Des BD en bref #2

Je continue à faire des découvertes BD, parce que j’aime ça, et parce que mon boulot me permet d’y avoir un accès plus facile. Et j’ai envie d’en parler, sans avoir la matière pour en faire des articles complets, argumentés, etc. Du coup, je vous ai fait une petite sélection qui me permettra d’en parler de manière concise et décontractée.

Les Effroyables missions de Margo Maloo – Drew Weing

Editions Gallimard, 2016.

Charlie et ses parents quittent la campagne pour vivre à Écho City. Alors qu’il regrette son ancienne vie, ce reporter en herbe découvre avec horreur que des monstres en tout genre – trolls, vampires, fantômes et familles d’ogres – habitent non seulement dans son immeuble. mais dans toute la ville ! Sa rencontre avec la mystérieuse Margo Maloo, spécialiste es-monstres qui gère les conflits de cette communauté secrète, vont l’entraîner dans des enquêtes aussi excitantes qu’effrayantes !

Charlie est un peu du genre à dramatiser. Quand il emménage avec ses parents dans une grande ville, il s’imagine aussitôt victime d’un acte criminel, racket, vol, agression. Pourtant, le danger dans sa chambre même quand il voit deux grands yeux jaunes le fixer dans la nuit. Un voisin lui transmet une carte de visite, celle de Margo Maloo, une fillette qui vient le débarrasser du monstre qui habite son placard  avec diplomatie. Charlie découvre alors que dans les coins obscurs de son immeuble, des rues, de toute la ville, une autre société s’est organisée, une société composée de monstres. Charlie, journaliste en herbe, se lance alors dans une enquête haletante sur les traces de Margo Maloo.

L’idée que des monstres,trolls, fantômes vivent dans les ombres d’une grandes villes, dans ses espaces vides – égouts, tunnels, placards abandonnés, sous-sols délaissés… – est à la fois excitante et fait… frissonner ! Bref, j’aime beaucoup ce genre d’ambiances, la découverte de ces mondes cachés. Les deux personnages sont plutôt agréables à suivre. J’ai lu cette BD aux alentours d’Halloween et ce fut une bonne découverte.

Lila, pomme, poire, abricot – Séverine De la Croix et Pauline Roland

Editions Delcourt, 2016.

Je m’appelle Lila ! Mes parents se sont séparés et j’ai un grand frère qui m’embête tout le temps. Depuis hier, il m’arrive un truc incroyable : j’ai les nénés qui poussent ! Ma mère m’a emmenée chez le gynéco et m’a acheté mes premières brassières, même que j’ai hâte de les montrer à mes copines de l’école parce que c’est une taille 12 ans alors que j’en ai que 10. Elle est trop belle la vie !

Lila a 10 ans. Elle fait sa rentrée à l’école, alors qu’un truc incroyable s’est passé pendant les vacances : ses seins commencent à pousser. Entre l’admiration de ses copines, les moqueries des garçons, le désespoir de son père qui voit brusquement sa fille grandir et les taquineries de son frère, Lila se fait à ces deux bosses sur sa poitrine.

Cette BD, c’est un peu le truc que j’aurai aimé lire quand ça m’est arrivé. C’est d’abord pédagogique, avec des planches qui expliquent ce que c’est, ou qui montrent quels sont les soutiens gorges les plus adaptés.  Mais c’est aussi très drôle, parce que Lila est impayable. Et puis il y a tous les personnages qui tournent autour d’elle qui viennent compléter le tableau. Il y a des situations hilarantes, d’autres plus touchantes, et c’est un bon moyen pour dédramatiser ce début de la puberté.

Pile ou face, 1. Cavale au bout du monde – Hope Larson et Rebecca Mock

Editions Rue de Sèvres, 2016.

New York, années 1860. Lorsque le père adoptif de Cleopatra et Alexandre disparait, les deux jumeaux rejoignent le gang du Crochet Noir, surveillé pour ses multiples larcins. Pris par la police, ils acceptent de trahir le gang, contre un ticket de train pour la Nouvelle Orléans, où ils espèrent commencer une nouvelle vie. Mais Alex est capturé et embarqué de force comme main-d’oeuvre sur un cargo faisant route pour San Francisco. Cléo prend la route sur un steamer, pour tenter de rejoindre son frère. Mais les deux ados sont loin de suspecter les dangers qui les guettent : le gang a informé une bande de pirates, redoutés et impitoyables, que les jumeaux sont en possession d’objets constituant une carte au trésor. La course commence pour nos héros : course au trésor, vers leur père et pour leur vie.

Cette BD m’avait d’abord paru bien épaisse – 224 planches ! -, pour raconter une telle histoire (surtout un peu long comparé aux formats qu’on trouve habituellement pour des enfants). Mais ça se lit tout seul ! Et on se laisse facilement embarquer dans cette aventure. Certains ressorts sont un peu évidents – le fait que les jumeaux se trouvent séparés -, mais il y a de nombreux rebondissements, l’image qui est donnée des USA n’est pas inintéressante, et il y a quelques personnages secondaires hauts en couleur. Une chouette aventure à lire…

A bientôt pour de prochaines « BD en bref » !

