Histoires Extraordinaires – Edgar Alan Poe

 

 

Edgar Alan POE
Histoires extraordinaires (traduit par Charles Baudelaire).
Editions Folio Classique, 2004
417p.
1ère édition (VF) : 1856.

Présentation de l’éditeur

« Voilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n’emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils ainsi les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu’il y a quelque chose d’excessif et de bizarre – quelque chose d’absolument  inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent  les plus pervertis des hommes. »


La chronique va être encore plus courte que d’habitude. En effet, je ne me sens pas très légitime à venir parler d’Edgar Alan Poe, ou en tout cas d’en faire une forme d’analyse. Je vais plutôt rester en surface.

Histoires extraordinaires est un recueil de nouvelles d’Edgar A. Poe, constitué par Baudelaire quand il a traduit ses textes pour l’édition française. Il n’aurait donc probablement pas eu la même cohérence si l’auteur lui-même aurait fait les mêmes regroupements. Mais j’ai trouvé ça intéressant puisque on retrouve des thématiques communes à plusieurs nouvelles, ce qui permet d’explorer plusieurs points de vue de l’auteur sur les thématiques en question.

On retrouve le célèbre Double assassinat dans la rue Morgue, en diptyque avec La Lettre volée qui présentent le même personnage de dandy qui résout des problèmes d’apparence insoluble grâce à son intellect. Poe est d’ailleurs l’un des précurseurs du roman policier. Il exploite aussi des découvertes scientifiques de son temps, ou des phénomènes naturels et y ajoute une touche fantastique : un ballon pour aller sur la lune, l’hypnose et ses effets sur la mort, un navire pris dans un maelström en pleine mer. Il y a aussi des histoires de fantômes, bien fantastiques dans le sens où on doute dans un premier de ce qu’on perçoit. Les explications scientifiques sont – souvent – très longues et un peu laborieuses à lire, mais je garde un bon souvenir de la lecture de ce recueil. J’admire toutes les idées développées tout comme l’ambiance qu’il parvient à instiller dans les contes les plus effrayants. Un classique à découvrir !

Utopiales 15

Collectif
Utopiales 15
Editions ActuSF, 2015
399 pages
Collection Les 3 Souhaits

Présentation de l’éditeur

La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire. (Philip K. Dick)

Construite autour de la thématique « Réalité(s) », cette anthologie officielle des Utopiales, septième du nom chez ActuSF, va vous entraîner dans des jungles mystérieuses avec Fabien Clavel, sur un monde aux moeurs singulières avec Mike Carey ou encore à la rencontre d’êtres venus d’ailleurs avec Laurent Queyssi…

Vous y croiserez également d’anciens pilotes communistes qui ont vu des ovnis pendant le Deuxième Guerre mondiale, des petits robots fugueurs, de vieux copains de bistrot aux paris un peu fous et alcoolisés et des maisons en réalité virtuelle à l’intérieur desquelles tout est possible… Sans oublier Alain Damasio qui nous offre une belle avant-première avec le premier chapitre inédit de son futur roman, Fusion.

Etes-vous sûr de votre réalité ? Sont-ils vivants et nous morts ? Treize nouvelles pour douter de tout…

Préface de Sylvie Lainé et Roland Lehoucq. Avec les nouvelles de Charlotte Bousquet, Mike Carey, Joël Champetier, Fabien Clavel, Philippe Curval, Alain Damasio, Aliette De Bodard, Jean-Laurent Del Socorro, Daryl Gregory, Jérôme Noirez, Stéphane Przybylski, Laurent Queyssi et Robert Silverberg.


J’ai soudain eu une envie de lire des nouvelles. Mes lectures romanesques en cours étaient soient trop longues à démarrer, soient peu intéressantes, soient trop tarabiscotées pour mon état d’esprit du moment. Je me suis donc dirigée vers l’anthologie des Utopiales de 2015, sûre de pouvoir me régaler avec des histoires courtes, tout en me frottant à des auteurs que je connaissais peu, voire pas du tout.

La thématique de cette édition – Réalité(s) – est suffisamment large pour permettre de nombreuses interprétations tout en entraînant le lecteur vers des dimensions très différentes, scientifiques, psychologiques, juridiques (oui), culturelles, ou encore fantasmagoriques. Je n’ai pas l’intention de revenir sur chacune des nouvelles – à vous d’aller les découvrir – mais d’en évoquer quelques unes parmi d’autres, que je les ai aimée, ou pas.

