Dragon bleu, tigre blanc – Qiu Xiaolong

 

QIU Xiaolong

Dragon bleu, tigre blanc (traduit par Adélaïde Pralon)

Editions Liana Levy, 2014

304 pages

Présentation de l’éditeur

Stupeur à la brigade des affaires spéciales de la police de Shanghai. Sous couvert d’une promotion ronflante, l’inspecteur Chen est démis de ses fonctions. Après tant d’enquêtes menées contre les intérêts du pouvoir, pas étonnant qu’on veuille sa peau. Forcé d’agir à distance, inquiet pour sa vie, Chen affronte l’affaire la plus délicate de sa carrière tandis qu’à la tête de la ville, un ambitieux prince rouge et son épouse incarnent le renouveau communiste. Alors que dans les rues résonnent les vieux chants révolutionnaires, ambition et corruption se déclinent plus que jamais au présent.

Avec une amère lucidité, Qiu Xiaolong réinterprète à sa manière le scandale Bo Xilai qui secoua la Chine en 2013.


Alors qu’il se rend sur la tombe de son père pour lui rendre hommage et l’entretenir, selon la tradition, Chen réfléchit au nouveau rebondissement de sa carrière. Après avoir été inspecteur principal de la brigade des affaires spéciales pendant des années, le voici propulsé dans un placard doré. Qui, en lien avec ses enquêtes en cours – entre la mort suspecte d’un américain, la disparition d’un « Gros Sous » accusé de corruption, et un scandale sanitaire – peut vouloir le faire taire ? L’affaire se corse quand Chen échappe de justesse à une arrestation mise en scène pour le surprendre dans un bar scandaleux en présence de prostituées. Il décide alors de se mettre au vert le temps de rénover la tombe de son père, tout en enquêtant discrètement avec l’aide de ses amis restés à Shanghai. Il ne tardera pas à déterrer un nouveau scandale de corruption et quelques cadavres.

J’ai retrouvé avec joie l’ambiance que j’avais découverte dans Cyber China : le portrait désabusé d’une Chine entre scandales politiques, phénomènes sociaux, poésie et gastronomie. Ce roman-là s’agrémente d’un délicieux frisson de suspens : Chen est un homme traqué, surveillé et il joue contre la montre. Cette aventure nous permet aussi de faire une incursion dans le monde de l’opéra chinois. Et j’aime autant ce que je découvre de la Chine dans ces romans que l’enquête en elle-même.

J’ai peu à dire sur ce roman – ou alors je suis rouillée pour ce qui est d’écrire des chroniques littéraire – mais je vous encourage à découvrir cette série de romans et d’enquêtes. Je n’ai lu que deux tomes sur les neuf publiés, mais j’aime beaucoup. C’est fou – comme le dit l’auteur « La vie est Chine est plus invraisemblable que dans mes romans » – et édifiant, et on a l’impression de mettre le doigt sur les paradoxes qui traversent la société chinoise aujourd’hui. Et j’aime ce genre de sentiments quand je sors d’un livre : avoir appris et compris quelque chose tout en ayant passé un agréable moment de lecture.

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Lu pour le French Read-A-Thon Summer édition 2016. Catégorie « un roman avec du bleu ou du jaune sur la couverture ».

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Temps glaciaires – Fred Vargas

Fred VARGAS
Temps glaciaires
Editions Flammarion, 2015
489 pages

Présentation de l’éditeur

Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’oeil cette nuit, une de ses soeurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment.

– La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu  m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ?

Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans.

– Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ?


Adamsberg est sollicité par le commissaire Bourlin à propos d’un suicide qui lui semble suspect à cause d’un signe étrange dessiné sur les lieux du crime. Un témoignage opportun les amène à un autre suicide suspect, à une étrange affaire qui s’est déroulée en Islande dix ans plus tôt, et à un club reconstituant les assemblées révolutionnaires de la Terreur.

Je connais bien l’œuvre de Fred Vargas, aussi me plonger dans son dernier c’est comme retrouver un environnement familier : on connaît les personnages, et on se régale de leurs manies. En effet, le commissaire Adamsberg est un fascinant personnage. Du genre brouillon, rêveur, avec une intuition redoutable quand il s’agit de mettre le doigt sur le détail qui résoudra tout. Son équipe est aussi des plus particulières, entre Danglard, le puits de science, Retancourt, la force de la nature, et les autres, parmi lesquels un hypersomniaque et un gros chat. On trouve aussi dans cet épisode un sanglier apprivoisé – détail crucial !

