Kids on the slope – Yuki Kodama

Yuki KODAMA

Kids on the slope

Editions Kaze Manga, 2013

9 tomes (série terminée)

Collection Kazé Seinen

Présentation de l’éditeur

À la fin des années 60, alors que le Japon occupé fait face à de grands changements sociaux, la musique venue des États-Unis va faire naître, entre deux adolescents que tout oppose, une amitié complexe. Kaoru vient tout juste d’emménager en ville. D’un naturel solitaire et studieux, il n’a pas pour habitude de se mêler à ses camarades de classe. Et pourtant, sa rencontre avec le bagarreur Sentarô va radicalement changer sa vie…


Le père de Kaoru Nishimi est marin, ce qui l’oblige à travailler loin de chez lui et à déménager de nombreuses fois avec son fils. Au début du manga, Kaoru est confiée à la famille de son oncle qui habite à Kyushu. Il intègre un lycée local, et s’attend comme les autres années, à travailler sérieusement pour intégrer une université de médecine à Tokyo, comme sa famille l’a décidé pour lui, sans chercher à se socialiser. Mais il souffre de nausées dues au stress, qu’il ne peut calmer qu’en restant au grand air, de préférence sur le toit du lycée. En cherchant à rejoindre ce refuge, il va rencontrer Sentarô, un lycéen de sa classe, grand, baraqué et bagarreur, et fan de jazz qui va l’entraîner à la découverte de cette musique si différente du classique qu’il joue habituellement.

Au cours des autres tomes, on va suivre l’évolution de leur amitié, les problèmes qu’ils affrontent au lycée ou dans leur famille, leurs amours, et, évidemment, leur passion pour le jazz. Dit comme ça l’intrigue semble classique pour un manga de ce type, et c’est vrai. Mais je lui ai trouvé beaucoup de qualités, et surtout il est à mes yeux dénué de ce qui peut me déplaire dans les mangas.

Le personnage principal est un garçon, et les ressorts de l’intrigue sont de l’ordre de l’amitié, de la passion pour la musique, et un peu de la romance. Le contexte historique a une place très importante puisqu’il conditionne pas mal de choses en terme de relations familiales ou amoureuses, ou encore en terme d’attentes et de contraintes pour les personnages. Il y a notamment la forte présence de l’armée américaine, en sachant que les femmes japonaises qui ont eu des relations avec des soldats sont parfois reniées par leur famille. Les métis, comme Sentarô, sont mal vus. Il y a aussi un contexte de mobilisation et de revendication au sein des universités qui va impacter très fortement la vie d’un personnage secondaire.

Le dessin est simple, sobre, loin de l’univers shojo. J’aime beaucoup l’intrigue que ce manga propose, entre tranche de vie et musique. Les personnages ont droit à une belle évolution. Le duo de base est attachant, et on apprécie aussi les personnages secondaires, notamment Ritsuko, l’amie d’enfance de Sentarô, dont le charme simple plait beaucoup à Kaoru. Les scènes de musique m’ont bien plu, avec cette ambiance joyeuse et dynamique des jam sessions. Ça donne envie d’écouter du jazz.

Ce manga m’a vraiment charmée avec son ambiance rétro des années 1960. Tous les tomes ne sont pas parfaits et il y a parfois des évènements qui arrivent étrangement, mais je me suis beaucoup attachée aux personnages et j’ai pris un grand plaisir à relire de temps en temps ce manga en attendant la sortie de son 9e et dernier tome. La série voit son aboutissement avec ce dernier volume. Cette fin est satisfaisante et arrive à point. Ainsi, l’intrigue ne se perd pas en tours et détours inutiles.

Ce manga m’avait été conseillé et je ne peux que remercier cette personne de m’avoir fait découvrir ce manga qui a rejoint le cercle très fermé de ces séries que j’adore et qui me touche par leur simplicité et leur justesse dans le traitement de leur intrigue et de leurs personnages.

Sur ce je vous laisse avec le trailer de l’animé pour vous mettre dans l’ambiance, et je vais aller écouter du jazz ;)

Publicités

Des films en quelques mots (5)

Le blabla introductif est . Au programme, les films que j’ai vu au cinéma depuis janvier sans avoir le temps de les chroniquer. Cet article a donc quatre mois de retard (mais vieux motard que jamais… euh mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ?).

Vu le temps qu’il m’a fallu pour pondre cette article, vous m’excuserez, s’il vous plaît, du fait que mes avis soient encore plus courts que d’habitude et donc peu argumentés. Si vous souhaitez plus de détails n’hésitez pas à me le faire savoir. Merci pour votre indulgence. *s’incline* :)

Le vent se lève – Hayao Miyazaki

Affiche - Le vent se lèveLong métrage japonais, sorti en 2014, avec les voix de Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima…

Genre : Animation. Drame.

Synopsis

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde. Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Mon avis

La vie de cet ingénieur se déroule dans ce Japon d’avant guerre. J’ai mis un peu de temps à me repérer dans cette époque (je ne savais pas quand ça avait lieu et ça m’a d’abord perturbée). La vision de ce Japon qui cherche à rattraper la modernité des pays occidentaux est aussi très intéressante. Le film est beau, lumineux ; il a aussi sa part d’ombre quand le rêve se transforme en cauchemar. J’en garde un souvenir marquant et doux, la poésie du quotidien, de l’amour, de la nature est sans cesse présente.

Voir l’avis de : La croisée des chemins

Only lovers left alive – Jim Jarmusch

Affiche - Only Lovers left aliveLong métrage allemand, britannique, sorti en 2014, avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska…

Genre : Romance. Drame.

Synopsis

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Mon avis

J’adore ! La BO, l’ambiance, le parti pris sur ces créatures fantastiques, désabusées de ce monde qui tourne trop vite, les promenades en voiture dans Detroit désaffectée, cette histoire d’amour qui perdure à travers les âges, les souvenirs d’époques passées et dépassées, les grands noms cités comme des connaissances… J’ai savouré ce film.

12 years a slave – Steve McQueen

Affiche - 12 years a slaveLong métrage américain, sorti en 2014, avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch…

Genre : Drame. Historique.

Synopsis

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

Mon avis

Encore un film que j’ai beaucoup aimé. je conserve le souvenir de beaucoup de violence, dans les actes et dans les propos. C’est en tous cas un film marquant sur l’esclavage.

Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Affiche - Grand Budapest HotelLong métrage américain, sorti en 2014, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, F. Murray Abraham…

Genre : Comédie. Drame.

Synopsis

Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

Mon avis

Un film très drôle qui m’a apporté une certaine fraîcheur (et pas seulement parce que ça se passe en hiver). Il y a un côté burlesque qui m’a beaucoup plu, contrebalancé par un propos sous-jacent plus sérieux. J’ai juste eu un peu de mal avec cette brochette d’acteurs connus qui ont de petits rôles (pourquoi ne pas laisser leur chance à des acteurs moins reconnus ?)

Le passage de la nuit – Haruki Murakami

Couverture - Le passage de la nuit

Haruki MURAKAMI

Le passage de la nuit

(traduit de japonais par Hélène Morita et Théodore Morita)

Editions 10-18, 2008

229 pages

.

Présentation de l’éditeur

Que se passe-t-il après les douze coups de minuit ? Mari rencontre un musicien dans un bar, sa soeur partage à son insu le sommeil d’un inconnu… Pour les âmes solitaires d’une ville assoupie, les expériences se succèdent, entre fantasmagorie et réalité. Le lecteur, voyeur protégé par l’obscurité, palpe les rêves inquiétants des acteurs de la nuit.

Mon avis

Le narrateur s’introduit dans l’histoire comme pur point de vue. Comme une caméra reliée à une salle de surveillance loin de ce qu’elle filme. Le lecteur est en quelque sorte derrière une télévision dans cette salle et il est impossible pour le narrateur comme pour le lecteur de s’immiscer dans l’histoire et d’agir ou d’influencer les personnages. C’est dans cette perspective que le roman nous est présenté par le narrateur. Et c’est ainsi qu’il nous emmène en différents lieux, le temps d’une nuit, pour suivre plusieurs personnages.

Une horloge marque le passage du temps, le passage de la nuit, avant chaque chapitre, à mesure que les vies de chacun se déroulent. Il y Mari qui lit un gros livre dans un restaurant ouvert toute la nuit pour éviter de rentrer chez elle. Il y a Takahashi, un étudiant musicien qui la reconnait, engage la conversation et s’installe à sa table.  Il y a aussi Kaoru, ancienne catcheuse et gérante de love hotel, ou encore Shirakawa, un employé de bureau qui travaille tard dans la nuit. Et puis, il y a Eri, la soeur de Mari, qui dort sans interruption depuis plusieurs mois, parce qu’elle « n’essaie pas de se réveiller ». Elle dort très paisiblement quand la télévision de sa chambre va s’allumer pour montrer une pièce vide, et y transporter son lit, dans son sommeil…

J’aime beaucoup ce roman. C’est une de mes relectures de la fin du mois d’avril. Je trouve ce roman asse riche et simple tout en étant complexe – contradiction quand tu nous tiens… – je ne sais pas trop comment l’exprimer. On assiste à des choses à la fois très simple, mais peu ordinaires finalement, qui se mêlent et se rejoignent dans une trame plus complexe. J’aime beaucoup le style qui nous livre les actions des personnages d’un point de vue externe, sans entrer dans leurs pensées, et qui les rend leurs conversations ou leurs comportements intéressants. Par exemple, nous avons les longues conversations de Mari et Takahashi, qui partent dans des sujets très divers. C’est amusant parce que Takahashi est un personnage très spontané, il est aussi plutôt bavard, et Mari qui n’a pas très envie de l’écouter ou de lui parler, finit par se laisser gagner par les confidences.

Il y a aussi ce qui arrive à Eri. Murakami parvient avec beaucoup de talent à évoquer, à brosser la possibilité de la présence d’un autre monde ou d’une autre côté. La nuit serait alors une sorte de passage entre les deux, parce que c’est un moment incertain, où l’on hésite entre un jour ou le lendemain.

Il y a donc cet aspect fantastique qui se mêle avec quelque chose de très concret, de très terre à terre qui sont la vie et les drames de chacun. Le roman est assez déroutant, il y a des choses qui ne sont pas expliquées, mais qui ne nécessitent pas d’explication, il me semble. Ce sont des histoires étranges qui se déroulent à la faveur de cette nuit, elles sont parfois très banales, mais elles ne sont pas vraiment dans les normes. On frôle le marginal. L’auteur parvient à rendre ça passionnant et c’est pour cela que j’adore ce livre : sa capacité à envouter le lecteur avec des choses qui sont loin de ce à quoi on est habitué.

Pour conclure, je vous laisse sur une citation qui résume l’ambiance générale de ce roman :

« Un nouveau jour est sur le point d’arriver mais l’ancien porte encore sa lourde traîne. Comme l’eau de mer et l’eau de la rivière affrontent leurs élans à l’embouchure, le nouveau temps et l’ancien temps luttent et se mélangent. Takahashi, lui non plus, ne parvient pas à déterminer clairement de quel côté du monde se situe son centre de gravité. »

Shokuzai – Kiyoshi Kurosawa

Affiche - Shokuzai

Année de production : 2012. Série japonaise (5 épisodes), diffusée sous la forme de deux films en France.

Genre : Drame.

Réalisé par : Kiyoshi Kurosawa.

Avec : Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi, Eiko Koike, Sakura Ando, Ayumi Ito, Teruyuki Kagawa …

Synopsis :

Dans la cour d’école d’un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d’Emili, leur camarade de classe. Sous le choc, aucune n’est capable de se souvenir de l’assassin. Asako, la mère d’Emili, désespérée de savoir le coupable en liberté, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie. Quinze ans après, que sont-elles devenues ? Sae et Maki veulent se souvenir. Akiko et Yuka veulent oublier. Et la mère d’Emili, que cherche-t-elle encore après tout ce temps ?

Mon avis

Cette série diffusée sous la forme de cinq épisodes au Japon a été diffusée en France sous la forme de deux films. Je les ai vus à leur sortie en salle, mais ai eu l’occasion de revoir la série depuis.

Tout commence un jour d’école. Emili vient de déménager, c’est une nouvelle élève. Son institutrice la présente au reste de la classe. Emili devient amie avec quatre autres filles : Sae, Maki, Akiko et Yuka. Elles jouent dans la cour, se rendent les unes chez les autres et puis c’est le drame. Alors qu’elles jouent au ballon sur un terrain non loin de l’école, un étranger les aborde. Il répare un ventilateur dans l’école, mais ne parvient pas à atteindre un endroit et demande l’aide au petit groupe. Il désigne Emili, qui malgré l’insistance des autres pour y aller toutes ensemble, le suit. Alors qu’elle tarde à revenir, les autres filles se rendent dans le gymnase pour chercher Emili, mais elles la découvrent morte.

