Des BD en bref #2

Je continue à faire des découvertes BD, parce que j’aime ça, et parce que mon boulot me permet d’y avoir un accès plus facile. Et j’ai envie d’en parler, sans avoir la matière pour en faire des articles complets, argumentés, etc. Du coup, je vous ai fait une petite sélection qui me permettra d’en parler de manière concise et décontractée.

Les Effroyables missions de Margo Maloo – Drew Weing

Editions Gallimard, 2016.

Charlie et ses parents quittent la campagne pour vivre à Écho City. Alors qu’il regrette son ancienne vie, ce reporter en herbe découvre avec horreur que des monstres en tout genre – trolls, vampires, fantômes et familles d’ogres – habitent non seulement dans son immeuble. mais dans toute la ville ! Sa rencontre avec la mystérieuse Margo Maloo, spécialiste es-monstres qui gère les conflits de cette communauté secrète, vont l’entraîner dans des enquêtes aussi excitantes qu’effrayantes !

Charlie est un peu du genre à dramatiser. Quand il emménage avec ses parents dans une grande ville, il s’imagine aussitôt victime d’un acte criminel, racket, vol, agression. Pourtant, le danger dans sa chambre même quand il voit deux grands yeux jaunes le fixer dans la nuit. Un voisin lui transmet une carte de visite, celle de Margo Maloo, une fillette qui vient le débarrasser du monstre qui habite son placard  avec diplomatie. Charlie découvre alors que dans les coins obscurs de son immeuble, des rues, de toute la ville, une autre société s’est organisée, une société composée de monstres. Charlie, journaliste en herbe, se lance alors dans une enquête haletante sur les traces de Margo Maloo.

L’idée que des monstres,trolls, fantômes vivent dans les ombres d’une grandes villes, dans ses espaces vides – égouts, tunnels, placards abandonnés, sous-sols délaissés… – est à la fois excitante et fait… frissonner ! Bref, j’aime beaucoup ce genre d’ambiances, la découverte de ces mondes cachés. Les deux personnages sont plutôt agréables à suivre. J’ai lu cette BD aux alentours d’Halloween et ce fut une bonne découverte.

Lila, pomme, poire, abricot – Séverine De la Croix et Pauline Roland

Editions Delcourt, 2016.

Je m’appelle Lila ! Mes parents se sont séparés et j’ai un grand frère qui m’embête tout le temps. Depuis hier, il m’arrive un truc incroyable : j’ai les nénés qui poussent ! Ma mère m’a emmenée chez le gynéco et m’a acheté mes premières brassières, même que j’ai hâte de les montrer à mes copines de l’école parce que c’est une taille 12 ans alors que j’en ai que 10. Elle est trop belle la vie !

Lila a 10 ans. Elle fait sa rentrée à l’école, alors qu’un truc incroyable s’est passé pendant les vacances : ses seins commencent à pousser. Entre l’admiration de ses copines, les moqueries des garçons, le désespoir de son père qui voit brusquement sa fille grandir et les taquineries de son frère, Lila se fait à ces deux bosses sur sa poitrine.

Cette BD, c’est un peu le truc que j’aurai aimé lire quand ça m’est arrivé. C’est d’abord pédagogique, avec des planches qui expliquent ce que c’est, ou qui montrent quels sont les soutiens gorges les plus adaptés.  Mais c’est aussi très drôle, parce que Lila est impayable. Et puis il y a tous les personnages qui tournent autour d’elle qui viennent compléter le tableau. Il y a des situations hilarantes, d’autres plus touchantes, et c’est un bon moyen pour dédramatiser ce début de la puberté.

Pile ou face, 1. Cavale au bout du monde – Hope Larson et Rebecca Mock

Editions Rue de Sèvres, 2016.

New York, années 1860. Lorsque le père adoptif de Cleopatra et Alexandre disparait, les deux jumeaux rejoignent le gang du Crochet Noir, surveillé pour ses multiples larcins. Pris par la police, ils acceptent de trahir le gang, contre un ticket de train pour la Nouvelle Orléans, où ils espèrent commencer une nouvelle vie. Mais Alex est capturé et embarqué de force comme main-d’oeuvre sur un cargo faisant route pour San Francisco. Cléo prend la route sur un steamer, pour tenter de rejoindre son frère. Mais les deux ados sont loin de suspecter les dangers qui les guettent : le gang a informé une bande de pirates, redoutés et impitoyables, que les jumeaux sont en possession d’objets constituant une carte au trésor. La course commence pour nos héros : course au trésor, vers leur père et pour leur vie.

