Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir, Fabien Cerutti

Fabien CERUTTI
Le Bâtard de Kosigan, 1. L’ombre du pouvoir
Editions Mnémos, 2014
352 pages
Collection Icares

 

Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…


Nous sommes en 1339, en plein Moyen Âge. Mais un Moyen Âge habité autant par des humains, que par des elfes, des nains, des orcs ou d’autres créatures plus ou moins connues du bestiaire de la fantasy. L’Eglise a longtemps traqué ces créatures, leur magie étant impie, et une paix fragile a été accordée quand une princesse elfe est devenue Comtesse de la Champagne, faisant de celle-ci une terre d’asile pour les elfes et les autres peuples pourchassés. Mais en Champagne, la situation est difficile a tenir, puisqu’elle est prise en étau entre le Royaume de France et le Duché de Bourgogne – indépendant de la Couronne. Dans ce contexte instable, Pierre Cardwain de Kosigan, dit « Le Bâtard », est un interlocuteur privilégié pour toute basse-besogne, complot secret, ou enquête discrète. Un tournoi organisé en Champagne est au coeur de tous les enjeux politiques et diplomatiques de l’année, et bien sûr, le Bâtard de Kosigan a décidé d’y participer.

C’est le journal du chef mercenaire qui nous est dévoilé ici. Et, je ne sais pas pourquoi, je m’attendais presque à un personnage plus violent et bourrin. Je ne dis pas qu’il n’est pas violent, mais il est beaucoup plus subtile. Bon, il triche, ment, séduit, corrompt, trahit et assassine, mais le phrasé est élégant, et il est difficile de savoir qui il sert réellement – bon, en fait c’est facile : lui-même – et quel est son but. Avertissement (annoncé dès la première page): il ne révèlera pas ses plans. On découvre donc au fur et à mesure chacune de ses actions et ses conséquences. On devine derrière une stratégie sans jamais avoir de plan d’ensemble. Et on se fait surprendre – en tous cas, je me suis faite avoir par ses intrigues.

Tout le roman va donc tourner autour du tournoi (ahah !). C’est une action qui dure quelques jours, qui porte une forte tension, et qui va nécessiter du personnage bien des efforts. Mais on va aussi suivre la correspondance de Michaël Konnigan, un lointain descendant de Pierre Cadwain de Kosigan de la fin du XIXe siècle, à qui on livre un curieux objet en héritage et qui va en apprendre plus – ou plutôt soulever de nombreux questions – sur son ancêtre magouilleur. Les deux fils de l’intrigue se mêlent habilement et le deuxième présage de grands évènements à venir dans le premier.

Et en substance, on en apprend plus sur ce monde, ce Moyen Âge-là : la magie, les ravages faits par l’Inquisition dans les rangs des peuples anciens. On croise plusieurs races : Humals (hommes à têtes de lion), elfes, nains, Changesang (capable de prendre l’apparence d’autres personnes), esprits de rivière… Au delà de cet aspect magique, ce Moyen Âge a un goût d’authentique. Et pour cause, l’auteur est historien. Certains mots de vocabulaire employés, les pièces d’armures, les types de chevaux, les textes en ancien français qui nécessitent une traduction (d’ailleurs le journal du mercenaire a sûrement été traduit pour qu’on puisse le lire ;) )… tout nous met dans l’ambiance des romans de chevalerie, les complots en plus. Et j’insiste là-dessus, parce que c’est un sentiment que l’on a rarement dans les romans de fantasy dite médiévale.

Je ne m’attendais pas non plus que toute l’action soit si condensée autour d’un évènement, mais j’ai beaucoup aimé, et même si ça peut paraître court, il y a tellement de combats – décrits avec minutie, notamment lors du tournoi – d’actions, de retournement de situation, de « je veux bien te servir, mais en fait je sais que je vais te trahir », de double-jeu, etc. qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.

En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lecture.

Chien du heaume – Justine Niogret

Couverture - Chien du heaume

Justine NIOGRET

Chien du heaume

Editions J’ai lu, 2011

222 pages

Collection Fantasy

Présentation de l’éditeur

Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloîtrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les moeurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t-elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?


 Je ne sais que la voix du fer, de la tempête et des cris des hommes.

J’ai eu le grand plaisir en début d’année de relire ce roman. Je reste encore subjuguée par ce style, cette originalité et cette histoire qui s’apparente d’une certaine manière aux mythes médiévaux et aux chansons de geste. (Je prends le temps de faire un parenthèse : j’ai eu il y a quelques années des cours sur la littérature du Moyen Age. Le prof était super intéressant et drôle, mais c’était il y a trop longtemps pour que j’en garde un souvenir précis. Je m’excuse donc par avance des inexactitude que je pourrais écrire ici).

Voici un roman plutôt étrange. Court et surtout inclassable de mon point de vue. En lisant le résumé et le nom de la collection, on peut penser que c’est de la fantasy ou même un roman historique. Mais il n’y a pas vraiment d’évocation de faits historiquement avérés et on n’est pas non plus dans un monde inventé, où cohabiteraient hommes, elfes, nains et autres créatures de magie.

Lors de ma première lecture, je me souviens d’être restée perplexe en lisant les premières pages : je ne savais pas trop ou j’atterrissais. Cela ne m’a pas déplu et j’ai continué, d’autant plus que le style de l’auteur m’intriguait. Je trouve la performance remarquable dans la mesure où on n’est plus dans un langage du XXIème, mais dans quelque chose qui sonnerait comme le ton de l’époque : tournures de phrase qui peuvent sembler soutenues, mais seulement parce que ce n’est plus vraiment utilisé de nos jours, mots d’ancien ou moyen français (enfin, je suppose : mes connaissances en la matière sont limitées !). Ça sonne archaïque et pourtant ça reste fluide. Et comme je prends toujours plaisir à lire un style qui se distingue des autres, j’ai poursuivi.

L’intrigue n’est pas uniforme, dans Chien du heaume. La quête de l’identité du personnage est un point de départ et semble être un prétexte à l’auteur pour nous faire découvrir plein de personnages, et d’anecdotes un peu épisodiques, mais qui trouvent leurs places dans un schéma plus global. De fait, le roman se déroule sur plusieurs années.

Ce que je retiens cependant, c’est l’ambiance de violence et de brutalité qui s’y développe. Et c’est d’un réalisme saisissant. Il est loin l’amour courtois ! Les chevaliers ne sont pas surnommés « Sanglier », « Salamandre » ou « Chien » pour rien ! Leur bestialité apparaît sans équivoque. Ce sont des brutes, des combattants rudes, sans vraie beauté. Notre héroïne elle-même est grasse, pas jolie, avec le museau « aussi noir que les bêtes ». Mais c’est une mercenaire et avec sa hache, elle devient redoutable. Mais ça ne les empêche pas de rêver, d’aimer qu’on leur conte des histoires, de se plonger dans la mélancolie et de tenir des discours d’une remarquable profondeur.

« Chien, qui n’avait souvenance de rien de son petit âge, revit pourtant, dans les brumes de son bol, une vieille image réveillée par la maladie, la fatigue, les songes de guerre et l’aveu du meurtre de son père. Et cette image était celle d’une falaise, d’une falaise qui éventrait, toute couleur d’herbes, d’algues et de rocs. Elle balafrait une lande dévorée par les vents, et Chien du heaume se souvint que c’était cette blessure qui donnait  forme à la terre, qui lui serinait ses frontières grises, que, sans elle, la lande n’aurait été qu’un lieu sans limites et sans fin, balayée de toutes les bourrasques que l’océan aurait su lui jeter au corps. Cette terre était tout  comme la mercenaire, c’était leur manque et leur plaie qui les définissait. »

Si le contexte est indéterminé, et le genre incertain, il ne faut pas oublier que le roman possède par moment un aspect onirique, un peu comme des contes, des fables ou des légendes qui seraient racontées au coin du feu. C’est d’ailleurs ainsi que le roman est introduit. Le narrateur s’adresse directement à son audience pour lui souffler à l’oreille un ou deux secret de son personnage.

Cette lecture est très agréable. Il faut souligner que l’auteur s’y connait en terme de Moyen Age, de pièces d’armurerie, de chevalerie. Elle nous offre un tableau étonnant de cette période. Ses personnages son fascinants, loin des lieux communs que l’on retrouve régulièrement en littérature.

Vous voulez une autre preuve de sa qualité ? Ce roman a été récompensé de quelques prix : le Prix Imaginales 2010 du roman francophone ; le Grand Prix de l’Imaginaire du festival Étonnants Voyageurs 2010 pour les romans francophones ; et le Prix Oriande 2010 du roman de féérie.

Je conseille ce roman sans aucune retenue. Si ce que j’ai pu écrire plus haut vous intrigue ne serait-ce qu’un petit peu, laissez-vous tenter, vous ne serez pas déçu !

