Le Camp des morts – Craig Johnson

 

 

 

Craig JOHNSON
Le Camp des morts (traduit par  Sophie Aslanides)
Editions Gallmeister, 2012
375 pages
Collection Totem

Présentation de l’éditeur

Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, le shérif Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il se plonge alors dans le passé mystérieux de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Connally. Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Le deuxième volet des aventures de Walt Logmire nous entraîne au coeur d’une violence tapie dans les paysages magnifiques du Wyoming.


Le shérif Walt Longmire est toujours secoué par ce qu’il a vécu dans sa dernière enquête (voir Little Bird)  quand un nouvel évènement vient ébranler Durant. L’ancien shérif, le mentor de Longmire, crée un mouvement de panique à la maison de retraite quand il exige l’ouverture d’une enquête et une autopsie sur le corps de Mari Baroja. La vieille femme semble avoir succombé à une mort naturelle, mais Lucian est persuadé du contraire. Walt Longmire décide alors de faire confiance à l’ancien shérif et plonge dans le passé de la victime. L’enquête se complexifie alors même que la neige tombe sans arrêt et que le blizzard menace.

Après la découverte de Little Bird, je me suis replongée avec grand plaisir dans une enquête du shérif Walt Longmire, et l’ai lu en une petite journée seulement lors du dernier Weekend à 1000. On a de tout dans cette enquête : une vieille histoire d’amour, un mariage abusif, un héritage, une longue poursuite dans la neige, et bien sûr une accumulation de meurtres qui confirme la suspicion de l’ancien shérif quant à la mort de Mari Baroja. L’intrigue est finalement assez complexe et plonge ses racines dans l’histoire locale, dans laquelle Longmire va devoir fouiller, bon gré mal gré.

A cela s’ajoute la vie personnelle du shérif. Il est plutôt désabusé de nature, mais sa dernière aventure l’a rendu d’autant plus amer. Heureusement, il est bien entouré, entre Vic, son adjointe, son ami Henry ou encore sa fille. Il a aussi récupéré un chien qui le suit partout comme son ombre. Il ne manque pas d’humour, est un brin cynique, mais cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’affection pour son petit monde. Vous l’aurez compris : j’aime beaucoup ce personnage en apparence bourru, mais qui possède un bon sens de l’autodérision et une finesse certaine quand il s’agit de gérer ses contemporains.

Dans cette atmosphère de neige à la violence feutrée qui éclate comme des gouttes de sang sur le blanc immaculé (je me sens poète aujourd’hui), je n’ai pas vu le temps passer, et je n’ai qu’une hâte : retrouver le shérif dans un autre roman de Craig Johnson. Une très bonne lecture !

8470b-abc2016

The Help – Kathryn Stockett

Kathryn STOCKETT
The Help
Editions Penguin Books, 2010
451 pages

Présentation de l’éditeur

Enter a vanished world : Jackson, Mississippi, 1962.

Where black maids raise whete children, but aren’t trusted not to steal the silver…

There’s Aibileen, raising her seventeenth white child and nursing the hurt caused by her own son’s tragic death; Minny, whose cooking is nearly as sassy as her tongue; and white Miss Skeeter, home from college, who wants to know why her beloved maid has disappeared.

Skeeter, Aibileen and Minny. No one would ever believed they’d be friends; fewer still would tolerate it. But as each woman finds the courage to cross boundaries, they come to depend and rely upon one another. Each is in search of a truth. And together they have an extraordinary story to tell…


A Jackson, Mississippi, en 1962, les femmes Blanches emploient des Noires pour faire le ménage, la cuisine et élever leurs enfants, alors qu’elles organisent un club de bridge ou lèvent des fonds pour « les pauvres enfants affamés d’Afrique ». Aibileen travaille chez les Leefolt. Leur fille, Mae Mobley, 2 ans, est le 17ème enfant qu’elle élève. Elle est là tous les jours, et assiste aux grands moments de sa vie. Minny a une langue trop bien pendue pour garder longtemps un emploi, même si sa cuisine est divine. Skeeter revient à Jackson après avoir obtenu un diplôme, et retourne chez elle pour découvrir que Constantine, la bonne qui l’a élevée pendant 22 ans a disparu. Sa mère lui met la pression pour faire d’elle une jeune femme convenable et attirante, et lui trouver vite un mari. Mais Skeeter a un projet : écrire. Une histoire de toilettes et la rencontre d’Aibileen et de Minny lui donnent un sujet. Un sujet dangereux, mais un sujet qui pourrait changer bon nombre de choses à Jackson.