Maki, la plus débrouillarde assigne un rôle à chacune : elle ira chercher un professeur pendant que Akiko et Yuka iront prévenir la mère d’Emili et la police. Sae reste sur les lieux.

La police enquête, mais les fillettes, seules témoins, sont incapables de décrire le meurtrier, choquées la mort de leur amie. Un jour, la mère d’Emili les réunit toutes chez elles pour les mettre en garde et les accuser : à cause d’elles, l’assassin d’Emili court toujours et elles devront expier leur faute toute leur vie.

Quinze ans plus tard, nous retrouvons les quatre filles. Elles vivent loin l’une de l’autre. Chacune a eu sa manière de gérer les chose et de vivre avec.

Sae travaille dans un institut. Elle est réservée et apeurée. Son corps a refusé de grandir. Pourtant, elle rencontre un homme lors d’un rendez-vous arrangé qui lui demande de l’épouser. Elle accepte, malgré ses manies bizarres, et se retrouvera prisonnière volontaire d’une vie cloitrée dans un grand appartement impersonnel.

Maki est devenue une institutrice rigoureuse. Marquée par ce qui est arrivée à Emili, elle est sévère envers les petites filles trop jolies. Elle pratique le Kendo, de l’escrime pratiquée avec un sabre, ce qui lui permet de se débarrasser d’un homme qui menace ses élèves à la piscine. Devenue une héroïne au sein de l’école, elle est vite dénigrée, jugée trop violente envers ses collègues et les enfants.

Akiko, après le meurtre d’Emili, a choisi de vivre comme un ours. Pas de belles robes pour elle, ni de maquillage, pas d’études ou de métier. Elle raconte son histoire à Asako, la mère d’Emili, qui vient lui rendre visite en prison où elle est enfermée pour avoir tué son frère.

Yuka est fleuriste. Manipulatrice, elle est capable de faire beaucoup de choses pour arriver à ses fins. Cela inclut séduire le mari de sa soeur, policier, parce qu’elle fantasme sur cette profession, et pour se venger de sa soeur qui, étant malade petite, a toujours eu toute l’attention de ses parents. Elle refuse la pénitence imposée par Asako, mais elle est la première à trouver un indice sur le meurtrier, en entendant sa voix à la radio.

Après la mort d’Emili, Asako a eu un autre enfant. Elle a poursuivi sa vie avec son mari et a déménagé. Sa vie croise de temps en temps celles des quatre amies de sa fille. Contactée par Yuka, elle poursuit l’enquête sur le meurtrier d’après les indications de la jeune femme. Celles-ci la mène dans une école dans la montagne et lui fait rencontrer un homme aimé et perdu de vue depuis des années, quitté dans des circonstances dramatiques.

Chaque histoire se termine de manière tragique. Cette période des quinze ans plus tard, contrairement  l’enfance insouciante et colorée, est terne et grise, délavée, fanée. Il y a une ambiance troublante, comme s’il y avait quelque chose de malsain, de tordu qui planait au dessus de chacune des femmes.Ces deux films ont/cette série a une puissante qui la rend angoissante. Les personnages sont rongés par la culpabilité, traumatisés, ou alors vivent dans un déni rebelle, mais pas moins dévastateur. La catastrophe initiale est envisagée à chaque épisode sous l’angle d’un personnage différent. Je trouve ces procédés brillants. Ils créent une tension qui accroche, qui émeut et qui angoisse. Chacune a sa propre manière de faire face au traumatisme, mais aucune n’est vraiment heureuse, aucune n’a une vie vraiment saine. J’ai vraiment accroché à cette histoire, cette esthétique et à cette ambiance névrotique de thriller couplé à un drame psychologique. Les actrices sont toutes très bonnes. Il est difficile de s’attacher à elles, notamment à cause de ce qu’elles sont : pas des personnages très positifs. Yuka, m’a été particulièrement antipathique, et l’histoire de Sae m’a paru être la plus effroyable et la plus malsaine. J’en frissonne encore.

Tokyo Sanpo – Florent Chavouet

Couverture - Tokyo Sanpo

Florent CHAVOUET

Tokyo Sanpo

Éditions Philippe Picquier, 2009

206 pages

.