Tout ça nous mène et nous égard dans une enquête qui a ses longueurs mais qui se révèle surprenante. C’est toujours un bonheur que de retrouver ces personnages dans un nouveau roman. J’aime toujours autant, aussi n’hésitez pas à lire ces romans ou à les découvrir !

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Exécutions à Victory – S. Craig Zahler

S. Craig ZAHLER

Exécutions à Victory (Traduit par Sophie Aslanides)

Editions Gallmeister, 2015

468 pages

Collection Néonoir

Présentation de l’éditeur

Après un échange bref et brutal avec un flic de l’Arizona, un homme d’affaires se suicide. La sanction tombe aussitôt. Jules Bettinger, le flic désobligeant mais très décoré, est muté avec femme et enfants dans un trou perdu. A Victory, dans le Missouri. Là des pigeons morts jonchent les rues et on dénombre plus de sept cent criminels pour un policier. Bientôt, dans cette ville glaciale, ce ne sont pourtant pas des pigeons mais des cadavres mutilés que Bettinger va ramasser à la pelle.


Jules Bettinger aurait dû faire preuve de plus de tact quand cet homme est venu lui parler de la disparition de sa très jeune petite amie avec un paquet d’argent sous le bras. Le suicide est brutal, tout comme la mutation à Victory, Missouri. Au delà du fait qu’il y fasse froid – chose que Bettinger déteste -, les statistiques de la criminalité sont affolantes : on dénombre 1 flic pour 700 criminels. Jules se met au travail, affublé d’un nouveau partenaire, Dominic Williams, policier rétrogradé pour avoir tabassé un suspect. L’arrivée de Bettinger bouscule un peu les habitudes du commissariat, et notamment celles de son coéquipier qui n’apprécie ni ses méthodes, ni sa façon de fouiner dans des affaires qui ne le concernent pas. Puis, deux jours après l’arrivée de Bettinger, c’est l’hécatombe et des attaques se multiplient en ville.

Exécutions à Victory se passe dans cette frange des USA où la loi a tellement peu d’effet que se pose la question, pour les policiers : comment faire son métier efficacement sans pencher vers l’illégalité ? Ce roman montre le moment où la question ne se pose plus puisque la survie devient le seul impératif.

L’auteur pose un fabuleux décor pour son récit noir et violent. Victory est une ville glaciale, miséreuse, avec des quartiers délabrés voire abandonnés qui sont devenus des zones de non droit. Il y a ces cadavres de pigeons qui tombent du ciel, et on y hait la police. L’ambiance est donc sombre comme il faut, glauque et pesante à souhait.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Jules Bettinger. Il est blasé, cynique, a une bonne répartie et l’ironie facile. Le sarcasme et l’humour noir sont bien sûr au rendez-vous, dans des dialogues finement ciselés. L’écriture est efficace et embarque son lecteur pour le plonger dans Victory, son ambiance, puis l’action se fait haletante jusqu’à son dénouement. Il y a aussi un côté réaliste qui fait que cette histoire paraît très plausible, que ce soit dans la description de la ville ou les portraits de personnages.

Vu tous les points soulevés dans le paragraphe précédent, on pourrait penser que je sois très enthousiaste à cette lecture. Mais ce n’est pas vraiment le cas. J’ai plutôt été dérangée par l’histoire de Victory et les évènements qui la secouent. Le livre n’est pas mauvais, mais j’ai moins bien supporté les descriptions glauques des horreurs qui sont exécutées. J’ai d’ailleurs été plutôt étonnée de voir que c’était peu soulevé dans les chroniques, c’était donc peut-être un ressenti très personnel par rapport à cette histoire. Le livre n’est pas mauvais en soi, c’est un bon polar, très violent quand même, à l’aune de son contexte et de cette ville, Victory, et malgré le personnage, malgré les dialogues, malgré tous ces éléments qui font d’ordinaire les polars que j’aime, c’était plus dérangeant pour moi que jubilatoire.