Cette BD m’avait d’abord paru bien épaisse – 224 planches ! -, pour raconter une telle histoire (surtout un peu long comparé aux formats qu’on trouve habituellement pour des enfants). Mais ça se lit tout seul ! Et on se laisse facilement embarquer dans cette aventure. Certains ressorts sont un peu évidents – le fait que les jumeaux se trouvent séparés -, mais il y a de nombreux rebondissements, l’image qui est donnée des USA n’est pas inintéressante, et il y a quelques personnages secondaires hauts en couleur. Une chouette aventure à lire…

A bientôt pour de prochaines « BD en bref » !

Les Pilleurs d’âmes – Laurent Whale

Laurent WHALE

Les Pilleurs d’âmes

Editions Les Moutons électriques, 2014

253 pages

Collection Hélios

Présentation de l’éditeur

Terre, 1666. La galaxie abrite déjà des civilisations avancées, pourtant c’est sur la planète bleue que vont s’affronter deux espions intergalactiques L’un d’eux, qui se fait bientôt appeler Yoran Le Goff, intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : Jean-David Nau, dit l’Olonnais. Entre amitiés, alliances de circonstances et trahisons, Le Goff tentera de débusquer le mystérieux adversaire qu’il est venu traquer. Pour découvrir ses plans, mais aussi pour l’éliminer. Seulement, parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance et la mission de l’espion sent très vite la poudre. Jusqu’à l’explosion finale.


Un espion extraterrestre traque un recruteur qui appartient aux Cartels, ces organisations criminelles qui sévissent dans l’espace, attaquant les convois commerciaux et les colonies, répandant la terreur dans la galaxie. Ce recruteur s’est rendu sur la Terre en 1666 avec un but évident pour le héros : recruter des pirates, leur laver le cerveau et en faire des « Imix », des pilleurs intergalactiques plus sanguinaires qu’ils ne le sont déjà sur les océans. Les flibustiers de la Tortue, ceux qui accompagnent Jean-David Nau semblent être les candidats idéaux pour ce type de recrutement. Notre héros prend alors un nouveau nom, Yoran, et il s’embarque avec eux dans l’espoir de débusquer son mystérieux adversaire. Mais celui-ci lui échappe, tandis que Yoran se trouve de plus en plus impliqué dans les équipages qui suivent l’Olonnais, jusqu’à devenir second d’un terrible pirate surnommé « Bras-de-fer ». La piraterie est vue de l’oeil de l’extraterrestre Yoran, dont la civilisation a évolué par rapport à celle de la Terre, et il est souvent rendu malade par les crimes commis par ses compagnons.

Le mélange roman de piraterie ou roman d’aventures maritimes, et science-fiction a déjà été perpétué par certains de nos auteurs français (voir Stéphane Beauverger et son excellent Déchronologue), ce sont donc deux genres qui se marient bien. Alors que pour le Déchronologue, la science fiction prend corps dans des tempêtes temporelles, là il est amusant de voir la technologie suppléer pour notre personnage principal aux armes et techniques de l’époque. Comme il est pratique d’avoir des mini-robots qui permettent d’avoir l’oeil partout ! Une aide bienvenue, qui rend d’autant plus démuni quand elle n’est plus possible.

Le roman mêle passages sur Terre au milieu de la flibuste, souvenirs d’attaques d’Imix dans différents coin de la galaxie, et courts moments durant lesquels la supérieure de Yoran tente de défendre son service anti-imix auprès de l’empereur de la civilisation et de son cercle de conseillers où ce sont immiscés des dirigeants des cartels. Ces passages sont assez déstabilisants puisque l’on passe d’un monde de dangers, certes, dans lequel l’enjeu est pour Yoran de survivre et de neutraliser son adversaire, à un monde beaucoup plus vaste et dans lequel les enjeux ont d’autant plus d’ampleur. Ces passages sont assez secondaires par rapport au temps passé auprès des équipages pirates, mais il est dur de les appréhender étant donné que ce monde nous a à peine été présenté. J’ai trouvé ça dommage, mais ces considérations sont secondaires par rapport au reste du récit.