J’inaugure avec cette chronique les lectures en VO sur ce blog. On m’avait prêté ce livre il y a deux ou trois ans ; j’ai enfin passé le cap et je l’ai lu. Et je rejoins l’avis général pour dire que ce livre est plein de force et d’émotion, et donc qu’il est à lire. Pour une fois, je ne pourrai pas juger le roman sur le style de son auteur  – sur du français oui, mais je ne vais pas commenter de l’anglais. Ça se lit bien, mais le langage est parfois très familier et retranscrit des accents (avec oubli d’auxiliaire, contraction, expressions presque argotiques, etc.) et donc loin de l’anglais académique qu’on apprend. Il vaut mieux avoir un bon niveau d’anglais parce que c’est un peu perturbant.

On suit les points de vue d’Aibileen, de Skeeter et de Minny, alors qu’elles poursuivent leurs chemins à Jasckson : Skeeter se met à développer un point de vue contraire à ce que la bonne société voudrait d’elle, Minny doit se faire aux bizarres habitudes de sa nouvelle patronne, et Aibileen prend soin de Mae Mobley en lui racontant des histoires sur la tolérance. L’ambiance de la ville est très bien transmise, entre la bienséance de la société blanche huppée, les relations compliquées entre les communautés noire et blanches, avec la menace du Ku Klux Klan ou celle que les femmes blanches font peser sur leurs employées : qu’une rumeur sur l’une d’elle se répande et elle ne pourra plus trouver de travail en ville.

On est aussi dans un contexte bien particulier, avec le début des marches pour les droits civils, l’influence des actions de Rosa Parks et Martin Luther King. Il y a un subtil changement social, puisque c’est aussi le début du mouvement hippie, et qu’une musique contestataire se répand – Bob Dylan est cité plusieurs fois -, changement qui semble peu affecter Jackson. Par contre, on ressent bien la tension qu’il y a entre les deux communautés. Mais cela est mis en scène de manière intelligente par l’auteur puisqu’elle aborde de manière nuancée les relations entre ces femmes blanches et leurs bonnes, des relations de respect, de conflit, de peur, des relations parfois inexistantes.

Je suis complètement emballée et émue par cette lecture, je l’ai lu bien plus vite que ce à quoi je m’attendais et le fait d’avoir vu l’adaptation cinématographique avant de le lire ne m’a absolument pas gênée. Au contraire, le fait de lire en anglais m’a rappelé des intonations ou des voix des actrices du film ce qui a d’autant plus enrichi ma lecture. A lire sans hésiter !

La Dernière frontière – Howard Fast

Howard FAST
La Dernière frontière (traduit par Catherine de Palaminy)
Editions Gallmeister, 2014
304 pages
Collection Totem

Présentation de l’éditeur

1878. Les Indiens cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l’Oklahoma. Dans cette région aride du Far West, les Cheyennes assistent, impuissants, à l’extinction programmée de leur peuple. Jusqu’à ce que trois cents d’entre eux, hommes, femmes, enfants, décident de s’enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills. À leur poursuite, soldats et civils arpentent un pays déjà relié par les chemins de fer et les lignes télégraphiques. Et tentent à tout prix d’empêcher cet exode, ultime sursaut d’une nation prête à tout pour retrouver liberté et dignité.

La Dernière frontière est l’un des plus grands livres consacrés à la question indienne : tout un chapitre de l’histoire américaine défile ici au rythme haletant d’un film sur grand écran.