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Témoin de la nuit – Kishwar Desai

Kishwar DESAI

Témoin de la nuit (traduit par Benoîte Dauvergne)

Editions de l’Aube, 2014

283 pages

Présentation de l’éditeur

Simran Singh, travailleuse sociale, est chargée d’une affaire délicate : une adolescente est retrouvée dans la luxueuse maison familiale, bâillonnée et brûlée après avoir été violée. Autour d’elle, treize cadavres empoisonnés. Pourtant la police soupçonne bientôt la jeune fille ! A charge pour Simran de découvrir la vérité, dans une société où naître fille peut s’avérer dangereux…

Best-seller traduit dans une dizaine de pays, Témoin de la nuit a reçu la Costa First Novel Award en 2010.


Simran Singh est une femme célibataire, qui a la quarantaine, chose inimaginable pour sa mère et une bonne partie de la population. Elle est travailleuse sociale bénévole, dans les prisons. Elle est appelée par un de ses amis, chef de la police de Jullundur dans le Punjab, sa ville d’origine, pour qu’elle parle à une jeune fille dépressive et traumatisée qui a survécu à l’assassinat de toute sa famille. La police la soupçonne et Simran est chargée de gagner sa confiance, de la faire parler et de découvrir sa version de ce qui s’est passé.

L’affaire est sordide. L’adolescente de quatorze ans, Durga, a été retrouvée dans la maison de sa famille, attachée à un lit, à moitié empoisonnée, brûlée et violée. Dans la maison, les membres de sa famille gisent assassinés, empoisonnés et pour certains poignardés. Les preuves manquent pour déterminer quel a été son rôle, ou elles sont trop accablantes et toutes accusent la jeune fille. En cherchant à se rapprocher de Durga, Simran enquête un peu sur sa famille, et sa soeur qui a disparu cinq ans plus tôt. La famille Atwal était une famille riche, aisée, et qui avait bonne réputation. Mais ils haïssaient une chose en particulier : leurs filles.

Je ne vais pas en dévoiler plus sur l’intrigue de cette histoire – elle mérite d’être découverte en même temps que Simran. Mais il est intéressant de voir cette femme libre et indépendante – elle fume, boit et couche avec des hommes en dehors du mariage – confrontée à des hommes qui la méprisent sur une affaire de femmes oppressées. On suit à la fois les pensées de Simran, son récit de l’enquête sur la famille de Durga et son idolâtrie pour les fils, une sorte de journal que Durga écrit en prison et un échange de mails entre Simran et Binny, la belle-soeur de Durga.

Ce roman noir est très ancré dans des faits de société qui ont encore cours en Inde au nom d’une tradition sinistre. Celle simplement que les filles sont un fardeau, et que la naissance d’une fille est un désastre quand celle d’un garçon est une bonne chose. L’auteur révèle un certain nombre de fait que j’ignorais et qui sont glaçants. Le foeticide est d’ailleurs courant. Dans certaines familles, les bébés de sexes féminins sont enlevés à leur mère dès la naissance, endormis à l’opium avec l’espoir qu’ils ne se réveillent pas. On a d’ailleurs des faits démographiques marquants : dans certains régions d’Inde le « sex ratio » est de moins de 500 femmes pour 1000 hommes.

Un polar noir, très noir, qui va visiter l’aspect sinistre de la société indienne, puisqu’on a aussi un aperçu de la corruption de la police et du système judiciaire, sans parler de viol, du commerce des femmes, et des mariages arrangés. Tout ce récit n’aurait pas été possible si le personnage n’avait pas été une femme indépendante. Cela fait que le récit est trouble : pas de manichéisme. On a son point de vue, donc son jugement – souvent vacillant – sur les protagonistes qu’elle va côtoyer. Et finalement tout n’est pas tranché. L’histoire est horrible, le portrait de cette famille est glaçant, mais pour autant, en ce qui concerne les autres personnages impliqués – le chef de la police par exemple -, leur rôle est moins clair, et il est difficile de les juger.

Le style n’est pas transcendant, c’est même de ce point de vue-là assez oubliable, mais tout le contexte du roman, ce qu’il montre de la société indienne est passionnant : les traditions, les relations avec les parents, le contexte social et politique, l’Histoire de la région. C’est ce qui me plaît autant dans ce genre de roman, très noir, mais très ancré dans leur contexte social et qui font apprendre beaucoup de choses à leurs lecteurs. Je le conseille donc pour cette raison et je suis curieuse de lire d’autres aventures de Simran Singh.

Pour en savoir plus : le documentaire radio de Julie et Jean-Philippe Navarre « Collection Particulière : La condition des femmes en Inde » (France Culture).

Les Nécrophiles Anonymes, 1. Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue – Cécile Duquenne

Cécile DUQUENNE

Les Nécrophiles Anonymes, 1. Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue

Editions Voy'[el], 2012

185 pages

Présentation de l’éditeur

Népomucène, préposé à la Morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d’environ 150 ans d’âge. Lorsqu’il manque de devenir la cinquième victime d’un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l’enquête. L’immortel est certain qu’une autre créature surnaturelle a commis le massacre.


Népomucène, bedonnant, misanthrope, travaille à la morgue, la nuit, ce qui l’arrange puisqu’il préfère la compagnie des morts à celle des vivants. D’ailleurs il y a rencontré Robert Joachim Charles-Henri de Bruyère, aussi appelé Bob, qui est devenu son meilleur ami et avec lequel il a ses habitudes : apéro, promenades nocturnes et expériences de résurrection sur des chats à base de venin vampirique. Étant en contact avec un vampire, Népomucène est vaguement conscient que tout un monde fantastique existe, mais il ne connait que très peu ces particularités et ceux qui l’habitent. Pourtant, cette existence va lui sauter aux yeux le jour où il échappe de peu à un meurtre sanglant et sauvage. Face à cette menace, Bob va se mettre à enquêter, et Népomucène va le suivre et découvrir peu à peu ce monde empli de créatures fantastiques.

Ce petit roman m’a énormément séduit : histoire de vampire qui détourne les canons de la Bit Lit, avec un personnage principal masculin loin de l’archétype du héros ou de l’héroïne de Bit Lit. Il y a beaucoup de détails amusants, et la relation entre Népomucène et Bob est aussi sympathique. Un peu ambigüe, mais sympathique. Ce sont des personnages qu’il est plaisant de suivre, et grâce à ça les pages se tournent toutes seules.

Après, il ne faut pas non plus s’attendre à des miracles. Il y a certes un aspect polar, avec un peu d’action, mais vue la longueur du récit, tout cela passe assez vite, ça aurait peut-être mérité quelques développements supplémentaires. Malgré cela, c’est une série qui me plaît et que j’ai envie de poursuivre. La suite au prochain épisode !

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Des clous dans le coeur – Danielle Thiéry

Couverture - Des clous dans le coeur

Danielle THERY

Des clous dans le coeur

Editions Fayard, 2012

396 pages

Présentation de l’éditeur

« Il y a des affaires qui te pourrissent la vie…, elles restent en toi, plantées dans ton coeur comme un clou qu’un mauvais plaisant s’amuserait à manipuler… »

Miné par ses excès et la maladie, le commandant Revel crache le sang et sa haine de l’hypocrisie. Bourru, taiseux et rogue, il enrage devant les affaires non résolues à la PJ de Versailles : morts suspectes, disparitions…

Comment la vérité pourra-t-elle sortir de la bouche d’un enfant autiste ?

Son équipe respecte les mystères du « patron » et, au-delà de la simple « vérité due aux familles », la vérité complexe d’un grand flic dont le courage en impose à la mort, celle des autres comme la sienne !


Dans le genre 4è de couv’ WTF, celle des Clous dans le coeur s’impose. Que ceux qui y ont compris quelque chose lève la main !

Je ne sais plus selon quels critères j’avais choisi ce roman parmi d’autres sur la table consacrée à cette auteur dans un festival de polar, mais je dois dire que le fait de relire cette 4è de couverture après la lecture du roman (ou pendant, je ne sais plus) m’a plongée dans la confusion. Bon j’avoue, une fois qu’on fait le lien, qu’on remet les virgules à leur place et qu’on évacue les guillemets (beaucoup trop nombreux dans ce roman), les choses reprennent leur forme. Récapitulons comme il faut.