Laurent Whale parle de piraterie et il en parle bien. Le glossaire présent à la fin du livre illustre les recherches qu’il a du mener pour alimenter son récit d’éléments historiques et le rendre d’autant plus réaliste. Ainsi, un certain nombre des personnages mentionnés ont réellement existé, l’Olonnais en tête. Et cet aspect là est vraiment réjouissant. Pour autant, l’auteur n’est pas complaisant envers les pirates. Il les décrit comme ils ont du être : des hommes cruels, sanguinaires, cupides, loin de l’image un peu romantique que l’on peut avoir (grâce à Pirates des Caraîbes notamment). Si certains ont des qualités dignes – honneur, bravoure – ils sont peu. Mais cela n’empêche pas d’apprécier l’aventure – bien au contraire !

Je récapitule donc : de la SF, des navires, des batailles, des tempêtes, deux espions intergalactiques, des pirates, une galerie de personnages riches, bien caractérisés, de l’action avec un rythme soutenu… Lecteur, lectrice, attends-toi à rester accroché à ton livre, à suivre  et à apprécier les aventures de Yoran sur terre, en mer et dans l’espace !

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Tobie Lolness – Timothée de Fombelle

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Timothée de FOMBELLE

Tobie Lolness

Illustrations de François Place

Editions Folio Junior, 2010

2 tomes lu sur 2 publiés (série terminée)

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Présentation de l’éditeur

Tome 1 : La vie suspendue

Courant parmi les branches, épuisé, les pieds en sang, Tobie fuit, traqué par les siens… Tobie Lolness ne mesure pas plus d’un millimètre et demi. Son peuple habite le grand chêne depuis la nuit des temps. Parce que son père a refusé de livrer le secret d’une invention révolutionnaire, sa famille a été exilée, emprisonnée. Seul Tobie a pu s’échapper. Mais pour combien de temps?

Tome 2 : Les yeux d’Elisha

Le grand chêne où vivent Tobie et les siens est blessé à mort. Les mousses et les lichens ont envahi ses branches. Léo Blue règne en tyran sur les Cimes et retient Elisha prisonnière. Les habitants se terrent. Les Pelés sont chassés sans pitié. Dans la clandestinité, Tobie se bat, et il n’est pas le seul. Au plus dur de l’hiver, la résistance prend corps. Parviendra-t-il à sauver son monde fragile . Retrouvera-t-il Elisha ?

Mon avis

Tobie mesure un millimètre et demi. Tout son monde est à sa mesure. Un monde minuscule avec des insectes, des larves où escalader un lichen peut être dangereux (c’est haut un lichen, quand on y pense), un monde entier contenu dans un arbre, le tout étant d’une richesse incommensurable.

Les deux romans racontent les aventures de Tobie Lolness alors que celui-ci se bat pour sa liberté et la vie de l’arbre. En effet, ses parents sont en prison, il est traqué par les hommes de Jo Mitch qui s’est mis dans la tête de creuser un gigantesque cratère dans l’arbre en utilisant les Pelés, ce peuple des hautes herbes en bas de l’arbre. On entre directement dans l’action, les péripéties sont multiples, le lecteur n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer. Les romans sont également servis par un style léger, délicat, précis, et très imagé, ce que je trouve très rafraîchissant. L’auteur s’amuse beaucoup par des remarques, des jeux de mots ou des expressions qui se trouvent être de circonstances dans cet environnement (« vieille branche » par exemple, ou encore « langue de bois »). Pourtant, il a une écriture bien dosée et sait alterner légèreté et gravité, quand les circonstances l’impose, sans en faire trop, juste assez pour toucher le lecteur.

L’auteur fait des portraits étonnants de ses personnages. Ils ont tous un petit plus qui les rend attachants ou répugnants. On pense par exemple à l’ignoble et obèse Jo Mitch, son mégot mouillé au coin des lèvres, ou à l’inoubliable Patate et son langage fleuri, ou encore à la délicate Elisha et son caractère de feu, sa façon de voir la beauté du monde qui l’entoure. Tobie est le personnage central de l’histoire, il est très sympathique et attachant, mais contrairement à d’autres, il n’est pas forcément le plus remarquable. Il manque un peu de cette fantaisie que l’auteur a attaché à d’autre. Il n’en demeure pas moins un héros débrouillard, intelligent et courageux, quand tant d’autres dans l’arbre faisaient l’autruche contre les crimes et les persécutions.

