Stone Rider – David Hofmeyr

 

 

 

 

David HOFMEYR
Stone Rider (traduit par Alice Marhand)
Editions Gallimard Jeunesse, 2015
311 pages

Présentation de l’éditeur

Seuls les plus forts survivront.

Adam Stone veut la liberté et la paix. Il veut une chance de s’échapper de Balckwater, la ville désertique dans laquelle il a grandi. Mais plus que tout, il veut la belle Sadie Blood.

Aux côtés de Sadie et de Kane – un Pilote inquiétant -, Adam se lance dans le circuit de Blackwater, une course à moto brutale qui les mettra à l’épreuve, corps et âmes.

La récompense ? Un aller simple pour la Base, promesse d’un paradis.

Et pour cette chance d’une nouvelle vie, Adam est prêt à tout risquer…


Stone Rider prend place dans un monde dystopique indéterminé. Blackwater est une ville tenue par le Colonel – un chef, un despote ? un véritable officier d’armée ? – qui impose à chacun de travailler dans les mines proches de la ville dont sont extraits des minéraux précieux. La seule façon d’y échapper est de participer à des courses de békanes. Des courses longues, dangereuses, éprouvantes et violentes, mais qui offrent un aller simple à une sorte de paradis situé dans l’espace en orbite autour de la Terre.

Adam Stone hésite d’abord à s’inscrire au circuit de Blackwater. Il est amoureux de Sadie Blood, vit avec son frère, estropié lors d’une précédente course de békane, alors que leur père est mort – s’est suicidé ? – dans le lac de Blackwater. C’est de lui qu’il a hérité sa békane. Ces machines répondent à l’empreinte d’une même famille, ainsi elles se transmettent de parents à enfants. Mis au pied du mur par la violence de Levi Blood, fils du colonel et frère de Sadie, il n’a d’autres choix que de participer à la course. Avec en tête les recommandations de son frère : ne faire confiance à personne.

La vie à Blackwater, c’est parcourir des rues poussiéreuses à békane sous la vigilance des robots du maintien de l’ordre, se méfier des différences clans de pilotes qui se battent à coup de fronde, sur une terre désertique et ravagée. Et les békanes sont les seuls objets susceptibles d’apporter une forme de liberté dans un quotidien dur et misérable. Il y a quelque chose d’assez fascinant à lire ces scènes de courses ou d’acrobaties à békane. C’est effréné et virtuose. Pour le reste, l’univers fait tout de suite penser à Mad Max (qu’il faudrait que je regarde un jour), ou à Jeremiah (pour un référence que je connais un peu mieux) : un monde dystopique, étrange et surtout très violent. C’est un univers de biker, jeunes ou moins jeunes, mais qui évoque tout de suite des courses en ligne droite dans des paysages qui s’étendent à perte de vue.

Ça nous donne une lecture trépidante, avec un bon rythme, de l’action, et du suspens. Tous les ingrédients sont là pour accrocher le lecteur, faire passer un bon moment, et nous faire frétiller d’impatience dans l’attente de la ligne d’arrivée. Il m’aura juste manqué un peu de background, quelques explications supplémentaires sur cette ville, son fonctionnement, le reste du monde, plutôt que de rester centré sur Blackwatter, avec simplement une brève évocation à ce paradis que tous cherchent à atteindre. Stone Rider est une lecture surprenante pour un livre dont je n’avais pas du tout entendu parlé, mais dont la suite m’intrigue beaucoup !

Memories of Retrocity, Le Journal de William Drum – Bastien Lecouffe Deharme

 

 

Bastien LECOUFFE DEHARME
Memories of Retrocity, Le Journal de Williame Drum
Editions du Riez, 2011
120 pages
Collection Graffics

Présentation de l’éditeur

A la veille de l’hiver 2004, William Drum, ex-inspecteur de la police criminelle de Chicago, est exilé par ses supérieurs à Retrocity.
Retrocity, la Cité déchue, fermée sur elle-même, que l’on tente de faire disparaitre des consciences depuis plus d’un demi-siècle.
A l’aide d’une machine à écrire trouvée dans son appartement, William se lance dans la rédaction de son journal de bord, et s’enfonce dans la ville.
Une ville hors du temps, que les citoyens ont depuis longtemps désertée.
Une ville où la mécanique remplace les organes humains.
Une ville malade et rongée par un étrange virus.
Une ville de laquelle on ne revient pas.