1878. Les Cheyennes ont été chassés de leur terre ancestrale et ont été parqués dans le Territoire indien, une réserve de l’Oklahoma, où ils se meurent, de faim et de maladies. L’agence qui gère ce territoire ne reçoit pas assez de subventions pour nourrir tous les hommes et toutes les femmes qui lui sont confiées. Un jour, trois hommes s’enfuient. C’est le début d’une crise qui va complètement dépasser et l’agence et le régiment de l’armée stationnée dans le région. Alors qu’on leur impose de livrer 10 hommes en otage en attendant que les trois hommes soient capturés, Little Wolf et Dull Knife, les deux chefs cheyennes vieillissants, décident de partir pour un dernier voyage. La tribu s’enfuit vers le Nord et la traque commence. Celle-ci nous est racontée du point de vue des chasseurs : militaires ou civils qui se sont lancés sur les traces de la tribu. Marche pénible, escarmouches, fuites dans la nuit… les Cheyennes se défendent et toujours avancent obstinément vers leur but.

Cette histoire s’est vraiment passée. C’est l’auteur qui, en ayant eu un écho de cet évènement, a mené des recherches dans les journaux de l’époque qui en ont parlé. Avoir le point de vue des poursuivants et des civils qui ont été informés par les journaux est assez amusant. Et plutôt triste aussi. Les journaux ont colporté des rumeurs de massacres et de pillages, alimentant le spectre d’une nouvelle guerre indienne alors que celles-ci semblaient bel et bien terminées. Ça en dit beaucoup sur l’époque à laquelle se déroule le roman, sur les mentalités et sur l’incompréhension totale entre les tribus indiennes et l’américain moyen.

J’ai adoré ce roman. Ce fut une histoire terrible et le roman retransmet parfaitement toutes les questions que cela soulève. L’auteur est critique par rapport à la gestion de cette traque, tant par les autorités que par l’armée ou la presse. Le roman est fouillé, son ancrage historique est très réaliste et il est porteur d’un vrai souffle épique. L’ambiance western est quelque chose qui me plaît particulièrement, et en lisant ce roman, je me figurais des images comme on peut les voir dans certains films sur ce thème, depuis Little Big Man jusqu’à Danse avec les loups.

Je ne m’attendais pas à lire ce roman aussi facilement, j’avais un mauvais a priori peut-être à cause du souvenir très moyen que j’avais de Smoky, le dernier roman « western » que j’ai lu. J’ai donc été très agréablement surprise. J’ai lu ce roman en une petite journée et je suis complètement emballée par ce que j’ai lu. C’est bien écrit, entraînant et passionnant. Il y a des passages qui sont révoltants, mais cette obstination, cette volonté de retrouver sa liberté, quitte à en mourir, m’a beaucoup touchée et c’est sûrement ce que j’ai le plus aimé. La Dernière frontière est un très beau roman sur la question indienne et je vous le recommande, que le sujet vous intéresse ou pas.

8470b-abc2016

Les Visages – Jesse Kellerman

Jesse KELLERMAN

Les Visages

Editions Points, 2011

473 pages

Collection Thriller

Présentation de l’éditeur

La plus grande oeuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux qui mêlent à un décor torturé d’innocents portraits d’enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaitre certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus.


Ethan Muller est galériste. Il est aussi le fils de David Muller, homme riche qui possède des immeubles en centre ville. Son second le contacte pour lui parler d’une découverte qu’il a faite dans un appartement abandonné par son locataire. Des milliers de dessins stupéfiants sont rangés dans des cartons. Ethan, fasciné, décide d’en faire l’objet d’un exposition. Celle-ci est médiatisée et peu de temps après il est contacté par un policier à la retraite qui reconnaît parmi les dessins les visages d’enfants assassinés. Ethan n’y croit d’abord pas, puis il accepte de rencontrer le policier et de se plonger dans l’enquête avec lui pour retrouver l’auteur des dessins. Ceux-ci suscitent l’intérêt et une agitation inhabituelle : on veut les acheter, les voler, les faire retirer de la galerie, déterminant d’autant plus Ethan à rechercher leur auteur.

Parallèlement nous est racontée l’histoire d’un émigré aux Etats-Unis au XIXème siècle, retraçant l’histoire de sa famille et leur avènement dans un pays à construire.

