Dans les ombres sylvestres – Jérôme Lafargue

 
Jérôme LAFARGUE
Dans les ombres sylvestres
Quidam Editeur, 2009
182 pages
Collection Made in Europe

Présentation de l’éditeur

Un homme sauvage, jeteur de sort, venu d’un nulle part archaïque et terrifiant, s’installe à Cluquet, petit village pris entre l’océan et une forêt tout aussi immense. On l’y craint comme on profite de ses dons, jusqu’à ce que la guerre l’emporte comme des millions d’autres. Mais ce révolté dans l’âme a-t-il tout à fait disparu ?

Audric, son arrière-petit-fils, éprouve d’énormes difficultés à assumer cette ascendance pesante, dans un hameau désormais abandonné par la faute de son aïeul et de sa magie funèbre mais qu’il ne peut lui-même se résoudre à quitter. N’est-il qu’un fétu de paille balloté par l’histoire sombre de sa famille ? Ou quelqu’un d’encore plus inquiétant, esprit insurgé porteur d’un destin qui le dépasse ?

Dans les ombres sylvestres n’est pas seulement une ode à la forêt et ses enchantements. C’est aussi un portrait à fleur de peau d’un homme fragile, amoureux, et désespéré à l’idée de ne pas se montrer à la hauteur d’ancêtres hors du commun dans un monde qui se disloque jour après jour.


Aubric, dans ce roman, se fait narrateur pour raconter l’histoire de sa famille. Celle-ci commence avec Elébotham, un homme sorti d’on ne sait où et qui s’est taillé une réputation de rebouteux. Osmin puis Jaguen – le père d’Aubric – et Aubric lui-même ont dû vivre avec cette légende, dans la maison en haut des dunes, entre la forêt et la mer. Aubric raconte son histoire, en mettant en perspective sa propre vie et sa personnalité à l’aune de cette ascendance. Il va aussi chercher à explorer plus en détail la vie de son arrière-grand-père, pour savoir enfin d’où il vient et d’où il tire ses dons de rebouteux.

Ces recherches sont l’entrée dans le roman d’une sorte de surnaturel, un monde fantastique, de sorcellerie, qui prend ses origines dans la croyance populaire et dans les jungles africaines. Cependant, un doute s’insinue : le narrateur ne serait-il pas fou ?

Le style est délicat, plutôt joli, pour décrire la grandeur des bois, de l’océan, ou les tourments du narrateur. Le roman est étonnant, loin de l’ambiance champêtre attendue avec le titre. Je peine un peu à mettre des mots sur cette lecture. Je ne l’ai pas détestée, elle m’a plutôt intéressée, elle est déroutante (avec une fin qui remet tout en question), atypique. En tous cas, ça m’a fascinée.

Un roman pour visiter les Landes, se perdre entre la forêt et la mer, et découvrir une légende. Un roman unique en son genre, peu connu, mais qui mériterait un plus grand public.

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L’Âme de l’Empereur – Brandon Sanderson

Brandon SANDERSON

L’Âme de l’Empereur

Editions Le Livre de Poche, 2014

201 pages

Présentation de l’éditeur

La jeune Shai a été arrêté alors qu’elle tentait de voler le Sceptre de Lune de l’Empereur. Mais au lieu de l’exécuter, ses geôliers concluent avec elle un marché. L’Empereur, resté inconscient après un tentative d’assassinat, a besoin d’une nouvelle âme. Or Shai est une jeune Forgeuse, elle possède la capacité magique de modifier le passé d’un objet, et donc d’altérer le présent. Grâce à ce talent, Shai doit forger le simulacre d’une âme. Une tâche ardue, sur laquelle repose le destin de l’Empire… et celui de Shai.


Shai est engagée par les Eminents – les conseillers de l’Empereur – pour reconstruire l’âme de l’Empereur, grâce à sa pratique de Faussaire ou de Forgeuse qui lui permet de modifier le passé des objets pour leur donner une nouvelle forme, en gravant des spiritampes, des sortes de tampons qui s’applique sur les choses à modifier. Cette magie est un art ou un artisanat. La gravure des spiritampes nécessite de l’érudition pour connaître le passé des objets et les modifier.

Malgré l’assurance qu’elle a reçu des Eminents, Shai n’est pas sûre de se sortir vivante de son entreprise. Tandis que certains Eminents tentent de l’acheter, que Shai se rapproche d’autres Eminents, et qu’elle planifie son échappée, elle se plonge dans la vie de l’Empereur, décortique sa personnalité, met à jour ses désirs et ses secrets, dans le but de recréer une âme similaire à celle de l’homme avant l’attentat.

