Des BD en bref #4

Hey ! Ce soir, je poursuis mon « défi » calendrier de l’avent (1 chronique par jour), que j’ai déjà bien foiré, entre un « oubli », un weekend de promenade sans aucune connexion internet (et un évident manque de temps pour rédiger quoi que ce soit en avance), et dernièrement un « syndrome de la page blanche » version blog (je me suis mis un peu la pression pour chroniquer un certain recueil de nouvelles, et j’ai juste bloqué dessus pendant des lustres). Et donc, ce soir, je n’avait curieusement aucune envie de me prendre la tête avec une chronique « classique ». J’ai donc préféré la version allégée que je fait pour les BD (d’autant plus que j’ai passé l’après-midi à grenouiller avec un revisionnage de Captain America entrecoupé de vidéo Youtube (volatilité et procrastination…) Résultat : je n’ai RIEN fait ! (et je suis toujours à 1/2 heure de la fin du film alors que je l’ai commencé vers 14h) Mes vacances commencent bien…

Le blabla est fini. Sachez seulement que toutes ces BD ont été chroniquées sur ma chaîne Youtube. Encore une fois, on est plutôt sur de la BD ‘jeunesse’ ou ‘grand public’. Mais c’est une sélection de ce que j’ai préféré ces dernières semaines.

Dans la forêt sombre et mystérieuse – Winshluss

Editions Gallimard, 2016.

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait… Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

J’ai découvert, après l’avoir lu, que cet album vient de remporter la pépite d’or au Salon de la littérature et la presse jeunesse (celui de Montreuil donc). Et comme je le comprend ! On y suit Angelo qui, sur la route pour se rendre chez sa mémé, coincé entre sa petite soeur bébé et son grand frère bâte comme ses pieds, est oublié au bord de la route. Et pressé de les retrouver, il va prendre les chemins de traverse, à travers la forêt sombre et mystérieuse. Il va y croiser un certain nombre de créatures, plus ou moins dangereuses, et vivre de folles aventures. J’aime beaucoup ce dynamisme, cet humour, qui change de la BD jeunesse habituelle. Et l’album a beau être épais, on tourne les pages sans s’en rendre compte. Le dessin ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais ne vous laissez pas avoir par ces considérations ! Cet album est un petit bijou !

Découvrez quelques extraits.

Fantômes – Raina Telgemeier

Editions Akileos, 2016.

Du fait de la maladie de sa soeur Maya, Catrina, onze ans, et sa famille déménagent dans la petite ville côtière de Bahia de la Luna. Tandis que leurs parents s’occupent de ranger les affaires, les deux jeunes filles partent explorer leur nouvelle maison et son voisinage. Elle font alors la rencontre d’un voisin qui leur confie un secret : il y a des fantômes à Bahia de la Luna. Si Maya est déterminée à vouloir en rencontrer un, il en va tout à fait autrement pour Cat. Or, la période de l’année à laquelle les fantômes se réuinissent avec leurs proches approche, et Cat doit découvrir comment mettre ses peurs de côté pour le bien de sa soeur… et le sien.

Encore une très belle histoire ! (en même temps je vous avais prévenu : c’est une sélection de BD que j’ai adorées) Cette fois, une histoire de famille, avec Cat qui subit un déménagement pour le bien de sa soeur Maya. Si elle doit être très prudente pour veiller sur elle, Maya est la joie de vivre et l’énergie incarnée. Elle veut tout vivre à cent à l’heure, au risque de gâcher sa santé. Cette histoire de fantômes l’intrigue et l’excite au plus haut point. Et Cat se retrouve à la suivre tant bien que mal, malgré sa frousse.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, avec la leçon de vie qu’apporte la tradition autour des fantômes. Et puis Cat est un personnage très agréable à suivre. La BD a un format plutôt roman graphique, mais elle est très abordable. Les dessins sont clairs, et il est très plaisant de s’y plonger. Je vous conseille de la tenter !

La jeunesse de Mickey – Tebo

Editions Glénat, 2016

Norbert, l’arrière-petit-neveu de Mickey, est comme tous les gamins de son âge : le nez toujours plongé dans sa console de jeux vidéo. Alors, pour attirer son attention, son arrière-grand-oncle a l’habitude de lui raconter des histoires. Mais pas n’importe lesquelles : celles qu’il a vécues dans sa jeunesse. De palpitantes aventures dans lesquelles il a tour à tour été : cowboy, prisonnier dans le bayou, as de l’aviation de la Première Guerre Mondiale, trafiquant de chocolat pendant la Prohibition et même astronaute ! Norbert a un peu de mal à croire à ces récits invraisemblables, d’autant que, comme toutes les personnes âgées, pépé Mickey (comme l’appelle Norbert) a la vue qui baisse et la mémoire un peu comme un gruyère…

Mickey fait de nouveau parler de lui cette année : le personnage a été repris par plusieurs auteurs de bande dessinée et 4 albums sont sortis depuis la rentrée. Une exposition à Quai des bulles (Saint-Malo) leur était d’ailleurs consacrée cette année.

J’ai lu deux de ces albums et j’ai eu un coup de coeur pour La Jeunesse de Mickey. On y retrouve Mickey vieillissant mais très énergique, sans cesse plongé dans de  nouvelles inventions dans son atelier. Il raconte ses aventures de jeunesse à Norbert, son arrière petit neveu. Chasse au trésor dans le Far West, aventure sur la lune, sauvetage en plein marais, action héroïque mettant fin à la guerre… tout y passe ! Il y a de l’héroïsme, des situations cocasses, et les dialogues entre l’ancien et le petit neveu sont savoureux. Au delà de ça, l’album est très beau : dos toilé, papier épais, couverture solide. C’est vraiment un album à offrir ou à s’offrir.

Charlotte et moi, tome 1 – Olivier Clert

Editions Makaka, 2016

Ce matin-là, Charlotte fait un rêve. Dans son sommeil agité, elle provoque, sans s’en douter, une réaction en chaîne qui va bouleverser sa vie, celle de son voisinage et surtout celle de Gus, un jeune garçon qui vient tout juste d’emménager dans l’immeuble avec sa mère…

Charlotte et moi, c’est THE coup de coeur de cette sélection. (oui, bon, c’est aussi le cas pour les autres, mais celui-là encore plus). C’est l’album qui n’a pas fait de bruit, mais que j’ai envie de faire lire parce que son histoire m’a beaucoup touchée. On n’est pas dans quelque chose de fantastique comme pour Dans la forêt sombre et mystérieuse, ni humoristique. On est dans du « tranche de vie », du « drame », de ces albums qui raconte la vie de personnages banals, qui raconte des rencontres, des dépassements de soi dans la vie du quotidien. Charlotte est une jeune femme très discrète. Ses voisins l’ont tout de suite cataloguée : obèse, n’a plus toute sa tête depuis que sa grand-mère est décédée. Elle fait peur à Gus, le petit garçon qui vient d’emménager avec sa mère. Et puis, il y a cet enchaînement de circonstance qui vient mettre du bazar et faire bouger les choses.

Je suis très impatiente de lire la suite de ce tome, parce que la fin promet un beau sac de noeud. Je me suis régalée en le lisant, d’autant plus que je ne m’y attendais pas. C’est encore une chaude recommandation que je vous fait là, et j’espère au moins qu’elle aura contribuer à faire connaître un peu plus cet album.

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Des BD en bref #3

Parce que j’aime les BD et que j’ai pas le temps pour en parler autant que je le voudrais. Au programme : un conte philosophique, un super héros atypique, une aventure parmi des monstres et le quotidien d’une sorcière et son chat.

Là où vont les fourmis – Frank Le Gall et Michel Plessix

Editions Casterman, 2016

L’histoire du jeune Saïd tend à prouver que les enfants qui se demandent où vont les fourmis qui marchent en colonnes vers de mystérieuses destinations, que ces enfants, qui au lieu d’obéir à de terribles grands-pères en gardant consciencieusement des troupeaux de chèvres au milieu du désert, que ces enfants-là ont parfois raison. C’est en suivant ces petites fourmis que Saïd, accompagné d’une prodigieuse chèvre parlante va triompher des djinns, des enchantements et des sortilèges, découvrir l’amour et finalement trouver un grand-père, un vrai. Dans l’esprit de Azur et Asmar de Michel Ocelot, un conte plein d’ humour, de tendresse et de poésie.

Là où vont les fourmis conte les aventures de Saïd. Fasciné par les fourmis et leur obstination à avancer en colonne, il n’ose cependant pas aller au delà de la fontaine du village, comme sa mère le lui a demandé. Un jour son grand-père l’amène garder son troupeau de chèvres. Là, il philosophe avec une chèvre parlante, et se lance dans un voyage étonnant. Un bel album et surtout une très belle histoire ! J’ai eu un coup de coeur pour cette BD qui a illuminé ma journée quand je l’ai lu. A lire d’urgence !

Super Caca, 1. Rentrée des classes – Davy Mourier et Stan Silas

Editions Delcourt, 2016

À l’Imagischool, seuls les enfants les plus doués sont acceptés. L’évaluation ? Avoir suffisamment d’imagination pour donner vie à son rêve sous la forme d’une créature. Quand le petit Lucas, présent par erreur à l’examen d’entrée, fait apparaître Super Caca, tout le monde se moque de lui ! Mais au fil des aventures, Super Caca va se révéler être un des rêves les plus puissants jamais imaginés !

J’avoue que j’ai été sceptique en lisant ce titre. L’humour pipi-caca m’a passé. Mais… Super Caca m’a finalement beaucoup plus et m’a fait beaucoup rire sans qu’il soit tant question de « pipi-caca » justement (j’avoue que je m’attendais pas à écrire autant de fois caca dans un même article !).. Lucas se présente à l’Imagischool, une école d’imagination, bien déterminé à y entrer malgré la difficulté du concours d’entrée. Il finit par y entrer en force et l’ultime épreuve – celle qui consiste pour chacun à faire se matérialiser son rêve – lui présente Super Caca, un rêve bavard, petit, et pourtant qui possède des pouvoirs étonnants. Ce premier tome raconte le concours d’entrée et la première épreuve que Lucas av devoir affronter. J’ai beaucoup aimé suivre ce petit gars et son rêve improbable. J’ai bien ris et je suis curieuse d’en savoir plus sur cette école d’imagination.

Le collège noir, 1. Le livre de la lune – Ulysse Malassagne

Editions Milan, 2016

Un pensionnat perdu au milieu des forêts. Un groupe d’ados malchanceux privés de vacances. Une surveillante peu contrariante. Et un camarade qui disparait dans les marais. Mais quels secrets se terrent à l’ombre des sapins noirs ? Lorsque les collégiens découvrent ce que personne ne devrait jamais voir… chacune de leur nuit devient un cauchemar.

Ulysse est obligé de passer ses vacances en pensionnat avec un groupe de ses amis. L’un d’eux disparaît un jour dans les marais proches. Mais celui-ci revient les visiter et son âmes est capturée par une sorcière. Le groupe la libère, mais ils viennent de déchaîner des forces qu’ils n’auraient jamais pu imaginer.

Cette BD mélange monstres échappés des cauchemars et vie de pensionnat. Les gamins sont drôles et touchants, et malgré tout ils n’ont pas froid aux yeux. Les monstres sont véritablement effrayants (c’est quand même un BD conseillée à partir de 11 ans, donc on n’est pas chez Stephen King). Mais il y a un vrai potentiel horrifique et angoissant. C’était la BD à lire au moment d’Halloween (évidemment, j’en parle quand on approche de Noël, mais qui n’aime pas un bon frisson, même en période de fêtes ?). J’ai passé un très bon moment avec cette BD. Il y a un bon rythme, pas de répétitions et l’ouverture progressive d’un monde fantastique rempli de fantômes, animaux parlants ou encore monstres d’escaliers. J’aime beaucoup et vous la conseille. Si vous avez des cadeaux à faire à des jeunes gens, c’est une très bonne lecture !

Pepper et Carrot, 1. Potions d’envol – David Revoy

Editions Glénat, 2016

Au sein du monde merveilleux de Hereva, la jeune Pepper vit avec son chat Carrot dans une petite maison au fin fond de la forêt de Bout-un-Cureuil. Leur spécialité : faire des potions magiques ! Une activité qui comporte pas mal de risques étant donné que, chez eux, les préparations, incantations et autres invocations ont vite tendance à dégénérer… Partagez le quotidien mouvementé de cette Mélusine d’aujourd’hui dans une série d’histoires courtes au cœur d’un univers de fantasy fun et décalé fait de potions, de créatures, de magie… mais surtout d’humour !

Ça, c’est le versant mignon d’Halloween. Pepper et Carrot a d’abord été publié en ligne, puis est passé par l’épreuve du crowdfunding pour être édité, avec un certain succès d’ailleurs. (Après update : il est disponible librement sur internet et financé par les lecteurs, pour un nouveau système de financement de la BD. C’est à découvrir ici).