Les Pilleurs d’âmes – Laurent Whale

Laurent WHALE

Les Pilleurs d’âmes

Editions Les Moutons électriques, 2014

253 pages

Collection Hélios

Présentation de l’éditeur

Terre, 1666. La galaxie abrite déjà des civilisations avancées, pourtant c’est sur la planète bleue que vont s’affronter deux espions intergalactiques L’un d’eux, qui se fait bientôt appeler Yoran Le Goff, intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : Jean-David Nau, dit l’Olonnais. Entre amitiés, alliances de circonstances et trahisons, Le Goff tentera de débusquer le mystérieux adversaire qu’il est venu traquer. Pour découvrir ses plans, mais aussi pour l’éliminer. Seulement, parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance et la mission de l’espion sent très vite la poudre. Jusqu’à l’explosion finale.


Un espion extraterrestre traque un recruteur qui appartient aux Cartels, ces organisations criminelles qui sévissent dans l’espace, attaquant les convois commerciaux et les colonies, répandant la terreur dans la galaxie. Ce recruteur s’est rendu sur la Terre en 1666 avec un but évident pour le héros : recruter des pirates, leur laver le cerveau et en faire des « Imix », des pilleurs intergalactiques plus sanguinaires qu’ils ne le sont déjà sur les océans. Les flibustiers de la Tortue, ceux qui accompagnent Jean-David Nau semblent être les candidats idéaux pour ce type de recrutement. Notre héros prend alors un nouveau nom, Yoran, et il s’embarque avec eux dans l’espoir de débusquer son mystérieux adversaire. Mais celui-ci lui échappe, tandis que Yoran se trouve de plus en plus impliqué dans les équipages qui suivent l’Olonnais, jusqu’à devenir second d’un terrible pirate surnommé « Bras-de-fer ». La piraterie est vue de l’oeil de l’extraterrestre Yoran, dont la civilisation a évolué par rapport à celle de la Terre, et il est souvent rendu malade par les crimes commis par ses compagnons.

Le mélange roman de piraterie ou roman d’aventures maritimes, et science-fiction a déjà été perpétué par certains de nos auteurs français (voir Stéphane Beauverger et son excellent Déchronologue), ce sont donc deux genres qui se marient bien. Alors que pour le Déchronologue, la science fiction prend corps dans des tempêtes temporelles, là il est amusant de voir la technologie suppléer pour notre personnage principal aux armes et techniques de l’époque. Comme il est pratique d’avoir des mini-robots qui permettent d’avoir l’oeil partout ! Une aide bienvenue, qui rend d’autant plus démuni quand elle n’est plus possible.

Le roman mêle passages sur Terre au milieu de la flibuste, souvenirs d’attaques d’Imix dans différents coin de la galaxie, et courts moments durant lesquels la supérieure de Yoran tente de défendre son service anti-imix auprès de l’empereur de la civilisation et de son cercle de conseillers où ce sont immiscés des dirigeants des cartels. Ces passages sont assez déstabilisants puisque l’on passe d’un monde de dangers, certes, dans lequel l’enjeu est pour Yoran de survivre et de neutraliser son adversaire, à un monde beaucoup plus vaste et dans lequel les enjeux ont d’autant plus d’ampleur. Ces passages sont assez secondaires par rapport au temps passé auprès des équipages pirates, mais il est dur de les appréhender étant donné que ce monde nous a à peine été présenté. J’ai trouvé ça dommage, mais ces considérations sont secondaires par rapport au reste du récit.

Laurent Whale parle de piraterie et il en parle bien. Le glossaire présent à la fin du livre illustre les recherches qu’il a du mener pour alimenter son récit d’éléments historiques et le rendre d’autant plus réaliste. Ainsi, un certain nombre des personnages mentionnés ont réellement existé, l’Olonnais en tête. Et cet aspect là est vraiment réjouissant. Pour autant, l’auteur n’est pas complaisant envers les pirates. Il les décrit comme ils ont du être : des hommes cruels, sanguinaires, cupides, loin de l’image un peu romantique que l’on peut avoir (grâce à Pirates des Caraîbes notamment). Si certains ont des qualités dignes – honneur, bravoure – ils sont peu. Mais cela n’empêche pas d’apprécier l’aventure – bien au contraire !

Je récapitule donc : de la SF, des navires, des batailles, des tempêtes, deux espions intergalactiques, des pirates, une galerie de personnages riches, bien caractérisés, de l’action avec un rythme soutenu… Lecteur, lectrice, attends-toi à rester accroché à ton livre, à suivre  et à apprécier les aventures de Yoran sur terre, en mer et dans l’espace !

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Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

Couverture- Le déchronologue

Stéphane BEAUVERGER

Le Déchronologue

Editions La volte, 2009

389 pages

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Présentation de l’éditeur

« A tous les buveurs de tafia et à tous ceux qui restent debout. »

Au XVIIème siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes si rares, qui apparaissent quelques fois aux abords du Nouveau Monde Assurément pas croiser l’impensable : un léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher le foudre et d’abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !

Mon avis

Le Déchronologue nous offre les cahiers du capitaine Henri Villon, récit de son périple dans les Caraïbes et témoignage sur les terribles évènements qui ont agité cette partie du monde : des maravillas, des merveilles qui sont retrouvées dans la mer, ou encore des bateaux venus d’un autre temps qui sont venus voguer entre les îles. A la fois acteur et victime, Villon se retrouve aux premières loges pour assister au cataclysme. Il l’annonce dès la première ligne : il va mourir, sa frégate est sur le point de sombrer et les cahiers qu’il lègue à la postérité sont les seules choses qui témoigneront de son passage dans le monde. Ce début à l’air tragique. Comment Villon en est-il arrivé là ?

1640 : Villon se réunit avec d’autres capitaines français, flibustiers comme lui, pour organiser la conquête d’une île afin de limiter l’expansion des espagnols. Il est aussi à la recherche de maravillas ces objets étranges et merveilleux qui apparaissent et témoignent d’une technologie et d’une modernité phénoménale. Il poursuit un navire espagnol dont il soupçonne la cale d’être pleine de maravillas, mais pris en chasse pas des navires de guerre plus rapide et défendant le galion, il se perd dans une tempête de laquelle émerge une monstrueuse silhouette, celle d’une monstre de fer, d’une montagne qui engloutit sans effort ses poursuivants. Au fil des ans ce navire gigantesque va imposer sa présence, détruire des ports entiers et terroriser les quelques survivants du cataclysme qui frappe les îles des Caraïbes, des ouragans temporels destructeurs. La mer devient le seul refuge pour Villon et ses marins, le Déchronologue la seule arme capable de lutter contre ces envahisseurs d’autres temps.

L’épopée de Villon est un récit de longue haleine, traversé d’épreuves, de dépressions, de trahisons et de manipulations. Et pour ne pas faciliter la chose, les chapitres sont présentés dans le désordre. C’est déroutant au premier abord, mais on se laisse facilement emporter dans ce récit entre histoire de piraterie et science-fiction temporelle. C’est pas très clair exprimé ainsi, mais je ne peux qualifier ce roman d’uchronie. Pour moi, le principe de l’uchronie est de modifier un évènement historique pour ensuite imaginer comment le monde a pu évoluer suite à cet évènement. Là, on est plus dans le dérèglement temporel, comme une sorte de voyage dans le temps mal réglé, qui aurait amené dans le monde des objets, et des personnes d’autres temps, dont la présence aurait bien sûr bouleversé l’ordre établi. Cependant, ne vous y trompez pas, le roman est bien documenté sur l’histoire des flibustiers et de la vie dans les Caraïbes dans ces années-là. Le réalisme est saisissant et le style se prête au jeu, tant dans l’écriture que dans les paroles des dialogues où les nombreux jurons, entre autres, apportent un certain exotisme. On s’amuse également des anachronismes, du rock qui passe dans une gargote miteuse d’Hispaniola (qui deviendra Haïti), alors que des soudards se menacent à l’épée.

Le héros est étonnamment attachant. Sa psychologie est très fouillée. Comme c’est lui raconte l’histoire, on a droit à ses pensées, ses états d’âmes, ses constats sur la nature des hommes. C’est qu’il en a vu, Villon. Il a survécu au naufrage de son premier bateau, il a été emprisonné dans des geôles ou les gardiens oublient d’apporter de l’eau. Il a traversé une jungle devenue une créature folle et tourmentée, il a gouté à des drogues qui lui ont fait voir des dieux, il a chassé la flotte d’Alexandre Le Grand, et il a assisté plusieurs fois à des modifications et à la dilutions du temps. Cela l’a rendu désabusé. Il boit beaucoup pour oublier les horreurs auxquelles il a assisté tout comme ses interrogations sur les changements qui se sont emparés de son monde et sur sa place parmi les vivants. C’est un homme tourmenté et, ma foi, ça le rend plutôt sympathique.

Le début du roman peut paraître difficile, surtout que le désordre des chapitres (voulu, bien entendu) nous empêche d’appréhender le problème comme Villon l’a découvert et nous devons nous contenter de bribes et d’indices pour comprendre ce qui se passe. Puis le jour se fait peu à peu sur le mystère et je trouve ce procédé plutôt bien joué de la part de l’auteur. Passez vite ces difficultés en faisant taire vos réticences et vous plongerez bientôt dans un récit passionnant et dépaysant. Le roman ne m’a pas fait l’effet d’un coup de cœur, et pourtant, par sa richesse et sa complexité, il vient compléter la liste de mes romans préférés !

(Notez également qu’il a remporté le Grand Prix de l’Imaginaire du roman francophone en 2010).

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