En avril, je voyage en terre SF

Hello !

Je passe sur le « çafaitlongtempsquejairienpostétoutesmesexcuses » parce que cela devient répétitif et lassant, pour aller directement au cœur du sujet.

La science fiction est un genre, un univers, une question qui me passionne, mais qui me frustre énormément parce que j’en lis peu. Je me sens aussi beaucoup moins légitime pour en parler, je connais moins son histoire, ses différents sous-genres ou ses auteurs marquants. En partant de ce constat, j’avais eu le projet de faire une sorte de challenge qui porterait uniquement sur ce genre, en allant explorer ses différentes déclinaisons et thématiques. J’étais d’abord partie sur quelque chose de très ambitieux, ça ne me convenait pas, et finalement j’ai décidé de restreindre le côté challenge de ma vie de lectrice pour cette année. Donc j’ai laissé tomber.

Mais, j’avais dans mes résolutions de 2017 l’envie de lire plus de SF. Me voici donc avec cet article, pour présenter un petit challenge, un petit défi, très simple : en avril, je voyage en terre SF.

En quoi cela consiste-t-il ?

C’est très simple : j’ai listé tous les livres SF de ma pile à lire, et durant ce mois d’avril, je vais concentrer mes lectures sur ces livres-là.

J’irai peut-être jusqu’à regarder ces films de SF que je veux voir depuis des lustres, histoire de rester dans la cohérence, mais je n’ai encore rien de défini de ce côté-là. L’idée d’y inclure aussi la musique m’a même effleurée, mais il va me falloir faire quelques recherches pour approfondir – même si j’ai déjà quelques pistes.

Et puis, le but c’est aussi d’en faire quelque chose : des chroniques, évidemment, histoire de me remettre dans cette dynamique d’écriture, une playlist – si je trouve assez de musique d’inspiration SF -, parler de cinéma ou de courts-métrages, et pourquoi pas revenir sur un certain nombre de choses que l’on peut trouver en ligne : webséries, sites spécialisés, etc.

Encore un challenge ?

Dans mes résolutions de 2017, j’avais décidé de ne plus me lancer dans des challenges – avec quelques exceptions pour les marathons et les lectures communes.

Alors, oui effectivement, je me lance dans un challenge, mais je cherche moins la performance – c’est-à-dire lire beaucoup – que la thématique – lire essentiellement, en majorité de la SF. Je ne lirai peut-être qu’un ou deux romans, ou j’en lirai dix, peu importe. J’ai envie de lire à propos de voyages dans l’espace, de robots, et d’extraterrestres (mais pas que, évidemment la SF ne se limite pas à ça !), donc je vais me consacrer à ça pendant ce mois-ci.

Et cette pile à lire SF alors ?

  • Poupée aux yeux morts / L’oeil du fouinain, de Roland Wagner (éditions Les Moutons Electriques) : un auteur que j’adore et que je continue de découvrir avec grand plaisir. J’ignore de quoi il s’agit, alors ce sera une surprise.
  • L’espace d’un an, de Becky Chambers (éditions L’Atalante) : que j’ai acquis suite à un conseil de libraire. Apparemment, l’histoire d’une jeune femme qui voyage pendant un an dans un vaisseau spatial au milieu d’une grande variété d’espèces aliens.
  • Dominium Mundi, livres I et II, de François Baranger (éditions Critic) : j’avais profité de les trouver d’occasion pour les acquérir et j’ignore encore de quoi il s’agit.
  • Des larmes sous la pluie, de Rosa Montero (éditions Métailié) : j’avais eu un gros coup de cœur pour L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir de la même autrice, et j’avais très envie de la retrouver dans un univers complètement différent, inspiré – selon la 4e de couverture – de Blade Runner (et en plus une suite de ce roman est parue l’année dernière).
  • La Maison du scorpion, de Nancy Farmer (éditions L’Ecole des Loisirs) : sans le conseil d’un libraire, je serais certainement passée à côté. Un roman jeunesse qui parle de clonage : ça va m’intéresser, j’en suis sûre !
  • Outrage et rébellion, de Catherine Dufour (éditions Folio SF) : je voulais découvrir l’autrice, et j’ai choisi ce livre qui parle d’anticipation, de révolte, de répression… et de musique !
  • Dune, tome1, partie 1, Frank Herbert (éditions Pocket) : encore un livre trouvé d’occasion, pour me plonger enfin dans ce classique. Ce n’était peut-être pas le plus judicieux que de choisir cette édition qui découpe le premier tome en 2, mais ça, seule la lecture me le dira !
  • Silo, Hugh Howey (éditions Babel) : ce livre est depuis beaucoup trop longtemps dans ma bibliothèque, et il est temps que je l’en sorte. On part cette fois dans un monde post-apocalyptique où un groupe de survivants a recréé une forme de société, sous terre, avec des règles strictes. On imagine bien comme cela peut se finir…