William Drum, policier, est exilé à Retrocity après une bavure. Retrocity est une ville étrange, coupée du monde et qui semble vivre hors du temps et de la réalité depuis des décennies. Après un accueil glacial, William rejoint son nouvel appartement, dans lequel il trouve une machine à écrire. C’est sur cette machine qu’il commence son journal : le texte qui nous est livré dans ce livre.

William se met ainsi à explorer la ville et il raconte ses errances et ses découvertes. Ce qui attire d’abord son attention ce sont ces passants qui possèdent des organes mécanisés : oeil, bras, jambe… Il apprend aussi l’existence de l’étrange virus qui contamine les habitants de Retrocity.

Dans ce roman, même si le personnage est policier, l’intrigue ne tourne pas autour d’une quelconque enquête. L’ambiance est sombre, et c’est vraiment le parcours du personnage dans la ville qui est raconté, ses rencontres, bonnes ou mauvaises, ses découvertes, le constat toujours plus fort de l’état de dégénérescence de la ville et de certains de ces monstrueux habitants.

Le point fort de ce livre, c’est son ambiance et son esthétique, entre la forme du journal intime et l’apport des illustrations. Elles ont beau avoir un côté rétro – Retrocity semble s’être arrêtée dans les années 50 – elles rendent tout le livre sombre et étrange. On plonge très vite dans Retrocity, en même temps que William Drum se laisse séduire par sa noirceur et sombre lui aussi.

Memories of Retrocity est un très beau livre. J’ai hésité avant de me le procurer, parce que je doutais que cette esthétique me plaise. Et finalement, j’ai été conquise. Le travail éditorial est de grande qualité. L’interaction entre le récit et les illustrations est bien gérée et cela permet de créer une ambiance, sombre et mortifère. Ce livre reste un investissement, mais c’est un très bel objet et il vous fera passer un très bon moment.

Jardin d’hiver – Olivier Paquet

 

 
Olivier PAQUET
Jardin d’hiver
Editions L’Atalante, 2016
416 pages

Présentation de l’éditeur

Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé  » le crime du siècle « . Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.

La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les batailles et dont la philosophie se résume à cette maxime :  » Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde.  »

Un soir, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé et des germes du futur.


Le travail sur la Tchaïka n’est pas de tout repos. Si les contrebandiers ratissent les champs de bataille une fois que les combattants l’ont quitté, ils doivent rester vigilants pour ne pas déclencher les nombreuses armes laissées sur place par les belligérants : les animaux-robots du consortium tirent à vue sur eux, tandis que les plantes-bombes de la Coop ne font pas la distinction entre les différents camps. Mais le champ de bataille où ils récupèrent cet inconnu est inhabituel. Ils trouvent nombre de carcasses d’aéronefs à désosser, mais les morts sont nombreux et ce qui les a causé est inquiétant. En effet, ils ne souffrent d’aucune blessure physique. L’un des deux camps semblent avoir développé une arme encore plus destructrice.

Voilà l’équipage plongé au coeur du conflit, conflit auquel vient s’ajouter une troisième faction qui cherche à tous prix à mettre fin à cette guerre. A ces trois factions qui s’opposent, s’ajoutent une intelligence artificielle, une Epée (c’est-à-dire un guerrier  sanguinaire que rien n’arrête), et une entité mystérieuse : Jardin d’hiver. L’action est par moment un peu confuse : tout n’est qu’alliance, trahison, conversation éthique ou divergence de point de vue idéologique.

