Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir, Fabien Cerutti

Fabien CERUTTI
Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir
Editions Mnémos, 2014
352 pages
Collection Icares

 

Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…


Nous sommes en 1339, en plein Moyen Âge. Mais un Moyen Âge habité autant par des humains, que par des elfes, des nains, des orcs ou d’autres créatures plus ou moins connues du bestiaire de la fantasy. L’Eglise a longtemps traqué ces créatures, leur magie étant impie, et une paix fragile a été accordée quand une princesse elfe est devenue Comtesse de la Champagne, faisant de celle-ci une terre d’asile pour les elfes et les autres peuples pourchassés. Mais en Champagne, la situation est difficile a tenir, puisqu’elle est prise en étau entre le Royaume de France et le Duché de Bourgogne – indépendant de la Couronne. Dans ce contexte instable, Pierre Cardwain de Kosigan, dit « Le Bâtard », est un interlocuteur privilégié pour toute basse-besogne, complot secret, ou enquête discrète. Un tournoi organisé en Champagne est au coeur de tous les enjeux politiques et diplomatiques de l’année, et bien sûr, le Bâtard de Kosigan a décidé d’y participer.

C’est le journal du chef mercenaire qui nous est dévoilé ici. Et, je ne sais pas pourquoi, je m’attendais presque à un personnage plus violent et bourrin. Je ne dis pas qu’il n’est pas violent, mais il est beaucoup plus subtile. Bon, il triche, ment, séduit, corrompt, trahit et assassine, mais le phrasé est élégant, et il est difficile de savoir qui il sert réellement – bon, en fait c’est facile : lui-même – et quel est son but. Avertissement (annoncé dès la première page): il ne révèlera pas ses plans. On découvre donc au fur et à mesure chacune de ses actions et ses conséquences. On devine derrière une stratégie sans jamais avoir de plan d’ensemble. Et on se fait surprendre – en tous cas, je me suis faite avoir par ses intrigues.

Tout le roman va donc tourner autour du tournoi (ahah !). C’est une action qui dure quelques jours, qui porte une forte tension, et qui va nécessiter du personnage bien des efforts. Mais on va aussi suivre la correspondance de Michaël Konnigan, un lointain descendant de Pierre Cadwain de Kosigan de la fin du XIXe siècle, à qui on livre un curieux objet en héritage et qui va en apprendre plus – ou plutôt soulever de nombreux questions – sur son ancêtre magouilleur. Les deux fils de l’intrigue se mêlent habilement et le deuxième présage de grands évènements à venir dans le premier.

Et en substance, on en apprend plus sur ce monde, ce Moyen Âge-là : la magie, les ravages faits par l’Inquisition dans les rangs des peuples anciens. On croise plusieurs races : Humals (hommes à têtes de lion), elfes, nains, Changesang (capable de prendre l’apparence d’autres personnes), esprits de rivière… Au delà de cet aspect magique, ce Moyen Âge a un goût d’authentique. Et pour cause, l’auteur est historien. Certains mots de vocabulaire employés, les pièces d’armures, les types de chevaux, les textes en ancien français qui nécessitent une traduction (d’ailleurs le journal du mercenaire a sûrement été traduit pour qu’on puisse le lire ;) )… tout nous met dans l’ambiance des romans de chevalerie, les complots en plus. Et j’insiste là-dessus, parce que c’est un sentiment que l’on a rarement dans les romans de fantasy dite médiévale.

Je ne m’attendais pas non plus que toute l’action soit si condensée autour d’un évènement, mais j’ai beaucoup aimé, et même si ça peut paraître court, il y a tellement de combats – décrits avec minutie, notamment lors du tournoi – d’actions, de retournement de situation, de « je veux bien te servir, mais en fait je sais que je vais te trahir », de double-jeu, etc. qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.

En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lecture.

Publicités

La Passe-Miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

Ce roman, qui a remporté le premier concours du premier roman de Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama, a beaucoup fait parler de lui au moment de sa sortie. Et pour cause : ce fut une véritable évasion !

 

 

Christelle DABOS

La Passe-miroir, 1. Les Fiancés de l’hiver

Editions Gallimard Jeunesse, 2013

517 pages

 

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.


Dans ce roman, le monde est constitué d’arches, chacune ayant des traditions et un fonctionnement différent, et chacune ayant doté leurs habitants de pouvoirs. Ophélie est née sur Anima, et comme tous les habitants de cette arche, elle possède des dons qui lui permettent d’agir sur les objets. En l’occurrence, elle est une liseuse : elle peut lire le passé des objets en les touchant ; et une passe-miroir : elle est capable de passer d’un endroit à un autre en passant à travers les miroirs. Sa vie tranquille est bouleversée quand les autorités d’Anima lui impose un mariage arrangé avec un homme d’une autre arche. Elle n’a d’autres choix que d’accepter, au risque d’être exilée d’Anima. Le Pôle est une arche glacée, dons le système, violent et dangereux, oppose plusieurs clans dans une lutte pour le pouvoir (politique). Son fiancé, Thorn, est à l’image de l’arche : glacé, taiseux et définitivement indifférent au sort de sa promise. Ophélie se frotte aux intrigues de la Cour du Pôle, sans comprendre ce qu’on attend d’elle, cachée le temps de ses fiançailles, et bien déterminée à ne rien ressentir pour Thorn.

Les Fiancés de l’hiver est un roman qui m’a vraiment enthousiasmée. Comprendre : je l’ai terminée en trépignant des étoiles pleins les yeux, « tropbientropbientropbien… » s’échappant de ma bouche comme une litanie. Ce fut une vraie évasion (mentale), pour la simple raison que ce monde, le monde créé par Christelle Dabos est complet, fascinant et habité. Il vit, il s’anime par de nombreux détails que l’auteure a disséminé dans son roman. Ainsi, les objets son presque vivants sur Anima, ils ont un caractère et il est possible d’influer leurs psychologie. Et cette immersion commence dès les premières lignes :

On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.

Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir, à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.

Mais par dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimaient pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.

Et aussi :

Sa main tâtonna sur la table de chevet, à la recherche de ses lunettes. Les verres cassés commençaient déjà à cicatriser, mais il leur faudrait plusieurs heures avant guérison complète. Ophélie les posa sur son nez. Un objet se réparait plus vite s’il se sentait utile, c’était une question de psychologie.

L’héroïne ne paie pas de mine, et elle est décrite loin des canons de beauté habituels. C’est une « petite souris grise » : petite, terne, discrète et réservée, cheveux devant les yeux, lunettes de myope, longue et vieille écharpe (vivante) autour du coup. Mais elle est tenace, volontaire et déterminée. Elle trace son chemin comme la passe-miroir qu’elle est (si ce bout de phrase vous paraît obscur, lisez le roman, vous comprendrez), malgré tout ce qu’on veut lui imposer. C’est vraiment super de la suivre.

Son alter ego, le mystérieux Thorn, son fiancé, est aussi un personnage troublant. Vu sa description, je l’imaginais raide et dégingandé, comme des marionnettes à la Tim Burton, filiforme et tranchant comme l’acier. C’est un personnage qui m’a aussi marquée.

Tout ceci culmine dans une intrigue haletante, entre complot politique, jeux de pouvoirs, secrets et (donc) révélations. Les jeux d’intrigues à la Cour du Pôle et l’enquête d’Ophélie pour comprendre ce dont elle est le jouet entretiennent le suspens, tout comme l’évolution des relations entre les personnages.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman, et pour moi son succès est complètement justifié et mérité. Je suis toujours un peu réticente quand un roman fait un tel buzz (je l’ai vu presque systématique sur les chaîne/blogs etc. que je suivais au moment de sa sortie). Mais j’ai fini par passer le pas et j’en suis très heureuse ! Si c’est aussi votre cas, essayez, lancez-vous ! (D’ailleurs, la version poche est sortie.) (C’était mon dernier argument pour vous convaincre de le lire, je vais m’arrêter là. Salut !)

Morwenna, Jo Walton

Jo WALTON

Morwenna (traduit par Luc Carissimo)

Editions France Loisirs, 2015

446 pages

Présentation de l’éditeur

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.


Morwenna prend la forme d’un journal intime. La jeune fille y parle de son quotidien : son arrivée dans cette école privée, la famille de son père qui l’a recueillie, les différences entre l’Angleterre – son paysage clôturé – et les différences qu’elle constate avec son Pays de Galle natal – plus sauvage et aux fées peu farouches. Petites, elle et sa soeur avaient l’habitude de les voir, de converser avec elles et même de faire des choses pour elles. C’est aussi en tentant de contrecarrer les plans de leur mère, folle et un peu sorcière, que l’accident a eu lieu. A l’école, elle doit trainer sa jambe douloureuse, le souvenir de sa soeur, son aversion pour les règles absurdes, au milieu des moqueries des autres. Heureusement, il y a la lecture, la bibliothèque et tous ces romans de SF qu’elle avale à la pelle.

C’est une forme de narration à laquelle on s’attend peu – un journal intime – dans une histoire où on nous annonce des fées et de la magie. Mais on est plus proche du récit de vie que de l’aventure fantastique. On suit Morwenna dans son intimité, ses réflexions sur la magie et peu à peu son évolution. Et si les fées et la magie sont bel et bien présentes, c’est le parcours de Morwenna qui fait le sel de ce roman. J’ai regretté que, sous cette forme, le climax tombe un peu à plat, et soit moins intense que ce que promettait la quatrième de couverture. Je n’ai pas tellement ressentie de montée en tension dans l’intrigue, comme on aurait pu s’y attendre à cause de la menace que constitue la mère de Morwenna. En revanche, c’est très intéressant et très agréable de la voir s’adapter à son environnement, trouver dans son école des coins ou des moments de liberté. Elle évolue aussi dans sa vision sur sa famille, son histoire ou les personnes qui l’entourent.

Il y a beaucoup de passage sur ses lectures. Beaucoup de ses journées vont tourner autour des livres : ceux qu’elle va acheter ou emprunter, ceux qu’elle lit. Le roman se déroule en 1975 et c’est un bel aperçu de la littérature de science fiction ou de fantasy de l’époque, de Tolkien à Zelazny, en passant par Le Guin et beaucoup d’autres que je ne connaissais pas. D’ailleurs, au moment où le roman est sorti, un blogueur a listé tous les romans et un autre a organisé le challenge Morwenna’s list, pour lire une partie des ouvrages mentionnés dans le roman.

En conclusion, à part ce manque de tension et d’intensité dans les moments de menace ou d’action, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est l’évolution de l’héroïne qui importe, que les difficultés qu’elle a à surmonter soient d’ordre magique ou quotidien – sa relation aux autres, sa jambe douloureuse, etc. Ce roman est aussi, d’une certaine manière une ode aux livres, au roman de SF et ce qu’ils peuvent nous apporter, ainsi qu’une ode au prêt entre bibliothèques !

8470b-abc2016

La Voie des Oracles, 1. Thya – Estelle Faye

Estelle FAYE
La Voie des Oracles, 1. Thya
Editions Scrineo, 2014
336 pages

Présentation de l’éditeur

La Gaule, Vème siècle après Jésus-Christ.

Cerné par les barbares, miné par les intrigues internes et les jeux du pouvoir, l’Empire romain, devenu chrétien depuis peu, décline lentement.

Les vieilles croyances sont mises au rebut, les anciens dieux se terrent au fond des bois, des montagnes et des grottes, les devins sont pourchassés par la nouvelle Eglise.

Thya, fille de l’illustre général romain Gnaeus Sertor, a toujours su qu’elle était une oracle. Il lui faut vivre loin de Rome, presque cachée, en Aquitania, perdue au milieu des forêts.

Que faire alors, quand son père, son protecteur, tombe sous les coups d’assassins à la solde de son propre fils ? Il faut fuir, courir derrière le seule chance qu’elle a de le sauver… Se fier à ses visions et aller vers Brog, dans les montagnes du nord, là où autrefois, Gnaeus a vaincu les Vandales. Et peut-être, le long de ce chemin pavé d’embûches et d’incroyables rencontres, voir le passé refaire surface et réécrire l’Histoire…


Thya a 5 ans quand elle découvre ses dons d’Oracle. Dans un Empire romain devenu chrétien, cela seul lui vaudrait d’être exécutée comme une sorcière. Aussi son père lui a fait quitter Rome, où il a une charge de sénateur, et il l’a conduite en Aquitania, dans une villa isolée où elle a pu développer ses dons. Elle a 16 ans quand, à la suite d’une partie de chasse, son père est attaqué par des assassins et laissé mourant. Craignant son frère, elle se lance sur les routes à la faveur d’une vision pour rejoindre Brog. Dans cette forteresse, elle en est certaine, elle trouvera le moyen de sauver son père. La jeune fille ne reste pas longtemps seule sur les routes de la Gaule : elle rencontre Enoch, un jeune maquilleur aux origines barbares, et Mettius, un ancien légionnaire qui a servi sous les ordres du général Gnaeus Sertor et qui était présent lors de ses exploits à Brog. Avec eux, elle s’initie au monde, à ses merveilles et à sa cruauté.

C’est la deuxième fois que je lis ce roman, et curieusement, je l’ai mieux aimé lors de cette relecture. J’ai (re)découvert cet univers, les personnages et les épreuves qu’ils traversent avec plaisir. A la réflexion, la première fois que j’ai ouvert ce livre, je m’attendais trop à retrouver une ambiance comme dans Porcelaine – conte chinois – ou dans Un éclat de givre – récit postapo à la première personne – et je pense que j’ai été un chouïa déçue. Ce n’est pas tant que ce roman n’a pas d’ambiance – au contraire : les routes incertaines de la Gaule au Vème siècle et les forêts aux créatures mythologiques créent une atmosphère bien particulière – plutôt qu’elle est moins marquée. J’ai trouvé de manière générale le style un peu en deçà des deux autres romans. Mais La Voie des oracles est plutôt destiné à un public jeunesse ou adolescent  et ainsi, le genre, les personnages et en conséquences les effets de la narration ne sont pas les mêmes.

J’ai beaucoup aimé cette intrigue et l’univers dans lequel elle se place. L’auteure décrit très bien les interactions entre le nouveau monde chrétien et celui des anciens dieux et des créatures mythologiques, qui existent toujours, qui doivent se cacher et qui tentent de lutter contre leur disparition. La grandeur de Rome est sur le point de devenir un souvenir : miné par les jeux de pouvoirs des patriciens, et affaibli par les attaques des Vandales au nord de la Gaule, les signes de sa décadence sont partout.

Thya est une héroïne qui a grandi seule, isolée du monde. Elle est droite, dure, fidèle à ses convictions et déterminée, et ses certitudes vont être chamboulées par tout ce qu’elle va vivre. Elle s’interroge aussi sur sa responsabilité en tant qu’oracle et sur les sacrifices que son don implique. Sa quête se complique quand le passé de sa famille ressurgit à Brog.

Si Thya est le personnage éponyme de ce premier tome, Enoch lui vole la vedette avec son tempérament plus enjoué. C’est un séducteur, ce qui lui vaudra des ennuis, mais avec ses origines nodes (les Nodes sont un peuple « barbare ») et son père romain, il ne s’est jamais bien intégré, ni chez les uns, ni chez ou les autres, et il a eu une enfance difficile. Il est ainsi plus nuancé et c’est qui le rend très intéressant. Les autres personnages sont aussi très intéressants : je pense notamment à Namitius, un jeune patricien oisif qui a été forcé de quitter et qui regrette Rome. Ou encore à Aylus et ce qu’il porte en lui.

La narration est efficace, quelques pauses permettent d’approfondir notre connaissance des personnages et l’intrigue prend un tournant vers la fin du roman qui donne envie de découvrir la suite. Lors du Book Club d’Hélène Ptitelfe, une personne a remarqué des incohérences historiques, mais n’étant pas une spécialiste de la période, cela ne m’a pas du tout gênée. Je suis, au contraire, très curieuse de me plonger dans le second tome et j’ai hâte de le découvrir.

Pour conclure sur ce premier tome de La Voie des Oracles, j’ai trouvé qu’il était un peu en deçà des autres romans que j’ai pu lire – et adorer – d’Estelle Faye, mais l’auteure développe un monde intéressant, des personnages touchants et on a envie de les suivre dans leurs aventures. C’est une lecture très agréable qui embarque son lecteur dans son univers et qui passionne !

 

Reckless, 1. Le Sortilège de pierre – Cornelia Funke

Cornelia FUNKE
Reckless, 1. Le Sortilège de pierre
(traduit par Marie-Claude Auger et illustré par Cornelia Funke)
Editions Gallimard jeunesse, 2010
327 pages

Présentation de l’éditeur

En découvrant un monde extraordinaire derrière le miroir de leur appartement new-yorkais, Jacob Reckless pensait avoir trouvé la liberté. Mais cet univers fascinant est aussi dangereux et, un jour, Will, son jeune frère, déjoue la vigilance de Jacob et le suit à travers le miroir. Victime d’un maléfice, il se transforme en monstre brisant le coeur de celle qu’il aime… Reckless n’a que deux jours pour le sauver !


Le père de Jacob et Will Reckless disparaît alors qu’ils sont jeunes. En cherchant où il a pu aller, Jacob fouille son bureau et il y trouve un miroir qui le transporte dans un autre monde. Dans ce monde, dont il apprend à connaître les dangers, il devient un chasseur de trésor reconnu. Le royaume de ce monde parallèle est mis en danger par un affrontement entre humains et Goyls. Les Goyls sont des créatures à forme humaine, mais à la peau de pierre. Ennemis séculaires des humains, maltraités par ceux-ci, les Goyls se sont organisés et sont devenus plus forts. Lors de son dernier passage, Jacob est surpris par son frère Will, sensible et fragile, qui le suit à travers le miroir. Mais peu de temps après avoir quitté le monde réel, ils sont attaqués par des Goyls. Will est blessé et il commence à se changer en pierre. Alors que Jacob tente de sauver Will, celui-ci est le sujet d’une prophétie et ils sont poursuivis par les Goyls qui veulent le rallier à leur cause.

Ce roman m’est tombé dans les mains un peu par hasard. Il s’adresse plutôt à un public jeune ou adolescent, mais que cela ne vous arrête pas, cet univers se trouve être plus riche que je ne le pensais. L’auteur reprend et y transpose des éléments des contes traditionnels, de manière plus ou moins détournée. Jacob est un chasseur de trésor et il traque autant les pantoufles de verre qu’il visite des maisons en pain d’épice. Un élément qui m’a marqué, ce sont les licornes, des licornes qui s’attaquent avec virulence aux hommes qui veulent atteindre une île sur lesquelles vivent des fées. Ce sont donc des créatures loin de l’image de pureté et de fragilité qu’on leur prête dans la mythologie occidentale.

Le livre est illustré par l’auteur, ce qui fait que l’objet est plutôt chouette à feuilleter. Les illustrations sont en double page ou encadrent le texte. Le style est plutôt agréable (oui, je n’ai rien de plus à en dire). Les péripéties sont plutôt entraînantes et il y a pas mal d’actions. Je ne me souviens pas bien de la fin, mais il me semble que la situation laissait présager plein de choses palpitantes pour le second tome. Je lirai celui-ci quand il me tombera sous la main ou que je retournerai à la bibliothèque.

Au delà de ça, j’ai beaucoup aimé ma lecture. C’était une petite lecture simple, divertissante, et qui met en scène un univers dangereux nous confrontant à des créatures de cauchemar et les peurs qu’elles peuvent exercer. J’ai bien aimé ce que l’auteur a fait des Goyls, ces créatures ennemies, mais dont les motivations sont troubles. Elle ne crée pas un univers manichéen, et c’est quelques chose que j’ai particulièrement apprécié.

100255191_o

L’Âme de l’Empereur – Brandon Sanderson

Brandon SANDERSON

L’Âme de l’Empereur

Editions Le Livre de Poche, 2014

201 pages

Présentation de l’éditeur

La jeune Shai a été arrêté alors qu’elle tentait de voler le Sceptre de Lune de l’Empereur. Mais au lieu de l’exécuter, ses geôliers concluent avec elle un marché. L’Empereur, resté inconscient après un tentative d’assassinat, a besoin d’une nouvelle âme. Or Shai est une jeune Forgeuse, elle possède la capacité magique de modifier le passé d’un objet, et donc d’altérer le présent. Grâce à ce talent, Shai doit forger le simulacre d’une âme. Une tâche ardue, sur laquelle repose le destin de l’Empire… et celui de Shai.


Shai est engagée par les Eminents – les conseillers de l’Empereur – pour reconstruire l’âme de l’Empereur, grâce à sa pratique de Faussaire ou de Forgeuse qui lui permet de modifier le passé des objets pour leur donner une nouvelle forme, en gravant des spiritampes, des sortes de tampons qui s’applique sur les choses à modifier. Cette magie est un art ou un artisanat. La gravure des spiritampes nécessite de l’érudition pour connaître le passé des objets et les modifier.

Malgré l’assurance qu’elle a reçu des Eminents, Shai n’est pas sûre de se sortir vivante de son entreprise. Tandis que certains Eminents tentent de l’acheter, que Shai se rapproche d’autres Eminents, et qu’elle planifie son échappée, elle se plonge dans la vie de l’Empereur, décortique sa personnalité, met à jour ses désirs et ses secrets, dans le but de recréer une âme similaire à celle de l’homme avant l’attentat.

L’intrigue est assez courte, et se déroule principalement dans une seule chambre du palais. L’aspect huis-clos est sympa, et dans le contexte de cette histoire, ça la rend d’autant plus intéressante. On pénètre facilement dans ce monde inspiré de cultures asiatiques, et l’auteur a fait en sorte que l’on comprenne facilement comment fonctionne cette magie, malgré la finesse du roman. De même, on saisit facilement les enjeux des faits et gestes de Shai, intimement liés aux intrigues politiques qui se nouent dans le palais.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, après la difficulté que j’avais eu à lire Warbreaker du même auteur. Cela m’encourage à découvrir le reste de son oeuvre et de ses univers. C’était déjà le cas dans Warbreaker, et c’est surtout ce que je garde de ce roman : l’univers développé est incroyable, astucieux, passionnant. Ca, et la façon dont l’intrigue est menée me font vous conseiller très chaudement ce roman. En plus c’est un tome unique et il fait tout juste 200 pages, avec une postface de l’auteur qui explique la manière dont il a imaginé son univers et ce qui l’a inspiré.

Et pour poursuivre à propos de l’inspiration, je l’ai de nouveau pour lire de nouveau cet auteur.

100255191_o

Lancelot – Collectif

Collectif

Dirigé par Jérôme Vincent

Lancelot

Editions Actu SF, 2014

373 pages

Présentation de l’éditeur

Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde, mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.

Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventent à chaque époque.

Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.

Contient :

  • « Le Donjon noir » de Nathalie Dau
  • « Lancelot-Dragon » de Fabien Clavel
  • « Le meilleur d’entre eux » de Lionel Davoust
  • « Le Voeu d’oubli » de Armand Cabasson
  • « Je crois que chevalerie y sera » de Anne Fakhouri
  • « La tête qui crachait des dragons » de Thomas Geha
  • « Les Gens des pierres » de Franck Ferric
  • « Lance » de Jeanne-A Debats
  • « Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » de Karim Berrouka

Comme à mon habitude, c’est bien après avoir lu le livre que j’ai appris dans quelles circonstances il a été publié. Cette fois, au moins, pas de surprise type « j’ai lu la première édition alors qu’il y en a eu une nouvelle, revue et corrigée, publiée récemment ». Simplement, Lancelot est l’anthologie officielle de l’édition 2014 du (feu) Festival Zone Franche de Bayeux. Pour l’occasion, donc, 9 auteurs ont livré leur vision de ce personnage mythique de la Quête du Graal et de la Table ronde, l’un des plus connus de la Légende arthurienne.

Les nouvelles ont été classées selon la chronologie de l’histoire de Lancelot. Ainsi, « Le Donjon noir » de Nathalie Dau se situe au moment où Lancelot rejoint la Table Ronde et rencontre Guenièvre. Cette nouvelle introduit aussi le monde d’en bas et les rapports ambigus qu’il entretient avec le monde de humains. Elle présente aussi le personnage de Lancelot à travers ce qui le rend si particulier : sa relation avec Guenièvre.