(Remarque inutile en passant : si on exclut le deuxième tome de Dominium Mundi, ma PAL est parfaitement paritaire avec 4 auteurs et 4 autrices, et c’est même pas fait exprès !)

Enfin, j’ai emprunté Blade Runner / Robot Blues / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick pour le relire, avant Des larmes sous la pluie, de préférence.

Bien sûr, je n’exclus pas quelques incursions du côté de la BD ou du manga, notamment pour relire Shangri-La, poursuivre R.U.S.T. ou enfin vous proposer des chroniques sur les dernières BD SF que j’ai pu lire (Lolita HR et Karma City notamment).

Voilà mon programme !

Cela vous intéresse ?

Évidemment, je poste ça à la dernière minute, pour un truc que j’organise dans mon coin à l’arrache, mais si vous souhaitez vous aussi voyager en terre SF ce mois d’avril, ou même dans un ou deux mois, dites-le moi dans les commentaires ! On pourrait imaginer proposer un challenge plus « officiel » sur Livraddict, ou partager ça dans un groupe sur les réseaux sociaux. Si cela se passe bien pour moi – et d’ailleurs pourquoi ça se passerai mal ? –, je recommencerai avec grand plaisir !

Ciao !

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Jardin d’hiver – Olivier Paquet

 

 
Olivier PAQUET
Jardin d’hiver
Editions L’Atalante, 2016
416 pages

Présentation de l’éditeur

Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé  » le crime du siècle « . Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.

La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les batailles et dont la philosophie se résume à cette maxime :  » Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde.  »

Un soir, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé et des germes du futur.


Le travail sur la Tchaïka n’est pas de tout repos. Si les contrebandiers ratissent les champs de bataille une fois que les combattants l’ont quitté, ils doivent rester vigilants pour ne pas déclencher les nombreuses armes laissées sur place par les belligérants : les animaux-robots du consortium tirent à vue sur eux, tandis que les plantes-bombes de la Coop ne font pas la distinction entre les différents camps. Mais le champ de bataille où ils récupèrent cet inconnu est inhabituel. Ils trouvent nombre de carcasses d’aéronefs à désosser, mais les morts sont nombreux et ce qui les a causé est inquiétant. En effet, ils ne souffrent d’aucune blessure physique. L’un des deux camps semblent avoir développé une arme encore plus destructrice.

Voilà l’équipage plongé au coeur du conflit, conflit auquel vient s’ajouter une troisième faction qui cherche à tous prix à mettre fin à cette guerre. A ces trois factions qui s’opposent, s’ajoutent une intelligence artificielle, une Epée (c’est-à-dire un guerrier  sanguinaire que rien n’arrête), et une entité mystérieuse : Jardin d’hiver. L’action est par moment un peu confuse : tout n’est qu’alliance, trahison, conversation éthique ou divergence de point de vue idéologique.