Tobie Lolness est une série qui en dit beaucoup sous des dehors un peu insouciant. Le ton est de manière général léger et amusant. Pourtant, quand on parle de pouvoir, d’emprisonnement, de persécution, d’oppression, on comprend beaucoup de choses sur la société de l’arbre et sur la nôtre par la même occasion. On y parle d’écologie, de dictature, de racisme, d’esclavage, de peur des autres. Les valeurs de Tobie et de son père, Sim Lolness le savant, sont confrontées à celles de Jo Mitch qui ne pense qu’à l’argent, et au pouvoir qu’il obtient en terrorisant les gens. Ce sont donc des romans très intéressants qui reflètent à une échelle minuscule des problèmes très contemporains des lecteurs.

Pour conclure, les deux romans sont passionnants et trépidants. Ils sont illustrés en noirs et blanc, et c’est assez réjouissant de voir certains visages ou encore de visualiser le combat d’un personnage contre des fourmis. J’ai beaucoup d’affection pour cette série et si ça ne tenait qu’à moi, je ferais lire La vie suspendue à tous les collégiens ! Ce sont des oeuvres que je conseille chaudement : elles abordent une multitude de sujets et on se reconnait forcément dans l’un des multiples personnages qui parcourent l’arbre, dans leurs amitiés ou leurs amours.

Lu pour les Baby Challenges Fantasy et Jeunesse

Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

Couverture- Le déchronologue

Stéphane BEAUVERGER

Le Déchronologue

Editions La volte, 2009

389 pages

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Présentation de l’éditeur

« A tous les buveurs de tafia et à tous ceux qui restent debout. »

Au XVIIème siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes si rares, qui apparaissent quelques fois aux abords du Nouveau Monde Assurément pas croiser l’impensable : un léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher le foudre et d’abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !

Mon avis

Le Déchronologue nous offre les cahiers du capitaine Henri Villon, récit de son périple dans les Caraïbes et témoignage sur les terribles évènements qui ont agité cette partie du monde : des maravillas, des merveilles qui sont retrouvées dans la mer, ou encore des bateaux venus d’un autre temps qui sont venus voguer entre les îles. A la fois acteur et victime, Villon se retrouve aux premières loges pour assister au cataclysme. Il l’annonce dès la première ligne : il va mourir, sa frégate est sur le point de sombrer et les cahiers qu’il lègue à la postérité sont les seules choses qui témoigneront de son passage dans le monde. Ce début à l’air tragique. Comment Villon en est-il arrivé là ?

1640 : Villon se réunit avec d’autres capitaines français, flibustiers comme lui, pour organiser la conquête d’une île afin de limiter l’expansion des espagnols. Il est aussi à la recherche de maravillas ces objets étranges et merveilleux qui apparaissent et témoignent d’une technologie et d’une modernité phénoménale. Il poursuit un navire espagnol dont il soupçonne la cale d’être pleine de maravillas, mais pris en chasse pas des navires de guerre plus rapide et défendant le galion, il se perd dans une tempête de laquelle émerge une monstrueuse silhouette, celle d’une monstre de fer, d’une montagne qui engloutit sans effort ses poursuivants. Au fil des ans ce navire gigantesque va imposer sa présence, détruire des ports entiers et terroriser les quelques survivants du cataclysme qui frappe les îles des Caraïbes, des ouragans temporels destructeurs. La mer devient le seul refuge pour Villon et ses marins, le Déchronologue la seule arme capable de lutter contre ces envahisseurs d’autres temps.

L’épopée de Villon est un récit de longue haleine, traversé d’épreuves, de dépressions, de trahisons et de manipulations. Et pour ne pas faciliter la chose, les chapitres sont présentés dans le désordre. C’est déroutant au premier abord, mais on se laisse facilement emporter dans ce récit entre histoire de piraterie et science-fiction temporelle. C’est pas très clair exprimé ainsi, mais je ne peux qualifier ce roman d’uchronie. Pour moi, le principe de l’uchronie est de modifier un évènement historique pour ensuite imaginer comment le monde a pu évoluer suite à cet évènement. Là, on est plus dans le dérèglement temporel, comme une sorte de voyage dans le temps mal réglé, qui aurait amené dans le monde des objets, et des personnes d’autres temps, dont la présence aurait bien sûr bouleversé l’ordre établi. Cependant, ne vous y trompez pas, le roman est bien documenté sur l’histoire des flibustiers et de la vie dans les Caraïbes dans ces années-là. Le réalisme est saisissant et le style se prête au jeu, tant dans l’écriture que dans les paroles des dialogues où les nombreux jurons, entre autres, apportent un certain exotisme. On s’amuse également des anachronismes, du rock qui passe dans une gargote miteuse d’Hispaniola (qui deviendra Haïti), alors que des soudards se menacent à l’épée.

