et laissé mourant. Craignant son frère, elle se lance sur les routes à la faveur d’une vision pour rejoindre Brog. Dans cette forteresse, elle en est certaine, elle trouvera le moyen de sauver son père. La jeune fille ne reste pas longtemps seule sur les routes de la Gaule : elle rencontre Enoch, un jeune maquilleur aux origines barbares, et Mettius, un ancien légionnaire qui a servi sous les ordres du général Gnaeus Sertor et qui était présent lors de ses exploits à Brog. Avec eux, elle s’initie au monde, à ses merveilles et à sa cruauté.

C’est la deuxième fois que je lis ce roman, et curieusement, je l’ai mieux aimé lors de cette relecture. J’ai (re)découvert cet univers, les personnages et les épreuves qu’ils traversent avec plaisir. A la réflexion, la première fois que j’ai ouvert ce livre, je m’attendais trop à retrouver une ambiance comme dans Porcelaine – conte chinois – ou dans Un éclat de givre – récit postapo à la première personne – et je pense que j’ai été un chouïa déçue. Ce n’est pas tant que ce roman n’a pas d’ambiance – au contraire : les routes incertaines de la Gaule au Vème siècle et les forêts aux créatures mythologiques créent une atmosphère bien particulière – plutôt qu’elle est moins marquée. J’ai trouvé de manière générale le style un peu en deçà des deux autres romans. Mais La Voie des oracles est plutôt destiné à un public jeunesse ou adolescent  et ainsi, le genre, les personnages et en conséquences les effets de la narration ne sont pas les mêmes.

J’ai beaucoup aimé cette intrigue et l’univers dans lequel elle se place. L’auteure décrit très bien les interactions entre le nouveau monde chrétien et celui des anciens dieux et des créatures mythologiques, qui existent toujours, qui doivent se cacher et qui tentent de lutter contre leur disparition. La grandeur de Rome est sur le point de devenir un souvenir : miné par les jeux de pouvoirs des patriciens, et affaibli par les attaques des Vandales au nord de la Gaule, les signes de sa décadence sont partout.

Thya est une héroïne qui a grandi seule, isolée du monde. Elle est droite, dure, fidèle à ses convictions et déterminée, et ses certitudes vont être chamboulées par tout ce qu’elle va vivre. Elle s’interroge aussi sur sa responsabilité en tant qu’oracle et sur les sacrifices que son don implique. Sa quête se complique quand le passé de sa famille ressurgit à Brog.

Si Thya est le personnage éponyme de ce premier tome, Enoch lui vole la vedette avec son tempérament plus enjoué. C’est un séducteur, ce qui lui vaudra des ennuis, mais avec ses origines nodes (les Nodes sont un peuple « barbare ») et son père romain, il ne s’est jamais bien intégré, ni chez les uns, ni chez ou les autres, et il a eu une enfance difficile. Il est ainsi plus nuancé et c’est qui le rend très intéressant. Les autres personnages sont aussi très intéressants : je pense notamment à Namitius, un jeune patricien oisif qui a été forcé de quitter et qui regrette Rome. Ou encore à Aylus et ce qu’il porte en lui.

La narration est efficace, quelques pauses permettent d’approfondir notre connaissance des personnages et l’intrigue prend un tournant vers la fin du roman qui donne envie de découvrir la suite. Lors du Book Club d’Hélène Ptitelfe, une personne a remarqué des incohérences historiques, mais n’étant pas une spécialiste de la période, cela ne m’a pas du tout gênée. Je suis, au contraire, très curieuse de me plonger dans le second tome et j’ai hâte de le découvrir.

Pour conclure sur ce premier tome de La Voie des Oracles, j’ai trouvé qu’il était un peu en deçà des autres romans que j’ai pu lire – et adorer – d’Estelle Faye, mais l’auteure développe un monde intéressant, des personnages touchants et on a envie de les suivre dans leurs aventures. C’est une lecture très agréable qui embarque son lecteur dans son univers et qui passionne !