Mon avis est un peu plus modéré que quand j’ai acheté ce roman. En effet, j’avais eu un coup de coeur pour cette couverture, et lire sur la quatrième de couverture les mots « animaux-robots » et « plantes mécanisées » dans la même phrase avait fini de me convaincre. D’abord, il y a cette impression que les personnages tournent en rond : ils vont dans un lieu, déterminés à faire quelque chose, mais rien ne se passe comme prévu, ou l’un d’eux change d’avis, et les voilà repartis en sens inverse, et ça de la Méditerranée à l’Islande. C’est assez frustrant parce qu’on a l’impression qu’ils agissent en vain. Le côté contrebandier est aussi peu mis en avant par rapport à ce qui est dit dans le résumé. Certes, ils sont pivots dans l’histoire, mais on suit moins leur mode de vie que leur changement de cap au gré des caprices de l’un ou l’autre des belligérants. Il m’a aussi semblé que certains dialogues partaient dans des discussions éthiques interminables – qui sont aussi un ressort du récit – mais qui m’ont semblé plus confuses qu’autre chose, et j’avoue n’y avoir pas compris grand chose (mais ça, c’est peut-être juste dû à l’état de fatigue dans lequel j’étais quand j’ai lu ce roman).

Cependant, cela ne doit pas vous arrêter : ce roman a aussi plein de qualités. Tout d’abord, il y a de très bons concepts de science fiction, autour de l’intelligence artificielle notamment. Et j’aime beaucoup la vision qu’il offre d’une forme de compromis entre le végétal, l’animal et la machine. Enfin, il n’y a aucun angélisme sur le conflit ou sur les partis en présence. Il n’y a aucun parti pris, ni pour le Consortium ni pour la Coop, et la conclusion arrive à dépasser cet antagonisme de façon remarquable. De plus, l’écriture est plutôt efficace, et se laisse aller à un peu de poésie, ce qui est plutôt agréable. Enfin, j’ai beaucoup aimé comment l’auteur dépeint la société du Consortium, et le mode de vie des habitants de Mégapole. C’est ville gigantesque au coeur même du Consortium, et les innovations architecturales que technologiques (notamment tout ce qui peut être une forme évoluée de nos réseaux sociaux et de nos objets connectés) qui la composent et ce qu’elles induisent en terme de mode de vie, d’interaction sociale etc. m’ont vraiment intéressée.

Ainsi, je suis peut-être moins enthousiasme à propos de ce roman que je ne l’étais au moment où je suis tombée dessus en librairie – à cause d’une certaine fatigue qui rendait la lecture laborieuse. Mais j’en garde vraiment un bon souvenir, et maintenant que mon avis a mûri, je le conseille aux personnes qui aiment la SF et à celles qui n’ont pas peur quand on prononce les mots « intelligence artificielle ».

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde – Steven Hall

Steven HALL
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde
(traduit par Pierre Guglielmina)
Editions J’ai lu, 2011
505 pages

Présentation de l’éditeur

Un matin, Eric Sanderson se réveille amnésique. Une série de lettres qu’il s’étaient adressées à lui-même le lance sur les traces de son passé. De textes codés en indices, il découvre qu’un requin qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs. Il plonge alors dans un monde parallèle inquiétant, où l’attend un amour échappé du temps.


Eric se réveille un jour sur le tapis de sa chambre, l’esprit vide, sans souvenir. Un jeu de lettres laissé en évidence le mène à une psychiatre qui lui explique qu’il souffre d’une amnésie particulière. Elle lui raconte qu’il a vécu une perte, celle de Clio, sa petite amie, lors d’un voyage en Grèce  et que c’est plusieurs mois après ses funérailles que l’amnésie s’est déclenchée. Elle le met aussi en garde contre des lettres qu’il a pu s’écrire avant de perdre la mémoire. Celles-ci arrivent à un rythme régulier, alors qu’il tente de retrouver une vie normale, et il décide de les ignorer. Jusqu’au jour où un colis étrange déclenche un évènement qui soulève de nombreuses questions : il reprend les lettres pour les lire. Il apprend qu’un monstre conceptuel le guette : un requin qui nage dans les flux des concepts et de la pensée le traque pour dévorer ses souvenirs. Il doit alors se protéger et part à la recherche du seul homme capable de l’aider à affronter le monstre.

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, titre absolument magnifique en passant, est un roman inclassable. Entre littérature contemporaine et science fiction (ou serait-ce plutôt fantastique ?), l’auteur nous présente un monde où les flux de mots et de concepts sont des courants marins et sont habités par des poissons qui s’en nourrissent. J’adore cette idée ! C’est un peu perturbant, sur le coup, mais il développe ça de manière intelligente, intéressante, cohérente, tout en laissant la place à l’imagination et à l’interprétation.

C’est un univers fou pour un premier roman, je suis vraiment admirative. Le style est parfois inégal, on y trouve quelques platitudes mais aussi de très beaux morceaux poétiques. L’auteur a donc une marge de progression, mais c’est très prometteur pour ces prochaines oeuvres. J’ai du mal à parler de ce roman, parce que, autant l’auteur arrive plutôt bien à parler de choses indicibles ou difficiles à saisir, autant je peine à y mettre des mots. Par contre, j’ai très vite été passionnée, je n’ai pas senti les pages se tourner, et la fin est à la hauteur de cet investissement dans la lecture, donc je suis très satisfaite et admirative, encore, du travail qu’a accompli l’auteur ici.

Je ne sais pas si j’aurais été claire ou même si mes vagues explications auront pu vous convaincre. Toutefois si le titre ou le concept derrière l’histoire vous titille, n’hésitez pas à découvrir ce roman indescriptible. Je me suis laissée persuader sans trop savoir dans je me lançais et j’ai beaucoup aimé ce que j’y ai trouvé.

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Utopiales 15

Collectif
Utopiales 15
Editions ActuSF, 2015
399 pages
Collection Les 3 Souhaits

Présentation de l’éditeur

La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire. (Philip K. Dick)

Construite autour de la thématique « Réalité(s) », cette anthologie officielle des Utopiales, septième du nom chez ActuSF, va vous entraîner dans des jungles mystérieuses avec Fabien Clavel, sur un monde aux moeurs singulières avec Mike Carey ou encore à la rencontre d’êtres venus d’ailleurs avec Laurent Queyssi…

Vous y croiserez également d’anciens pilotes communistes qui ont vu des ovnis pendant le Deuxième Guerre mondiale, des petits robots fugueurs, de vieux copains de bistrot aux paris un peu fous et alcoolisés et des maisons en réalité virtuelle à l’intérieur desquelles tout est possible… Sans oublier Alain Damasio qui nous offre une belle avant-première avec le premier chapitre inédit de son futur roman, Fusion.

Etes-vous sûr de votre réalité ? Sont-ils vivants et nous morts ? Treize nouvelles pour douter de tout…

Préface de Sylvie Lainé et Roland Lehoucq. Avec les nouvelles de Charlotte Bousquet, Mike Carey, Joël Champetier, Fabien Clavel, Philippe Curval, Alain Damasio, Aliette De Bodard, Jean-Laurent Del Socorro, Daryl Gregory, Jérôme Noirez, Stéphane Przybylski, Laurent Queyssi et Robert Silverberg.


J’ai soudain eu une envie de lire des nouvelles. Mes lectures romanesques en cours étaient soient trop longues à démarrer, soient peu intéressantes, soient trop tarabiscotées pour mon état d’esprit du moment. Je me suis donc dirigée vers l’anthologie des Utopiales de 2015, sûre de pouvoir me régaler avec des histoires courtes, tout en me frottant à des auteurs que je connaissais peu, voire pas du tout.

La thématique de cette édition – Réalité(s) – est suffisamment large pour permettre de nombreuses interprétations tout en entraînant le lecteur vers des dimensions très différentes, scientifiques, psychologiques, juridiques (oui), culturelles, ou encore fantasmagoriques. Je n’ai pas l’intention de revenir sur chacune des nouvelles – à vous d’aller les découvrir – mais d’en évoquer quelques unes parmi d’autres, que je les ai aimée, ou pas.

Le recueil s’ouvre sur « Les Yeux en face des trous » d’Alain Damasio, le premier chapitre de son nouveau roman, Fusion. Tout tourne autour d’une découverte scientifique bluffante : celle de s’injecter les souvenirs des autres grâce à un liquide particulier. Deux amis volent  un peu de ce liquide pour en tester eux-mêmes les propriétés et en découvrir par la même occasion quelques utilisations possibles. En finissant cette lecture, je n’ai eu qu’une réaction : « Je VEUX la suite maintenant. Ça sort quand ? » (début 2016, j’ai pas trouvé plus d’infos).