Mon avis est un peu plus modéré que quand j’ai acheté ce roman. En effet, j’avais eu un coup de coeur pour cette couverture, et lire sur la quatrième de couverture les mots « animaux-robots » et « plantes mécanisées » dans la même phrase avait fini de me convaincre. D’abord, il y a cette impression que les personnages tournent en rond : ils vont dans un lieu, déterminés à faire quelque chose, mais rien ne se passe comme prévu, ou l’un d’eux change d’avis, et les voilà repartis en sens inverse, et ça de la Méditerranée à l’Islande. C’est assez frustrant parce qu’on a l’impression qu’ils agissent en vain. Le côté contrebandier est aussi peu mis en avant par rapport à ce qui est dit dans le résumé. Certes, ils sont pivots dans l’histoire, mais on suit moins leur mode de vie que leur changement de cap au gré des caprices de l’un ou l’autre des belligérants. Il m’a aussi semblé que certains dialogues partaient dans des discussions éthiques interminables – qui sont aussi un ressort du récit – mais qui m’ont semblé plus confuses qu’autre chose, et j’avoue n’y avoir pas compris grand chose (mais ça, c’est peut-être juste dû à l’état de fatigue dans lequel j’étais quand j’ai lu ce roman).

Cependant, cela ne doit pas vous arrêter : ce roman a aussi plein de qualités. Tout d’abord, il y a de très bons concepts de science fiction, autour de l’intelligence artificielle notamment. Et j’aime beaucoup la vision qu’il offre d’une forme de compromis entre le végétal, l’animal et la machine. Enfin, il n’y a aucun angélisme sur le conflit ou sur les partis en présence. Il n’y a aucun parti pris, ni pour le Consortium ni pour la Coop, et la conclusion arrive à dépasser cet antagonisme de façon remarquable. De plus, l’écriture est plutôt efficace, et se laisse aller à un peu de poésie, ce qui est plutôt agréable. Enfin, j’ai beaucoup aimé comment l’auteur dépeint la société du Consortium, et le mode de vie des habitants de Mégapole. C’est ville gigantesque au coeur même du Consortium, et les innovations architecturales que technologiques (notamment tout ce qui peut être une forme évoluée de nos réseaux sociaux et de nos objets connectés) qui la composent et ce qu’elles induisent en terme de mode de vie, d’interaction sociale etc. m’ont vraiment intéressée.

Ainsi, je suis peut-être moins enthousiasme à propos de ce roman que je ne l’étais au moment où je suis tombée dessus en librairie – à cause d’une certaine fatigue qui rendait la lecture laborieuse. Mais j’en garde vraiment un bon souvenir, et maintenant que mon avis a mûri, je le conseille aux personnes qui aiment la SF et à celles qui n’ont pas peur quand on prononce les mots « intelligence artificielle ».

Chaos, 1. Ceux qui n’oublient pas – Clément Bouhélier

Clément BOUHELIER
Chaos, 1. Ceux qui n’oublient pas
Editions Critic, 2016.

Présentation de l’éditeur

Paris, gare de Lyon. Une jeune femme brise une éprouvette et libère un virus inconnu qui se nourrit de la mémoire et frappe sans distinction d’âge, de sexe ou de milieu social.

Peu à peu, les infectés perdent toute capacité à penser et à agir. Malgré les mesures gouvernementales, l’épidémie se répand dans le pays, et même au-delà. Bientôt, le monde se peuple de « zombies », coquilles vides, errantes, répétant le même geste à l’infini.

Au milieu des décombres survivent quelques miraculés, des immunisés. Parmi eux, Chloé, Phil’, Claudy et Arthur. Ils n’ont rien en commun et ne se connaissent pas. Pourtant, une voix mystérieuse leur souffle de se rencontrer.

Dans cette France en proie au chaos, ils doivent découvrir qui a déclenché la pandémie et, surtout, mettre fin à son œuvre de destruction.