 

Le Sang des 7 rois, Livre Premier – Régis Goddyn

Régis GODDYN
Le Sang des 7 rois, Livre Premier
Editions L’Atalante, 2013
406 pages
Collection La Dentelle du Cygne

Présentation de l’éditeur

3 juin 806

Deuxième jour de traque. Depuis le départ du château, la pluie n’a pas cessé de tomber. Je profite d’une roche en surplomb pour abriter le journal et écrire ce premier compte rendu. Arrivés sur les alpages, nous avons suivi la Crête pour trouver des indices. Rien ne nous avait préparés à ce que nous avons trouvé là. Un autre campement avait été édifié à cinquante pas à vol d’oiseau du premier et tout indique qu’alors que nous pensions notre retard considérable, ses occupants s’en étaient allés quelques heures auparavant.

Entrez dans l’univers des 7 Royaumes où sévit l’Inquisition, et découvrez le secret de l’origine du sang bleu.


Deux enfants sont enlevés dans le vicomté d’Hauterre. Les caractéristiques particulières de l’opération – parfaitement organisée, le paiement laissé sur place – et les victimes – des enfants du peuple, paysan et aubergiste – mettent en branle le Pacte, cet ensemble d’ordres et de procédures que tous les nobles se doivent de suivre afin de protéger les 7 Royaumes du Sang bleu. Orville, sergent d’Hauterre, est envoyé sur la trace des kidnappeurs. Il ne sait rien de ceux qu’il traque. Qui sont-ils ? Pourquoi inquiètent-ils tant les nobles que les théocrates ? Qu’est-ce que le Sang bleu ? Pourquoi le Pacte a-t-il été mis en place ? Les réponses à ces questions, Orville devra lutter pour les obtenir. Cette traque est le début de ses aventures, qui le mènera au bout du monde et qui lui permettra de se découvrir d’étranges pouvoirs…

J’ai fait ce petit résumé pour qu’il reste le plus vague possible, ainsi que l’auteur nous le présente dans les premières pages. Le début m’a paru étrange. Il me manquait des explications sur le background de l’histoire, des 7 Royaumes ou des personnages, et surtout sur le Pacte. C’est très frustrant, dans les premiers chapitres de suivre Orville dans un but que lui même ignore, puis de se trouver dans la salle de conseil du roi parlant avec des hommes qui savent et comprennent de quoi il s’agit sans le nommer ou l’expliquer. Mais finalement, on a nos réponses et tout prend une autre dimension.

Orville est plutôt agréable à suivre, mais le pauvre n’est pas au bout de ses peines. On suivra au fur et à mesure de l’intrigue d’autres personnages pour expliquer, tandis qu’Orville est perdu dans sa quête, les évènements qui continuent de se dérouler dans le reste du Royaume. On parle notamment d’Inquisition et d’eugénisme. On voit les conséquences du Pacte sur les Royaumes.  Puis on a aussi un autre personnage qui va prendre plus d’importance : Rosa, une jeune fille traquée par l’Inquisition.

Au niveau du style, j’ai relevé quelques descriptions lourdes au début pour poser les décors, notamment dans la description de fortifications, mais cela s’améliore avec le fil du récit. Les scènes d’action sont fluides, et les premières pages passées, le roman est très agréable à suivre. J’ai particulièrement apprécié les quelques batailles épiques qui supposent la mise en place de stratégies gonflées et un brin suicidaires – ça ajoute du suspens et l’audace des personnages ne me les rend que plus sympathiques.

Ainsi, une fois la mécanique du roman lancée, les premiers grippages passés, ce premier roman – et premier tome de série – a constitué une belle et passionnante lecture, plein de rebondissements, avec des personnages qu’il sera agréable de suivre pour le reste de leurs aventures. Le dernier tome va être publié sous peu, et je me réjouis de découvrir la suite de l’histoire des 7 Royaumes à mon rythme.

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Port d’âmes – Lionel Davoust

Lionel DAVOUST
Port d’âmes
Editions Critic, 2015
530 pages
Collection Fantasy

Présentation de l’éditeur

Un proverbe prétend qu’à Aniagrad, tout se monnaye, même l’usage des miroirs.

Rhuys ap Kaledán est un héritier déchu.

Tout juste libéré de la servitude et des galères, il rejoint la cité franche d’Aniagrad, où tout se vend et tout s’achète, pour reconquérir l’honneur de sa famille. L’occasion lui en est rapidement donnée : Eldecar Menziel, un ancien ami de son père, lui propose de travailler sur la conversion dranique, un procédé perdu depuis des siècles qui permettrait de réaliser des machines magiques. Résolu à tracer son chemin dans la haute société de la ville, le jeune homme s’investit de tout son coeur dans le projet.

Mais bientôt, coincé entre des intrigues politiques et son amour pour une mystérieuse jeune femme qui vend des fragments de son âme pour survivre, Rhuys découvre que le passé recèle des secrets bien sombres et tortueux. Aux prises avec l’ambition, la duplicité et le mensonge, il devra se montrer plus rusé que ses ennemis s’il veut atteindre son but sans perdre son âme.


Quand sa famille est ruinée par un usurier, Rhuys est envoyé dans la marine pour payer le reste de sa dette. Après huit années de servitude en tant que marin, il débarque à Aniagrad, la cité franche où tout se vend et s’achète, la clé d’un coffre au contenu mystérieux dans la poche, espérant pouvoir reconstruire l’honneur de sa famille. Il contacte un ami de son père qui lui propose de s’investir dans un projet de recherche sur la conversion dranique. Ce procédé ancien a été perdu depuis les âges sombres, mais il permettrait un formidable progrès, en particulier dans une ville comme Aniagrad. C’est un jeune homme naïf et, très vite, ses idéaux sont bousculés par la cité, ses commerces douteux, la pression qu’il subit de la part de l’Administration d’Aniagrad ou encore de l’homme qui a détruit sa famille. Et il se perd dans un amour à sens unique pour une jeune vendeuse d’âme.

Ce roman de fantasy est à rapprocher des intrigues des Salauds Gentilshommes (de Scott Lynch) : pas de quêtes épiques, de guerres entre des Royaumes. Les personnages sont des hommes d’affaires et pas des guerriers. Toute l’intrigue va ainsi dérouler l’évolution de Rhuys, son apprentissage du monde, alors qu’il est confronté à de nombreux obstacles – complots, chantages – et qu’il va perdre petit à petit ses illusions. Il est pris entre deux forces opposées et il doit trouver un moyen de s’en tirer sans se faire écraser, et sans abandonner ses principes. C’est un roman qui a un aspect très introspectif, puisque Rhuys s’interroge sur lui-même, sur ce qu’il subit, et surtout sur ses relations avec la Vendeuse d’âme et ce qu’elle lui apporte.

Lionel Davoust continue ici à développer Evanégyre, ce monde qu’il a mis en place avec La Volonté du dragon et La Route de la conquête. Ici le contexte est très différent puisque que l’Empire d’Asreth et son artech sont devenus des légendes que les associés de Rhuys cherchent à faire revivre. On découvre donc Evanégyre sous un angle complètement différent. Et ce roman – qui peut se lire indépendamment des deux autres – permet donc de compléter notre connaissance de l’univers en proposant de suivre le trajet d’un personnage. Aniagrad est une cité fascinante, construite en strate sur des ruines très anciennes, et qui est animée par ses Administrateurs, seule véritable autorité qui sait et contrôle tout ce qui s’y passe.

Il m’aura fallu un peu de temps pour me plonger dans ce roman. Je l’ai mis en pause puis repris – ce n’était pas le bon moment -, cette fois pour le terminer. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu. C’est le genre de roman qui se lit lentement en s’imprégnant des lieux, de l’ambiance et du personnage. J’ai beaucoup aimé tout ce qui se développe entre Rhuys et la vendeuse d’âme, lors des transferts, ce qu’elle lui transmet et qui le porte. J’ai trouvé ces passages particulièrement bien réalisés dans un roman passionnant et très bien écrit. De plus, j’ai lu dans une interview que l’auteur a pour projet une série en plusieurs tomes dans le même univers, de quoi poursuivre la découverte d’Evanégyre… J’ai hâte !

Les Chroniques de Siwès, 1. La guerrière fantôme – Lise Syven

Lise SYVEN
Les Chroniques de Siwès, 1. La guerrière fantôme
Editions du Riez, 2012
454 pages

Présentation de l’éditeur

Dans notre monde, elle est une étudiante parmi tant d’autres. Dans le monde d’Ès qu’elle visite nuit après nuit, elle est un esprit guerrier.

Elle y affronte une armée, des sorciers et des dragons, par amour pour Tadjal, un tigre fabuleux qui l’aide à comprendre sa véritable nature. Elle s’est attachée à lui, aux humains qu’il protège, à la cité d’Ispare que l’empire s’apprête à assiéger. Pour les sauver,elle doit changer le cours de la guerre et empêcher les dragons défunts de ravager les cités libres.

Quitte à se perdre si le lien entre son corps et son esprit se rompt.

Siwès est la guerrière fantôme, et l’empire du Lluhan tremblera à l’annonce de son nom.


Dans le monde d’Ès, la guerre fait rage entre les cités libres, alliés des fabuleux – ces animaux intelligents et fantastiques – et l’empire du Lluhan, qui renforce ses armées par l’incarnation de dragons-défunts. Pour faire pencher la balance en faveur des cités libres et pour contrer les terribles dragons-défunts, des mages font appel à un esprit guerrier pour qu’il vienne les soutenir et diriger leurs armées. Cet esprit, c’est Siwès, qui quitte son corps en plein sommeil pour visiter Ès, attirée par la présence lumineuse de Tadjal, un tigre fabuleux. Alors qu’elle assimile et comprend les règles du monde d’Ès, elle décide de prendre un rôle actif dans la guerre qui oppose les cités libres à l’empire.

Au travers ces deux nations qui s’affrontent, ce sont aussi deux magies et, en quelque sorte, deux conceptions du monde qui s’opposent. L’Hérrès est à la base de  l’univers, c’est cette magie qui nourrit les fabuleux, tandis que l’Arh annihile l’Hérrès, tout en permettant la naissance des dragons-défunts à partir d’oeufs volés et d’âmes damnées.

Avec Les Chroniques de Siwès, je découvre un nouvel auteur et un nouvel univers. Et j’adore ce que j’y vois. On a une guerre de conquête avec l’empire du Lluhan, à la société très hiérarchisée, avec des règles strictes et une discipline de fer, qui cherche à envahir des cités libres – un ensemble encore indéterminé de peuples et de villes – grâce à l’Ahr et aux dragons-défunts. Les fabuleux – des créatures remplies d’Hérrès – constituent du côté des cités libres un bestiaire intéressant : il y a des tigres, des dragons, des chevaux-dragons… On a Siwès, jeune femme banale dans notre univers, esprit guerrier sur Ès. Elle s’y rend en laissent son enveloppe physique derrière elle dans des moments de sommeil. Sa vie calme auprès de sa famille peine à rivaliser avec la magie d’Ès, et son amitié avec Tadjal. Mais ce séjour en Ès n’est pas de tout repos pour elle : plus elle agit, plus elle se dépense et risque sa vie en esprit, plus son corps fatigue. Toutefois on découvre en même tant qu’elle les merveilles d’Ès et on comprend son envie d’y rester. Ce monde, nous le découvrons aussi par les yeux d’autres personnages : Baxian, infiltré dans l’armée lluhanienne, ou Tomas capitaine d’Ispare. On suit leur vie, leurs coutumes, leur quotidien.

Il m’a fallu un peu de temps pour me plonger dans le roman, mais une fois l’intrigue lancée, il y a des rebondissements sans temps morts, des stratégies de batailles, des conseils militaires ou des alliances politiques, et c’est passionnant ! J’ai terminé ce roman complètement emballée et enthousiaste à propos de ce que j’avais lu et tellement impatiente de lire la suite ! Côté style, l’écriture de Syven est efficace, fluide et bien rythmée (je n’ai rien à y redire pour une fois ! ^^).

Les éditions du Riez proposent là un bon roman de fantasy, avec un monde original, une héroïne elle-aussi originale, différente, touchante, et plusieurs personnages secondaires très intéressants. L’auteur embarque facilement son lecteur dans l’action, pour le laisser respirer seulement sur les dernières pages. C’est donc un excellent roman de fantasy, peu connu, mais qui mérite d’être découvert par le plus grand nombre. Et Syven est une auteur que je continuerai de suivre parce qu’elle a fait avec ce roman  du très bon travail.