Maxime Revel, commandant au commissariat de Versailles, est hanté par une affaire irrésolue depuis 10 ans : celle du couple Porte, assassinés dans leur bar, le même jour que la disparition de Marieke, la femme de Revel. Dix ans après, alors que son équipe doit travailler sur la mort suspecte d’une ancienne star, Revel découvre de nouveaux développements dans l’affaire Porte, qui pourraient mener à l’arrestation du coupable. Revel est miné par des années de cigarettes et d’obstination. Toujours hanté par la disparition de sa femme, il ne sait pas comment gérer sa fille, Léa, une adolescente anorexique. Leurs rapports se sont d’autant plus compliqués que Revel fuit sa maison, obsédé par l’affaire Porte qui semble avoir des connexions avec la nouvelle affaire sur laquelle travaille son équipe. Le retour dans le voisinage du couple Porte d’un jeune homme autiste, enfant au moment de l’assassinat, ouvre de nouvelles perspectives : il est fasciné par les voitures, dont il retient la moindre caractéristiques grâce à sa mémoire photographique.

L’idée de base n’est pas mal. Même, l’intrigue policière est très bien menée, et le travail des policiers est décrit de manière très réaliste, entre leur rapport avec leur hiérarchie, les juges d’instruction, les procureurs ou encore la police scientifique, ou toute la paperasse qu’ils doivent effectuer. Les personnages, et notamment l’équipe d’enquêteur sont bien caractérisés. Mais ils sont traités inégalement selon leur importance ou leurs apparitions. Tout est fait pour que l’on s’y attache, qu’on les trouve humains, avec leurs problèmes personnels ou leurs défauts. Cela aboutit parfois à des portraits tracés à gros traits, proche du cliché. Il y a d’ailleurs par moment une impression d’accumulation pour ce qui est des problèmes personnels un peu trop évidente et presque cliché : le commandant cumule forcément des problèmes de santé, une obsession dont il ne peut se débarrasser, et une fille anorexique et fugueuse. Et puis il y a le grand timide, le tombeur, celui qui est cocu, et la jeune lieutenant qui a des problèmes avec son image. Le tout pendant les fêtes de fin d’année, là où la moindre défaillance dans la sociabilité est exacerbée (au moins ce sera l’un des rares livres de l’année que j’aurais lu en adéquation avec la saison en cours) et couronné par une fin à la façon « ce qu’ils sont devenus ». Ça et l’overdose de guillemets, et c’est à peu près tout ce que j’ai à reprocher à ce roman.

Roman bien mené donc, mais pas si marquant. L’intrigue paraît au premier abord des plus banales, au point que l’un des enquêteurs s’interroge à un moment donné sur l’intérêt de rendre justice à des personnes qui ont vécu anonymement, sans être appréciés par leur entourage et qui ne laissent derrière eux que de l’amertume. Cette question nous nous la posons aussi.

Le point fort de ce roman c’est donc ce réalisme dans le traitement de l’enquête et des personnages (l’auteur ayant fait carrière dans la police, c’est bien ce qu’on pouvait attendre d’elle). Mais il lui manque décidément quelque chose pour surpasser ces quelques défauts et devenir un roman à retenir. C’est peut-être parce que c’est un one-shot (il me semble) et que les personnages n’auront aucun autre développement par la suite. Je quitte donc ce livre avec le regret de constater qu’il manque de potentiel, mais pas au point de bouder son auteur pour de prochaines lectures. Il est fort possible que cela n’apparaisse pas dans ses autres romans.

Pour conclure, cette lecture n’était pas désagréable, mais les défauts du roman gâchent l’appréciation générale et je pense qu’il sera vite oublié.

Le Mystère de la chambre jaune – Gaston Leroux

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Le mystère de la chambre jaune

Editions La Bibliothèque électronique du Québec

Publié originellement en 1907

530 pages

Lu au format .Pdf

Présentation de l’éditeur

Alors qu’elle était enfermée à double tour dans sa chambre, Mathilde, la fille du célèbre professeur Stangerson, est victime d’une terrible agression. Et pourtant, la pièce était barricadée comme un coffre-fort ! Par où l’assassin a-t-il bien pu s’enfuir ? Frédéric Larsan et le jeune Joseph Rouletabille, journaliste et détective en herbe, mènent l’enquête…

Mon avis

Saint-Clair, le narrateur, raconte, plusieurs années après les évènements, ce qui s’est passé autour du mystère qui a secoué l’actualité. Mathilde Stangerson a été agressée dans une pièce fermée de l’intérieur, alors qu’elle y était seule, et l’assassin, une fois la porte ouverte de force, n’a été découvert nulle part. Tout le mystère réside alors en une seule question (et c’est ce que Rouletabille, secondé par le narrateur, va tenter de résoudre) : comment l’assassin est-il sorti de la pièce alors que celle-ci n’a qu’une seule porte, celle défoncée par les proches de la victime, et une fenêtre scellée avec des barreaux.

Cette énigme est célèbre, et Rouletabille en propose une résolution exemplaire alimentée par plusieurs péripéties. Le personnage est posé entre le narrateur qui, sans être bête, n’a pas son illustre intelligence et peine parfois à suivre les découvertes de son ami, et Frédéric Larsan, célèbre enquêteur de police, qui bénéficie d’une légitimité que Rouletabille n’a pas (parce qu’il est un jeune journaliste de 18 ans, à peine, autant dire un enfant) et qui va proposer une autre solution qui va accuser des innocents que notre héros va s’empresser de défendre.

Le roman suit le schéma classique d’un roman à énigme (un crime a été fait, l’enquêteur arrive sur les lieux pour faire ce qu’il doit faire, et il va révéler l’identité du coupable et résoudre le mystère lors d’une révélation finale impliquant tous les personnages de l’intrigue dans laquelle il va expliquer le moindre des indices qu’il a récolté), tout en taclant au passage Edgar Allan Poe et Arthur Conan Doyle (Rouletabille n’aime pas Sherlock Holmes ; personnellement, je n’ai pas d’avis), et en ajoutant quelques scènes qui pourraient presque être de l’action (presque parce que c’est raconté avec moult détails qui noient tout le reste et ralentissent le rythme).

Pour ma part, lors de ma lecture, j’ai été partagée entre une lassitude de plus en plus prégnante face aux multiples détails et les descriptions à rallonge (ce qui est la substantifique moelle de ce genre de roman en soi, puisque que c’est dans les détails infimes ou la dispositions précises des pièces que se trouve la solution le plus souvent) et la fascination pour le mystère. La résolution finale est très étonnante. J’ai bien aimé, mais si j’ai commencé cette lecture en e-book (trouvé sur un site type Projet Gutenberg), je l’ai fini en audiolivre, parce que j’ai pu écouter sans me préoccuper de ces détails et en faisant autre chose. Pour vous donner une idée, j’ai trouvé que c’est un livre quand même imposant, vu ce que suggère le genre : 530 pages en e-book et plus de 8h en audio. Je garde en tête les fins romans à énigme d’Agatha Christie (environ 250 pages). Mais vu l’ampleur du mystère, ça peut se comprendre.

Le mystère de la chambre jaune est un classique du polar que j’ai été très curieuse de découvrir. J’ai fini par être lassée par ces longueurs, mais j’ai été contente d’arriver au bout et de découvrir la solution au mystère (d’ailleurs, je suis assez contente de me rendre compte que j’avais soupçonné au moins une fois le coupable, parmi tous les autres). C’était d’ailleurs assez amusant de constater sur la fin que Rouletabille adresse à son ami Saint-Clair, le narrateur, des reproches en lui disant qu’il lui avait glissé des indices, que Saint-Clair aurait dû identifier des choses dans son comportement qui l’aurait éclairé sur l’identité du coupable. C’est aussi une façon de dire au lecteur : alors, t’avais trouvé ? Et c’est aussi le jeu quand on lit ce genre de roman !

Et vous, vous avez envie de vous laissez prendre à ce jeu ? ;-)

XXe siècle

Scarpetta – Patricia Cornwell

Couverture - Scarpetta

Patricia CORNWELL

Kay Scarpetta, 16. Scarpetta

(traduit de l’anglais par Andrea H. Japp)