Présentation de l’auteur

Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde.

Plus qu’un guide, voici un livre d’aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m’entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d’essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. A mon retour en France, on m’a demandé si c’était bien, la Chine.

Ce à quoi j’ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants.

Mon avis

Florent Chavouet se promène à Tokyo et il dessine. Les gens, les lieux, les objets. Il raconte certaines de ses aventures, montre les appartements qu’il a successivement habités, les lieux étonnants qu’il a découverts.

Ce livre, ce carnet de voyage, de dessin – peu importe comment on l’appelle – est difficilement résumable, vous m’excuserez donc d’en parler peu et sans beaucoup de détails. Simplement, si vous êtes curieux de Tokyo, Florent Chavouet vous propose une visite, quartier par quartier, de cette ville gigantesque, « la plus belle des villes moches du monde ». C’est drôle, plein de curiosités et d’anecdotes.

A lire également, du même auteur : Manabé Shima.

Manabé Shima – Florent Chavouet

Couverture - Manabé Shima

Florent CHAVOUET

Manabé Shima

Editions Philippe Picquier, 2010

141 pages

.

Présentation de l’éditeur

Le Japon est tellement une île qu’il est un archipel.

Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et même des îles où l’on pêche et l’on boit.

Parmi ces miettes de terre, il y a Manabe Shima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons.

Mon avis

Florent Chavouet, illustrateur et auteur de bandes dessinées, a passé deux mois sur une petite île de la Mer intérieure du Japon, Manabé Shima. Cet ouvrage est le compte rendu de son séjour. On y voit, dans le désordre : portraits d’habitants, dessins de maisons, d’intérieurs, des fêtes, une cérémonie au temple, des repas, des poissons, des portraits de chats, des poulpes, des scènes de pêche, des objets trouvés, d’autres poissons, des trajets en bateau, des portraits de famille, des scènes insolites, des jardins, la nature, des fougères, encore des chats et puis d’autres poulpes, et encore des plats traditionnels.

C’est drôle, amusant, coloré. On a droit à de nombreux détails et à une liste de vocabulaire indispensable à maîtriser et à utiliser sur Manabé Shima. Les anecdotes sont savoureuses (et mettront l’eau à la bouche plus d’une fois). Et les dessins sont très beaux et très sympa. Ce carnet est très vivant et c’est à la fois dépaysant et rafraîchissant à lire (quoique le Japon, en été, c’est plutôt étouffant).

A lire sans tarder et sans hésiter !

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Couverture - Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie OTSUKA

Certaines n’avaient jamais vu la mer

(traduit par Carine Chichereau)

Editions Phébus, 2012.

142 pages

.

Présentation de l’éditeur

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.

C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Ce roman a remporté le Prix Femina étranger 2012.

Mon avis

Julie Otsuka choisit la voix de la multitude pour narrer un épisode méconnu de l’Histoire : des femmes japonaises sont mariées « par correspondance » à des japonais émigrés. Elles sont décrites comme pleines d’espoir et se retrouvent au débarquement de multiples fois déçues.

L’auteur raconte ainsi le voyage, l’arrivée, la première rencontre avec le mari, le travail au champ, comme femme de ménage ou encore dans une blanchisserie, les enfants, la vie en communauté, le contact avec les blancs, leurs réactions et leur changement de comportement avec l’attaque de Pearl Harbor et puis ensuite le soupçon, les interrogations, les disparitions, la déportation.

A l’aide du nous, le récit hypnotique ne se centre pas sur une, mais sur ces milliers de femmes qui se sont retrouvées dans cette situation. Au lieu de choisir une vie, l’auteur en raconte de multiples : par des anecdotes, des faits, des petits évènements, on a une fresque de ce qu’a pu être la vie de ces femmes et de leurs familles. Ce n’est pas vraiment un roman, ni un documentaire, peut-être les deux. Des milliers de témoignages ont été compressés de manière à ne constituer que 140 pages et ça donne un livre passionnant, brutal par moment, émouvant, splendide.

J’ai lu sur certains blogs que le « nous » avait un effet lassant, répétitif, même ennuyant, mais ça n’a pas été mon cas. Ce procédé impose un rythme soutenu au point qu’il en devient hypnotique, il ne garde que l’essentiel, élimine les futilités, garde la substantifique moelle des nombreux récit qui parcourent ce livre.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote