Temps glaciaires – Fred Vargas

Fred VARGAS
Temps glaciaires
Editions Flammarion, 2015
489 pages

Présentation de l’éditeur

Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’oeil cette nuit, une de ses soeurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment.

– La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu  m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ?

Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans.

– Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ?


Adamsberg est sollicité par le commissaire Bourlin à propos d’un suicide qui lui semble suspect à cause d’un signe étrange dessiné sur les lieux du crime. Un témoignage opportun les amène à un autre suicide suspect, à une étrange affaire qui s’est déroulée en Islande dix ans plus tôt, et à un club reconstituant les assemblées révolutionnaires de la Terreur.

Je connais bien l’œuvre de Fred Vargas, aussi me plonger dans son dernier c’est comme retrouver un environnement familier : on connaît les personnages, et on se régale de leurs manies. En effet, le commissaire Adamsberg est un fascinant personnage. Du genre brouillon, rêveur, avec une intuition redoutable quand il s’agit de mettre le doigt sur le détail qui résoudra tout. Son équipe est aussi des plus particulières, entre Danglard, le puits de science, Retancourt, la force de la nature, et les autres, parmi lesquels un hypersomniaque et un gros chat. On trouve aussi dans cet épisode un sanglier apprivoisé – détail crucial !

Tout ça nous mène et nous égard dans une enquête qui a ses longueurs mais qui se révèle surprenante. C’est toujours un bonheur que de retrouver ces personnages dans un nouveau roman. J’aime toujours autant, aussi n’hésitez pas à lire ces romans ou à les découvrir !

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Les Nécrophiles Anonymes, 1. Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue – Cécile Duquenne

Cécile DUQUENNE

Les Nécrophiles Anonymes, 1. Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue

Editions Voy'[el], 2012

185 pages

Présentation de l’éditeur

Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d’environ 150 ans d’âge. Lorsqu’il manque de devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.


Népomucène, bedonnant, misanthrope, travaille à la morgue, la nuit, ce qui l’arrange puisqu’il préfère la compagnie des morts à celle des vivants. D’ailleurs il y a rencontré Robert Joachim Charles-Henri de Bruyère, aussi appelé Bob, qui est devenu son meilleur ami et avec lequel il a ses habitudes : apéro, promenades nocturnes et expériences de résurrection sur des chats à base de venin vampirique. Étant en contact avec un vampire, Népomucène est vaguement conscient que tout un monde fantastique existe, mais il ne connait que très peu ces particularités et ceux qui l’habitent. Pourtant, cette existence va lui sauter aux yeux le jour où il échappe de peu à un meurtre sanglant et sauvage. Face à cette menace, Bob va se mettre à enquêter, et Népomucène va le suivre et découvrir peu à peu ce monde empli de créatures fantastiques.

Ce petit roman m’a énormément séduit : histoire de vampire qui détourne les canons de la Bit Lit, avec un personnage principal masculin loin de l’archétype du héros ou de l’héroïne de Bit Lit. Il y a beaucoup de détails amusants, et la relation entre Népomucène et Bob est aussi sympathique. Un peu ambigüe, mais sympathique. Ce sont des personnages qu’il est plaisant de suivre, et grâce à ça les pages se tournent toutes seules.

Après, il ne faut pas non plus s’attendre à des miracles. Il y a certes un aspect polar, avec un peu d’action, mais vue la longueur du récit, tout cela passe assez vite, ça aurait peut-être mérité quelques développements supplémentaires. Malgré cela, c’est une série qui me plaît et que j’ai envie de poursuivre. La suite au prochain épisode !

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Retour à Whitechapel – Michel Moatti

Couverture - Retour à Whitechapel

Michel Moatti

Retour à Whitechapel

Editions HC, 2013

350 pages

Présentation de l’éditeur

Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur. Elle avait deux ans.

Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, étudiant et répertoriant tous les éléments qui ont touché de près ou de loin chacune des victimes de Jack l’Éventreur. Plongeant ainsi dans les bas-fonds de l’East End victorien, revivant le calvaire de ces femmes qui vendaient leur âme et leur corps pour quelques heures de sommeil, elle va reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.

« Pourquoi ni la police de l’époque, ni les enquêteurs qui ont suivi l’affaire depuis plus d’un siècle n’ont jamais identifié Jack l’Éventreur ? Parce qu’ils cherchaient un homme correspondant à un a priori social ou allégorique. “Jack” n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre. Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là. »

Mon avis

J’ai acheté ce livre après avoir assisté à une conférence durant laquelle l’auteur a exposé les recherches qu’il a mené sur les traces de Jack l’Eventreur. Il est revenu sur les faits, les lieux, le contexte social, pour exposer les trouvailles qui lui ont permis d’écrire ce livre.

Jack l’Eventreur est un personnage mythique qui a fait couler beaucoup d’encre. Il fait partie de ces mystères non résolus qu’on ne résoudra pas, mais sur lesquels de nouvelles « vérités » ou en tous cas de nouvelles hypothèses sortent régulièrement. Avant d’assister à la conférence et de lire le roman, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’avait fait Jack l’Eventreur, alimenté par le visionnage il y a quelques années du film From Hell. Et, à part les crimes sanglants, je n’en ai pas retenu pas grand chose.

Dans ce roman, Michel Moatti raconte l’enquête, une cinquantaine d’années après les crimes, de la fille fictive de Mary Jane Kelly (la dernière et la plus mutilée des victimes) à travers ce qu’elle rédige dans un carnet : la lecture des dossiers sur les crimes, les articles de presse, ses conversations avec d’autres riperrologues… tout en intercalant des passages à la troisième personne qui vont montrer, eux, des moments de 1888. Le jury d’enquête, la vie des victimes quelques heures avant leur assassinat, l’enquête, les réactions des journaux, l’enterrement d’une des victimes sont rendus au lecteur de manière très réaliste.

Ce qui est réaliste aussi, c’est l’enquête que Amelia Pritlowe va mener pour démasquer l’assassin et, s’il est toujours en vie, lui faire payer. Elle suit un peu, j’imagine, le même chemin que l’auteur avant l’écriture de son livre, cherchant dans des archives, revenant sur les lieux du crime, ou fouillant parmi des souvenirs fugaces. Il est intéressant de suivre ce chemin, d’autant plus qu’il est basé sur des documents pour la plupart réels.

Michel Moatti propose un visage et un nom à la fin de l’ouvrage à mettre sur Jack l’Eventreur. Mais cela ne pourra, je le crois, jamais être vérifié. Au lecteur alors de l’accepter ou non. Pour ma part, loin d’être spécialiste, je trouve ça plausible. A chacun de juger !

Le roman comporte des annexes précieuses. Un index des personnages apporte une courte description de leur rôle, tandis que dans un chapitre « Note de l’auteur », celui-ci nous décrit ce qui l’a mené à faire sa propre enquête et ce roman ; il livre aussi les éléments qui lui font croire que son Jack l’Eventreur est le bon, tout en distinguant les faits avérés des faits fictifs, ce que j’ai grandement apprécié. Dans l’édition que j’ai acheté, des pages du carnet d’enquête de l’auteur ont été reproduites, montrant des images d’archives, des photos actuelles. Il y a des photos de la dernière victime (âmes sensibles s’abstenir !) et le nom du coupable selon Michel Moatti y est écrit : il vaut mieux le lire une fois le roman terminé !

Tout ces considérations mises à part, j’ai passé un très bon moment de lecture. L’aspect « enquête réelle » est très réussie. On ne s’attache pas tant que ça à l’enquêtrice principale. Il est vrai aussi qu’à part son carnet on a peu accès à sa personnalité et, de cette façon, sa psychologie n’a pas été assez approfondie selon mes goûts. Je vous le conseille cependant si vous souhaitez comprendre les crimes de Jack l’Eventreur et avoir un aperçu précis de ce qui s’est passé à Whitechapel.