Le héros est étonnamment attachant. Sa psychologie est très fouillée. Comme c’est lui raconte l’histoire, on a droit à ses pensées, ses états d’âmes, ses constats sur la nature des hommes. C’est qu’il en a vu, Villon. Il a survécu au naufrage de son premier bateau, il a été emprisonné dans des geôles ou les gardiens oublient d’apporter de l’eau. Il a traversé une jungle devenue une créature folle et tourmentée, il a gouté à des drogues qui lui ont fait voir des dieux, il a chassé la flotte d’Alexandre Le Grand, et il a assisté plusieurs fois à des modifications et à la dilutions du temps. Cela l’a rendu désabusé. Il boit beaucoup pour oublier les horreurs auxquelles il a assisté tout comme ses interrogations sur les changements qui se sont emparés de son monde et sur sa place parmi les vivants. C’est un homme tourmenté et, ma foi, ça le rend plutôt sympathique.

Le début du roman peut paraître difficile, surtout que le désordre des chapitres (voulu, bien entendu) nous empêche d’appréhender le problème comme Villon l’a découvert et nous devons nous contenter de bribes et d’indices pour comprendre ce qui se passe. Puis le jour se fait peu à peu sur le mystère et je trouve ce procédé plutôt bien joué de la part de l’auteur. Passez vite ces difficultés en faisant taire vos réticences et vous plongerez bientôt dans un récit passionnant et dépaysant. Le roman ne m’a pas fait l’effet d’un coup de cœur, et pourtant, par sa richesse et sa complexité, il vient compléter la liste de mes romans préférés !

(Notez également qu’il a remporté le Grand Prix de l’Imaginaire du roman francophone en 2010).

logo_livraddictLu pour une lecture sur Livraddict. Voir les avis de : Flo Tousleslivres, Sia,…

Le Pacte des Marchombre, 2 : Ellana, L’envol – Pierre Bottero

Couverture - L'envol

Pierre BOTTERO

Le Pacte des Marchombres, 2 : Ellana, l’envol

Éditions Rageot, 2008

448 pages

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Présentation de l’éditeur

« Ses longs cheveux noirs tombant en rideau devant son visage, son attitude, position de combat ou figure de danse, l’énergie qui se dégageait d’elle… La fille n’était plus une fille. C’était un oiseau. Prêt à l’envol. »

Encore apprentie marchombre, Ellana est chargée par Jilano, son maître, d’une mission à haut risque : escorter une caravane au chargement précieux et mystérieux. Mais au fil de ses rencontres, Ellana peine à identifier ses véritables ennemis, la voie tend à se dérober devant elle et les choix qui engagent sa loyauté et ses sentiments se révèlent périlleux.

Mon avis

Commenter le deuxième tome d’une saga, c’est toujours risquer d’en dire un peu trop. A vrai dire, je suis toujours un peu à sec quand il s’agit de développer un discours plus ou moins argumenté sur une suite, de qualité ou pas (quoique souvent j’ai beaucoup à dire quand ça ne m’a pas plu). En fait, j’ai lu ce deuxième tome d’Ellana il y a deux ou trois mois déjà, et j’aurais eu largement le temps d’écrire cette chronique, mais voilà je fais ça une demi-heure avant la fin d’une LC, justement parce que j’ai des difficultés à parler des deuxièmes tomes (ou troisièmes ou quatrièmes, c’est le principe). Parce que ça veut dire parler de nouveau des personnages, de l’univers, de leur évolution, c’est évoquer les nouveaux évènements auxquels on va assister et ça va beaucoup être de redite par rapport au premier tome, etc, etc, ou alors un spoil monstrueux pour ceux qui ne connaissent pas.

Le fait que ça soit le deuxième tome d’Ellana ajoute encore à la difficulté : c’est tellement génial que je ne vois pas quoi dire de plus par rapport au premier tome, que s’il faut convaincre quelqu’un de lire, il faudra d’abord commencer par le premier et que s’il a lu le premier, comment, de toute manière, ne peut-il pas se jeter sur la suite ?