Editions France Loisirs, 2009

656 pages

Présentation de l’éditeur

Oscar Bane a exigé son admission dans le service psychiatrique de l’hôpital de Bellevue. Il redoute pour sa vie et prétend que ses blessures lui ont été infligées au cours d’un meurtre ; meurtre qu’il nie avoir commis. Il ne se laissera examiner que par Kay Scarpetta, médecin légiste expert, l’unique personne en qui il ait confiance. À la demande du procureur, Jaimie Berger, Kay se rend à New York City et entreprend cette enquête avec son époux Benton et sa nièce, Lucy. Elle n’est sûre que d’une chose : une femme a été torturée et tuée, et d’autres morts violentes sont à craindre. Kay se lance et très vite une vérité s’impose : le tueur anticipe avec précision où se trouve sa proie, ce qu’elle fait, et pire encore, les avancées des enquêteurs. Kay Scarpetta devra faire face à l’incarnation du mal…

Mon avis

C’est la veille du Nouvel An. Kay Scarpetta travaille dans son cabinet de médecine légale quand elle reçoit un coup de fil de son mari, psychologue et profiler pour la police : il y a eu un meurtre, une jeune femme a été tuée et son petit ami s’est fait agressé en entrant dans son appartement avant de découvrir son cadavre. OscarBane, le petit ami, est interrogé par la police et il n’accepte d’être examiné que par une seule personne : Kay Scarpetta. La procureur Jaime Berger lui demande alors de la rejoindre à New York pour examiner Bane et de rejoindre son ancien collègue, Pete Marino, et sa nièce, petit génie de l’informatique, pour enquêter. En parallèle, un blog en ligne, dont le but semble être de dénigré un certain nombre de personnalités, s’attaque à Scarpetta et publie deux articles diffamatoire sur elle.

Je partais avec deux sérieux handicaps en commençant la lecture de ce livre. Tout d’abord, ce livre est le seizième tome d’une série, une très longue série donc. Les personnages avaient donc un passif, des relations antérieures qui conditionnent leurs comportements les uns avec les autres. Il y a notamment de longues conversations à propos d’évènements déjà passés dans les tomes précédents. L’auteur ne largue pas pour autant son lecteur au milieu de ce groupe de personnages. Elle explique la situation passée, les sentiments des personnages les uns avec les autres. Mais pour autant, ces conversations entre les personnages sont beaucoup trop longues et ont tendance dans la première partie du livre à éclipser le reste, et en particulier le meurtre et l’enquête. Je n’ai donc été égarée dans cette histoire que peu de temps, mais c’est pas pour autant que les relations entre les personnages m’ont passionnées.

Ensuite il y a la dernière phrase de la quatrième de couverture : « Kay Scarpetta devra faire face à l’incarnation du mal… » Je DETESTE ce genre d’effet dans les livres et en particulier dans les quatrièmes de couverture. Je n’avais pas lu ce quatrième de couverture au moment où je l’ai acheté. Et puis, c’était il y a quelques années (oui, ce livre a passé des années dans ma bibliothèque sans que je le lise), et je n’étais peut-être pas aussi radicale par rapport à ces exagérations. Surtout que, ayant lu d’autres trucs bien plus stressant, glauque et pervers, je n’ai pas eu l’impression d’avoir affaire à l’incarnation du mal en lisant ce roman. J’admets que le criminel est un sadique manipulateur et pervers, mais j’ai lu et vu pire, donc « l’incarnation du mal » me semble un chouïa ridicule.

L’héroïne étant médecin légal, elle pratique des autopsies, visite les lieux du crime, et parle beaucoup de chacun des détails de ce qu’elle trouve, allant même jusqu’à expliciter des choses implicitement évidentes. Quand le pseudo d’Oscar Bane est « scarbane », on comprend implicitement que c’est une contraction de son nom et de son prénom, mais l’auteur se sent obligée de nous l’expliquer. Tout ça m’a donc paru un peu laborieux.

Le roman est donc très bavard, loin du genre de polar ou thriller que j’aime. Il y a d’ailleurs peu d’action jusqu’à la dernière cinquantaine de page. Le dénouement est assez chouette, et fait paraître un criminel diabolique et manipulateur, mais loin d’être l’incarnation du mal à mes yeux.

Malgré un dénouement qui rattrape un peu le tout, ça reste un roman sans grande surprise, loin d’être aussi effrayant que ne l’annonce la quatrième de couverture. Je n’ai pas ressenti de suspens ou de tension, simplement lassée de ces conversations parfois inutiles et futiles à n’en plus finir.

ABC thriller polars

Retour à Whitechapel – Michel Moatti

Couverture - Retour à Whitechapel

Michel Moatti

Retour à Whitechapel

Editions HC, 2013

350 pages

Présentation de l’éditeur

Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur. Elle avait deux ans.

Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, étudiant et répertoriant tous les éléments qui ont touché de près ou de loin chacune des victimes de Jack l’Éventreur. Plongeant ainsi dans les bas-fonds de l’East End victorien, revivant le calvaire de ces femmes qui vendaient leur âme et leur corps pour quelques heures de sommeil, elle va reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.

« Pourquoi ni la police de l’époque, ni les enquêteurs qui ont suivi l’affaire depuis plus d’un siècle n’ont jamais identifié Jack l’Éventreur ? Parce qu’ils cherchaient un homme correspondant à un a priori social ou allégorique. “Jack” n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre. Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là. »

Mon avis

J’ai acheté ce livre après avoir assisté à une conférence durant laquelle l’auteur a exposé les recherches qu’il a mené sur les traces de Jack l’Eventreur. Il est revenu sur les faits, les lieux, le contexte social, pour exposer les trouvailles qui lui ont permis d’écrire ce livre.

Jack l’Eventreur est un personnage mythique qui a fait couler beaucoup d’encre. Il fait partie de ces mystères non résolus qu’on ne résoudra pas, mais sur lesquels de nouvelles « vérités » ou en tous cas de nouvelles hypothèses sortent régulièrement. Avant d’assister à la conférence et de lire le roman, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’avait fait Jack l’Eventreur, alimenté par le visionnage il y a quelques années du film From Hell. Et, à part les crimes sanglants, je n’en ai pas retenu pas grand chose.

Dans ce roman, Michel Moatti raconte l’enquête, une cinquantaine d’années après les crimes, de la fille fictive de Mary Jane Kelly (la dernière et la plus mutilée des victimes) à travers ce qu’elle rédige dans un carnet : la lecture des dossiers sur les crimes, les articles de presse, ses conversations avec d’autres riperrologues… tout en intercalant des passages à la troisième personne qui vont montrer, eux, des moments de 1888. Le jury d’enquête, la vie des victimes quelques heures avant leur assassinat, l’enquête, les réactions des journaux, l’enterrement d’une des victimes sont rendus au lecteur de manière très réaliste.

Ce qui est réaliste aussi, c’est l’enquête que Amelia Pritlowe va mener pour démasquer l’assassin et, s’il est toujours en vie, lui faire payer. Elle suit un peu, j’imagine, le même chemin que l’auteur avant l’écriture de son livre, cherchant dans des archives, revenant sur les lieux du crime, ou fouillant parmi des souvenirs fugaces. Il est intéressant de suivre ce chemin, d’autant plus qu’il est basé sur des documents pour la plupart réels.

Michel Moatti propose un visage et un nom à la fin de l’ouvrage à mettre sur Jack l’Eventreur. Mais cela ne pourra, je le crois, jamais être vérifié. Au lecteur alors de l’accepter ou non. Pour ma part, loin d’être spécialiste, je trouve ça plausible. A chacun de juger !

Le roman comporte des annexes précieuses. Un index des personnages apporte une courte description de leur rôle, tandis que dans un chapitre « Note de l’auteur », celui-ci nous décrit ce qui l’a mené à faire sa propre enquête et ce roman ; il livre aussi les éléments qui lui font croire que son Jack l’Eventreur est le bon, tout en distinguant les faits avérés des faits fictifs, ce que j’ai grandement apprécié. Dans l’édition que j’ai acheté, des pages du carnet d’enquête de l’auteur ont été reproduites, montrant des images d’archives, des photos actuelles. Il y a des photos de la dernière victime (âmes sensibles s’abstenir !) et le nom du coupable selon Michel Moatti y est écrit : il vaut mieux le lire une fois le roman terminé !

Tout ces considérations mises à part, j’ai passé un très bon moment de lecture. L’aspect « enquête réelle » est très réussie. On ne s’attache pas tant que ça à l’enquêtrice principale. Il est vrai aussi qu’à part son carnet on a peu accès à sa personnalité et, de cette façon, sa psychologie n’a pas été assez approfondie selon mes goûts. Je vous le conseille cependant si vous souhaitez comprendre les crimes de Jack l’Eventreur et avoir un aperçu précis de ce qui s’est passé à Whitechapel.

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