Pepper, c’est un peu une Mélusine nouvelle génération, avec un dessin rafraîchissant, et qui affronte le même genre de problèmes de la part de son entourage et de son chat : un peu asociale, elle concocte des potions, rate des sorts, participe à des concours de magie et subit les remontrances de ses tantes parce qu’elle n’est pas assez méchante. J’ai été très fan de Mélusine. J’aime beaucoup Pepper et Carrot est le genre de compagnon facétieux qui passe volontiers au premier plan. C’est un duo (et un projet) qui promet ! A suivre !

Des BD en bref #2

Je continue à faire des découvertes BD, parce que j’aime ça, et parce que mon boulot me permet d’y avoir un accès plus facile. Et j’ai envie d’en parler, sans avoir la matière pour en faire des articles complets, argumentés, etc. Du coup, je vous ai fait une petite sélection qui me permettra d’en parler de manière concise et décontractée.

Les Effroyables missions de Margo Maloo – Drew Weing

Editions Gallimard, 2016.

Charlie et ses parents quittent la campagne pour vivre à Écho City. Alors qu’il regrette son ancienne vie, ce reporter en herbe découvre avec horreur que des monstres en tout genre – trolls, vampires, fantômes et familles d’ogres – habitent non seulement dans son immeuble. mais dans toute la ville ! Sa rencontre avec la mystérieuse Margo Maloo, spécialiste es-monstres qui gère les conflits de cette communauté secrète, vont l’entraîner dans des enquêtes aussi excitantes qu’effrayantes !

Charlie est un peu du genre à dramatiser. Quand il emménage avec ses parents dans une grande ville, il s’imagine aussitôt victime d’un acte criminel, racket, vol, agression. Pourtant, le danger dans sa chambre même quand il voit deux grands yeux jaunes le fixer dans la nuit. Un voisin lui transmet une carte de visite, celle de Margo Maloo, une fillette qui vient le débarrasser du monstre qui habite son placard  avec diplomatie. Charlie découvre alors que dans les coins obscurs de son immeuble, des rues, de toute la ville, une autre société s’est organisée, une société composée de monstres. Charlie, journaliste en herbe, se lance alors dans une enquête haletante sur les traces de Margo Maloo.

L’idée que des monstres,trolls, fantômes vivent dans les ombres d’une grandes villes, dans ses espaces vides – égouts, tunnels, placards abandonnés, sous-sols délaissés… – est à la fois excitante et fait… frissonner ! Bref, j’aime beaucoup ce genre d’ambiances, la découverte de ces mondes cachés. Les deux personnages sont plutôt agréables à suivre. J’ai lu cette BD aux alentours d’Halloween et ce fut une bonne découverte.

Lila, pomme, poire, abricot – Séverine De la Croix et Pauline Roland

Editions Delcourt, 2016.

Je m’appelle Lila ! Mes parents se sont séparés et j’ai un grand frère qui m’embête tout le temps. Depuis hier, il m’arrive un truc incroyable : j’ai les nénés qui poussent ! Ma mère m’a emmenée chez le gynéco et m’a acheté mes premières brassières, même que j’ai hâte de les montrer à mes copines de l’école parce que c’est une taille 12 ans alors que j’en ai que 10. Elle est trop belle la vie !

Lila a 10 ans. Elle fait sa rentrée à l’école, alors qu’un truc incroyable s’est passé pendant les vacances : ses seins commencent à pousser. Entre l’admiration de ses copines, les moqueries des garçons, le désespoir de son père qui voit brusquement sa fille grandir et les taquineries de son frère, Lila se fait à ces deux bosses sur sa poitrine.

Cette BD, c’est un peu le truc que j’aurai aimé lire quand ça m’est arrivé. C’est d’abord pédagogique, avec des planches qui expliquent ce que c’est, ou qui montrent quels sont les soutiens gorges les plus adaptés.  Mais c’est aussi très drôle, parce que Lila est impayable. Et puis il y a tous les personnages qui tournent autour d’elle qui viennent compléter le tableau. Il y a des situations hilarantes, d’autres plus touchantes, et c’est un bon moyen pour dédramatiser ce début de la puberté.

Pile ou face, 1. Cavale au bout du monde – Hope Larson et Rebecca Mock

Editions Rue de Sèvres, 2016.

