Des BD en bref #4

Hey ! Ce soir, je poursuis mon « défi » calendrier de l’avent (1 chronique par jour), que j’ai déjà bien foiré, entre un « oubli », un weekend de promenade sans aucune connexion internet (et un évident manque de temps pour rédiger quoi que ce soit en avance), et dernièrement un « syndrome de la page blanche » version blog (je me suis mis un peu la pression pour chroniquer un certain recueil de nouvelles, et j’ai juste bloqué dessus pendant des lustres). Et donc, ce soir, je n’avait curieusement aucune envie de me prendre la tête avec une chronique « classique ». J’ai donc préféré la version allégée que je fait pour les BD (d’autant plus que j’ai passé l’après-midi à grenouiller avec un revisionnage de Captain America entrecoupé de vidéo Youtube (volatilité et procrastination…) Résultat : je n’ai RIEN fait ! (et je suis toujours à 1/2 heure de la fin du film alors que je l’ai commencé vers 14h) Mes vacances commencent bien…

Le blabla est fini. Sachez seulement que toutes ces BD ont été chroniquées sur ma chaîne Youtube. Encore une fois, on est plutôt sur de la BD ‘jeunesse’ ou ‘grand public’. Mais c’est une sélection de ce que j’ai préféré ces dernières semaines.

Dans la forêt sombre et mystérieuse – Winshluss

Editions Gallimard, 2016.

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait… Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

J’ai découvert, après l’avoir lu, que cet album vient de remporter la pépite d’or au Salon de la littérature et la presse jeunesse (celui de Montreuil donc). Et comme je le comprend ! On y suit Angelo qui, sur la route pour se rendre chez sa mémé, coincé entre sa petite soeur bébé et son grand frère bâte comme ses pieds, est oublié au bord de la route. Et pressé de les retrouver, il va prendre les chemins de traverse, à travers la forêt sombre et mystérieuse. Il va y croiser un certain nombre de créatures, plus ou moins dangereuses, et vivre de folles aventures. J’aime beaucoup ce dynamisme, cet humour, qui change de la BD jeunesse habituelle. Et l’album a beau être épais, on tourne les pages sans s’en rendre compte. Le dessin ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais ne vous laissez pas avoir par ces considérations ! Cet album est un petit bijou !

Découvrez quelques extraits.

Fantômes – Raina Telgemeier

Editions Akileos, 2016.

Du fait de la maladie de sa soeur Maya, Catrina, onze ans, et sa famille déménagent dans la petite ville côtière de Bahia de la Luna. Tandis que leurs parents s’occupent de ranger les affaires, les deux jeunes filles partent explorer leur nouvelle maison et son voisinage. Elle font alors la rencontre d’un voisin qui leur confie un secret : il y a des fantômes à Bahia de la Luna. Si Maya est déterminée à vouloir en rencontrer un, il en va tout à fait autrement pour Cat. Or, la période de l’année à laquelle les fantômes se réuinissent avec leurs proches approche, et Cat doit découvrir comment mettre ses peurs de côté pour le bien de sa soeur… et le sien.

Encore une très belle histoire ! (en même temps je vous avais prévenu : c’est une sélection de BD que j’ai adorées) Cette fois, une histoire de famille, avec Cat qui subit un déménagement pour le bien de sa soeur Maya. Si elle doit être très prudente pour veiller sur elle, Maya est la joie de vivre et l’énergie incarnée. Elle veut tout vivre à cent à l’heure, au risque de gâcher sa santé. Cette histoire de fantômes l’intrigue et l’excite au plus haut point. Et Cat se retrouve à la suivre tant bien que mal, malgré sa frousse.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, avec la leçon de vie qu’apporte la tradition autour des fantômes. Et puis Cat est un personnage très agréable à suivre. La BD a un format plutôt roman graphique, mais elle est très abordable. Les dessins sont clairs, et il est très plaisant de s’y plonger. Je vous conseille de la tenter !

La jeunesse de Mickey – Tebo

Editions Glénat, 2016

Norbert, l’arrière-petit-neveu de Mickey, est comme tous les gamins de son âge : le nez toujours plongé dans sa console de jeux vidéo. Alors, pour attirer son attention, son arrière-grand-oncle a l’habitude de lui raconter des histoires. Mais pas n’importe lesquelles : celles qu’il a vécues dans sa jeunesse. De palpitantes aventures dans lesquelles il a tour à tour été : cowboy, prisonnier dans le bayou, as de l’aviation de la Première Guerre Mondiale, trafiquant de chocolat pendant la Prohibition et même astronaute ! Norbert a un peu de mal à croire à ces récits invraisemblables, d’autant que, comme toutes les personnes âgées, pépé Mickey (comme l’appelle Norbert) a la vue qui baisse et la mémoire un peu comme un gruyère…

Mickey fait de nouveau parler de lui cette année : le personnage a été repris par plusieurs auteurs de bande dessinée et 4 albums sont sortis depuis la rentrée. Une exposition à Quai des bulles (Saint-Malo) leur était d’ailleurs consacrée cette année.