ABC thriller polars

Apocalypse bébé – Virginie Despentes

Couverture - Apocalypse Bébé

Virginie DESPENTES

Apocalypse Bébé

Editions France Loisir, 2011.

374 pages

Collection Piment.

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Présentation de l’éditeur

Valentine Gatlan, adolescente énigmatique et difficile, a disparu. Lucie, détective privée sans conviction ni talent engagée par la grand-mère de Valentine pour surveiller ses faits et gestes, l’a perdue sur un quai de métro parisien. Comment la retrouver ? Aurait-elle rejoint sa mère, qu’elle n’a jamais vue, à Barcelone ?

Un roman qui promène le lecteur, sur les traces de tous ceux qui ont ont connu l’adolescente égarée… Les différents personnages se croisent  sans forcément se rencontrer, et finissent par composer, sur un ton tendre et puissant, le portrait d’une époque.

Récompense : Prix Renaudot 2010.

Mon avis

Lucie, détective engagée pour surveillée les faits et gestes d’une adolescente, doit partir à sa recherche quand elle perd sa trace. Totalement dépassée par la tâche, elle fait appel à La Hyène, une femme qui aime les femmes, connait les hommes, leurs travers et leur esprits et surtout qui est rodée à ce genre d’enquête. Elles vont d’abord interroger les proches, parents, belle mère, cousins, la mère biologique qui a abandonné l’adolescente, remontant la piste de la fuyarde, dessinant les contours de son personnage, alors qu’elles ne sont pas en sa présence. Jusqu’à la fin.

Chaque personnage a sa voix. Et il y en a pour tous les genres. L’homme bourgeois assuré dans ses privilèges, la belle mère qui voudrait faire des efforts qui portent leurs fruits, la soeur Elizabeth et son subtile double jeu… Les psychologies sont développées finement tout en jouant dans la satire. Le tout avec un style décapant qui happe facilement, malgré les paroles différentes, prises à tour de rôle par les personnages. Je n’ai pas été dérangée par la vulgarité qui est parfois évoquée sur la toile à propos de ce roman. Oui, c’est cru. L’auteur ne s’embarrasse pas d’artifices ou de détours pour décrire des scènes de partouze ou les actions de personnages à la dérive.

Le livre est par certains aspects dérangeants, même si je m’attendais à pire, vu la réputation de Virginie Despentes, ou en tous cas l’idée – fausse – que je me faisais de son oeuvre. Elle nous guide dans la visite des marges, de la transgression, de la dérive, avec pour points d’ancrage des personnages marquants comme Valentine ou encore La Hyène, des marges qui se radicalisent jusqu’à la fin, explosive, dans tous les sens du terme. C’est le seul moment qui m’a vraiment choqué. Pas parce qu’il a dérangé mon sens des bonnes moeurs ou quelque chose dans ce style, mais plutôt parce qu’il m’a semblé extrêmement violent, gratuit, pas inattendu, mais parce que c’est traumatisant, pour le personnage principale et pour le lecteur.

Que l’auteur joue ainsi avec les attentes des personnages, avec les points de vue et les marges qui finissent par se déchirer, ça m’a beaucoup plu. C’est d’ailleurs un roman que j’attendais de lire depuis un moment, tout en craignant un peu ce qu’il pouvait réserver; Et la lecture a confirmé le sentiment que j’en avais, à la fois dans la crainte – le choc était bien là – et dans l’engouement. Apocalypse bébé est un roman fort et qui dérange les repères. Pour cela je comprends qu’il ne plaise pas à tout le monde, mais je trouve dommage de passer à côté de sa puissance magnétique.

J’irai tenter avec joie les autres oeuvres de Despentes.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote