Des BD en bref #4

Hey ! Ce soir, je poursuis mon « défi » calendrier de l’avent (1 chronique par jour), que j’ai déjà bien foiré, entre un « oubli », un weekend de promenade sans aucune connexion internet (et un évident manque de temps pour rédiger quoi que ce soit en avance), et dernièrement un « syndrome de la page blanche » version blog (je me suis mis un peu la pression pour chroniquer un certain recueil de nouvelles, et j’ai juste bloqué dessus pendant des lustres). Et donc, ce soir, je n’avait curieusement aucune envie de me prendre la tête avec une chronique « classique ». J’ai donc préféré la version allégée que je fait pour les BD (d’autant plus que j’ai passé l’après-midi à grenouiller avec un revisionnage de Captain America entrecoupé de vidéo Youtube (volatilité et procrastination…) Résultat : je n’ai RIEN fait ! (et je suis toujours à 1/2 heure de la fin du film alors que je l’ai commencé vers 14h) Mes vacances commencent bien…

Le blabla est fini. Sachez seulement que toutes ces BD ont été chroniquées sur ma chaîne Youtube. Encore une fois, on est plutôt sur de la BD ‘jeunesse’ ou ‘grand public’. Mais c’est une sélection de ce que j’ai préféré ces dernières semaines.

Dans la forêt sombre et mystérieuse – Winshluss

Editions Gallimard, 2016.

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait… Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

J’ai découvert, après l’avoir lu, que cet album vient de remporter la pépite d’or au Salon de la littérature et la presse jeunesse (celui de Montreuil donc). Et comme je le comprend ! On y suit Angelo qui, sur la route pour se rendre chez sa mémé, coincé entre sa petite soeur bébé et son grand frère bâte comme ses pieds, est oublié au bord de la route. Et pressé de les retrouver, il va prendre les chemins de traverse, à travers la forêt sombre et mystérieuse. Il va y croiser un certain nombre de créatures, plus ou moins dangereuses, et vivre de folles aventures. J’aime beaucoup ce dynamisme, cet humour, qui change de la BD jeunesse habituelle. Et l’album a beau être épais, on tourne les pages sans s’en rendre compte. Le dessin ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais ne vous laissez pas avoir par ces considérations ! Cet album est un petit bijou !

Découvrez quelques extraits.

Fantômes – Raina Telgemeier

Editions Akileos, 2016.

Du fait de la maladie de sa soeur Maya, Catrina, onze ans, et sa famille déménagent dans la petite ville côtière de Bahia de la Luna. Tandis que leurs parents s’occupent de ranger les affaires, les deux jeunes filles partent explorer leur nouvelle maison et son voisinage. Elle font alors la rencontre d’un voisin qui leur confie un secret : il y a des fantômes à Bahia de la Luna. Si Maya est déterminée à vouloir en rencontrer un, il en va tout à fait autrement pour Cat. Or, la période de l’année à laquelle les fantômes se réuinissent avec leurs proches approche, et Cat doit découvrir comment mettre ses peurs de côté pour le bien de sa soeur… et le sien.

Encore une très belle histoire ! (en même temps je vous avais prévenu : c’est une sélection de BD que j’ai adorées) Cette fois, une histoire de famille, avec Cat qui subit un déménagement pour le bien de sa soeur Maya. Si elle doit être très prudente pour veiller sur elle, Maya est la joie de vivre et l’énergie incarnée. Elle veut tout vivre à cent à l’heure, au risque de gâcher sa santé. Cette histoire de fantômes l’intrigue et l’excite au plus haut point. Et Cat se retrouve à la suivre tant bien que mal, malgré sa frousse.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, avec la leçon de vie qu’apporte la tradition autour des fantômes. Et puis Cat est un personnage très agréable à suivre. La BD a un format plutôt roman graphique, mais elle est très abordable. Les dessins sont clairs, et il est très plaisant de s’y plonger. Je vous conseille de la tenter !

La jeunesse de Mickey – Tebo

Editions Glénat, 2016

Norbert, l’arrière-petit-neveu de Mickey, est comme tous les gamins de son âge : le nez toujours plongé dans sa console de jeux vidéo. Alors, pour attirer son attention, son arrière-grand-oncle a l’habitude de lui raconter des histoires. Mais pas n’importe lesquelles : celles qu’il a vécues dans sa jeunesse. De palpitantes aventures dans lesquelles il a tour à tour été : cowboy, prisonnier dans le bayou, as de l’aviation de la Première Guerre Mondiale, trafiquant de chocolat pendant la Prohibition et même astronaute ! Norbert a un peu de mal à croire à ces récits invraisemblables, d’autant que, comme toutes les personnes âgées, pépé Mickey (comme l’appelle Norbert) a la vue qui baisse et la mémoire un peu comme un gruyère…

Mickey fait de nouveau parler de lui cette année : le personnage a été repris par plusieurs auteurs de bande dessinée et 4 albums sont sortis depuis la rentrée. Une exposition à Quai des bulles (Saint-Malo) leur était d’ailleurs consacrée cette année.

J’ai lu deux de ces albums et j’ai eu un coup de coeur pour La Jeunesse de Mickey. On y retrouve Mickey vieillissant mais très énergique, sans cesse plongé dans de  nouvelles inventions dans son atelier. Il raconte ses aventures de jeunesse à Norbert, son arrière petit neveu. Chasse au trésor dans le Far West, aventure sur la lune, sauvetage en plein marais, action héroïque mettant fin à la guerre… tout y passe ! Il y a de l’héroïsme, des situations cocasses, et les dialogues entre l’ancien et le petit neveu sont savoureux. Au delà de ça, l’album est très beau : dos toilé, papier épais, couverture solide. C’est vraiment un album à offrir ou à s’offrir.

Charlotte et moi, tome 1 – Olivier Clert

Editions Makaka, 2016

Ce matin-là, Charlotte fait un rêve. Dans son sommeil agité, elle provoque, sans s’en douter, une réaction en chaîne qui va bouleverser sa vie, celle de son voisinage et surtout celle de Gus, un jeune garçon qui vient tout juste d’emménager dans l’immeuble avec sa mère…

Charlotte et moi, c’est THE coup de coeur de cette sélection. (oui, bon, c’est aussi le cas pour les autres, mais celui-là encore plus). C’est l’album qui n’a pas fait de bruit, mais que j’ai envie de faire lire parce que son histoire m’a beaucoup touchée. On n’est pas dans quelque chose de fantastique comme pour Dans la forêt sombre et mystérieuse, ni humoristique. On est dans du « tranche de vie », du « drame », de ces albums qui raconte la vie de personnages banals, qui raconte des rencontres, des dépassements de soi dans la vie du quotidien. Charlotte est une jeune femme très discrète. Ses voisins l’ont tout de suite cataloguée : obèse, n’a plus toute sa tête depuis que sa grand-mère est décédée. Elle fait peur à Gus, le petit garçon qui vient d’emménager avec sa mère. Et puis, il y a cet enchaînement de circonstance qui vient mettre du bazar et faire bouger les choses.

Je suis très impatiente de lire la suite de ce tome, parce que la fin promet un beau sac de noeud. Je me suis régalée en le lisant, d’autant plus que je ne m’y attendais pas. C’est encore une chaude recommandation que je vous fait là, et j’espère au moins qu’elle aura contribuer à faire connaître un peu plus cet album.

Le Grand Méchant Renard – Benjamin Renner

Benjamin RENNER

Le Grand Méchant Renard

Editions Delcourt, 2014

192 pages

Collection Shampooing

Présentation de l’éditeur

Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place entrant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des oeufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel.


Il était temps que je parle de cette BD ! Mais en même temps, j’avais du mal a trouver quelque chose à y dire qui puisse être objectivement intéressant – à part dire QU’IL FAUT LA LIRE !!!

Malgré tout, comme je reste persuadée qu’en parler est indispensable, je fais cet article.