Les Visages est un roman qui m’a beaucoup plu, notamment parce qu’il a une intrigue et une construction loin des canons du genre. Son appellation « thriller » peut d’ailleurs être contestée, tellement il m’a semblé que l’enquête est un prétexte pour parler d’autres choses, aborder d’autres thèmes et finit par être presque secondaire. C’est ce qui fait avancer le personnage, mais le suspens n’est pas si intense, la résolution de l’énigme finit par ne plus une fin en soi. Ce qui importe finalement, c’est l’histoire d’Ethan, ce qu’ont bâti ses ancêtres, les drames de leur histoire qui continuent de peser sur le personnage, de sorte qu’il a eu du mal à se construire et qu’il a une vie sentimentale chaotique.

Les avis sont en général plutôt mitigés sur ce livre, mais il a su m’accrocher, m’intéresser et me fasciner et c’est bien tout ce qu’on lui demande !

Le Fossoyeur – Adam Sternbergh

Adam STERNBERGH

Le Fossoyeur (traduit par Florence Dolisi)

Editions Denoël, 2015

264 pages

Collection Lune d’encre

Présentation de l’éditeur

Tous les cimetières sont pleins depuis longtemps.

Il se fait appeler Spademan, le Fossoyeur, presque un nom de super-héros. Vous ne saurez jamais son vrai nom. Il a été éboueur. Un jour, il a trouvé un bébé dans un sac-poubelle. Quelques années plus tard, sa femme est morte dans la série d’attentats radioactifs qui a vidé New York de ses habitants. C’était il y a longtemps : une autre vie.

Maintenant, Spademan est tueur à gages. Il est resté dans les ordures, mais son salaire a considérablement augmenté. Il n’est pas sexiste : homme, femme, il s’en fout. Vos raisons, il s’en fout. D’ailleurs, le fric aussi il s’en fout.

Et quand on lui demande de tuer la fille du richissime prédicateur T K Harrow, une gamine qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans, il n’y voit aucun problème. Mais dans la toile de Harrow, pour la première fois de sa sinistre carrière, Spademan n’est pas la plus grosse araignée.

Mélange foudroyant de roman noir et de cyberpunk, au style sec comme un vieil os, le Fossoyeur est un uppercut qui en dit long sur la tentation nihiliste. Dès parution, Hollywood en a acquis les droits d’adaptation cinématographique.


« Le Cyberpunk, c’est la science fiction à l’ère de l’urbanisme et des réseaux informatiques. » (Le Cafard cosmique)

Nous sommes dans un contexte futuriste, mais un futur relativement récent. New York a subit plusieurs attentats à la bombe nucléaire. A part les quartiers touchés, la vie peut continuer normalement, mais les habitants ont préférés fuir la ville. Ceux qui restent vivent dans un environnement dangereux. Peu de temps avant les attentats, est apparue une nouvelle addiction : la limnosphère. C’est une sorte de monde virtuel dans lequel on se plonge en étant relié à un lit et à un équipement médical qui maintient le rêveur en vie. Un monde dans lequel on pourrait vivre sans interruption, à partir du moment où quelqu’un resterait à surveiller les signes-vitaux et à approvisionner le corps en minéraux. C’est une addiction qui coûtent cher et seuls les riches peuvent se permettre d’y rester un long moment, embauchant infirmières et gardes du corps. Et la limnosphère étant un système reposant sur l’informatique, il y a des hackers et des ingénieurs qui travaillent sur des améliorations du système pour le rendre encore plus réaliste et immersif.

Spademan est un tueur à gages. Il vit et tue à New York. Ce n’est pas un homme surentraîné à la James Bond qui aurait changé de métier, plutôt un homme normal, banal qui a un métier inhabituel. Il a instauré un rituel de travail précis pour préserver son efficacité et sa sécurité. Il a aussi quelques règles : il ne fait pas les mineurs, mais dès 18 ans, aucuns problèmes, il s’exécute et exécute. Perséphone a tout juste 18 ans. C’est donc une victime dans ses cordes. Mais alors qu’il la pourchasse et qu’il s’apprête à la tuer, il se rend compte qu’il y a un problème en lien avec le père de la demoiselle : celui-ci est un prédicateur, un homme très riche qui a bâti sa fortune sur une émission télévisée religieuse.