Vu le personnage et le mythe arthurien, cette anthologie ne pouvait faire l’impasse sur la Quête du Graal. « Lancelot-Dragon » de Fabien Clavel montre un Lancelot banni de Camelot qui tente de disparaître et qui va se retrouver pris dans une sorte de voyage initiatique et spirituel qui va le rapprocher du Graal. D’une manière très différente, « Le meilleur d’entre eux » de Lionel Davoust évoque aussi la Quête du Graal. Alors que Camelot se meurt, touchée par la peste et la famine, Lancelot revient d’un voyage avec un message et une nouvelle compréhension de la quête.

« Le Vœu d’oubli » de Armand Cabasson présente Lancelot qui a fait un vœu d’oubli et qui voyage au Danemark sous un nom d’emprunt. Il part en croisade et continue à réaliser des exploits, alors que tout semble vouloir lui rappeler ce qu’il a oublié.

Plusieurs auteurs ont choisi d’imaginer ce qui s’est passé après la disgrâce de Lancelot pour le chevalier ou pour ses compagnons d’arme. « Je crois que chevalerie y sera » de Anne Fakhouri nous montre Gauvain, Bohort, Lionel et Hector qui partent à la recherche de Lancelot, cherchant à le connaître et à la comprendre. « La tête qui crachait des dragons » de Thomas Geha commence après la trahison et la mort de Guenièvre, alors que des dragons ont envahi le royaume. Arthur fait appel à Lohengrin, le fils de Perceval, pour qu’il parte à la recherche de Lancelot, seul espoir contre le fléau.

Les trois nouvelles qui terminent le recueil, tout en étant de genres et registres très différents, imaginent une vie après la mort de Lancelot et des chevaliers. « Les Gens des pierres » de Franck Ferric se déroule après la mort d’Arthur qui demeure en Avalon. Les spectres des chevaliers Lancelot, Gauvain, Mordred et d’autres, vivent à Camelot dans une sorte d’entre-monde, alors que dans une île proche, Elaine de Shalott, jeune femme à la destinée maudite, est prisonnière de sa tour. En effet, si elle la quitte, un malheur s’abattra sur son peuple. Pourtant, elle ne rêve que d’une chose, quitter la tour et rejoindre les chevaliers qu’elle aperçoit par sa fenêtre.

« Lance » de Jeanne-A Debats reprend l’un des personnages récurrents de l’auteur, Navarre, le vampire de Métaphysique du Vampire et de l’Héritière. Dans cette nouvelle qui se déroule en 1936, Navarre est au service du Vatican et il est chargé de se rendre en Avalon pour éveiller Lancelot d’un sommeil millénaire afin qu’il tue un dragon appelé par les nazis. Le tout est raconté par Navarre avec un humour décapant et se déroule dans un monde proche du nôtre, mais habité par tout un tas de créatures fantastiques.

« Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » de Karim Berrouka reprend, d’après ce que j’ai compris, les personnages de Fées, weed et guillotines, Marc-Aurèle, Petiot, Buragne et Premier de la classe. Ils enquêtent sur un meurtre étrange, une attaque d’écureuil et un carnage à l’épée. Ils se retrouvent les spectateurs d’un combat entre deux légendes, Lancelot et Gauvain, qui sont restés chevaliers, mais qui ont beaucoup vieilli. Les deux chevaliers se battent pour régler une querelle millénaire, avec force de jurons (« forniquard de hareng gaupe » – je n’ai pas pu m’empêcher d’en noter quelques uns).

Ainsi, ces nouvelles racontent et mettent en scène le personnage de Lancelot, avec des aspects différents de sa légende : chevalier vertueux, amoureux, traître et responsable de la ruine de Camelot. J’ai évoqué rapidement chaque nouvelle, parce que cette lecture commence à dater et que j’en garde un souvenir imprécis. De même, je serai bien en peine d’en désigner mes préférées. Ce sont des nouvelles très différentes, et c’est cette variété qui fait l’intérêt de ce recueil, tout comme les points de vues et les réécritures du mythe qu’a fait chaque auteur.

ABC Imaginaire 2015 v2