Le recueil s’ouvre sur « Les Yeux en face des trous » d’Alain Damasio, le premier chapitre de son nouveau roman, Fusion. Tout tourne autour d’une découverte scientifique bluffante : celle de s’injecter les souvenirs des autres grâce à un liquide particulier. Deux amis volent  un peu de ce liquide pour en tester eux-mêmes les propriétés et en découvrir par la même occasion quelques utilisations possibles. En finissant cette lecture, je n’ai eu qu’une réaction : « Je VEUX la suite maintenant. Ça sort quand ? » (début 2016, j’ai pas trouvé plus d’infos).

Certaines des nouvelles traitent directement du thème de la/des Réalité(s), que celle-ci soit virtuelle, ou parallèle. J’aime bien comment Jérôme Noirez l’aborde dans « Welcome Home ». Il pose une question simple : quand on est propriétaire de sa propre réalité, la loi s’applique-t-elle ? Dans « Smithers et les fantômes du Thar », Robert Silverberg choisit plutôt d’apporter une dimension temporelle. Le temps est aussi exploité par Fabien Clavel, d’une manière très différente avec « Versus » – une nouvelle que j’ai particulièrement appréciée.

Charlotte Bousquet nous livre une nouvelle très touchante sur la maladie où souvenirs se mêlent au temps présent. Avec « Visage », Mike Carey propose la confrontation de deux réalités culturelles différentes, un aspect qui m’a particulièrement intéressée. Le lien avec la thématique est parfois un peu plus flou, comme avec « Le vert est éternel » de Jean-Laurent Del Socorro qui reprend l’univers de son roman fantasy Royaume de vent et de colères, sans que sa lecture soit désagréable pour autant.

Les autres nouvelles m’ont plus ou moins marquée sur le moment, mais je vous invite également à les découvrir pour voir les propositions de leurs auteurs sur la thématique du recueil. A part Charlotte Bousquet et Jérôme Noirez que j’avais déjà lu, cette lecture m’incite à aller découvrir ces auteurs dans leurs autres oeuvres, notamment Daryl Gregory, Fabien Clavel ou encore Mike Carey.

Contient :

  • Alain Damasio, « Les Yeux en face des trous »
  • Aliette De Bodard, « Immersion »
  • Jérôme Noirez, « Welcome home »
  • Philippe Curval, « Un demi bien tiré »
  • Joël Champetier, « Dieu, un, zéro »
  • Daryl Gregory, « Les aventures de Rocket Boy »
  • Jean-Laurent Del Socorro, « Le vert est éternel »
  • Charlotte Bousquet, « Coyote creek »
  • Stéphane Przybylski, « Intelligence extraterrestre »
  • Laurent Queyssi, « Pont-des-sables »
  • Fabien Clavel, « Versus »
  • Robert Silverberg, « Smithers et les fantômes du Thar »
  • Mike Carey, « Visage »

Lancelot – Collectif

Collectif

Dirigé par Jérôme Vincent

Lancelot

Editions Actu SF, 2014

373 pages

Présentation de l’éditeur

Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde, mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.

Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventent à chaque époque.

Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.

Contient :

  • « Le Donjon noir » de Nathalie Dau
  • « Lancelot-Dragon » de Fabien Clavel
  • « Le meilleur d’entre eux » de Lionel Davoust
  • « Le Voeu d’oubli » de Armand Cabasson
  • « Je crois que chevalerie y sera » de Anne Fakhouri
  • « La tête qui crachait des dragons » de Thomas Geha
  • « Les Gens des pierres » de Franck Ferric
  • « Lance » de Jeanne-A Debats
  • « Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » de Karim Berrouka

Comme à mon habitude, c’est bien après avoir lu le livre que j’ai appris dans quelles circonstances il a été publié. Cette fois, au moins, pas de surprise type « j’ai lu la première édition alors qu’il y en a eu une nouvelle, revue et corrigée, publiée récemment ». Simplement, Lancelot est l’anthologie officielle de l’édition 2014 du (feu) Festival Zone Franche de Bayeux. Pour l’occasion, donc, 9 auteurs ont livré leur vision de ce personnage mythique de la Quête du Graal et de la Table ronde, l’un des plus connus de la Légende arthurienne.

Les nouvelles ont été classées selon la chronologie de l’histoire de Lancelot. Ainsi, « Le Donjon noir » de Nathalie Dau se situe au moment où Lancelot rejoint la Table Ronde et rencontre Guenièvre. Cette nouvelle introduit aussi le monde d’en bas et les rapports ambigus qu’il entretient avec le monde de humains. Elle présente aussi le personnage de Lancelot à travers ce qui le rend si particulier : sa relation avec Guenièvre.

Vu le personnage et le mythe arthurien, cette anthologie ne pouvait faire l’impasse sur la Quête du Graal. « Lancelot-Dragon » de Fabien Clavel montre un Lancelot banni de Camelot qui tente de disparaître et qui va se retrouver pris dans une sorte de voyage initiatique et spirituel qui va le rapprocher du Graal. D’une manière très différente, « Le meilleur d’entre eux » de Lionel Davoust évoque aussi la Quête du Graal. Alors que Camelot se meurt, touchée par la peste et la famine, Lancelot revient d’un voyage avec un message et une nouvelle compréhension de la quête.

« Le Vœu d’oubli » de Armand Cabasson présente Lancelot qui a fait un vœu d’oubli et qui voyage au Danemark sous un nom d’emprunt. Il part en croisade et continue à réaliser des exploits, alors que tout semble vouloir lui rappeler ce qu’il a oublié.

Plusieurs auteurs ont choisi d’imaginer ce qui s’est passé après la disgrâce de Lancelot pour le chevalier ou pour ses compagnons d’arme. « Je crois que chevalerie y sera » de Anne Fakhouri nous montre Gauvain, Bohort, Lionel et Hector qui partent à la recherche de Lancelot, cherchant à le connaître et à la comprendre. « La tête qui crachait des dragons » de Thomas Geha commence après la trahison et la mort de Guenièvre, alors que des dragons ont envahi le royaume. Arthur fait appel à Lohengrin, le fils de Perceval, pour qu’il parte à la recherche de Lancelot, seul espoir contre le fléau.

Les trois nouvelles qui terminent le recueil, tout en étant de genres et registres très différents, imaginent une vie après la mort de Lancelot et des chevaliers. « Les Gens des pierres » de Franck Ferric se déroule après la mort d’Arthur qui demeure en Avalon. Les spectres des chevaliers Lancelot, Gauvain, Mordred et d’autres, vivent à Camelot dans une sorte d’entre-monde, alors que dans une île proche, Elaine de Shalott, jeune femme à la destinée maudite, est prisonnière de sa tour. En effet, si elle la quitte, un malheur s’abattra sur son peuple. Pourtant, elle ne rêve que d’une chose, quitter la tour et rejoindre les chevaliers qu’elle aperçoit par sa fenêtre.

« Lance » de Jeanne-A Debats reprend l’un des personnages récurrents de l’auteur, Navarre, le vampire de Métaphysique du Vampire et de l’Héritière. Dans cette nouvelle qui se déroule en 1936, Navarre est au service du Vatican et il est chargé de se rendre en Avalon pour éveiller Lancelot d’un sommeil millénaire afin qu’il tue un dragon appelé par les nazis. Le tout est raconté par Navarre avec un humour décapant et se déroule dans un monde proche du nôtre, mais habité par tout un tas de créatures fantastiques.

« Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » de Karim Berrouka reprend, d’après ce que j’ai compris, les personnages de Fées, weed et guillotines, Marc-Aurèle, Petiot, Buragne et Premier de la classe. Ils enquêtent sur un meurtre étrange, une attaque d’écureuil et un carnage à l’épée. Ils se retrouvent les spectateurs d’un combat entre deux légendes, Lancelot et Gauvain, qui sont restés chevaliers, mais qui ont beaucoup vieilli. Les deux chevaliers se battent pour régler une querelle millénaire, avec force de jurons (« forniquard de hareng gaupe » – je n’ai pas pu m’empêcher d’en noter quelques uns).

Ainsi, ces nouvelles racontent et mettent en scène le personnage de Lancelot, avec des aspects différents de sa légende : chevalier vertueux, amoureux, traître et responsable de la ruine de Camelot. J’ai évoqué rapidement chaque nouvelle, parce que cette lecture commence à dater et que j’en garde un souvenir imprécis. De même, je serai bien en peine d’en désigner mes préférées. Ce sont des nouvelles très différentes, et c’est cette variété qui fait l’intérêt de ce recueil, tout comme les points de vues et les réécritures du mythe qu’a fait chaque auteur.

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La route de la conquête – Lionel Davoust

Couverture - La Route de la conquête

Lionel DAVOUST

La route de la conquête

Editions Critic, 2014

348 pages

Collection Fantasy

Présentation de l’éditeur

On la surnomme la Faucheuse. Débarquée trente ans plus tôt dans le sud, la généralissime Stannir Korvosa assimile méthodiquement nations et tribus au sein de l’Empire d’Asreth, par la force si nécessaire. Rien ne semble résister à l’avancée de cette stratège froide et détachée, épaulée par des machines de guerre magiques.

Parvenue à l’ultime étape de sa route, elle est confrontée à un nouveau continent – un océan de verdure où vivent des nomades qui ne comprennent pas les notions de frontières ou de souveraineté. Elle doit pourtant affirmer l’autorité impériale car, dans le sous-sol de la steppe, se trouvent des ressources indispensables pour Asreth. Mais après une vie de conquête, Korvosa pourrait bien rencontrer la plus grande magie qui soit… et affronter un adversaire inédit : le pacifisme.


En son cœur, en son âme, l’espèce humaine est déséquilibrée. Nous apportons l’équilibre, la durée, la stabilité. C’est juste, et indispensable. C’est notre mission. Mais… que se passe-t-il quand on rencontre un peuple déjà équilibré?

Sur Evagényre, l’Empire d’Asreth envoie ses armées à la conquête dans le but d’accomplir un grand projet : réunir tous les peuples sous une seule bannière, pour éviter l’avenir funeste et les guerres terribles qu’a vu Dame Mordranth, l’oracle et le guide spirituel d’Asreth, en interrogeant le futur. La civilisation asrénienne se répand sur Evagényre grâce à la stratégie des généraux, parfois par la voie diplomatique, parfois après un conflit. L’artech, la technologie magique (paradoxe ?) qui utilise les cristaux vapeur, permet aux armées de combattre dans de grandes armures qui décuplent leurs forces, ou d’utiliser des canons gigantesques. Bien qu’elle soit dévastatrice, cette énergie est aussi utilisée quotidiennement pour l’éclairage, ou le transport. C’est cette civilisation qu’Asreth veut diffuser, en même temps que la stabilité qu’elle permet.

Ce livre n’en a pas l’air, mais il s’agit d’un recueil de nouvelles. Chaque nouvelle va donc raconter un moment de l’histoire d’Evagényre et de l’expansion d’Asreth. Plutôt que de faire comme d’habitude et d’évoquer chaque nouvelle séparément, j’ai choisi de faire l’inverse et d’en parler de manière globale.

Les six nouvelles du recueil esquissent donc l’histoire de la conquête du monde par Asreth. Elles se situent à des moments très différents, avec une génération d’écart ou bien plusieurs siècles. Pour éviter la confusion, le recueil propose une chronologie avec une description succincte des évènements, sans spoil, puisque c’est souvent le destin individuel qui est raconté (« Le guerrier au bord de la glace »), et il n’y a pas vraiment de suspens quant aux évènements historiques. On a la fois des récits de guerre, d’autres qui vont prendre le chemin de la diplomatie, mais ce n’est pas sans tensions.

Lionel Davoust varie un peu les genres et les façons d’aborder l’histoire de cet empire. Il traite notamment un même évènement, une guerre qui a traumatisé des générations d’asréniens de deux manières. La première en entrant dans la tête d’un soldat de retour du front qui est dans une sorte d’institut psychiatrique pour traiter l’amnésie qui l’empêche de se souvenir de ce qui s’est passé à la fin de cette guerre (« Au delà des murs »). L’autre nouvelle (« Bataille pour un souvenir ») va raconter cette guerre, mais du point de vue d’un soldat ennemi, un guerrier-mémoire. Les guerriers-mémoire ont cette particularité qu’ils doivent oublier un souvenir pour pratiquer leur technique de combat. Plus le souvenir est fort, plus le coup sera puissant et dévastateur. Au passage, cette idée m’a beaucoup plu et j’ai particulièrement apprécié cette nouvelle.