Même si le mot « zombies » apparaît sur la 4e de couverture, on est loin de l’habituel image du zombie décomposé anthropophage. Clément Bouhélier nous raconte bien une histoire de contagion, de maladie, mais celle-ci à un effet un peu différent. Les personnes touchées perdent toute mémoire, toute initiative, toute concentration, toute conscience de ce qui les entoure, comme un Alzheimer se déclenchant brutalement à tout âge. Très vite, les autorités sont dépassées par le nombre de malades, le gouvernement prend les pleins pouvoirs, mais l’armée ne contrôle plus rien, pas même ses propres soldats, et la peur de la contagion incite à la réclusion ou à la violence.

Au milieu de la catastrophe, nous suivons plus particulièrement 4 personnages qui luttent pour s’en sortir alors même qu’une voix mystérieuse semble les guider et attendre d’eux qu’ils agissent pour… sauver le monde peut-être.

L’auteur nous montre ainsi une apocalypse causée par une épidémie depuis le moment où une éprouvette est jetée sur le sol répandant un virus, jusqu’à l’implosion de la société. Il en détaille chaque étape : la découverte du premier malade, les tentatives de la médecine, les médias qui s’en mêlent, le gouvernement qui prend des mesures – trop tard ou pas assez efficaces, etc. La façon dont il décrit les réactions du gouvernement, de l’armée, des médias, de la population qui échappe aux premières vagues de contagion construit une ambiance très réaliste – et qui fait froid dans le dos. Mais, les 200 premières pages sont très longues. La contagion est décrite par le menu et c’est vite devenu interminable. Certes, cela permet de poser une atmosphère, d’installer les personnages, et d’instiller une pointe d’étrange qui va nous guider vers la fin du roman, mais ce fut pour moi un peu laborieux. La fin du roman finit par apporter des éléments de réponse qui ont relancé mon intérêt, mais, malgré tout, la rencontre annoncée dans la 4e de couverture n’a pas encore eu lieu alors que je m’attendais au moins que ça termine là-dessus.

« Chaos » : le titre est bien choisi, tant c’est ce dont il s’agit. Les quatre personnages qui pourtant se détachent en deviennent presque accessoires. On les connaît assez peu et ils sont pris dans la masse des autres personnages que l’on a croisé ici et là, au cours de la contagion ou de la panique initiale. Le dernier quart du roman les met plus en valeur, mais je retiens surtout le chaos ambiant, l’effondrement de la société et de ses institutions, le repli sur soi jusqu’à la violence.

En conclusion, je reste mitigée sur ce roman. Je reconnait ses qualités : l’ambiance, la peinture du chaos et de ce qui y a mené, le style précis et fluide, et cette façon de révéler les pensées profondes des personnages comme s’ils ne pouvaient se les avouer. Mais les 200 premières pages ont été lues de manière trop hachée pour surpasser cette frustration du « ça n’avance pas ! » Je lirais cependant la suite. Parce que c’était un premier roman et que c’est prometteur pour de futures réalisation. Et parce que je VEUX savoir le fin mot de l’histoire. Le deuxième (et dernier) tome est d’ailleurs sorti tout récemment, je me laisse quelques mois avant de me le procurer et de me plonger à nouveau dans le Chaos.

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde – Steven Hall

Steven HALL
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde
(traduit par Pierre Guglielmina)
Editions J’ai lu, 2011
505 pages

Présentation de l’éditeur

Un matin, Eric Sanderson se réveille amnésique. Une série de lettres qu’il s’étaient adressées à lui-même le lance sur les traces de son passé. De textes codés en indices, il découvre qu’un requin qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs. Il plonge alors dans un monde parallèle inquiétant, où l’attend un amour échappé du temps.