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Les Haut-Conteurs, 1. La Voix des rois, Oliver Peru et Patrick McSpare

Couverture - La Voix des rois

Oliver PERU et Patrick MCSPARE

Les Haut-Conteurs, 1. La Voix des rois

Éditions Pocket, 2013

336 pages

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Présentation de l’éditeur

Au XIIe siècle, les Haut-Conteurs, prestigieux aventuriers et troubadours portant la cape pourpre, parcourent les royaumes d’Europe en quête de mystères à éclaircir et d’histoire à raconter. Ceux qui ont la chance de les entendre s’en souviennent toute leur vie. Les Conteurs possèdent la Voix des rois dont ils usent comme d’une instrument magique. Mais dans le secret, ils recherchent surtout les pages disparues d’un livre obscur, un ouvrage vieux comme le monde que certains croient écrit par le diable en personne…

Mon avis

Roland vit à Tewkesbury. Jeune garçon de 13 ans, il n’a qu’une seule perspective d’avenir : prendre la succession de son père dans l’auberge qu’il a construit. Quand un Haut Conteur vient à Tewkesbury pour faire des recherches sur la présence de goules dans la région, Roland se prend à rêver à une vie d’aventures, de mystères et de merveilles. Mais le Haut Conteur disparaît. Des hommes du village le recherchent, en vain. Un soir, alors que Mathilde la Patiente, Haute Conteuse, enquête sur la disparition de son frère, Roland quitte l’auberge pour chercher le Haut Conteur à son tour. Il se perd dans la forêt et retrouve le Haut Conteur au fond d’un terrier. Celui-ci a été poignardé et il est mourant. Il confie à Roland un message pour l’un de ses amis, un rouleau dans lequel il a conservé un manuscrit et sa cape. Quand il revient au village, Mathilde est obligée de prendre en compte le fait que Corwyn a fait de Roland un Haut Conteur. Mathilde le prend alors sous son aile pour faire son éducation de Haut Conteur. Elle lui parle aussi du Livre des Peurs, ce livre dont les pages sont cachées dans divers pays d’Europe et que les Haut-Conteurs traquent afin qu’elles ne tombent pas en de mauvaises mains. De nombreuses légendes circulent sur ce livre. Ses pages, correctement décryptées, contiendraient des secrets, des prophéties. Roland l’accompagne aussi alors qu’elle enquête sur le meurtrier de son frère Conteur. Ils suivent les traces de Corwyn le Flamboyant pour retrouver le chemin qu’il a parcouru et démasquer ceux qui l’ont attaqué. L’assassin se cache parmi les villageois, et il entretient des liens avec les créatures qui hantent la nuit : goules, upyrs.

Ce premier tome de la série prend la tournure d’un roman policier : Mathilde et Roland doivent identifier le criminel parmi les villageois et l’arrêter. Le récit est rendu dynamique par les nombreuses actions des personnages, les secrets qu’ils découvrent et leur recherche de la vérité au sein des pages du Livre des peurs.

Roland est un adolescent. Il fait là son apprentissage. On apprend en même temps que lui et c’est là que le roman prend un aspect très « jeunesse » dans le style et les pensées du personnage – sans que cela soit un défaut pour autant. Suivre ce personnage est assez agréable. Il s’interroge, il évolue, il a des peurs, des envies, celle de trouver sa Voix par exemple, il a des soucis liés à son âge : pourquoi la fille qu’il aime ne lui parle-t-elle plus ? Déçoit-il son père en souhaitant devenir un Haut Conteur ?

Le monde médiéval est très bien rendu. On se croirait dans un roman historique s’il n’y avait les créatures fantastiques, le Livre des peurs et ses prédictions, dont l’une désigne clairement Roland comme un acteur capital de grands évènements à venir. Le roman contient aussi des gravures, des images des pages trouvées par les personnages. Le fantastique mis en place est aussi original : les créatures ne sont pas vraiment inhabituelles, mais la magie de la Voix développée est impressionnante et fascinante.

En conclusion, j’ai beaucoup apprécié ce roman. Il se lit tranquillement et est bien prenant, grâce à ses personnages, à son univers et à son intrigue pleine de mystères.

La Confrérie des chasseurs de livres – Raphaël Jerusalmy

Couverture - La confrérie des chasseurs de livres

Raphaël JERUSALMY

La Confrérie de chasseurs de livres

Éditions Acte Sud, 2013.

315 pages

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Présentation de l’éditeur

Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d’histoire. François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution. Quand il reçoit la visite d’un émissaire su roi, il est loin d’en espérer plus qu’un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l’évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d’abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s’installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome. Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu’aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d’en bas, dans un vaste jeu d’alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche des forces de l’esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l’humanisme et la liberté.

Mon avis

François Villon est en prison quand l’évêque Chartier, mandaté par Louis XI, l’en sort avec une mission. Utilisant son intérêt pour les livres, il l’envoie convaincre le libraire et imprimeur Fust de fournir la France en livres censurés pour affaiblir l’autorité du Vatican et unir la nation sous une seule bannière : celle du roi de France. Pour obtenir les manuscrits, François et Colin de Cayeux, son ami Coquillard, sont envoyé en Italie puis en Palestine où leur chemin semble déjà être tout tracé. Ils vont d’abord aller dans un monastère, puis à la rencontre d’un rabbin, avant d’être emprisonnés par les mamelouks qui contrôlent Jérusalem et ses alentours. Ils ne devront leur liberté qu’aux vers de Villon et à la pugnacité de Colin. Ou alors à la bonne volonté de quelques protecteurs de la Confrérie des chasseurs de livres : Frère Paul, le moine bon vivant, Rabbi Gamliel, ou encore Federico le gentilhomme italien proche de Côme de Médicis. Ils ont passé l’épreuve pour aller visiter la Jérusalem d’en-bas et approcher le cœur de la Confrérie des chasseurs de livres et ses secrets. Ils apprennent que la Confrérie détient des écrits d’une importance capital pour la chrétienté : les dernières paroles du Christ rapportées par un rabbin qui s’est entretenu peu de temps avant sa condamnation par les romains. Villon, très croyant malgré les apparences, brûle de toucher, sans parler de lire ces écrits. Cela lui sera accordé après une longue initiation : alors que Colin repart pour l’Europe avec une cargaison de livres à faire imprimer, dont le manuscrit du Testament de Villon, celui-ci est mené sur les rives de la Mer Morte pour accomplir la seconde partie de sa mission.

Le roman se situe à une époque de grands changements sociétaux. L’imprimerie qui permet une plus grande diffusion des écrits, à moindre coût : les ouvrages des philosophes antiques, des poètes, des penseurs deviennent accessible à une autre partie de la société. La religion est abordée, ainsi que les conflits et les luttes de pouvoir qui s’organise autour d’elle. Le roi Louis XI est en conflit avec le Pape qui soutient les seigneurs frondeurs qui s’opposent à lui. Louis XI essaie de contrer son autorité en autorisant la publication d’ouvrages prohibés par l’Inquisition, sous privilège royal. C’est aussi la construction d’une nation qui s’opère, via son meilleur ambassadeur, un poète, celui qui manie la langue française et en fait une arme, contre le latin. La langue française devra attendre François 1er pour devenir la langue officielle, en attendant, défendre Villon, c’est défendre le français. Il y a aussi l’idée que la connaissance est source de pouvoir : en la propageant, on affaiblit le pouvoir de celui qui en avait le monopole, à savoir l’Eglise catholique.

Le personnage a une formidable potentialité romanesque : c’est un poète, le premier poète moderne, certainement le premier poète maudit ; un brigand, un aventurier ; un libertin, un érudit, amoureux des livres, avec sa liberté d’esprit, son insolence et son intelligence qu’il cache sous une attitude débonnaire et simple ; un croyant ambigu : avec un profonde croyance en Dieu et Jésus, il cherche son dieu, mais il affiche le comportement d’un athée. Génie rebelle, il a un aspect populaire, proche du peuple. Il est imprévisible : plusieurs facettes de sa personnalité sont montrées dans ce roman. A mes yeux de lectrice du 2014, il a un caractère de légende.

Catins et gentes dames, bandits et notaires, seigneurs et ouvriers, touchants ou grotesques, déambulent parmi les strophes, tous plus préoccupés d’amour et de bonne chère que de savoir si la terre est plate, ronde ou quadrangulaire. Car Villon n’est pas seulement le héraut d’une ère nouvelle. Il est le croque-mort de celle-ci. Il tire un trait attendri sur une époque qui se meurt. Mais lui, refuse de mourir avec elle. Il s’est éclipsé, plantant là curés et gendarmes, rois ambitieux et évêques véreux, léguant, à qui en voudra, sa légende, sa rengaine. Aux hommes de demain, il n’adresse ni beau discours ni proclamation. Juste un gentil clin d’œil.

Le roman a un aspect picaresque avec tous ses rebondissements. La mission confiée par Chartier devient pour Villon un parcourt initiatique alors qu’il déroule les étapes de son voyage.

J’ai trouvé que l’intrigue manquait de rythme, tout comme le personnage principal manquait d’épaisseur. Les descriptions sont très appliquées et s’attachent à nous faire revivre une époque. Il y a de nombreuses péripéties, mais en vrai ce n’est pas rendu haletant, trépidant ou passionnant, comme on aurait pu l’espérer. L’auteur a une plume « érudite » : il inclut des noms de penseurs, des citations de philosophes… On sent qu’il y a de la recherche, mais cela reste abordable. On apprend des choses sur l’époque, ne serait-ce qu’en ayant un aperçu des ateliers d’imprimeurs, mais le résultat est plutôt soporifique.