On va aussi découvrir les tous débuts de la conquête (« La fin de l’histoire »), et la fin de l’empire (« Quelques grammes d’oubli sur la neige »). Les peuples que les armées vont rencontrer, ayant des mentalités très différentes, vont aussi leur résister plus ou moins consciemment. C’est notamment ce que va découvrir Stannir Korvosa, dans la nouvelle « La route de la conquête ». La Généralissime est confronté à un mode de vie et à une mentalité qui résiste à la civilisation asrénienne parce que l’équilibre que cette civilisation est censée leur apporter, ils le connaissent déjà et qu’ils ne peuvent envisager une annexion sans destruction de leur essence même. Cette nouvelle est la plus longue et elle m’a surprise en prenant un tournant que je n’avais pas imaginé.

Les nouvelles de ce recueil avaient été pour la plupart publiée dans des anthologies. Leur publication dans un seul et même volume, avec quelques nouvelles inédites, est tout à fait cohérente. En effet, cela nous montre plusieurs facettes d’un même monde. Je me suis laissée fasciner par ce que l’auteur en décrit, et en particulier ce mélange de de magie et de technologie. C’est un univers de fantasy étonnant, d’autant plus qu’on l’aborde en différents points de son histoire. A découvrir sans hésiter !

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Du sang dans les plumes – Joel Williams

Couverture - Du sang dans les plumes

Joel WILLIAMS

Du sang dans les plumes

(traduit par Natalie Beunat et Patrice Carrer)

Editions 13e Note, 2012

237 pages

Collection Pulse

Présentation de l’éditeur

Au carrefour de la tradition amérindienne et de la littérature de prison, de l’humour et de la poésie, Joel Williams, le boxeur guitariste, nous fait partager les hantises mais aussi les espoirs qui rythment ses journées : tentation de la folie et de l’autodestruction, méfiance, violence, trafics, rivalités de gangs, recherche des racines ethniques, survie face à la mesquinerie et aux humiliations, défoulement dans le sport, obsession sexuelle, image de la Femme tentatrice, salut par l’art…

« Je m’appelle Joel Williams. J’ai 46 ans, je suis un Amérindien de la tribu shoshone-païute. Je suis incarcéré depuis vingt-cinq ans, suite à une condamnation à perpétuité assortie d’une peine plancher de vingt-sept ans. Je suis également écrivain.

Voici comment tout à commencé… »

Postface du professeur Stephen Cooper, auteur de Plein de vie, la biographie de référence de John Fante.

En bonus, une nouvelle inédite du grand James Crumley, « Jeux de hasard », retrouvé dans son ordinateur par sa veuve Martha Elizabeth.


Difficile de faire cette chronique. J’ai l’impression que pour se plonger dans cette œuvre il faut adhérer à l’univers des éditions 13e Note (qui n’existent plus aujourd’hui) : une littérature américaine underground, qui prend place dans une certaine contre-culture.

Joel Williams, d’origine amérindienne, est incarcéré depuis 1985 dans un pénitencier de haute sécurité. Il a tué son père alors qu’il avait 21 ans, après des années d’abus. Ce recueil est accompagné de préfaces pour expliquer comment s’est faite la découverte de cet auteur depuis sa prison. Puis, l’auteur lui-même raconte sa vie, ce qui l’a mené à commettre un crime, et comment il en est venu à écrire sur ce qu’il a vécu. L’éditeur précise cependant que si ce crime lui avait paru atroce et insupportable, éthiquement, il n’aurait pas choisi de publier ce recueil.

Les nouvelles sont divisées en deux parties : « Dérives urbaines », qui raconte la vie des laissés pour compte, entre l’errance d’un jeune homme à Los Angeles, entre alcool, drogue, sexe et virées en voiture, ou le quotidien d’un SDF ; et « Derrière les barreaux », où un personnage qui est l’alter ego papier de l’auteur raconte son quotidien en prison. Les nouvelles sont parfois inégales, mais c’est ce qui arrive souvent dans les recueils. Nous avons en plus le cas d’un « jeune » auteur qui a appris l’écriture par lui-même.

