Le Fossoyeur – Adam Sternbergh

Adam STERNBERGH

Le Fossoyeur (traduit par Florence Dolisi)

Editions Denoël, 2015

264 pages

Collection Lune d’encre

Présentation de l’éditeur

Tous les cimetières sont pleins depuis longtemps.

Il se fait appeler Spademan, le Fossoyeur, presque un nom de super-héros. Vous ne saurez jamais son vrai nom. Il a été éboueur. Un jour, il a trouvé un bébé dans un sac-poubelle. Quelques années plus tard, sa femme est morte dans la série d’attentats radioactifs qui a vidé New York de ses habitants. C’était il y a longtemps : une autre vie.

Maintenant, Spademan est tueur à gages. Il est resté dans les ordures, mais son salaire a considérablement augmenté. Il n’est pas sexiste : homme, femme, il s’en fout. Vos raisons, il s’en fout. D’ailleurs, le fric aussi il s’en fout.

Et quand on lui demande de tuer la fille du richissime prédicateur T K Harrow, une gamine qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans, il n’y voit aucun problème. Mais dans la toile de Harrow, pour la première fois de sa sinistre carrière, Spademan n’est pas la plus grosse araignée.

Mélange foudroyant de roman noir et de cyberpunk, au style sec comme un vieil os, le Fossoyeur est un uppercut qui en dit long sur la tentation nihiliste. Dès parution, Hollywood en a acquis les droits d’adaptation cinématographique.


« Le Cyberpunk, c’est la science fiction à l’ère de l’urbanisme et des réseaux informatiques. » (Le Cafard cosmique)

Nous sommes dans un contexte futuriste, mais un futur relativement récent. New York a subit plusieurs attentats à la bombe nucléaire. A part les quartiers touchés, la vie peut continuer normalement, mais les habitants ont préférés fuir la ville. Ceux qui restent vivent dans un environnement dangereux. Peu de temps avant les attentats, est apparue une nouvelle addiction : la limnosphère. C’est une sorte de monde virtuel dans lequel on se plonge en étant relié à un lit et à un équipement médical qui maintient le rêveur en vie. Un monde dans lequel on pourrait vivre sans interruption, à partir du moment où quelqu’un resterait à surveiller les signes-vitaux et à approvisionner le corps en minéraux. C’est une addiction qui coûtent cher et seuls les riches peuvent se permettre d’y rester un long moment, embauchant infirmières et gardes du corps. Et la limnosphère étant un système reposant sur l’informatique, il y a des hackers et des ingénieurs qui travaillent sur des améliorations du système pour le rendre encore plus réaliste et immersif.

Spademan est un tueur à gages. Il vit et tue à New York. Ce n’est pas un homme surentraîné à la James Bond qui aurait changé de métier, plutôt un homme normal, banal qui a un métier inhabituel. Il a instauré un rituel de travail précis pour préserver son efficacité et sa sécurité. Il a aussi quelques règles : il ne fait pas les mineurs, mais dès 18 ans, aucuns problèmes, il s’exécute et exécute. Perséphone a tout juste 18 ans. C’est donc une victime dans ses cordes. Mais alors qu’il la pourchasse et qu’il s’apprête à la tuer, il se rend compte qu’il y a un problème en lien avec le père de la demoiselle : celui-ci est un prédicateur, un homme très riche qui a bâti sa fortune sur une émission télévisée religieuse.

C’est Spademan qui raconte son histoire et sa rencontre avec Perséphone. Au fur et à mesure qu’il déroule ses aventures, il va aussi être amené à parler de son passé, de sa femme et de la manière dont il est devenu assassin. Son style est haché, percutant, efficace, avec des dialogues épurés, et qui fait du roman un vrai page turner. Il y a de nombreux rebondissements, Spademan va notamment devoir enquêter sur ce qui est arrivé à Perséphone pour qu’elle ait ainsi sa tête à prix. On a donc un contexte futuriste avec une technologie nouvelle et potentiellement pernicieuse, dans une ville pratiquement désertée, avec un personnage qui est à la fois un tueur et un enquêteur (parce qu’il faut bien qu’il trouve ses victimes avant de les achever). En plus de l’aspect science-fictif, il y a donc une bonne dose de thriller. De quoi passer un bon moment.

Pourtant ce roman m’a semblé brasser beaucoup d’air pour pas grand chose. Le narrateur a un nom de super héros qui le place entre le dur à cuir et l’homme de principe. Pourtant c’est loin d’être une pointure, il se fait souvent dépasser, il est taraudé par son passé. Malgré ça, je l’ai trouvé assez creux et il est difficile de s’y attacher ou de s’y intéresser tellement il est froid. C’est un roman qui a une certaine noirceur, mais le tout est tellement efficace qu’il manque de profondeur.

C’est donc une lecture en demi-teinte, idéal pour une lecture facile, rapide et sans prise de tête, mais qui reste plutôt creuse et qu’on oublie vite. La quatrième de couverture annonce une future adaptation cinématographique, et sur Livraddict, il est présenté comme étant le premier tome d’une série. Voir l’adaptation, pourquoi pas, mais de là à lire une éventuelle suite, je ne crois pas que je ferais l’effort.

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Nocturne, Pascal Blanchet

Présentation de l’éditeur

Août 1948. New York suffoque sous la canicule. Alors que la nuit s’étend sur la ville, la voix d’Anne Scheffer, reine des ondes, transporte loin des cuisines et des rares clients une serveuse de cafétéria de la 33e rue et ajoute au drame banal d’un auteur sans succès de Brooklyn.

Nocturne est la chronique d’une nuit qui peine à voir le jour…

Voici la bande annonce :

Mon avis

Nocturne est un objet difficile à définir. C’est un beau livre, assez petit (20 cm de côté), à la couverture unie, aux tons bruns, sans image. C’est d’une sobriété intrigante, puisque rien ne nous est dit sur le contenu du livre, pas le moindre indice, sauf le petit texte de la quatrième de couverture. Alors on ouvre ce livre et on découvre avec intérêt les dessins de Pascal Blanchet.

L’ambiance est d’abord feutrée, sombre, avant que le rideau ne se lève sur l’obscurité de cette nuit déjà tombée. La chanteuse Anne Scheffer, reine de la radio, chante et sa voix transmise par les ondes se répercute dans toute la ville, au milieu des buildings à l’architecture gigantesque écrasante, dans la cafétéria au comptoir bleu canard où la serveuse reçoit un appel de sa famille, dans cet appartement sombre, à l’image de l’humeur de celui qui l’habite, un écrivain raté sur le point de se résoudre à abandonner sa passion. Les illustrations pleine page ne tardent pas à nous transporter dans cette nuit new-yorkaise suffocante. Il y a peu de textes, ce sont surtout des voix off, animateurs radio, annonces d’une gare routière, voix d’appelants à travers le combiné d’un téléphone, paroles d’une chanson diffusée… Nocturne n’est plus un livre à lire, mais bien un livre à écouter. Les images de cet album se suffisent à elles-mêmes pour évoquer l’écrasante domination de la ville, la chaleur, les émotions des personnages, le jour qui graduellement se lève avec les nouvelles décisions et le soulagement.

Cet ouvrage est magnifique. Sa couverture ne paie pas de mine, et pourtant il recèle un vrai trésor. Et pour moi, un véritable coup de coeur !

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Sur le site de l’éditeur : www.lapasteque.com