Les Pilleurs d’âmes – Laurent Whale

Laurent WHALE

Les Pilleurs d’âmes

Editions Les Moutons électriques, 2014

253 pages

Collection Hélios

Présentation de l’éditeur

Terre, 1666. La galaxie abrite déjà des civilisations avancées, pourtant c’est sur la planète bleue que vont s’affronter deux espions intergalactiques L’un d’eux, qui se fait bientôt appeler Yoran Le Goff, intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : Jean-David Nau, dit l’Olonnais. Entre amitiés, alliances de circonstances et trahisons, Le Goff tentera de débusquer le mystérieux adversaire qu’il est venu traquer. Pour découvrir ses plans, mais aussi pour l’éliminer. Seulement, parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance et la mission de l’espion sent très vite la poudre. Jusqu’à l’explosion finale.


Un espion extraterrestre traque un recruteur qui appartient aux Cartels, ces organisations criminelles qui sévissent dans l’espace, attaquant les convois commerciaux et les colonies, répandant la terreur dans la galaxie. Ce recruteur s’est rendu sur la Terre en 1666 avec un but évident pour le héros : recruter des pirates, leur laver le cerveau et en faire des « Imix », des pilleurs intergalactiques plus sanguinaires qu’ils ne le sont déjà sur les océans. Les flibustiers de la Tortue, ceux qui accompagnent Jean-David Nau semblent être les candidats idéaux pour ce type de recrutement. Notre héros prend alors un nouveau nom, Yoran, et il s’embarque avec eux dans l’espoir de débusquer son mystérieux adversaire. Mais celui-ci lui échappe, tandis que Yoran se trouve de plus en plus impliqué dans les équipages qui suivent l’Olonnais, jusqu’à devenir second d’un terrible pirate surnommé « Bras-de-fer ». La piraterie est vue de l’oeil de l’extraterrestre Yoran, dont la civilisation a évolué par rapport à celle de la Terre, et il est souvent rendu malade par les crimes commis par ses compagnons.

Le mélange roman de piraterie ou roman d’aventures maritimes, et science-fiction a déjà été perpétué par certains de nos auteurs français (voir Stéphane Beauverger et son excellent Déchronologue), ce sont donc deux genres qui se marient bien. Alors que pour le Déchronologue, la science fiction prend corps dans des tempêtes temporelles, là il est amusant de voir la technologie suppléer pour notre personnage principal aux armes et techniques de l’époque. Comme il est pratique d’avoir des mini-robots qui permettent d’avoir l’oeil partout ! Une aide bienvenue, qui rend d’autant plus démuni quand elle n’est plus possible.

Le roman mêle passages sur Terre au milieu de la flibuste, souvenirs d’attaques d’Imix dans différents coin de la galaxie, et courts moments durant lesquels la supérieure de Yoran tente de défendre son service anti-imix auprès de l’empereur de la civilisation et de son cercle de conseillers où ce sont immiscés des dirigeants des cartels. Ces passages sont assez déstabilisants puisque l’on passe d’un monde de dangers, certes, dans lequel l’enjeu est pour Yoran de survivre et de neutraliser son adversaire, à un monde beaucoup plus vaste et dans lequel les enjeux ont d’autant plus d’ampleur. Ces passages sont assez secondaires par rapport au temps passé auprès des équipages pirates, mais il est dur de les appréhender étant donné que ce monde nous a à peine été présenté. J’ai trouvé ça dommage, mais ces considérations sont secondaires par rapport au reste du récit.

Laurent Whale parle de piraterie et il en parle bien. Le glossaire présent à la fin du livre illustre les recherches qu’il a du mener pour alimenter son récit d’éléments historiques et le rendre d’autant plus réaliste. Ainsi, un certain nombre des personnages mentionnés ont réellement existé, l’Olonnais en tête. Et cet aspect là est vraiment réjouissant. Pour autant, l’auteur n’est pas complaisant envers les pirates. Il les décrit comme ils ont du être : des hommes cruels, sanguinaires, cupides, loin de l’image un peu romantique que l’on peut avoir (grâce à Pirates des Caraîbes notamment). Si certains ont des qualités dignes – honneur, bravoure – ils sont peu. Mais cela n’empêche pas d’apprécier l’aventure – bien au contraire !