New York, années 1860. Lorsque le père adoptif de Cleopatra et Alexandre disparait, les deux jumeaux rejoignent le gang du Crochet Noir, surveillé pour ses multiples larcins. Pris par la police, ils acceptent de trahir le gang, contre un ticket de train pour la Nouvelle Orléans, où ils espèrent commencer une nouvelle vie. Mais Alex est capturé et embarqué de force comme main-d’oeuvre sur un cargo faisant route pour San Francisco. Cléo prend la route sur un steamer, pour tenter de rejoindre son frère. Mais les deux ados sont loin de suspecter les dangers qui les guettent : le gang a informé une bande de pirates, redoutés et impitoyables, que les jumeaux sont en possession d’objets constituant une carte au trésor. La course commence pour nos héros : course au trésor, vers leur père et pour leur vie.

Cette BD m’avait d’abord paru bien épaisse – 224 planches ! -, pour raconter une telle histoire (surtout un peu long comparé aux formats qu’on trouve habituellement pour des enfants). Mais ça se lit tout seul ! Et on se laisse facilement embarquer dans cette aventure. Certains ressorts sont un peu évidents – le fait que les jumeaux se trouvent séparés -, mais il y a de nombreux rebondissements, l’image qui est donnée des USA n’est pas inintéressante, et il y a quelques personnages secondaires hauts en couleur. Une chouette aventure à lire…

A bientôt pour de prochaines « BD en bref » !

Morwenna, Jo Walton

Jo WALTON

Morwenna (traduit par Luc Carissimo)

Editions France Loisirs, 2015

446 pages

Présentation de l’éditeur

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.


Morwenna prend la forme d’un journal intime. La jeune fille y parle de son quotidien : son arrivée dans cette école privée, la famille de son père qui l’a recueillie, les différences entre l’Angleterre – son paysage clôturé – et les différences qu’elle constate avec son Pays de Galle natal – plus sauvage et aux fées peu farouches. Petites, elle et sa soeur avaient l’habitude de les voir, de converser avec elles et même de faire des choses pour elles. C’est aussi en tentant de contrecarrer les plans de leur mère, folle et un peu sorcière, que l’accident a eu lieu. A l’école, elle doit trainer sa jambe douloureuse, le souvenir de sa soeur, son aversion pour les règles absurdes, au milieu des moqueries des autres. Heureusement, il y a la lecture, la bibliothèque et tous ces romans de SF qu’elle avale à la pelle.

C’est une forme de narration à laquelle on s’attend peu – un journal intime – dans une histoire où on nous annonce des fées et de la magie. Mais on est plus proche du récit de vie que de l’aventure fantastique. On suit Morwenna dans son intimité, ses réflexions sur la magie et peu à peu son évolution. Et si les fées et la magie sont bel et bien présentes, c’est le parcours de Morwenna qui fait le sel de ce roman. J’ai regretté que, sous cette forme, le climax tombe un peu à plat, et soit moins intense que ce que promettait la quatrième de couverture. Je n’ai pas tellement ressentie de montée en tension dans l’intrigue, comme on aurait pu s’y attendre à cause de la menace que constitue la mère de Morwenna. En revanche, c’est très intéressant et très agréable de la voir s’adapter à son environnement, trouver dans son école des coins ou des moments de liberté. Elle évolue aussi dans sa vision sur sa famille, son histoire ou les personnes qui l’entourent.

Il y a beaucoup de passage sur ses lectures. Beaucoup de ses journées vont tourner autour des livres : ceux qu’elle va acheter ou emprunter, ceux qu’elle lit. Le roman se déroule en 1975 et c’est un bel aperçu de la littérature de science fiction ou de fantasy de l’époque, de Tolkien à Zelazny, en passant par Le Guin et beaucoup d’autres que je ne connaissais pas. D’ailleurs, au moment où le roman est sorti, un blogueur a listé tous les romans et un autre a organisé le challenge Morwenna’s list, pour lire une partie des ouvrages mentionnés dans le roman.

En conclusion, à part ce manque de tension et d’intensité dans les moments de menace ou d’action, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est l’évolution de l’héroïne qui importe, que les difficultés qu’elle a à surmonter soient d’ordre magique ou quotidien – sa relation aux autres, sa jambe douloureuse, etc. Ce roman est aussi, d’une certaine manière une ode aux livres, au roman de SF et ce qu’ils peuvent nous apporter, ainsi qu’une ode au prêt entre bibliothèques !

