L’Autre Ville – Michal Ajvaz

Michal AJVAZ

L’Autre Ville (traduit du tchèque par Benoît Meunier)

Mirobole éditions, 2015

220 pages

Présentation de l’éditeur

Les livres en fleurs et les tiges émergeant de leur centre s’étaient entrelacés pour former de solides passerelles qui résistaient à mes coups de machette.

Dans une librairie de Prague, un homme trouve un livre écrit dans un alphabet inconnu et l’emporte chez lui ; bientôt l’ouvrage lui ouvre les portes d’un univers magique et dangereux. A mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette autre ville, il découvre des cérémonies baroques, des coutumes étranges et des créatures fascinantes ; derrière la paisible Prague des touristes, des cafés se muent en jungles, des passages secrets s’ouvrent sous les pieds et des vagues viennent s’échouer sur les draps…

Livre hypnotique entre merveilleux et surréalisme, L’Autre Ville est une ode à la quête, et au courage nécessaire pour affronter les nouveaux mondes qui ne cessent de nous appeler.


Le narrateur trouve un petit livre étrange dans l’étalage d’un bouquiniste, couvert d’un alphabet étrange. En cherchant à comprendre ses mystères, il se rend à la bibliothèque universitaire où un bibliothécaire lui révèle  que c’est un passage vers un autre monde, qui se révèle à l’intérieur même de notre monde. Une cathédrale dans un abri à outils, des statues creuses et transparentes remplies de poissons comme un aquarium, une conférence universitaire nocturne à laquelle on peut assister en apportant une fouine, une jungle dissimulée entre les rayonnages au fond d’une bibliothèque… on suit le narrateur et ses pérégrinations alors qu’il découvre ce monde presque au hasard, s’y perd, y est pourchassé et y plonge définitivement.

L’Autre Ville est un roman étonnant qui plonge son lecteur dans un monde surréaliste et lui fait perdre ses repères. Au-delà du fait que Prague est une ville que je connais pas, dont je n’ai aucune image, aucune particularité du personnage ne nous est révélée. On ne connais pas son nom, ni son histoire, ni sa famille. On sait que c’est un homme et qu’il a été à l’université, mais son identité s’efface derrière sa recherche de cet autre monde, de cette autre ville. Il a un point de vue neutre et, à part les longues marches d’errances, il est un peu passif et décrit beaucoup ce qu’il voit. Il en vient aussi à se construire une sorte de philosophie ou de métaphysique de ce monde et du chemin qu’il y trace, ce qui m’a rallumé un peu d’intérêt au fil de ma lecture.

Cela en fait une lecture déconcertante, bonne mais pas si facile. Je confirme son aspect hypnotique (ou bien était-ce lié à mon état de fatigue), le problème étant que je ne comprenais plus ce que je lisais, alors qu’il y a pourtant des tableaux amusants à imaginer (essayez de visualiser des pistes de ski sur des montagnes de couvertures et d’oreillers…). L’expérience n’est pas désagréable, mais il m’a fallu m’accrocher.

Si cela vous tente et que vous avez envie d’être surpris, n’hésitez pas à vous lancer dans la lecture de L’Autre Ville. Mais attendez vous à être TRES surpris ! Pour ma part j’ai du mal à formuler une quelconque appréciation : je me suis laissée portée, mais c’est le genre de lecture qui n’implique pas émotionnellement son lecteur. Bonne ou mauvaise chose, je vous laisse juger. Pour ma part, à part un peu de curiosité, il m’a manqué l’aspect aventureux que j’avais imaginé.

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La brave soldat Chvéïk – Jaroslav Hasek

Couverture - Le brave soldat Chvéïk

Jaroslav HAŠEK

Le brave soldat Chvéïk (traduit du tchèque par Henry Horejsi)

Folio, 2005.

365 pages.

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Présentation de l’éditeur

Dans les rues de Prague, dit l’auteur, vous pouvez rencontrer un homme qui suit paisiblement son chemin sans déranger personne. Si vous l’interrogiez sur son nom, il vous répondrait de l’air le plus tranquille du monde : « je suis Chvéïk. » Cet homme modeste n’est autre que le guerrier dont tous les citoyens de Bohème avaient le nom à la bouche. Tout a commencé pour Chvéïk quand l’héritier d’Autriche mourut à Sarajevo. Cet honnête marchand de chiens au pedigree douteux connaît la prison et l’asile de fous pour avoir trop parlé au cabaret. En dépit de ses démêlés avec la police sourcilleuse, et de ses rhumatismes, il s’en va offrir ses services à l’empereur. Mais rien n’est simple dans la vie. Tel un Don Quichotte sentencieux comme Sancho Pança, le candide Chvéïk court d’aventure en mésaventure sans perdre le sourire au fil de cette satire célèbre en Europe Centrale.

Mon avis

Le brave soldat Chvéïk est un roman satirique de l’écrivain et journaliste tchèque Jaroslav Hašek, publié pour la première fois en 1921 et qui a connu un grand succès dans l’Europe centrale. Chvéïk est un citoyen tchèque, vendeur de chiens, qui se retrouve embarqué dans des aventures loufoques et burlesques alors que commence la Première Guerre mondiale. Décrit comme honnête et naïf, il avait été réformé de l’armée pour « idiotie notoire ». Mis le voilà de nouveau pris dans la grande aventure de la guerre. Dans ce premier tome, cependant, la guerre il la voit peu. Il est d’abord emprisonné pour avoir trop parlé sur l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo. Libéré après avoir passé quelques jours en prison et en asile de fous, il est décidé à se faire engager pour aller combattre à la guerre. Cependant, on pense qu’il simule ses rhumatismes et il est de nouveau enfermé pour avoir voulu échapper ainsi à l’engagement dans les troupes armées. Il sort de nouveau, mais en tant qu’ordonnance d’un aumônier, puis d’un officier.

Le récit est rendu très vif par de nombreuses péripéties, des discours dynamiques et très drôles. Chvéïk est un personnage antimilitariste malgré lui : plein de naïveté, d’optimiste et de zèle, il triomphe partout et révèle l’absurdité de la guerre et du système militaire. Pour les tchèques, Chvéïk est devenu un symbole de résistance. Pour moi, c’est un personnage des plus amusants, idiot mais terriblement sympathique et presque attendrissant. Je me suis régalée en lisant ce roman, les situations grotesques et absurdes s’enchaînent, des plus graves et atroces au plus légères, et pourtant, partout on rit. C’est le grand pouvoir de la satire. On rit quand Chvéïk raconte comment il camoufle et vend ses chiens voler, quand pour vouloir défendre l’honneur impérial, il est passé devant le tribunal militaire, ou encore quand il convainc l’officier qu’il sert de son innocence dans le vol d’un chien d’un général. L’humour, très efficace, est jubilatoire. En plus de ça, Le brave soldat Chvéïk se lit très bien. On savoure chacune des phrases et des péripéties. Cette lecture m’a vraiment enthousiasmée, malgré un côté un peu redondant à la longue.