Certaines des nouvelles traitent directement du thème de la/des Réalité(s), que celle-ci soit virtuelle, ou parallèle. J’aime bien comment Jérôme Noirez l’aborde dans « Welcome Home ». Il pose une question simple : quand on est propriétaire de sa propre réalité, la loi s’applique-t-elle ? Dans « Smithers et les fantômes du Thar », Robert Silverberg choisit plutôt d’apporter une dimension temporelle. Le temps est aussi exploité par Fabien Clavel, d’une manière très différente avec « Versus » – une nouvelle que j’ai particulièrement appréciée.

Charlotte Bousquet nous livre une nouvelle très touchante sur la maladie où souvenirs se mêlent au temps présent. Avec « Visage », Mike Carey propose la confrontation de deux réalités culturelles différentes, un aspect qui m’a particulièrement intéressée. Le lien avec la thématique est parfois un peu plus flou, comme avec « Le vert est éternel » de Jean-Laurent Del Socorro qui reprend l’univers de son roman fantasy Royaume de vent et de colères, sans que sa lecture soit désagréable pour autant.

Les autres nouvelles m’ont plus ou moins marquée sur le moment, mais je vous invite également à les découvrir pour voir les propositions de leurs auteurs sur la thématique du recueil. A part Charlotte Bousquet et Jérôme Noirez que j’avais déjà lu, cette lecture m’incite à aller découvrir ces auteurs dans leurs autres oeuvres, notamment Daryl Gregory, Fabien Clavel ou encore Mike Carey.

Contient :

  • Alain Damasio, « Les Yeux en face des trous »
  • Aliette De Bodard, « Immersion »
  • Jérôme Noirez, « Welcome home »
  • Philippe Curval, « Un demi bien tiré »
  • Joël Champetier, « Dieu, un, zéro »
  • Daryl Gregory, « Les aventures de Rocket Boy »
  • Jean-Laurent Del Socorro, « Le vert est éternel »
  • Charlotte Bousquet, « Coyote creek »
  • Stéphane Przybylski, « Intelligence extraterrestre »
  • Laurent Queyssi, « Pont-des-sables »
  • Fabien Clavel, « Versus »
  • Robert Silverberg, « Smithers et les fantômes du Thar »
  • Mike Carey, « Visage »

Demi-Monde, 1. Hiver – Rod Rees

Rod REES

Demi-Monde, 1. Hiver

(traduit par Florence Dolisi)

Editions Nouveaux Millénaires, 2012

541 pages

Présentation de l’éditeur

Le Demi-Monde est la simulation informatique la plus avancée jamais conçue. Créé pour entrainer les soldats à la guérilla urbaine, ce monde virtuel est volontairement bloqué dans une guerre civile permanente. Ses trente millions d’habitants numériques sont gouvernés par les avatars des plus cruels tyrans de l’histoire : Heydrich, l’architecte de l’Holocauste ; Beria, le bourreau de Staline; Torquemada, l’Inquisiteur sans pitié; Robespierre, le visage de la terreur…

Quelque chose s’est cependant détraqué à l’intérieur même du Demi-Monde, et la fille du président des États-Unis y est restée coincée. Il incombe à l’agent Ella Thomas d’aller la récupérer, mais, une fois sur place, la jeune femme se rend compte que les règles du jeu sont faussées… Le monde réel pourrait bien courir un danger que nul n’a encore osé imaginer.


Le Demi-Monde. Un monde avec ses états et leurs valeurs, conçus de manière à s’opposer violemment et constamment, créé par l’armée américaine pour entraîner les soldats à la guérilla urbaine. Comme l’indique la quatrième de couverture, le système s’est déréglé et il s’est mis à piéger les vraies personnes à l’intérieur, dont la fille du président.