Je récapitule donc : de la SF, des navires, des batailles, des tempêtes, deux espions intergalactiques, des pirates, une galerie de personnages riches, bien caractérisés, de l’action avec un rythme soutenu… Lecteur, lectrice, attends-toi à rester accroché à ton livre, à suivre  et à apprécier les aventures de Yoran sur terre, en mer et dans l’espace !

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La Fille Maudite du Capitaine Pirate, Volume 1 – Jeremy A. Bastian

Couverture - La fille maudite du capitaine pirate

Jeremy A. BASTIAN

La Fille Maudite du Capitaine Pirate, Volume 1

Les Editions de la Cerise, 2014

128 pages

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Présentation de l’éditeur

Port Elisabeth, Jamaïque, 1728. La Fille Maudite du Capitaine Pirate part à la recherche de son père disparu, l’un des redoutés flibustiers des mythiques mers d’Omerta. Cette héroïne intrépide nous entraîne rapidement dans des aventures marines et même sous marines, à la rencontre de pirates tordus et teigneux, de créatures mythiques et autres fantasmagories se déployant comme des poupées russes.

Sorte d’Alice au pays des pirates, ce récit rempli d’humour est servi par un dessin incroyablement détaillé que l’on croirait tout droit sorti d’une gravure fin XIXe.

Mon avis

Le gouverneur de Port Elizabeth, en Jamaïque, se rend en ville pour affaire, et sur le chemin, enseigne à sa fille Apollonia à mépriser la vulgarité et la misère. Alors qu’il traite avec un tavernier, sa fille s’éloigne et assiste au combat entre deux garçons brutalisant une fillette insolente armée d’une épée. Apollonia est subjuguée par l’énergie et la manière de penser de cette fille maudite, ce qui n’est pas du gout de son père qui charge un de ses hommes de débarrasser le port de sa présence. L’attaque échoue, et la Fille Maudite, bien loin d’être bouleversée, quitte la Jamaïque à la recherche de son père sur les mers mystérieuses de l’Omerta. Tantôt sous l’eau, tantôt en bateau, elle déambule dans un monde fantaisiste à la recherche de ce père qui ignore son existence, visitant tour à tour les quatre vaisseaux pirates qui navigues sur ces eaux.

Dans un style qui rappelle les gravures tout en usant de la caricature, La Fille Maudite du Capitaine Pirate raconte l’épopée rocambolesque d’une fillette audacieuse, insolente et casse-cou dans un univers de cruauté  et d’absurdité. Les références à Alice au Pays des merveilles sont claires, chaque page apportant son lot de « nonsense ». Le dessin est chargé, ce qui m’a d’abord un peu rebutée, puis on se fait à cette profusion de traits tout comme on rit aux faces caricaturales ou aux éléments improbables qui apparaissent ici ou là : des chevaliers espadons, un perroquet nommé Poivre d’As qui parle et voyage sous l’eau dans le ventre d’une dorade (ou un autre poisson similaire), les pauses dans le récit qui montre sur une page les aventures de personnages inédits. Il y a plein de détails ou d’histoires hors récit qui semblent inutiles, mais qui ajoutent indéniablement à la richesse et à la profusion de l’histoire initiale.

La fougueuse héroïne, sans peur et sans reproche, borgne, qui se bat à l’épée et arbore fièrement un bandeau sur son oeil crevé, est un personnage époustouflant, dont on suit les aventures avec délice. Jeremy Bastian mélange son propre univers onirique aux légendes de pirate. Etant déjà fan de ce genre de récit d’aventure, j’ai facilement succombé à cette héroïne, à son caractère et à sa détermination. C’est drôle, souvent sans queue ni tête, sans être pour autant dépourvu de tout logique et on se régale !

Sur ce, je vous laisse avec quelques extraits (rendez-vous aussi sur le site de l’éditeur pour feuilleter l’ouvrage !)