Le résumé est très explicite : un renard maigrichon et au charisme d’un mouche tente de trouver sa place dans la chaîne alimentaire de la magie. Mais, les poules  le tabassent et même les moineaux n’ont pas peur de lui. Le loup lui souffle alors une idée : voler des oeufs, les couver pour les faire éclore, puis engraisser les poussins et enfin les manger ! Mais le tout va se compliquer quand les poussins le prennent pour leur « maman ».

Quiproquos, situations rocambolesques, personnages feignant, hargneux, tyranniques ou nonchalants, dialogues et répliques au potentiel culte… C’est tout simplement génial ! Drôle et truculent !

Pour donner un exemple de son succès, je l’ai vu dans deux ou trois librairies mis en avant et chaudement conseillée par les libraires. Et puis, toute ma famille l’a lue, l’a relue et approuve.

Pour terminer, un petit extrait :

Petites coupures à Shioguni – Florent Chavouet

Florent CHAVOUET

Petites Chroniques à Shioguni

Editions Philippe Picquier, 2014

184 pages

Présentation de l’éditeur

Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas un banque pour ouvrir un restaurant que n’avait pas de clients. Forcément quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour gouter les plats.


 Ces deux phrases résument très mal cette bande dessinée ! Mais est-il vraiment possible de la résumer ? Disons que ces deux phrases sont une mise en bouche qui recèle tellement plus que ce que ça paraît être.

Cette introduction est brouillonne et elle le restera. En effet, je n’ai aucune intention de l’éclaircir, pour garder de quoi vous communiquer aussitôt mon enthousiasme : c’était génial !

Florent Chavouet est l’auteur de Tokyo Sanpo et Manabé Shima, deux carnet de voyages dessinés sur le Japon. Ici, il reste dans le même coin du monde, mais dans le genre polar, et encore un polar assez particulier.

Petites coupures à Shioguni est le récit d’une nuit dans le quartier de Shioguni. Il met en présence plusieurs personnages : un cuisinier, trois yakuzas, une jeune voleuse, un commissaire affamé, deux policiers, un chauffeur de taxi, un petit garçon… se croisent lors d’une nuit mouvementée, mais dont les causes et les facteurs ne pas bien identifiés. Et c’est donc un enquêteur déterminé, que l’on ne voit jamais, qui va tirer tout ça au clair. La BD mêle de manière artistiquement désordonnée (c’est-à-dire que le bazar apparent est savamment organisé pour les besoins de l’intrigue et son suspens) les pages d’un carnet de notes, les évènements de la nuit racontées de manière chronologique, et des entretiens menés avec les différents protagonistes.

On a l’impression d’avoir affaire à un joyeux méli-mélo (il y a un tigre, nom de Zeus, un tigre !), mais on se rend compte à la fin que c’était soigneusement orchestré pour découvrir la fin de l’histoire. Cet éclatement du récit ne sert qu’à mieux semer le lecteur qui va alors reconstruire petit à petit les évènements de la fameuse nuit.

Le dessin est riche, coloré, et le tout ne manque pas d’humour. J’adore ce style, j’adore ces histoires qui sèment des fausses pistes et jouent de cette manière avec l’intrigue. J’adore ces livres qui ne sont pas ce qu’ils ont l’air d’être, qui allient le visuel et le récit pour  surprendre et déjouer toutes les attentes qu’on pouvait avoir à son propos. J’adore et je conseille dans la foulée (j’ai posé la BD au milieu du salon, chez mes parents et elle a été lue et appréciée de nombreuses fois !).

Pour finir de vous convaincre, sachez que cette bande dessinée a remporté le Fauve Polar SNCF du Festival d’Angoulême.

Le Cycle d’Alamänder, 1. Le T’Sank – Alexis Flamand

Alexis FLAMAND

Le Cycle d’Alamänder, 1. Le T’Sank

Editions L’Homme sans nom, 2011

360 pages

Présentation de l’éditeur

Dites adieu aux orques, aux elfes, aux dragons !

Aujourd’hui, vous partez pour Alamänder. Allez donc saluer Anquidiath, le demi-dieu enfoui sous la montagne, chatouiller les monstrueux poulpes de guerre, flâner parmi les épis du champ de blé carnivore !

Aurez-vous le cran de suivre Maek, jeune homme en quête d’une mythique école d’exécuteurs ? Serez-vous digne de devenir le disciple de Jonas, détective spécialisé dans les affaires criminelles magiques ? Si c’est le cas, préparez-vous à découvrir un monde où se côtoient humour, intrigues policières et créatures improbables. Un monde original et farfelu d’où vous ne reviendrez peut-être pas indemne.

On vous aura prévenu.


C’était l’emprunt pas prévu qui m’a sauté de lui-même dans les mains. Parce que sur la quatrième de couverture, il y avait quelques mots magiques : « poulpes de guerre » et « champs de blé carnivores ». Ok, monsieur l’auteur, je ne sais pas où tu vas nous emmener, ça a l’air d’être bien barré, mais je te suis, les yeux fermés !

Pour partir à la découverte d’Alamänder, deux guides. Jonas Alamänder, détective-magicien, part de chez lui, escorté par des soldats Kung-Bohréens, pour empêcher la destruction de sa maison récemment adjointe à l’empire, et plaider sa cause auprès de l’empereur à la capitale. Il fait découvrir la magie aux soldats curieux qui lui enseignent à diriger les skorjs de combats, ces espèces de poulpes gigantesques, montures privilégiées de l’armée Kung-Bohréenne, ou lui parlent des traditions et coutumes de leur pays. Il leur faut aussi supporter Retzel, le démon de compagnie de Jon, une créature bizarre, vorace et à l’humour corrosif. Leurs aventures sur le chemin sont assez cocasses. A son arrivée à Ker-Fresnel, la capitale et centre de l’empire, Jon n’est pas au bout de ses surprises. Après le voyage, on le sollicite pour exercer ses talents de détectives et il retrouve pris dans une intrigue qui le dépasse.

Maek est un jeune garçon qui va prendre son destin en main en choisissant de quitter son village. Il fait partie d’une famille de combattant qui ont pour mission de récolter le blé carnivore et très agressif qui refuse de se laisser récolter et qui tue quiconque s’aventure dans ses champs. Mais un vieil homme qui vit dans son village voit en lui un grand potentiel et il l’abreuve d’histoires sur une école d’assassins que Maek rêve alors d’intégrer. Le seul moyen pour y parvenir : tuer toute sa famille et traverser le champ de blé. A sa suite, nous allons aller au bout du monde et assister à la naissance d’une légende.

Alexis Flamand a construit un univers complet, un monde de fantasy hautement imaginatif qu’il nous décrit dans ces moindres détails. C’est un monde farfelu et haut en couleur, mais tout à fait cohérent, avec ses royaumes, sa géopolitique, ses dieux, ses légendes et un tas d’autres bizarreries qui pour être bizarres à nos yeux de lectures habitués à la Terre du milieu, n’en sont pas moins bien incluses dans le reste, de manière tout à fait logique et ordonnée. On sent que l’auteur s’en donne à cœur joie. Il se sert aussi de son monde farfelu pour inclure à son récit une bonne dose d’humour. Ça passe surtout par les facéties de Retzel et la découverte par Jon de la bureaucratie et du pouvoir de Kung-Bohr. J’adore cette ironie mordante qui trouve son écho à un autre monde bien connu… La part du roman dédiée à Maek (les chapitres concernant les deux personnages s’alternent) est moins drôle car bien plus sombre. Après tout Maek est un assassin. Il va connaître bien des épreuves lors de sa quête initiatique : la douleur, l’épuisement, la solitude, il va frôler la mort de nombreuses fois, ce qui est beaucoup moins marrant en soi qu’une promenade à dos de skorj avec un démon farceur.

Ne vous fiez pas aux deux chapitres du prologue. On y introduit l’empereur de Kung-Bohr et l’absurdité de son système de jeux de pouvoir poussé à l’extrême (multiplication des complots et contre-complots, l’autorité arbitraire de l’empereur et ses espions qui se surveillent entre eux…) tout en donnant d’une certaine manière le ton du livre. Par contre, j’ai eu du mal à passer ces deux chapitres. Mais dès qu’on se met à suivre Jonas et Maek, l’aventure se fait passionnante. Chaque chapitre bénéficie d’un extrait plus ou moins court d’un livre écrit à Alamänder, sur la magie, l’histoire du monde, les principes de l’université T’Sank, l’école des assassins, les divinités d’Alamänder… Ça permet de découvrir un autre aspect de cet univers, qui sera juste effleuré dans le récit, et ça ajoute une couche d’humour.

Ce premier tome est introductif et ça se sent un peu dans la longueur du voyage du Jonas et dans le fait que l’on découvre petit à petit et qu’on entrevoit à la fin que l’intrigue n’est que la partie émergée de l’iceberg. Mais il me semble que l’auteur est conscient de ces techniques qui consistent à finir un roman sur un cliffhanger insupportable pour faire acheter la suite et d’une certaine manière il s’en moque. Voici le petit extrait d’un dialogue entre plusieurs dieux du panthéon d’Alamänder :

– (…) Allez, on est entre nous, je vous fais une petite prophétie(TM).

– Chouette.

– Voyons voir. Si mes prévisions sont exactes, les choses vont commencer à se décanter dès les chapitres suivants. Le deuxième tome, ensuite, livrera quelques clefs, mais suffisamment peu pour que le lecteur frustré acquière les autres volumes. Ne l’oublions pas : notre Existence est tributaire de cet achat. Nous périrons si personne ne parcourt ces pages. Goûtons donc avec humilité notre peu enviable condition, qui nous donne vie dans les yeux de ceux qui nous lisent.

J’ai beaucoup aimé lire ce roman de fantasy barrée auquel j’ai complètement adhéré. Il m’a beaucoup fait rire et m’a fait aussi rêvé (des poulpes de combat !!!!!). J’ai pris plaisir à suivre les personnages dans leurs aventures, à découvrir le monde complètement original d’Alamänder et je lirai sans aucun doute la suite. Je ne peut que le conseiller. Mais attention, il ne faut as avoir peur de l’humour, de l’ironie, de l’absurde et des bizarreries.

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De bons présages – Terry Pratchett et Neil Gaiman

Couverture - De bons présages

Terry PRATCHETT et Neil GAIMAN

De bons présages (traduit par Patrick Marcel)

Editions J’ai Lu, 2014

439 pages

Collection Fantastique

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Présentation de l’éditeur

L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Ainsi en ont décidé, d’un commun accord, les forces du Bien et du Mal. L’Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, résidents sur Terre depuis l’époque de la première pomme. Mais voilà, suite à un coup du sort, l’enfant a été échangé à la maternité. Le vrai Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue londonienne. Et ça, ça change tout ! Une course contre la montre commence alors pour l’ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort…

Mon avis

Rampa et Aziraphale, malgré leurs conditions respectives de démon et d’ange, entretiennent une étrange relation : ils ont passé une sorte d’accord qui leur permet de cohabiter sur Terre et de mener chacun leurs actions, mauvaises ou bonnes, sans se gêner. Tous deux se sont bien acclimaté à la vie sur Terre.  Au début du roman, Rampa est chargé par son grand patron d’amener l’Antéchrist sur Terre et de l’échanger avec un autre bébé de façon à ce qu’il grandisse dans une famille soigneusement choisie. Mais il se rend compte, 11 ans plus tard, alors que l’Apocalypse est proche qu’il y a eu une erreur à la maternité et que l’Antéchrist a disparu dans la nature. Nous suivons donc l’ange et le démon qui recherchent l’enfant, bien décidés à la convaincre de préserver l’humanité.

En plus de Rampa et Aziraphale, les personnages sont très nombreux. Il y a d’abord Adam Young, l’Antéchrist, qui n’a de diabolique que l’énergie et l’imagination débordante d’un enfant de 11 ans. Il est le chef de la terrible bande des Eux. Nous suivons aussi Anathème Bidule, une sorcière qui cherche à décrypter les prédictions de son aïeule Agnès, Newt Pulsifer qui vient de s’engager dans l’Armée des Inquisiteurs sous les ordres de Shadwell, un étrange petit homme, et les Quatre cavaliers ou bikers de l’Apocalypse.

Le livre est structuré chronologiquement : chaque chapitre correspond à un jour (mercredi, jeudi, vendredi, etc.) et tous les faits sont présentés dans des parties plus courtes qui se succèdent selon le moment de la journée. Cela donne un rythme assez saccadé qui est au début perturbant puisque les nombreux personnages sont assez succinctement présentés et qu’on les voit successivement sans trop savoir qui est qui ou quels sont les enjeux de leur rôle. Toutefois c’est très amusant d’avoir cette multiplication des points de vue, parce que les auteurs s’en servent notamment comme d’un ressort comique : on a donc un évènement raconté par des points de vue opposés ou encore un personnage extérieur avec une personnalité caricaturale qui va assister, perplexe, à des actions étranges. Les personnages sont donc hauts en couleurs.

La fin du roman est un peu attendue, mais pas déplaisante pour autant. Les deux auteurs ont dû s’éclater à écrire un tel livre. C’est complètement délirant et fait appel à des ressources comiques insoupçonnées (quoique, vu le sujet, ça reste dans le domaine du possible). Que ce soit dans les actions, les points de vue, les personnages, ou les notes en bas de page (oui, oui), tout est très drôle. Il y a des jeux de mots tellement tordus qu’à un moment le traducteur a jeté l’éponge, étant dans l’incapacité de transmettre l’idée derrière le jeu de mot en français. J’ai bien ri pendant cette lecture !

Les auteurs jouent aussi avec les notions de bien et de mal, de démon et d’ange. La conclusion qu’ils en tirent, c’est que finalement, l’âme est faite ainsi et que les démons n’ont pas besoin de beaucoup influencer les humains pour faire le mal et inversement pour les anges. Il y a aussi une réflexion – celle que se fait Adam – sur la façon qu’ont les humains de gérer leur planète.

En conclusion, même si l’enthousiasme retombe un peu sur la fin, ce fut une très bonne lecture et surtout un bon moment de rigolade.

Rendez-vous albums de mai – La famille

Sophie Hérisson de Délivrer des livres propose chaque mois un rendez-vous thématique autour d’albums pour la jeunesse. Le thème du mois de mai est la FAMILLE !

Voici une sélection de quelques albums choisis pour ce thème (pour me rattraper des autres rendez-vous que j’ai manqué) :

Mon petit poussin vert

Couverture - Poussin vertde Adele SANSONE et Anke FAUST ; Editions Nord-Sud, 2010.

Présentation de l’éditeur :

Dans sa ferme, Otek coule des jours heureux. Pourtant il manque quelque chose à son bonheur : Otek voudrait être papa. Un matin, il trouve un œuf. C’est un œuf énorme, étrange, mais il décide de le couver. Un peu plus tard… Cric, crac ! De l’œuf sort un petit poussin vert qui n’est pas tout à fait le portrait de son père…

Mon avis :

Otek est un jar, célibataire et sans enfant. Jusque là, il aimait beaucoup jouer avec les poussins de la basse cour. Mais au moment où il a décidé de réaliser son rêve de devenir papa, aucune poule n’a accepté de lui fournir un oeuf pour qu’il le couve. Le chien de la ferme lui apporte alors le gros oeuf qu’il a trouvé. Quand son enfant naît, Otek est tout heureux et il est très fier d’être père, même si le poussin est vert et qu’il a des écailles à la place de plume. Mais les autres habitants de la basse cour lui font alors remarquer qu’il n’est pas vraiment un poussin. Le poussin vert se met alors à la recherche de son « vrai père ».

Cet album parle avec beaucoup de finesse et de tendresse sur la relation père-fils, l’adoption, l’intégration, la tolérance et le respect des différences. Je l’aime beaucoup. Les illustrations, à base de collage, montre bien la différence de pelage et de plumage qu’il y a entre Otek et son enfant. Et pourtant, ça ne les empêche pas de s’aimer avec beaucoup de tendresse !

Jujube

Couverture - Jujubede Anne Wilsdorf ; Editions Kaléidoscope, 1998.

Présentation de l’éditeur :

Quand Farafina tombe nez à nez avec un gros serpent sur le point de manger un bébé tout cru, elle n’écoute que son courage et tue le reptile. Et elle a une idée toute trouvée pour le bébé : elle le donnera à maman pour son anniversaire. Maman sera, c’est sûr, enchantée ! Les frères et les sœurs de Farafina – huit au total – partagent son enthousiasme. Mais Maman semble plutôt réticente….

Mon avis :

J’adore cet album ! On a dû me l’offrir quand j’étais petite et depuis, il n’a plus quitté ma bibliothèque. Je l’ai retrouvé avec grand plaisir quand je réfléchissais aux titres que je pourrais présenter pour ce rendez-vous.

Farafina a une famille très élargie. Huit frères et soeurs en tout ! Quand elle recueille le bébé, sa mère est d’abord réticente à la garder. Elle propose même de confier l’enfant à Tante Drosera qui veut un enfant depuis toujours. Mais Farafina proteste : Tante Drosera a trop mauvais caractère ! Mais les parents sont déterminés. Pourtant, ce bébé, il faut  le nourrir, l’habiller, lui fabriquer un berceau pour dormir… Toute la famille s’y met ! Il faut que la petite (c’est une fille) soit présentable pour Tante Drosera. Et puis, le bébé finit par gagner… une grande famille ! Maman cède et accepte d’adopter Jujube. Même que Drosera est heureuse d’être la marraine de la petite fille.

Nous avons là encore une histoire d’adoption dans un contexte différent de Mon petit poussin vert : nous avons la famille nombreuse et les chaudes couleurs de l’Afrique. Mais cette histoire n’en est pas moins touchante ; au contraire ! Elle provoque en mois une formidable bonne humeur !

Je veux ma maman !

Couverture - Je veux ma mamande Tony Ross ; Editions Gallimard jeunesse, 2004.

Présentation de l’éditeur :

La petite princesse est invitée à dormir chez la petite duchesse. Mais elle ne veut pas quitter sa maman. Une nouvelle histoire de la petite princesse qui a bien du mal à se séparer de sa maman… à moins que ce ne soit l’inverse ?

Mon avis :

La petite princesse est encore un de ces albums que j’ai lu petite et qui me sont restés en mémoire. Je n’avais pas celui-là exactement de la série, mais je suis tombée dessus à la bibliothèque l’autre jour et dès que je l’ai vu, je l’ai subtilisé discrètement de son rayon pour aller le lire avidement dans mon coin.

La petite princesse peint, joue, tombe, a peur du noir et des monstres sous le lit, mais l’infirmière, son papa le roi et sa gouvernante échouent tous à la calmer, la guérir ou la rassurer. Il n’y a que sa maman qui y arrive et elle le fait avec beaucoup de talent : un bisou magique et le genou ne fait plus mal, une histoire racontée la nuit et la petite princesse s’endort paisiblement. Ce livre raconte tellement bien le super pouvoir qu’ont les mamans ! et le retournement final est très amusant.

Soeurs et frères

Couverture - Soeurs et frèresde Claude Ponti ; Editions L’école des loisirs, 2010

Présentation de l’éditeur :

Elles et ils sont là, dans nos vies.

Parfois dans notre chambre. Ce sont des personnes comme les autres. Quand ils arrivent, ils ne sont pas finis, pas complets. Elles et ils ont de l’influence sur nous, et réciproquement.

Qui sont-elles et ils ? Des cocktails de traits de caractère, des puzzles de défauts et de qualités.

Il y a le Coeur sur la Main, le Fouilleur, le Pique-Habits, le Chouchou, le Squatteur de télécommande, l’Aîné protecteur.

Comment savoir de quoi sont faits les nôtres, qui elles et ils sont vraiment ? Lisons !

Mon avis :

On s’est toujours posé des questions sur notre sorofrèrerie, n’est-ce pas ? Claude Ponti est là pour y répondre avec son imaginaire farfelu et décalé. Il explore véritablement toutes les étapes, en nomme les bons et les mauvais côtés, en montre l’intérieur et l’extérieur, explique même les demis et les quarts, les adoptés et les « bébés éprouvette ». Il présente aussi une sorte de catalogue avec des frères et des soeurs, leur caractéristiques, qualités ou défauts, et s’il est facile de vivre avec. Ca a un aspect presque formel, scientifique, mais avec des jeux de mots tordus et des dessins fous. Les fans de Ponti adoreront sans aucun doute, mais je pense que ça conviendra plutôt aux enfants plus âgés.

Dans le même style, on trouve le Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer.

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Le croque-mort a la vie dure – Tim Cockey

Couverture - Le croque-mort a la vie dure

Tim COCKEY

Le croque-mort a la vie dure

Editions Points, 2005

401 pages

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Présentation de l’éditeur

Un petit boulot tranquille, croque-mort. Une ville banale, Baltimore. Une vie rêvée. C’est bien ainsi que l’entendait Hitchcock Sewell avant que ne débarque, au beau milieu d’une veillée mortuaire, une charmante demoiselle qui lui demande comment organiser un enterrement. Le sien. Et voilà ce pauvre Hitch entraîné malgré lui dans une sombre affaire de chantage.

Entre son extravagante ex-femme, un vieux camarade de collège, une séduisante détective et quelques politiciens véreux, Hitchcock a fort à faire pour ne pas se retrouver lui-même six pieds sous terre. Première enquête d’une série funèbre et irrésistiblement drôle.

Mon avis

Hitchcock Sewell, croque-mort, est très étonné le jour où une jeune femme vient se renseigner aux pompes funèbres pour son propre enterrement. Elle lui donne son nom, Carolyn James, mais quelques jours plus tard, c’est un autre cadavre portant le même nom dont il doit s’occuper. Curieux de la jeune femme qui a prédit cet enterrement, il va découvrir son vrai nom, Kate Zabriskie, et sa profession, inspecteur de police. Et il va s’accrocher à elle, alors qu’il est suspect dans un assassinat. Il est innocenté et le meurtre de Guy Fellow, lié au suicide de Carolyn, trouve un bon suspect en la personne de « Loterie » Lou, un flic retraité qui semble aussi avoir tué le mari de Kate…

Cette histoire est un vrai sac de nœuds ! Aussi Hitchcock soutient Kate qui est chargée de l’enquête, avec tout l’humour noir dont il est possible. Le narrateur et personnage principal est un peu en dehors de l’enquête, continuant sa vie normale, entre des morts à inhumer, la troupe de théâtre amateur dans laquelle il joue et ses visites régulières à son ex-femme Julia qui veut se remarier avec son petit-ami actuel, un milliardaire et le beau frère d’un candidat aux élections de sénateur. Cela ne l’empêche pas de spéculer et d’imaginer, et finalement une des ses intuitions, même s’il était saoul au moment de la formuler, se révèle être la bonne !

On aime beaucoup Hitchcock pour son humour noir et sa capacité à ramasser toutes les personnes étranges qui se trouvent sur son chemin. On aime aussi la fin ambiguë de ce roman, qui lui laisse un gout amer pour la fin de sa première aventure. On espère juste que par la suite, il sera plus impliqué dans les enquêtes et que les digressions, certes amusantes, nous éloigneront moins du sujet central du roman, à savoir, la résolution d’un meurtre.