Eric se réveille un jour sur le tapis de sa chambre, l’esprit vide, sans souvenir. Un jeu de lettres laissé en évidence le mène à une psychiatre qui lui explique qu’il souffre d’une amnésie particulière. Elle lui raconte qu’il a vécu une perte, celle de Clio, sa petite amie, lors d’un voyage en Grèce  et que c’est plusieurs mois après ses funérailles que l’amnésie s’est déclenchée. Elle le met aussi en garde contre des lettres qu’il a pu s’écrire avant de perdre la mémoire. Celles-ci arrivent à un rythme régulier, alors qu’il tente de retrouver une vie normale, et il décide de les ignorer. Jusqu’au jour où un colis étrange déclenche un évènement qui soulève de nombreuses questions : il reprend les lettres pour les lire. Il apprend qu’un monstre conceptuel le guette : un requin qui nage dans les flux des concepts et de la pensée le traque pour dévorer ses souvenirs. Il doit alors se protéger et part à la recherche du seul homme capable de l’aider à affronter le monstre.

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, titre absolument magnifique en passant, est un roman inclassable. Entre littérature contemporaine et science fiction (ou serait-ce plutôt fantastique ?), l’auteur nous présente un monde où les flux de mots et de concepts sont des courants marins et sont habités par des poissons qui s’en nourrissent. J’adore cette idée ! C’est un peu perturbant, sur le coup, mais il développe ça de manière intelligente, intéressante, cohérente, tout en laissant la place à l’imagination et à l’interprétation.

C’est un univers fou pour un premier roman, je suis vraiment admirative. Le style est parfois inégal, on y trouve quelques platitudes mais aussi de très beaux morceaux poétiques. L’auteur a donc une marge de progression, mais c’est très prometteur pour ces prochaines oeuvres. J’ai du mal à parler de ce roman, parce que, autant l’auteur arrive plutôt bien à parler de choses indicibles ou difficiles à saisir, autant je peine à y mettre des mots. Par contre, j’ai très vite été passionnée, je n’ai pas senti les pages se tourner, et la fin est à la hauteur de cet investissement dans la lecture, donc je suis très satisfaite et admirative, encore, du travail qu’a accompli l’auteur ici.

Je ne sais pas si j’aurais été claire ou même si mes vagues explications auront pu vous convaincre. Toutefois si le titre ou le concept derrière l’histoire vous titille, n’hésitez pas à découvrir ce roman indescriptible. Je me suis laissée persuader sans trop savoir dans je me lançais et j’ai beaucoup aimé ce que j’y ai trouvé.

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Utopiales 15

Collectif
Utopiales 15
Editions ActuSF, 2015
399 pages
Collection Les 3 Souhaits

Présentation de l’éditeur

La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire. (Philip K. Dick)

Construite autour de la thématique « Réalité(s) », cette anthologie officielle des Utopiales, septième du nom chez ActuSF, va vous entraîner dans des jungles mystérieuses avec Fabien Clavel, sur un monde aux moeurs singulières avec Mike Carey ou encore à la rencontre d’êtres venus d’ailleurs avec Laurent Queyssi…

Vous y croiserez également d’anciens pilotes communistes qui ont vu des ovnis pendant le Deuxième Guerre mondiale, des petits robots fugueurs, de vieux copains de bistrot aux paris un peu fous et alcoolisés et des maisons en réalité virtuelle à l’intérieur desquelles tout est possible… Sans oublier Alain Damasio qui nous offre une belle avant-première avec le premier chapitre inédit de son futur roman, Fusion.

Etes-vous sûr de votre réalité ? Sont-ils vivants et nous morts ? Treize nouvelles pour douter de tout…

Préface de Sylvie Lainé et Roland Lehoucq. Avec les nouvelles de Charlotte Bousquet, Mike Carey, Joël Champetier, Fabien Clavel, Philippe Curval, Alain Damasio, Aliette De Bodard, Jean-Laurent Del Socorro, Daryl Gregory, Jérôme Noirez, Stéphane Przybylski, Laurent Queyssi et Robert Silverberg.


J’ai soudain eu une envie de lire des nouvelles. Mes lectures romanesques en cours étaient soient trop longues à démarrer, soient peu intéressantes, soient trop tarabiscotées pour mon état d’esprit du moment. Je me suis donc dirigée vers l’anthologie des Utopiales de 2015, sûre de pouvoir me régaler avec des histoires courtes, tout en me frottant à des auteurs que je connaissais peu, voire pas du tout.