J’ai donc pensé faire simple et livrer les points essentiels du roman, à savoir :

  • de l’action, de la poésie, de l’émotion ;
  • une héroïne toujours plus attachante, brillante et forte ;
  • des épreuves qui la feront douter d’elle-même, mûrir et atteindre une certaine plénitude ;
  • la philosophie marchombre fascine d’autant plus le lecteur, qu’elle s’oppose à celle de ses ennemis, les mercenaires du chaos ;
  • la situation à Gwendalavir est délicate : la trahison a affaibli l’empire et les envahisseurs menacent, ce que va vivre l’héroïne est plus ou moins directement lié à ça, mais c’est intéressant de la part de l’auteur d’avoir ajouter ces contraintes ;
  • au delà de ces conditions très terre à terre, l’auteur introduit des éléments de mystères qui frôlent l’onirisme, mais font paraître Gwendalavir d’autant plus magique ;
  • le long terme : le roman se déroule sur plusieurs années, et fait vivre au personnage des aventures distinctes, ce qui fait aussi toute la richesse de cette histoire ;
  • une écriture somptueuse qui fait rêver et qui ne cesse de m’émerveiller ;
  • en conclusion, une lecture qui fut un gros, gros, gros coup de coeur !

Je suis désolée pour la forme que prend cette chronique, écrite un peu à l’arrache, il est vrai. Pour en savoir plus sur Ellana, je vous suggère de vous reporter à l’article du premier tome, ou encore (plus simple) de lire la saga : vous ne le regretterez pas !

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Lu dans le cadre d’une LC sur Livraddict. Lire les avis de : Darktoy, Julie7, ueki09, BouQuiNeTTe, Alexielle, Frankie.

Lu pour le Baby Challenge Fantasy

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La trilogie des elfes, 1. Le crépuscule des elfes – Jean-Louis Fetjaine

Couverture - Le crépuscule des elfes

Jean-Louis FETJAINE

La trilogie des elfes, 1. Le crépuscule des elfes

Editions Pocket, 2003.

350 pages

Collection Fantasy

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Présentation de l’éditeur

Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n’était qu’une sombre forêt de chênes et de hêtres, peuplée d’elfes et de races étranges dont nous avons aujourd’hui perdu jusqu’au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes, des êtres pleins de grâce à la peau d’un bleu très pâle, qui savaient encore maîtriser les forces obscures de la nature. Ce livre est le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L’histoire d’une trahison et de la chute de tout un monde, d’un combat désespéré et d’un amour impossible. Ce fabuleux roman établit un pont entre l’univers des légendes celtiques, la fantasy et le cycle arthurien.

Mon avis

Le roi de Loth réuni le Grand Conseil des peuples libres : elfes, nains et hommes se retrouvent pour discuter d’une question d’importance : Gaël, un elfe gris, aurait tué le roi Troïn de la Montagne Noire pour lui voler une pièce d’arme. Baldwin, roi de la Montagne Rouge, vient réclamer réparation au peuple elfe. Ce qu’il ne dit pas c’est que Gaël n’a pas volé qu’une cotte d’arme : il s’est aussi emparé de l’épée Excalibur, le talisman des nains, sans lequel un roi ne peut être légitime et sans lequel le peuple nain est voué à disparaître. Pour éviter un conflit armé, le Conseil monte une expédition composée d’elfes, de nains et d’homme pour retrouver Gael et faire le jour sur cette affaire. Ainsi, la reine des elfes Lliane et le pisteur Till, se joignent à l’enquête, de même que Tsimmi un enchanteur nain le barbare Freïhr, et Uter, un chevalier. Alors qu’ils tracent Gaël jusque dans les Marais, le roi et son sénéchal complotent, le roi des elfes gris ne supportent plus les accusations des nains, la nouvelle religion a pris pour cible les créatures des peuples libres – elfes et nains – et les tueurs de la Guilde rôdent. Trahison, complot, assassinats, tout semble mener les membres de la petite compagnie partie à la recherche de la vérité vers la catastrophe.