C’est Spademan qui raconte son histoire et sa rencontre avec Perséphone. Au fur et à mesure qu’il déroule ses aventures, il va aussi être amené à parler de son passé, de sa femme et de la manière dont il est devenu assassin. Son style est haché, percutant, efficace, avec des dialogues épurés, et qui fait du roman un vrai page turner. Il y a de nombreux rebondissements, Spademan va notamment devoir enquêter sur ce qui est arrivé à Perséphone pour qu’elle ait ainsi sa tête à prix. On a donc un contexte futuriste avec une technologie nouvelle et potentiellement pernicieuse, dans une ville pratiquement désertée, avec un personnage qui est à la fois un tueur et un enquêteur (parce qu’il faut bien qu’il trouve ses victimes avant de les achever). En plus de l’aspect science-fictif, il y a donc une bonne dose de thriller. De quoi passer un bon moment.

Pourtant ce roman m’a semblé brasser beaucoup d’air pour pas grand chose. Le narrateur a un nom de super héros qui le place entre le dur à cuir et l’homme de principe. Pourtant c’est loin d’être une pointure, il se fait souvent dépasser, il est taraudé par son passé. Malgré ça, je l’ai trouvé assez creux et il est difficile de s’y attacher ou de s’y intéresser tellement il est froid. C’est un roman qui a une certaine noirceur, mais le tout est tellement efficace qu’il manque de profondeur.

C’est donc une lecture en demi-teinte, idéal pour une lecture facile, rapide et sans prise de tête, mais qui reste plutôt creuse et qu’on oublie vite. La quatrième de couverture annonce une future adaptation cinématographique, et sur Livraddict, il est présenté comme étant le premier tome d’une série. Voir l’adaptation, pourquoi pas, mais de là à lire une éventuelle suite, je ne crois pas que je ferais l’effort.

100255191_o

La disparition de Jim Sullivan – Tanguy Viel

Couverture - La disparition de Jim Sullivan

Tanguy VIEL

La disparition de Jim Sullivan

Les éditions de Minuit, 2013

153 pages

.

Présentation de l’éditeur

Du jour où j’ai décidé d’écrire un roman policier américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d’une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s’appellerait Dwayne Koster, qu’il enseignerait à l’université, qu’il aurait cinquante ans, qu’il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu’il détestait.

Mon avis

Jim Sullivan était un guitariste américain, qui a sorti un album, UFO (qui est l’équivalent anglais d’OVNI). Le rapport avec le roman de Tanguy Viel, outre le titre ? Sa légende : Jim Sullivan a disparu sur une route de Nouveau Mexique en 1975. On n’a retrouvé sa voiture, mais aucune trace de lui. D’aucuns diront qu’il a été enlevé par les extraterrestres.

La disparition de Jim Sullivan est l’histoire de Dwayne Koster, professeur de fac, qui entame une véritable descente aux enfers après son divorce, entre alcoolisme et combines louches. Le tout raconté par la voix d’un narrateur français qui serait en train de construire cette histoire, dans le but d’écrire un vrai roman américain. Comprendre par là, un roman universel comme seuls savent les écrire les romanciers américains, sans Cathédrale de Chartes, mais avec les motels et le focus sur le bac de la douche, l’adultère, la jalousie, la vengeance, et le tout en vieille Dodge.

Tanguy Viel est un écrivain que je suis de loin depuis Paris-Brest, un roman sur la famille et la Bretagne. Là, il s’attaque à la puissance fictionnelle américaine. Il construit un récit avec son propre style – qui est celui d’un écrivain français de littérature contemporaine publié chez Minuit, assez loin de la narration américaine typique. Il reprend donc tout ce qui fait la littérature américaine : les clichés, les noms, les évènements traumatiques qui sous-tendent ces romans – en l’occurrence la Guerre en Irak.