La thématique de cette édition – Réalité(s) – est suffisamment large pour permettre de nombreuses interprétations tout en entraînant le lecteur vers des dimensions très différentes, scientifiques, psychologiques, juridiques (oui), culturelles, ou encore fantasmagoriques. Je n’ai pas l’intention de revenir sur chacune des nouvelles – à vous d’aller les découvrir – mais d’en évoquer quelques unes parmi d’autres, que je les ai aimée, ou pas.

Le recueil s’ouvre sur « Les Yeux en face des trous » d’Alain Damasio, le premier chapitre de son nouveau roman, Fusion. Tout tourne autour d’une découverte scientifique bluffante : celle de s’injecter les souvenirs des autres grâce à un liquide particulier. Deux amis volent  un peu de ce liquide pour en tester eux-mêmes les propriétés et en découvrir par la même occasion quelques utilisations possibles. En finissant cette lecture, je n’ai eu qu’une réaction : « Je VEUX la suite maintenant. Ça sort quand ? » (début 2016, j’ai pas trouvé plus d’infos).

Certaines des nouvelles traitent directement du thème de la/des Réalité(s), que celle-ci soit virtuelle, ou parallèle. J’aime bien comment Jérôme Noirez l’aborde dans « Welcome Home ». Il pose une question simple : quand on est propriétaire de sa propre réalité, la loi s’applique-t-elle ? Dans « Smithers et les fantômes du Thar », Robert Silverberg choisit plutôt d’apporter une dimension temporelle. Le temps est aussi exploité par Fabien Clavel, d’une manière très différente avec « Versus » – une nouvelle que j’ai particulièrement appréciée.

Charlotte Bousquet nous livre une nouvelle très touchante sur la maladie où souvenirs se mêlent au temps présent. Avec « Visage », Mike Carey propose la confrontation de deux réalités culturelles différentes, un aspect qui m’a particulièrement intéressée. Le lien avec la thématique est parfois un peu plus flou, comme avec « Le vert est éternel » de Jean-Laurent Del Socorro qui reprend l’univers de son roman fantasy Royaume de vent et de colères, sans que sa lecture soit désagréable pour autant.

Les autres nouvelles m’ont plus ou moins marquée sur le moment, mais je vous invite également à les découvrir pour voir les propositions de leurs auteurs sur la thématique du recueil. A part Charlotte Bousquet et Jérôme Noirez que j’avais déjà lu, cette lecture m’incite à aller découvrir ces auteurs dans leurs autres oeuvres, notamment Daryl Gregory, Fabien Clavel ou encore Mike Carey.

Contient :

  • Alain Damasio, « Les Yeux en face des trous »
  • Aliette De Bodard, « Immersion »
  • Jérôme Noirez, « Welcome home »
  • Philippe Curval, « Un demi bien tiré »
  • Joël Champetier, « Dieu, un, zéro »
  • Daryl Gregory, « Les aventures de Rocket Boy »
  • Jean-Laurent Del Socorro, « Le vert est éternel »
  • Charlotte Bousquet, « Coyote creek »
  • Stéphane Przybylski, « Intelligence extraterrestre »
  • Laurent Queyssi, « Pont-des-sables »
  • Fabien Clavel, « Versus »
  • Robert Silverberg, « Smithers et les fantômes du Thar »
  • Mike Carey, « Visage »

Rêves de Gloire – Roland C. Wagner

Roland C. WAGNER
Rêves de gloire
Editions L’Atalante, 2011
697 pages
Collection La Dentelle du Cygne

Présentation de l’éditeur

Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : « On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit… »

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…


Rêves de gloire est un roman que j’ai acheté pour son auteur et pour la batterie de prix qu’il avait gagné – Prix Utopiales du meilleur roman européen, Prix du Lundi, Prix ActuSF de l’uchronie, tout ça en 2011 – il y a 2 ou 3 ans. Mais je l’avais à peine ouvert, effrayée que j’étais par sa densité (697 pages, tout de même). J’ai fini par mettre ce roman dans ma PAL d’automne, et il y est passé.

Rêves de Gloire est une uchronie qui prend pour point de divergence historique la mort du Général de Gaulle en octobre 1960 lors d’un attentat à la mitrailleuse contre sa voiture. Avec sa mort, c’est toute la guerre d’Algérie et l’histoire de sa conclusion qui sont bouleversées : pas d’accords d’Evian, l’Algérie devient indépendante, mais la France conserve des enclaves autour d’Alger et de deux autres villes.

En parallèle, un mouvement se crée autour de la Gloire, drogue distribuée par un certain Tim pour diffuser une vision mystique. En résulte le lancement d’une légende qui va attirer des jeunes venus de toute la France et de plusieurs pays d’Europe par la promesse d’un nouveau mode de vie festif. Les autorités françaises n’aiment pas qu’on dévergonde ses jeunes et les vautriens (contraction de vaurien et vautré) émigrent à Alger pour y créer des communautés.

Cette histoire est raconté par plusieurs points de vue différents, à travers plusieurs témoignages de personnes qui ont participé à différents moments de ce mouvement : ceux qui ont connu ses débuts, festifs et insouciants, et ceux qui ont vécu ses difficultés et l’extrême pauvreté et le dénuement dans lesquels certains communautés se sont retrouvées. Et il y a des acteurs plus ou moins bien identifiés qui ont participé aux événements politiques et qui donc témoignent des causes et conséquences de choix politiques faits durant ces années complexes.

Il y a aussi ce collectionneur de vinyles à la recherche d’un disque extrêmement rare enregistré à l’époque et qui pour le retrouver va mettre à jour les événements marquants de ces années 1960-1970 : la tension politique entre Alger et la France, entre des indépendantistes radicaux et des mélancoliques de l’Algérie française, alors qu’Alger devient un enjeu déterminant du conflit qui ne demande qu’à éclater entre les deux pays ; le développement de ces communautés, fondées sur l’entraide et le partage, et sur des valeurs révélées par la Gloire, de ces mouvements non-violents d’engagement contre la guerre ; l’avènement de la musique psychodélique et de nombreux groupes plus ou moins engagés dans les mouvements de leur époque.

C’est un roman qu’il est difficile d’aborder, parce qu’il est dense, foisonnant et que son intrigue peut difficilement se résumer en deux lignes (en témoignent les paragraphes précédents). Il se fait le portrait d’une époque – les années 60-70 et ses mouvements communautaires hippies, non-violents, engagés pour un autre mode de vie – tout en exposant les enjeux politiques et sociétaux suscités par une ville – Alger. Il porte son titre à merveille : la Gloire a suscité l’envie de constituer des communautés, une manière de vivre alternative, mais ce fantasme n’est qu’un rêve et a vite produit de nombreuses désillusions.

Tout cela doit paraître bien complexe, l’aspect polyphonique des récits qui se répondent et se croisent est peut-être perturbant. Il faut en effet faire le liens entre les différents pour appréhender le tableau en entier. Mais tout cela est très bien mené par son auteur. Il a réussi à faire un récit cohérent, et qui, si tant est qu’on veuille faire l’effort de s’accrocher un peu de sortir de sa zone de confort, est passionnant.

Quant à moi, vous l’aurez deviner, j’ai adoré cette lecture, je me suis faite embarquée sans m’en rendre compte et j’ai été fascinée. Par cette époque, par ce récit, par ce qu’on peut en tirer, par les traces qu’il en reste peut-être aujourd’hui. J’ai été bien inspirée d’ailleurs de ne pas le lire plus tôt, parce que je pense que, il y a un an ou deux, je n’aurais pas eu la maturité nécessaire pour apprécier pleinement ce roman et ses enjeux. Je vous recommande chaudement ce roman.

Et une chronique en vidéo !