On voit « elfes », on voit « nains » et tout de suite on pense à la Terre du Milieu, à Tolkien et à ses oeuvres les plus célèbres, La compagnie de l’anneau en tête. Pourtant la comparaison n’est pas si facile. Si l’intrigue semble prendre le tour classique d’une troupe de héros en quête d’un objet, elle devient un genre de piège et on voit les évènements se mettre en place petit à petit pour déboucher sur un catastrophe. Et le lecteur bien assis dans son siège, s’attendant à un schéma traditionnel, est vite chamboulé dans ces attentes. Le Crépuscule des elfes est ainsi le premier tome d’une série qui promet d’être haletante, vu tout ce qui s’y passe en 300 pages.

On retrouve également un traitement différent du bestiaire de fantasy traditionnel. On retrouve bien en effet des hommes, des elfes, des nains, il faudra aussi composer avec des gnomes, des gobelins et des créatures mi-homme mi-chien. De plus les caractéristiques de chaque peuples sont suffisamment travaillées pour faire de ces elfes-là ou de ces nains-là des êtres différents de ce dont on s’attend quand on ouvre un roman de fantasy. Ainsi le monde n’est pas totalement nouveau, de fait on n’est pas perdu, on a toujours des repères, mais il a son originalité.

Comme indiqué sur la quatrième de couverture, le monde arthurien vient s’immiscer entre les créatures de fantasy. Ce ne sont pour le moment que des évocations, des thèmes ou des objets (comme l’épée Excalibur) et on s’attend à ce que cette implication devienne plus présente dans les tomes suivants.

Les personnages ne paraissent pas très travaillés. Certains restent mystérieux, d’autres un peu idéalisés, et j’ai par moment regretté des manques de nuance dans les caractères. Il n’en reste pas moins que certains personnages sont touchants et qu’on a envie des les accompagner au bout de leurs aventures.

Il ne me reste plus qu’à me procurer la suite pour me faire un avis entier sur cette saga qui promet d’être passionnante !

Challenge Vide ta PAL

L’Histoire de Pi – Yann Martel

Couverture - L'histoire de Pi

Yann MARTEL

L’Histoire de Pi (Life of Pi)

Editions Denoël, 2004.

333 pages.

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Présentation de l’éditeur

Piscine Molitor Patel, dit Pi, est le fils du directeur du zoo de Pondichéry. Lorsque son père décide de quitter l’Inde, la famille liquide ses affaires et embarque, accompagnée d’une étonnante ménagerie, sur un cargo japonais : direction le Canada. Le navire fait naufrage, et Pi se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide tigre du Bengale, est aussi du voyage. Comment survit-on pendant deux cent vingt-sept jours en tête à tête avec un fauve de trois cents kilos ? C’est l’incroyable histoire de Pi Patel.

Mon avis

Pi nous raconte sa vie. Ou plutôt il raconte sa vie avec pour perspective celle d’un évènement effrayant : le naufrage d’un bateau et sa survie miraculeuse sur un canot de sauvetage pendant plus de sept mois avec un tigre du Bengale.

Dans la première partie du roman, un écrivain vient interroger Pi, adulte, plusieurs années après le naufrage, sur cet évènement marquant. Il donne son impression sur le personnage qui a construit sa vie au Canada après des étude de théologie et de zoologie. Pi raconte beaucoup de chose sur son enfance : l’origine de son prénom, sa découverte de la religion, sa familiarité avec le monde sauvage que son père a reconstruit dans son zoo. Il évoque les comportements des visiteurs, ceux des animaux, avec précision.

Puis le naufrage. Là encore le récit est très précis sur les conditions de la survie sur le canot de sauvetage. Ce sont pour beaucoup des réflexions très pratiques sur la pêche, les moyens d’obtenir de l’eau douce, le comportement de Richard Parker, le tigre, et de la manière avec laquelle il le tient à distance. Malgré tout, il ne peut pas s’empêcher de philosopher sur sa situation ou encore de s’arrêter pour des moments d’introspection ou de contemplation poétique. Ce mélange est surprenant. Il a bien quelques longueurs, mais le récit est passionnant. J’ai particulièrement aimé la manière dont il parle du tigre. C’est un animal fascinant, et pourtant il n’oublie jamais que d’un coup de patte, ce dernier peut lui arracher la tête. Il construit sa domination sur l’animal dans le seul but de rester en vie, sans « l’amitié magique » qu’on trouve parfois dans certains récits entre l’homme et l’animal. Il n’est jamais question de ça dans ce roman. De ce point de vue, c’est très réaliste et c’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié.

Temps d'un livreLu dans le cadre d’une lecture commune sur le blog Le Temps d’un livre.