Ella Thomas n’est pas militaire. C’est une jeune femme qui finit tous juste ses études et qui a répondu à une annonce par hasard, parce qu’elle doit bien payer ses factures à la fin du mois. Il se trouve qu’elle correspond parfaitement à un avatar qui vit dans le Demi-Monde, ce qui permettra sa connexion et son intégration au Demi-Monde. Elle se retrouve donc emportée dans le Demi-Monde, dans la nation la plus raciste et la plus misogyne, celle dirigée par Heydrich, et qui y a développé une idéologie proche du nazisme.

C’est donc sur cette situation intenable que commence le roman. L’auteur a organisé ses actions de manière à ce qu’on en apprenne plus, petit à petit, sur le Demi-Monde et son fonctionnement. On oscille entre plusieurs points de vue et plusieurs personnages : Ella, et puis d’autres personnages rencontrés dans le Demi-Monde. Ce roman se déroule sur une durée assez courte – quelques mois au plus – et les actions sont bien réparties du début à la fin. Ella doit à la fois trouver les moyens de survivre dans le Demi-Monde et bien sûr elle doit mener sa mission à bien. Mais elle va vite se rendre compte qu’elle est prise dans une machination qui la dépasse et qui va dégénérer, avec une rébellion et une guerre.

J’ai adoré le concept du Demi-Monde. Je trouve que c’est totalement irresponsable de la part de l’armée d’avoir conçu un truc pareil, surtout quand ce truc est autosuffisant et hors de contrôle, mais en termes de ressort narratif, c’est génial. Il y a aussi de nombreuses actions et péripéties qui rendent la lecture intéressante et qui donnent envie de lire toujours plus.

Le seul point négatif que je soulignerai, c’est le traitement des personnages et la manière dont ils interagissent. Ils sont caricaturaux, manichéens, et manquent de profondeur. C’est un peu dommage, mais pour une fois, ce n’est pas vraiment gênant. Lors de ma lecture, la découverte du Demi-Monde et le suspens créé par les péripéties comptaient plus que l’identification ou l’appréciation des personnages.

En tous cas, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Elle nous plonge, comme Ella dans le Demi-Monde, dans un monde cauchemardesque, totalement dystopique, en pleine guerre et en plein totalitarisme. Le rythme est bon, entre action frénétique et moments plus calmes. Et il se termine sur un cliffhanger insoutenable.

Je ne sais pas si ou quand je lirai le tome 2, mais ce tome 1 m’a beaucoup plu et je le recommande.

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Le Fossoyeur – Adam Sternbergh

Adam STERNBERGH

Le Fossoyeur (traduit par Florence Dolisi)

Editions Denoël, 2015

264 pages

Collection Lune d’encre

Présentation de l’éditeur

Tous les cimetières sont pleins depuis longtemps.

Il se fait appeler Spademan, le Fossoyeur, presque un nom de super-héros. Vous ne saurez jamais son vrai nom. Il a été éboueur. Un jour, il a trouvé un bébé dans un sac-poubelle. Quelques années plus tard, sa femme est morte dans la série d’attentats radioactifs qui a vidé New York de ses habitants. C’était il y a longtemps : une autre vie.

Maintenant, Spademan est tueur à gages. Il est resté dans les ordures, mais son salaire a considérablement augmenté. Il n’est pas sexiste : homme, femme, il s’en fout. Vos raisons, il s’en fout. D’ailleurs, le fric aussi il s’en fout.

Et quand on lui demande de tuer la fille du richissime prédicateur T K Harrow, une gamine qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans, il n’y voit aucun problème. Mais dans la toile de Harrow, pour la première fois de sa sinistre carrière, Spademan n’est pas la plus grosse araignée.

Mélange foudroyant de roman noir et de cyberpunk, au style sec comme un vieil os, le Fossoyeur est un uppercut qui en dit long sur la tentation nihiliste. Dès parution, Hollywood en a acquis les droits d’adaptation cinématographique.


« Le Cyberpunk, c’est la science fiction à l’ère de l’urbanisme et des réseaux informatiques. » (Le Cafard cosmique)

Nous sommes dans un contexte futuriste, mais un futur relativement récent. New York a subit plusieurs attentats à la bombe nucléaire. A part les quartiers touchés, la vie peut continuer normalement, mais les habitants ont préférés fuir la ville. Ceux qui restent vivent dans un environnement dangereux. Peu de temps avant les attentats, est apparue une nouvelle addiction : la limnosphère. C’est une sorte de monde virtuel dans lequel on se plonge en étant relié à un lit et à un équipement médical qui maintient le rêveur en vie. Un monde dans lequel on pourrait vivre sans interruption, à partir du moment où quelqu’un resterait à surveiller les signes-vitaux et à approvisionner le corps en minéraux. C’est une addiction qui coûtent cher et seuls les riches peuvent se permettre d’y rester un long moment, embauchant infirmières et gardes du corps. Et la limnosphère étant un système reposant sur l’informatique, il y a des hackers et des ingénieurs qui travaillent sur des améliorations du système pour le rendre encore plus réaliste et immersif.

Spademan est un tueur à gages. Il vit et tue à New York. Ce n’est pas un homme surentraîné à la James Bond qui aurait changé de métier, plutôt un homme normal, banal qui a un métier inhabituel. Il a instauré un rituel de travail précis pour préserver son efficacité et sa sécurité. Il a aussi quelques règles : il ne fait pas les mineurs, mais dès 18 ans, aucuns problèmes, il s’exécute et exécute. Perséphone a tout juste 18 ans. C’est donc une victime dans ses cordes. Mais alors qu’il la pourchasse et qu’il s’apprête à la tuer, il se rend compte qu’il y a un problème en lien avec le père de la demoiselle : celui-ci est un prédicateur, un homme très riche qui a bâti sa fortune sur une émission télévisée religieuse.

C’est Spademan qui raconte son histoire et sa rencontre avec Perséphone. Au fur et à mesure qu’il déroule ses aventures, il va aussi être amené à parler de son passé, de sa femme et de la manière dont il est devenu assassin. Son style est haché, percutant, efficace, avec des dialogues épurés, et qui fait du roman un vrai page turner. Il y a de nombreux rebondissements, Spademan va notamment devoir enquêter sur ce qui est arrivé à Perséphone pour qu’elle ait ainsi sa tête à prix. On a donc un contexte futuriste avec une technologie nouvelle et potentiellement pernicieuse, dans une ville pratiquement désertée, avec un personnage qui est à la fois un tueur et un enquêteur (parce qu’il faut bien qu’il trouve ses victimes avant de les achever). En plus de l’aspect science-fictif, il y a donc une bonne dose de thriller. De quoi passer un bon moment.

Pourtant ce roman m’a semblé brasser beaucoup d’air pour pas grand chose. Le narrateur a un nom de super héros qui le place entre le dur à cuir et l’homme de principe. Pourtant c’est loin d’être une pointure, il se fait souvent dépasser, il est taraudé par son passé. Malgré ça, je l’ai trouvé assez creux et il est difficile de s’y attacher ou de s’y intéresser tellement il est froid. C’est un roman qui a une certaine noirceur, mais le tout est tellement efficace qu’il manque de profondeur.

C’est donc une lecture en demi-teinte, idéal pour une lecture facile, rapide et sans prise de tête, mais qui reste plutôt creuse et qu’on oublie vite. La quatrième de couverture annonce une future adaptation cinématographique, et sur Livraddict, il est présenté comme étant le premier tome d’une série. Voir l’adaptation, pourquoi pas, mais de là à lire une éventuelle suite, je ne crois pas que je ferais l’effort.

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Les Pilleurs d’âmes – Laurent Whale

Laurent WHALE

Les Pilleurs d’âmes

Editions Les Moutons électriques, 2014

253 pages

Collection Hélios

Présentation de l’éditeur

Terre, 1666. La galaxie abrite déjà des civilisations avancées, pourtant c’est sur la planète bleue que vont s’affronter deux espions intergalactiques L’un d’eux, qui se fait bientôt appeler Yoran Le Goff, intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : Jean-David Nau, dit l’Olonnais. Entre amitiés, alliances de circonstances et trahisons, Le Goff tentera de débusquer le mystérieux adversaire qu’il est venu traquer. Pour découvrir ses plans, mais aussi pour l’éliminer. Seulement, parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance et la mission de l’espion sent très vite la poudre. Jusqu’à l’explosion finale.


Un espion extraterrestre traque un recruteur qui appartient aux Cartels, ces organisations criminelles qui sévissent dans l’espace, attaquant les convois commerciaux et les colonies, répandant la terreur dans la galaxie. Ce recruteur s’est rendu sur la Terre en 1666 avec un but évident pour le héros : recruter des pirates, leur laver le cerveau et en faire des « Imix », des pilleurs intergalactiques plus sanguinaires qu’ils ne le sont déjà sur les océans. Les flibustiers de la Tortue, ceux qui accompagnent Jean-David Nau semblent être les candidats idéaux pour ce type de recrutement. Notre héros prend alors un nouveau nom, Yoran, et il s’embarque avec eux dans l’espoir de débusquer son mystérieux adversaire. Mais celui-ci lui échappe, tandis que Yoran se trouve de plus en plus impliqué dans les équipages qui suivent l’Olonnais, jusqu’à devenir second d’un terrible pirate surnommé « Bras-de-fer ». La piraterie est vue de l’oeil de l’extraterrestre Yoran, dont la civilisation a évolué par rapport à celle de la Terre, et il est souvent rendu malade par les crimes commis par ses compagnons.

Le mélange roman de piraterie ou roman d’aventures maritimes, et science-fiction a déjà été perpétué par certains de nos auteurs français (voir Stéphane Beauverger et son excellent Déchronologue), ce sont donc deux genres qui se marient bien. Alors que pour le Déchronologue, la science fiction prend corps dans des tempêtes temporelles, là il est amusant de voir la technologie suppléer pour notre personnage principal aux armes et techniques de l’époque. Comme il est pratique d’avoir des mini-robots qui permettent d’avoir l’oeil partout ! Une aide bienvenue, qui rend d’autant plus démuni quand elle n’est plus possible.

Le roman mêle passages sur Terre au milieu de la flibuste, souvenirs d’attaques d’Imix dans différents coin de la galaxie, et courts moments durant lesquels la supérieure de Yoran tente de défendre son service anti-imix auprès de l’empereur de la civilisation et de son cercle de conseillers où ce sont immiscés des dirigeants des cartels. Ces passages sont assez déstabilisants puisque l’on passe d’un monde de dangers, certes, dans lequel l’enjeu est pour Yoran de survivre et de neutraliser son adversaire, à un monde beaucoup plus vaste et dans lequel les enjeux ont d’autant plus d’ampleur. Ces passages sont assez secondaires par rapport au temps passé auprès des équipages pirates, mais il est dur de les appréhender étant donné que ce monde nous a à peine été présenté. J’ai trouvé ça dommage, mais ces considérations sont secondaires par rapport au reste du récit.

Laurent Whale parle de piraterie et il en parle bien. Le glossaire présent à la fin du livre illustre les recherches qu’il a du mener pour alimenter son récit d’éléments historiques et le rendre d’autant plus réaliste. Ainsi, un certain nombre des personnages mentionnés ont réellement existé, l’Olonnais en tête. Et cet aspect là est vraiment réjouissant. Pour autant, l’auteur n’est pas complaisant envers les pirates. Il les décrit comme ils ont du être : des hommes cruels, sanguinaires, cupides, loin de l’image un peu romantique que l’on peut avoir (grâce à Pirates des Caraîbes notamment). Si certains ont des qualités dignes – honneur, bravoure – ils sont peu. Mais cela n’empêche pas d’apprécier l’aventure – bien au contraire !

Je récapitule donc : de la SF, des navires, des batailles, des tempêtes, deux espions intergalactiques, des pirates, une galerie de personnages riches, bien caractérisés, de l’action avec un rythme soutenu… Lecteur, lectrice, attends-toi à rester accroché à ton livre, à suivre  et à apprécier les aventures de Yoran sur terre, en mer et dans l’espace !

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