L’idée est formidablement amusante. On dirait presque un exercice de style. L’auteur livre sa vision de l’Amérique qui est celle véhiculée par la littérature, et celle du mythe américain. Mais il le fait à la fois en amoureux du genre et en critique, avec bienveillance. Il décrypte le genre américain avec son style – des formules longues, des précisions, des répétitions – et en souligne les détails. Il fait ça tout en nous plongeant dans l’histoire de son personnage, Dwayne Koster, que l’on découvre au volant de sa Dodge, espionnant son ex-femme à travers les rideaux de sa maison, de l’autre côté du carré de pelouse soigneusement tondue, son ex-femme qui a une relation avec son collègue et rival à l’université – autant dire, son pire ennemi. Dans sa voiture, il y a une bouteille de whisky, une crosse de hockey et l’album UFO de Jim Sullivan – oui il y a bien un rapport avec cette légende urbaine – qui passe en boucle.

L’histoire n’est pas joyeuse en soi. Dwayne part pour un aller simple vers l’enfer. Mais le procédé du roman dans le roman y ajoute ironie et malice. Non, on n’est pas juste en train de lire une énième histoire de prof de fac divorcé et dépressif. C’est bien plus que ça !

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé ce roman et je le conseille ! (Je conseille d’ailleurs tout Tanguy Viel).

Des films en quelques mots (5)

Le blabla introductif est . Au programme, les films que j’ai vu au cinéma depuis janvier sans avoir le temps de les chroniquer. Cet article a donc quatre mois de retard (mais vieux motard que jamais… euh mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ?).

Vu le temps qu’il m’a fallu pour pondre cette article, vous m’excuserez, s’il vous plaît, du fait que mes avis soient encore plus courts que d’habitude et donc peu argumentés. Si vous souhaitez plus de détails n’hésitez pas à me le faire savoir. Merci pour votre indulgence. *s’incline* :)

Le vent se lève – Hayao Miyazaki

Affiche - Le vent se lèveLong métrage japonais, sorti en 2014, avec les voix de Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima…

Genre : Animation. Drame.

Synopsis

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde. Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Mon avis

La vie de cet ingénieur se déroule dans ce Japon d’avant guerre. J’ai mis un peu de temps à me repérer dans cette époque (je ne savais pas quand ça avait lieu et ça m’a d’abord perturbée). La vision de ce Japon qui cherche à rattraper la modernité des pays occidentaux est aussi très intéressante. Le film est beau, lumineux ; il a aussi sa part d’ombre quand le rêve se transforme en cauchemar. J’en garde un souvenir marquant et doux, la poésie du quotidien, de l’amour, de la nature est sans cesse présente.

Voir l’avis de : La croisée des chemins

Only lovers left alive – Jim Jarmusch

Affiche - Only Lovers left aliveLong métrage allemand, britannique, sorti en 2014, avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska…

Genre : Romance. Drame.

Synopsis

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Mon avis

J’adore ! La BO, l’ambiance, le parti pris sur ces créatures fantastiques, désabusées de ce monde qui tourne trop vite, les promenades en voiture dans Detroit désaffectée, cette histoire d’amour qui perdure à travers les âges, les souvenirs d’époques passées et dépassées, les grands noms cités comme des connaissances… J’ai savouré ce film.

12 years a slave – Steve McQueen

Affiche - 12 years a slaveLong métrage américain, sorti en 2014, avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch…

Genre : Drame. Historique.

Synopsis

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

Mon avis

Encore un film que j’ai beaucoup aimé. je conserve le souvenir de beaucoup de violence, dans les actes et dans les propos. C’est en tous cas un film marquant sur l’esclavage.

Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Affiche - Grand Budapest HotelLong métrage américain, sorti en 2014, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, F. Murray Abraham…

Genre : Comédie. Drame.

Synopsis

Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

Mon avis

Un film très drôle qui m’a apporté une certaine fraîcheur (et pas seulement parce que ça se passe en hiver). Il y a un côté burlesque qui m’a beaucoup plu, contrebalancé par un propos sous-jacent plus sérieux. J’ai juste eu un peu de mal avec cette brochette d’acteurs connus qui ont de petits rôles (pourquoi ne pas laisser leur chance à des acteurs moins reconnus ?)