L’intrigue est assez courte, et se déroule principalement dans une seule chambre du palais. L’aspect huis-clos est sympa, et dans le contexte de cette histoire, ça la rend d’autant plus intéressante. On pénètre facilement dans ce monde inspiré de cultures asiatiques, et l’auteur a fait en sorte que l’on comprenne facilement comment fonctionne cette magie, malgré la finesse du roman. De même, on saisit facilement les enjeux des faits et gestes de Shai, intimement liés aux intrigues politiques qui se nouent dans le palais.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, après la difficulté que j’avais eu à lire Warbreaker du même auteur. Cela m’encourage à découvrir le reste de son oeuvre et de ses univers. C’était déjà le cas dans Warbreaker, et c’est surtout ce que je garde de ce roman : l’univers développé est incroyable, astucieux, passionnant. Ca, et la façon dont l’intrigue est menée me font vous conseiller très chaudement ce roman. En plus c’est un tome unique et il fait tout juste 200 pages, avec une postface de l’auteur qui explique la manière dont il a imaginé son univers et ce qui l’a inspiré.

Et pour poursuivre à propos de l’inspiration, je l’ai de nouveau pour lire de nouveau cet auteur.

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La saison de la sorcière – Roland C. Wagner

Couverture - la saison de la sorcière

Roland C. WAGNER

La saison de la sorcière

Éditions J’ai Lu, 2006

221 pages

Collection Science Fiction

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Présentation de l’éditeur

La Chine a envahi la Mongolie, la France est occupée par les Etats-Unis, une guerre civile sans précédent menace l’Inde, lorsqu’une vague d’attentats à peine croyables bouleverse la planète. Un ptérodactyle géant arrache la Tour Eiffel, des statues de Mao ravagent Pékin, un Godzilla dévaste le port de Yokohama et des soucoupes volantes auraient procédé à des abductions dans l’Arkansas. Face à ce terrorisme surnaturel, la communauté internationale se lance dans une chasse aux sorcières d’un nouveau genre, enrôlant de force tout ce que la planète compte de magiciens potentiels. Le futur n’est plus ce qu’il était, et ce n’est décidément pas la bonne saison pour sortir de prison.

Mon avis

Fric sort tout juste de prison pour avoir été arrêté en possession de drogue. C’est là-bas qu’il apprend l’enlèvement de la Tour Eiffel et l’invasion de la France par les Etats Unis. L’un de ses co-détenu lui confie une lettre pour la donner en main propre à ses destinataire. Quand il se retrouve avec des ennuis plein le dos pour avoir agressé un soldat tazu avec ses amis de la banlieue parisienne, c’est vers cette adresse-là qu’il va se tourner. Il tombe alors sur une étrange communauté de marginaux, l’Enclave, tournée vers l’informatique et qui semblent avoir un lien avec les étranges attentats magiques qui se sont abattus sur le monde.

L’histoire de Fric n’est en fait qu’une petite partie de l’intrigue de ce roman. Mais c’est le personnage récurrent, celui qui nous permet de nous y retrouver dans tous ces évènements : il lit les articles de journaux qui parlent de l’invasion tazue, des attentats, du recrutement de cette brigade de magiciens, de l’avancée du terrorisme en France… En fait, les attentats sont très symboliques : il n’y a pas de morts lors de ces manifestations de magie, ou alors une ou deux personnes sont mortes mais par accidents.

Toute cette histoire est tellement loufoque que c’est difficile de savoir par quel bout commencer. Le narrateur nous fait adopter tous les points de vue possibles pour avoir une vision large des évènements. D’où le rôle de Fric pour qu’on puisse y voir un peu plus clair.

Le monde décrit est déjanté mais il est crédible. On a une situation géopolitique qui paraît d’abord improbable, mais qui est cohérente et qui est révélatrice de problèmes essentiels. Ce qui est visé en substance c’est l’impérialisme américain et la politique que cela amène à mener. On retrouve le même aspect satirique que dans Pax Americana.

Le point de vue de l’auteur transparaît dans des descriptions sarcastiques ou dans un cynisme ambiant. Il fait la critique implicite des politiques et de la paranoïa qui ont suivi le 11 septembre et la guerre en Irak (le roman a été écrit en 2003). On a en fait un bout d’actualité est revisitée par un mélange de science fiction et de fantastique.

Le roman est très divertissant tant dans sa forme que dans son contenu. Il a aussi un fort rapport à la musique. L’auteur semble d’ailleurs se faire plaisir en concluant son roman par un morceau représentatif. Et puis il manie délire et subversion avec délice dans des intrigues dont l’aspect déjanté fait tout le sel.

Ce genre de roman, c’est une bouffée d’air frais qui nous permet de jubiler en ayant l’impression de lire quelque chose d’intelligent. Il y a beaucoup à en dire, notamment à propos des sous-entendus qui parsèment ce roman sur tous les sujets possibles, depuis le terrorisme à la discrimination. L’ironie et l’humour noir sont également au rendez-vous pour cette folle aventure de magie, d’informatique et de musique.

A noter que La saison de la sorcière a obtenu le prix Bob Morane 2004, catégorie « roman français » et le prix Rosny Aîné 2004, catégorie « roman ».

Et en conclusion :