J’ai lu deux de ces albums et j’ai eu un coup de coeur pour La Jeunesse de Mickey. On y retrouve Mickey vieillissant mais très énergique, sans cesse plongé dans de  nouvelles inventions dans son atelier. Il raconte ses aventures de jeunesse à Norbert, son arrière petit neveu. Chasse au trésor dans le Far West, aventure sur la lune, sauvetage en plein marais, action héroïque mettant fin à la guerre… tout y passe ! Il y a de l’héroïsme, des situations cocasses, et les dialogues entre l’ancien et le petit neveu sont savoureux. Au delà de ça, l’album est très beau : dos toilé, papier épais, couverture solide. C’est vraiment un album à offrir ou à s’offrir.

Charlotte et moi, tome 1 – Olivier Clert

Editions Makaka, 2016

Ce matin-là, Charlotte fait un rêve. Dans son sommeil agité, elle provoque, sans s’en douter, une réaction en chaîne qui va bouleverser sa vie, celle de son voisinage et surtout celle de Gus, un jeune garçon qui vient tout juste d’emménager dans l’immeuble avec sa mère…

Charlotte et moi, c’est THE coup de coeur de cette sélection. (oui, bon, c’est aussi le cas pour les autres, mais celui-là encore plus). C’est l’album qui n’a pas fait de bruit, mais que j’ai envie de faire lire parce que son histoire m’a beaucoup touchée. On n’est pas dans quelque chose de fantastique comme pour Dans la forêt sombre et mystérieuse, ni humoristique. On est dans du « tranche de vie », du « drame », de ces albums qui raconte la vie de personnages banals, qui raconte des rencontres, des dépassements de soi dans la vie du quotidien. Charlotte est une jeune femme très discrète. Ses voisins l’ont tout de suite cataloguée : obèse, n’a plus toute sa tête depuis que sa grand-mère est décédée. Elle fait peur à Gus, le petit garçon qui vient d’emménager avec sa mère. Et puis, il y a cet enchaînement de circonstance qui vient mettre du bazar et faire bouger les choses.

Je suis très impatiente de lire la suite de ce tome, parce que la fin promet un beau sac de noeud. Je me suis régalée en le lisant, d’autant plus que je ne m’y attendais pas. C’est encore une chaude recommandation que je vous fait là, et j’espère au moins qu’elle aura contribuer à faire connaître un peu plus cet album.

Du sang sur la glace – Jo Nesbø

Couverture - Du sang sur la glace

Jo NESBØ

Du sang sur la glace

(traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier)

Editions Gallimard, 2015

153 pages

Collection Série Noire

Présentation de l’éditeur

Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.

Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo. Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.

C’est la jeune épouse – infidèle – de son patron.

Et il est chargé de la tuer…


C’était l’un des hommes du Pêcheur. Cela n’avait rien de personnel. Et je le lui avait dit avant qu’il s’écroule, en laissant une trace de sang sur le mur en béton. Non que j’eusse pensé que cette information lui faciliterait les choses. Le jour où je me ferais moi-même abattre, j’aimerais autant que ce soit personnel.

J’ai lu ce roman après avoir entendu la chronique de Clara Dupont-Monod sur France Inter (par contre n’allez pas l’écouter si vous ne voulez pas vous faire spoiler un roman célèbre d’Agatha Christie). Elle parle tellement bien des livres, qu’elle donne envie de lire tout ce dont elle parle. Là, je me suis dit que c’était pile le genre de livre qu’il me fallait : un thriller, plutôt court, et de Jo Nesbø. Un roman qui promettait d’être passionnant, du genre dont on ne décroche plus. L’idéal pour me détacher des rapports et soutenances de la fin de l’année universitaire, sans devoir plonger et assimiler un style et un univers nouveau.

Et effectivement, j’ai adoré me plonger dans cette lecture.

Jo Nesbø nous fait suivre le chemin d’Olav, un « expéditeur » ou un tueur à gages. Olav n’est pas un homme méchant. C’est un homme dyslexique, qui se considère donc comme quelqu’un qui n’est pas très intelligent. Il tue parce qu’il ne sait pas faire autre chose : ni proxénète, ni braqueur. On ne connait pas vraiment sa vie au début du roman. On va la découvrir peu à peu, avec notamment les liens qu’il a eu avec ses parents. On sait qu’il n’aime pas qu’on maltraite les femmes et qu’il a aidé une ancienne prostituée qui avait des dettes.

Daniel Hoffman, son patron, lui donne une nouvelle mission : tuer sa femme. Olav va donc s’exécuter et se planque près de l’appartement de son patron pour observer sa cible. Mais la femme est très belle et il tombe amoureux d’elle. Et quand il voit qu’elle se fait battre par son amant, il décide de tuer ce dernier. Ce qui est évidemment une mauvaise idée… Olav est alors pris dans une machinerie infernale dont il va devoir se sortir seul.

J’ai trouvé que ce roman – court, certes – était génial. On suit le point de vue d’Olav, personnage singulier, atypique. Un tueur, dyslexique – je l’ai déjà dit – avec un rapport particulier aux femmes, et qui lit avec acharnement. L’action, grâce au découpage du roman, est brillamment menée. La personnalité d’Olav est la clé de tout le récit. Sans lui, le livre – et notamment sa fin – n’aurait pas cet effet-là.

Je vous laisse donc là-dessus, espérant vous avoir donné envie de lire ce génial petit roman. Je le conseille chaudement, malgré son ambiance glaciale et sombre. C’est un excellent thriller, d’autant plus intense et palpitant qu’il est court.

Les passagers de l’Anna C. – Laura Alcoba

Couverture - Les passagers de l'Anna C.

Laura ALCOBA

Les passagers de l' »Anna C ».

Éditions Gallimard, 2011

219 pages

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Présentation de l’éditeur

« Lors de notre traversée de l’Atlantique à bord de l’Anna C., je devais avoir un peu plus d’un mois. Je ne sais pas quel nom je portais à l’époque – mes parents ne s’accordent pas sur la question, comme sur tant d’autres choses. »

Au milieu des années 1960, une poignée de jeunes Argentins quittent clandestinement leur pays pour s’embarquer dans un périple qui doit leur permettre de rejoindre le Che Guevara. Ils sont prêts à donner leur vie pour qu’advienne la Révolution.

Laura Alcoba a composé ce roman à partir des souvenirs des rares survivants de cet incroyable voyage, dont ses parents faisaient partie au cours duquel elle est née.

Mon avis

Laura Alcoba est née en 1968, à Cuba, de parents révolutionnaires Argentins. Dans Le bleu des abeilles, elle raconte son arrivée en France pour rejoindre sa mère exilée, son propre exil, loin de son père en prison, son intégration dans une école française et dans une ville française.

Les passagers de l’Anna C. raconte l’histoire de sa naissance : la rencontre de ses parents, le voyage qui les a mené à Cuba pendant un an et demi, et puis le trajet de retour, à bord de l’Anna C., un paquebot qui reliait Gênes, en Italie, au Brésil.

La première partie du roman – très courte – montre l’auteur recueillant les souvenirs de ses parents, les difficultés qu’elle a à dépasser le secret qui entoure la vie de ses parents pour faire le jour sur l’épopée qu’ils ont vécu : partis de Buenos Aires, ils ont rejoint Paris en avion, puis Prague et La Havane, où ils demeurent pendant un an et demi. Et le retour : de La Havane à Prague, puis à Gênes où ils embarquent pour atteindre les côtes de l’Amérique du Sud. Manuel et Soledad – ce sont leurs prénoms – voyagent avec un groupe d’apprentis révolutionnaires pour suivre une formation de guérilleros dans l’espoir de rejoindre Che Guevara en Colombie dans son combat contre l’impérialisme américain.

Laura Alcoba a un style clair, précis, fluide. Elle manie aussi bien le doute que les certitudes, jonglant à la fois avec ce qui s’est passé, ce qui aurait pu se passer, ce qui ne s’est pas passé et ce qui s’est peut-être passé. Elle adopte une écriture qui comble les lacunes de la mémoire en les exposant, les expliquant, en explorant plusieurs possibilités, pour rendre compte de tout ce que sous-entend la défaillance du souvenir. Elle effectue un travail sur la mémoire : il s’agit de l’histoire de ses parents, de sa propre histoire. Mais ça reste une histoire qui parle à tout le monde. On a autant un bon aperçut de ce que la vie à Cuba a pu être à ce moment-là que des motivations et des espoirs qui les transportaient. On assiste également aux désillusions de cette jeune génération d’idéalistes.

J’ai beaucoup aimé ce roman. Après Le bleu des abeilles, j’ai retrouvé avec un grand plaisir son style et sa façon de raconter les histoires. Je le conseille si la Révolution cubaine vous intrigue ou si vous êtes curieux de cette époque. C’est un roman assez court, qui se lit bien et qui est bien écrit.

La même chose en vidéo :