Les nouvelles sont plutôt sombres, parfois dérangeantes, faisant ressentir la souffrance et la cruauté de cette condition. Y demeurent tout de même des instants d’espoir. On est loin de l’auto-apitoiement. Au contraire, l’auteur choisit la lucidité quant à certaines situations, l’auto-dérision pour d’autres, ce qui rend son personnage d’autant plus humain. Je ne vais pas m’attarder sur le détail de ces nouvelles, surtout pour ce qui est de l’appréciation de chacune. Il y a des thèmes ou des situations qu’on va préférer à d’autres, cela dépend vraiment de la sensibilité de chacun.

L’auteur emmène son lecteur dans un univers dont personnellement j’ignorais tout. En conclusion, l’expérience est éclairante et c’est aussi pour cela que j’aime et conseille ce recueil. Il n’est peut-être pas facile de le trouver, mais il vaut indéniablement le coup.

Divergences 001 – Alain Grousset

Couverture - Divergences 001

Présentation de l’éditeur

Eté 1945. Plusieurs missiles sont propulsés depuis l’Allemagne. Face à Hitler, le gouvernement des Etats-Unis finit par capituler.

New York, 1963. En sortant du restaurant, ils firent un tour sur les quais. Depuis le ponton, on distinguait la statue plantée dans la baie de New York. Miss Liberty avait laissé place à une gigantesque Walkyrie casquée, portant glaive et bouclier, conçue par l’architecte du Reich. Rod porta son regard sur un zeppelin qui flottait avec paresse au-dessus des buildings. La ville était puissante et calme, à l’image du régime.

Et si Noé n’avait pas été le seul homme à survivre au déluge ? Et si Hitler avait gagné la Seconde guerre mondiale ? Autant de questions qui nous montre que l’Histoire n’est pas figée, qu’il suffit d’un moment, d’une divergence, pour changer le cours du temps.

Neuf grands auteurs de science-fiction ont accepté, l’instant d’une nouvelle, de devenir les maîtres du Temps.

Mon Avis

Vous l’aurez compris, Divergences 001 est un recueil de nouvelles uchroniques. Et en temps que recueil, il propose un éventail de ce qu’il est possible de faire, de changer, de modifier dans l’histoire pour écrire une uchronie, avec un bon panorama d’auteurs français (plus un anglais) de science fiction. Le recueil balaie plusieurs époque de l’Histoire, depuis le temps de la Bible, jusqu’à un « de nos jours » qui paraît des plus futuristes.

Malheureusement, toutes ces nouvelles ne sont pas au même niveau. Les premières sont des plus étranges, j’ai peu accroché à leur propos. Ca a changé avec la nouvelle de Fabrice Colin, qui renverse l’histoire de l’esclavage d’une façon des plus intéressantes. J’ai également beaucoup aimé Pax Bonapartia de Johan Heliot, ainsi que De la part de Staline de Roland C. Wagner, avec une petite joie à la lecture de Reich Zone de Xavier Mauméjean et ses super guest star comme personnages (Tony Curtis, Kirk Douglas, et Rod Serling).

Conclusion, un recueil assez inégal, qui est cependant une bonne introduction au genre de l’uchronie (tout en soulignant que cette entreprise n’est pas des plus aisées…). La postface est très intéressante, plus qu’elle parle de l’uchronie d’une point de vue plus historique, formel et symbolique. Elle propose en plus une liste de titres d’œuvres uchroniques.

Challenge Uchronie____________________________________________________________________________

Divergences 001. Nouvelles réunies et présentées par Alain Grousset. Editions Flammarion, 2008. 299 pages. Collection Ukronie. Contient :

  • Après le déluge, Pierre Pélot
  • Exode, Jean-Marc Ligny
  • Le serpent qui changea le monde, Fabrice Colin
  • Le petit coup d’épée de Maurevert, Michel Pagel
  • Pax Bonapartia, Johan Heliot
  • L’affaire Marie Curie, Laurent Genefort
  • Reich Zone, Xavier Mauméjean
  • De la part de Staline, Roland C. Wagner
  • Une histoire très britannique, Paul J. McAuley
  • Postface : Eric B. Henriet