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Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde – Steven Hall

Steven HALL
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde
(traduit par Pierre Guglielmina)
Editions J’ai lu, 2011
505 pages

Présentation de l’éditeur

Un matin, Eric Sanderson se réveille amnésique. Une série de lettres qu’il s’étaient adressées à lui-même le lance sur les traces de son passé. De textes codés en indices, il découvre qu’un requin qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs. Il plonge alors dans un monde parallèle inquiétant, où l’attend un amour échappé du temps.


Eric se réveille un jour sur le tapis de sa chambre, l’esprit vide, sans souvenir. Un jeu de lettres laissé en évidence le mène à une psychiatre qui lui explique qu’il souffre d’une amnésie particulière. Elle lui raconte qu’il a vécu une perte, celle de Clio, sa petite amie, lors d’un voyage en Grèce  et que c’est plusieurs mois après ses funérailles que l’amnésie s’est déclenchée. Elle le met aussi en garde contre des lettres qu’il a pu s’écrire avant de perdre la mémoire. Celles-ci arrivent à un rythme régulier, alors qu’il tente de retrouver une vie normale, et il décide de les ignorer. Jusqu’au jour où un colis étrange déclenche un évènement qui soulève de nombreuses questions : il reprend les lettres pour les lire. Il apprend qu’un monstre conceptuel le guette : un requin qui nage dans les flux des concepts et de la pensée le traque pour dévorer ses souvenirs. Il doit alors se protéger et part à la recherche du seul homme capable de l’aider à affronter le monstre.

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, titre absolument magnifique en passant, est un roman inclassable. Entre littérature contemporaine et science fiction (ou serait-ce plutôt fantastique ?), l’auteur nous présente un monde où les flux de mots et de concepts sont des courants marins et sont habités par des poissons qui s’en nourrissent. J’adore cette idée ! C’est un peu perturbant, sur le coup, mais il développe ça de manière intelligente, intéressante, cohérente, tout en laissant la place à l’imagination et à l’interprétation.

C’est un univers fou pour un premier roman, je suis vraiment admirative. Le style est parfois inégal, on y trouve quelques platitudes mais aussi de très beaux morceaux poétiques. L’auteur a donc une marge de progression, mais c’est très prometteur pour ces prochaines oeuvres. J’ai du mal à parler de ce roman, parce que, autant l’auteur arrive plutôt bien à parler de choses indicibles ou difficiles à saisir, autant je peine à y mettre des mots. Par contre, j’ai très vite été passionnée, je n’ai pas senti les pages se tourner, et la fin est à la hauteur de cet investissement dans la lecture, donc je suis très satisfaite et admirative, encore, du travail qu’a accompli l’auteur ici.

Je ne sais pas si j’aurais été claire ou même si mes vagues explications auront pu vous convaincre. Toutefois si le titre ou le concept derrière l’histoire vous titille, n’hésitez pas à découvrir ce roman indescriptible. Je me suis laissée persuader sans trop savoir dans je me lançais et j’ai beaucoup aimé ce que j’y ai trouvé.

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Sang pour cent et autres nouvelles – Dominique Combaud

Dominique COMBAUD
Dreams of the Otherlands, 1. Sang pour cent et autres nouvelles
Editions Otherlands, 2015
160 pages
Collection Nouvelle(s) Génération

Présentation de l’éditeur

Parfois le voile fin qui sépare la réalité du rêve se déchire… alors dans notre monde se retrouvent des éléments tirés directement de nos cauchemars. Des éléments qui paraissent tellement réels qu’ils peuvent nous faire douter de notre propre capacité à les reconnaître.

Un monde nouveau s’ouvre alors à nous… un monde où tout ce qui était normal l’est un peu moins… un monde où les rêves vous emmènent au plus profond des Otherlands…


Des intérimaires gravement touchés par des accidents du travail, des livres qui ne contiennent que des pages blanches, un coureur du 100 mètres qui lévite, un homme qui font à l’eau, des accidents d’avion, une guerre des tranchées dans une main… voilà quelques unes des situations étranges auxquelles vous allez être confrontés dans ce recueil.

Je n’ai pas l’intention de revenir sur chacune des nouvelles. Il y en a une quinzaine, certaines très courtes, et donc les raconter, même pour donner envie, ce serait risquer de tout dévoiler. Il y a de très bonnes idées de manière générale. L’auteur maîtrise ses chutes, et crée un univers singulier. On oscille entre rêve et cauchemar. Toutes les situations sont surréalistes ou absurdes, du surréalisme ou de l’absurde qui ne peuvent que résulter d’un rêve, des situations où on ne sait plus où s’arrête la réalité et où commence le cauchemar.

L’ambiance m’a bien plu, mais je n’ai pas apprécié pareillement toutes les nouvelles. Il y a aussi une uniformité de style et de ton (une narration à la première personne, un style constamment ironique, sarcastique et coupant), que j’ai trouvé dommage. J’aime bien quand les auteurs ont une imagination débordante, et quand ils sont capables de traduire ça dans leur écriture, pour y apporter des nuances et de la subtilité, ce qui m’a manqué ici. Pour autant j’admire l’imagination, les rapprochements et le jeu sur ce qui est attendu et la chute de ce recueil. Il y a d’ailleurs un personnage de cartoon que je ne m’attendais pas à voir dans un livre, quel qu’il soit, et qui apparaît dans l’une des nouvelles, et rien que pour ça, j’aime bien !

L’Autre Ville – Michal Ajvaz

Michal AJVAZ

L’Autre Ville (traduit du tchèque par Benoît Meunier)

Mirobole éditions, 2015

220 pages

Présentation de l’éditeur

Les livres en fleurs et les tiges émergeant de leur centre s’étaient entrelacés pour former de solides passerelles qui résistaient à mes coups de machette.

Dans une librairie de Prague, un homme trouve un livre écrit dans un alphabet inconnu et l’emporte chez lui ; bientôt l’ouvrage lui ouvre les portes d’un univers magique et dangereux. A mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette autre ville, il découvre des cérémonies baroques, des coutumes étranges et des créatures fascinantes ; derrière la paisible Prague des touristes, des cafés se muent en jungles, des passages secrets s’ouvrent sous les pieds et des vagues viennent s’échouer sur les draps…

Livre hypnotique entre merveilleux et surréalisme, L’Autre Ville est une ode à la quête, et au courage nécessaire pour affronter les nouveaux mondes qui ne cessent de nous appeler.


Le narrateur trouve un petit livre étrange dans l’étalage d’un bouquiniste, couvert d’un alphabet étrange. En cherchant à comprendre ses mystères, il se rend à la bibliothèque universitaire où un bibliothécaire lui révèle  que c’est un passage vers un autre monde, qui se révèle à l’intérieur même de notre monde. Une cathédrale dans un abri à outils, des statues creuses et transparentes remplies de poissons comme un aquarium, une conférence universitaire nocturne à laquelle on peut assister en apportant une fouine, une jungle dissimulée entre les rayonnages au fond d’une bibliothèque… on suit le narrateur et ses pérégrinations alors qu’il découvre ce monde presque au hasard, s’y perd, y est pourchassé et y plonge définitivement.

L’Autre Ville est un roman étonnant qui plonge son lecteur dans un monde surréaliste et lui fait perdre ses repères. Au-delà du fait que Prague est une ville que je connais pas, dont je n’ai aucune image, aucune particularité du personnage ne nous est révélée. On ne connais pas son nom, ni son histoire, ni sa famille. On sait que c’est un homme et qu’il a été à l’université, mais son identité s’efface derrière sa recherche de cet autre monde, de cette autre ville. Il a un point de vue neutre et, à part les longues marches d’errances, il est un peu passif et décrit beaucoup ce qu’il voit. Il en vient aussi à se construire une sorte de philosophie ou de métaphysique de ce monde et du chemin qu’il y trace, ce qui m’a rallumé un peu d’intérêt au fil de ma lecture.

Cela en fait une lecture déconcertante, bonne mais pas si facile. Je confirme son aspect hypnotique (ou bien était-ce lié à mon état de fatigue), le problème étant que je ne comprenais plus ce que je lisais, alors qu’il y a pourtant des tableaux amusants à imaginer (essayez de visualiser des pistes de ski sur des montagnes de couvertures et d’oreillers…). L’expérience n’est pas désagréable, mais il m’a fallu m’accrocher.

Si cela vous tente et que vous avez envie d’être surpris, n’hésitez pas à vous lancer dans la lecture de L’Autre Ville. Mais attendez vous à être TRES surpris ! Pour ma part j’ai du mal à formuler une quelconque appréciation : je me suis laissée portée, mais c’est le genre de lecture qui n’implique pas émotionnellement son lecteur. Bonne ou mauvaise chose, je vous laisse juger. Pour ma part, à part un peu de curiosité, il m’a manqué l’aspect aventureux que j’avais imaginé.