Les Visages – Jesse Kellerman

Jesse KELLERMAN

Les Visages

Editions Points, 2011

473 pages

Collection Thriller

Présentation de l’éditeur

La plus grande oeuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux qui mêlent à un décor torturé d’innocents portraits d’enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaitre certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus.


Ethan Muller est galériste. Il est aussi le fils de David Muller, homme riche qui possède des immeubles en centre ville. Son second le contacte pour lui parler d’une découverte qu’il a faite dans un appartement abandonné par son locataire. Des milliers de dessins stupéfiants sont rangés dans des cartons. Ethan, fasciné, décide d’en faire l’objet d’un exposition. Celle-ci est médiatisée et peu de temps après il est contacté par un policier à la retraite qui reconnaît parmi les dessins les visages d’enfants assassinés. Ethan n’y croit d’abord pas, puis il accepte de rencontrer le policier et de se plonger dans l’enquête avec lui pour retrouver l’auteur des dessins. Ceux-ci suscitent l’intérêt et une agitation inhabituelle : on veut les acheter, les voler, les faire retirer de la galerie, déterminant d’autant plus Ethan à rechercher leur auteur.

Parallèlement nous est racontée l’histoire d’un émigré aux Etats-Unis au XIXème siècle, retraçant l’histoire de sa famille et leur avènement dans un pays à construire.

Les Visages est un roman qui m’a beaucoup plu, notamment parce qu’il a une intrigue et une construction loin des canons du genre. Son appellation « thriller » peut d’ailleurs être contestée, tellement il m’a semblé que l’enquête est un prétexte pour parler d’autres choses, aborder d’autres thèmes et finit par être presque secondaire. C’est ce qui fait avancer le personnage, mais le suspens n’est pas si intense, la résolution de l’énigme finit par ne plus une fin en soi. Ce qui importe finalement, c’est l’histoire d’Ethan, ce qu’ont bâti ses ancêtres, les drames de leur histoire qui continuent de peser sur le personnage, de sorte qu’il a eu du mal à se construire et qu’il a une vie sentimentale chaotique.

Les avis sont en général plutôt mitigés sur ce livre, mais il a su m’accrocher, m’intéresser et me fasciner et c’est bien tout ce qu’on lui demande !

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Sérum, Saison 1, épisode 1 – Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

Henri LOEVENBRUCK et Fabrice MAZZA

Sérum, Saison 1, épisode 1

Editions J’ai lu, 2012

181 pages

Présentation de l’éditeur

1773 : Mesmer invente l’hypnose.

1886 : Freud invente la psychanalyse.

2012 : Draken invente le sérum.

Une injection.

Sept minutes pour accéder au subconscient profond d’Emily Scott.

Un carnet pour décrypter ses visions fantasmagoriques.

Quelques jours pour empêcher le pire.

Mais quand les morts suspectes se multiplient, le NYPD se pose une question : Arthur Draken est-il un psychiatre de génie ou un dangereux criminel ?


Lola Gallagher, détective de police, enquête sur l’agression d’une jeune femme devenue amnésique après qu’on lui a tiré dans la tête. La jeune femme, qui se fait appeler Emily Scott, était poursuivie et s’est adressée à des caméras de surveillance en parlant de machination et d’enlèvement. Lola peine à trouver des informations sur Emily – celle-ci n’a pas d’empreintes digitales – et elle se tourne vers la psychologie et un de ses amis qui est psychiatre pour aider Emily  à se souvenir.

Le suspens est créé dès le début du roman. En effet, dès la première page, on est projeté dans un flash forward/un saut en avant/une prolepse, qui montre très clairement que la situation exposée dans ce roman va dégénérer et s’aggraver. Le tout va être de savoir de quelle manière et si le personnage qui a du sang sur les mains est coupable de quelque chose ou pas.

A l’enquête sur la vie d’Emily, s’ajoute des passages sur la vie personnelle de Lola, des chapitres centrés sur le personnage de Draken, le psychiatre, et d’autres sur les mystérieux agresseurs d’Emily.

Sérum est conçu comme une série TV. Ce premier tome ou épisode est comme un épisode introductif d’une série thriller. J’ai d’ailleurs hésité avant de chroniquer ce premier épisode, me demandant si j’avais assez de matière – mais étant donné que je risque soit de ne pas lire la suite avant un certain temps, soit de lire mais de ne pas chroniquer la série en cours de route, je m’y suis mise. Pardonnez-donc la légèreté de ce billet.

Sérum est une série qui a eu du succès au moment de sa sortie (il suffit de voir le nombre de chroniques publiées sur la fiche Livraddict du premier tome). C’est aussi une « série évènement » augmentée et interactive. En effet, des QR Codes disséminés dans les différents chapitres permettent d’accéder à des contenus différents (musique ou vidéo pour lire en étant d’autant plus plongé dans l’ambiance). Je n’ai pas pu accéder à ces contenus (la fille qui vit très bien sans smartphone), mais le concept en lui-même est très intéressant. Il y a aussi un site-web dédié à la série qui permet de pénétrer dans l’univers : www.serum-online.com. Henri Loevenbruck est d’ailleurs familier du procédé puisqu’il avait créé un site similaire avec son roman thriller ésotérique Le Mystère Fulcanelli.

Au delà de tout ça, ce fut une lecture rapide, efficace. Je suis curieuse de voir se qui va se passer ensuite. J’aime le côté thriller mêlé à cette invention dangereuse qu’est le Sérum et j’ai bien envie de connaître le fin mot de l’histoire.

Lune captive dans un oeil mort – Pascal Garnier

Pascal GARNIER

Lune captive dans un oeil mort

Editions Zulma, 2009

156 pages

Présentation de l’éditeur

Martial et Odette viennent d’emménager dans une résidence paradisiaque du sud de la France, loin de leur grise vie de banlieue. Les Conviviales offrent un atout majeur : protection absolue, et sécurité garantie – pour seniors uniquement. Assez vite, les défaillances du gardiennage s’ajoutent à l’ennui de l’isolement. Les premiers voisins s’installent enfin. Le huis-clos devient alors un shaker explosif : troubles obsessionnels, blessures secrètes, menaces fantasmées du monde extérieur. Jusqu’à ce que la lune, une nuit plus terrible que les autres, se reflète dans l’oeil du gardien…

Avec beaucoup d’humour et de finesse, malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier brosse le portrait d’une génération à qui l’on vend le bonheur comme une marchandise supplémentaire. Une fin de vie à l’épreuve d’un redoutable piège à rêves.


Martial et Odette ont acheté une maison aux Conviviales, la résidence surveillée pour retraités et personnes âgées, censée être un paradis. Au début du roman, ils sont seuls. Ils s’ennuient. Puis vient le premier couple de voisins, suivis de peu par une personne seule. Entre l’ouverture du club animé par Nadine, les matinées à la piscine et les promenades dans les environs, l’entente est cordiale. Pourtant il suffit d’un grain de sable pour gripper le système et alors le huis-clos devient un cauchemar.

Drôle de cadre que celui de ce roman. Le plus bizarre, c’est que vu le titre et vue la quatrième de couverture (enfin le rabats pour les éditions Zulma), c’est sûr et certain que ça va mal se terminer. Le lecteur le sait, et pourtant, il se fait presque surprendre par l’auteur qui amène la discordance de manière subtile, par petites touches, graduellement, jusqu’au drame.

Oui, c’était comme de vivre en vacances, à la différence près que les vacances avaient une fin alors qu’ici il n’y en avait pas. C’était un peu comme s’ils s’étaient payés l’éternité, ils n’avaient plus d’avenir. Preuve qu’on pouvait s’en passer.

Ce qui m’a amené vers ce roman, c’est son titre : « Lune captive dans un oeil mort ». En un mot, je trouve ça sublime.

On va passer successivement dans la tête de chaque personnage, découvrant tour à tour leur personnalité, leur mentalité, leurs secrets. Dans un huis-clos pareil, c’est bien les secrets qui volent en éclats quand la crise explose. L’ambiance glauque, alimentée de paranoïa, est vraiment bien rendue par son auteur qui développe un sacré art du suspens. Il se fait aussi un plaisir de décortiquer les travers contemporains et on y plonge en même temps que ces personnages.

Je me trouve un peu à court de mots pour parler plus avant de ce petit roman, mais j’ai beaucoup apprécié cette ambiance, cette descente aux enfers, cette vision assez noire de la société française. C’est le genre de romans dans lequel on se laisse embarquer sans effort, et qu’on avale sans y prendre garde. Attention toutefois, c’est chaud et salé !

Du sang sur la glace – Jo Nesbø

Couverture - Du sang sur la glace

Jo NESBØ

Du sang sur la glace

(traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier)

Editions Gallimard, 2015

153 pages

Collection Série Noire

Présentation de l’éditeur

Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.

Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo. Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.

C’est la jeune épouse – infidèle – de son patron.

Et il est chargé de la tuer…


C’était l’un des hommes du Pêcheur. Cela n’avait rien de personnel. Et je le lui avait dit avant qu’il s’écroule, en laissant une trace de sang sur le mur en béton. Non que j’eusse pensé que cette information lui faciliterait les choses. Le jour où je me ferais moi-même abattre, j’aimerais autant que ce soit personnel.

J’ai lu ce roman après avoir entendu la chronique de Clara Dupont-Monod sur France Inter (par contre n’allez pas l’écouter si vous ne voulez pas vous faire spoiler un roman célèbre d’Agatha Christie). Elle parle tellement bien des livres, qu’elle donne envie de lire tout ce dont elle parle. Là, je me suis dit que c’était pile le genre de livre qu’il me fallait : un thriller, plutôt court, et de Jo Nesbø. Un roman qui promettait d’être passionnant, du genre dont on ne décroche plus. L’idéal pour me détacher des rapports et soutenances de la fin de l’année universitaire, sans devoir plonger et assimiler un style et un univers nouveau.

Et effectivement, j’ai adoré me plonger dans cette lecture.

Jo Nesbø nous fait suivre le chemin d’Olav, un « expéditeur » ou un tueur à gages. Olav n’est pas un homme méchant. C’est un homme dyslexique, qui se considère donc comme quelqu’un qui n’est pas très intelligent. Il tue parce qu’il ne sait pas faire autre chose : ni proxénète, ni braqueur. On ne connait pas vraiment sa vie au début du roman. On va la découvrir peu à peu, avec notamment les liens qu’il a eu avec ses parents. On sait qu’il n’aime pas qu’on maltraite les femmes et qu’il a aidé une ancienne prostituée qui avait des dettes.

Daniel Hoffman, son patron, lui donne une nouvelle mission : tuer sa femme. Olav va donc s’exécuter et se planque près de l’appartement de son patron pour observer sa cible. Mais la femme est très belle et il tombe amoureux d’elle. Et quand il voit qu’elle se fait battre par son amant, il décide de tuer ce dernier. Ce qui est évidemment une mauvaise idée… Olav est alors pris dans une machinerie infernale dont il va devoir se sortir seul.

J’ai trouvé que ce roman – court, certes – était génial. On suit le point de vue d’Olav, personnage singulier, atypique. Un tueur, dyslexique – je l’ai déjà dit – avec un rapport particulier aux femmes, et qui lit avec acharnement. L’action, grâce au découpage du roman, est brillamment menée. La personnalité d’Olav est la clé de tout le récit. Sans lui, le livre – et notamment sa fin – n’aurait pas cet effet-là.

Je vous laisse donc là-dessus, espérant vous avoir donné envie de lire ce génial petit roman. Je le conseille chaudement, malgré son ambiance glaciale et sombre. C’est un excellent thriller, d’autant plus intense et palpitant qu’il est court.

Psycho Killer – Anonyme

Couverture - Psycho Killer

Anonyme

Psycho Killer

Editions Le livre de poche, 2014

402 pages

Présentation de l’éditeur

Tout semble paisible à B Movie Hell, 3 672 âmes. Jusqu’à ce qu’un individu masqué d’un crâne surmonté d’une crête rouge se mette à assassiner très tranquillement certains habitants de la ville. Le FBI confie l’affaire à Milena Fonseca et Jack Munson, dit le Fantôme, deux spécialistes des opérations clandestines.

Mais bientôt des liens apparaissent entre cette terrifiante série de meurtres et un projet top secret du Département d’Etat. Les habitants de B Movie Hell sont bien résolus à mettre fin eux-mêmes et sans l’aide de personne à cette situation cauchemardesque…

Un thriller drôle et saignant, bourré de références cinématographiques, hommage aux séries B et films d’horreur, par l’auteur de la tétralogie consacrée au Bourbon Kid.

Mon avis

Psycho Killer raconte une chasse au tueur en série.

Dans la petite ville de B Movie Hell, Silvio Mellancamp fait sa loi : il a changé le nom de la ville, développé le commerce, ouvert une maison close le « Minou Joyeux » et corrompu pas mal de monde. Quand la première victime, un policier, est décapitée et que son coéquipier aperçoit le tueur, ses vêtements particuliers et son masque, tous les policiers de la ville se décident à faire justice eux-mêmes, aidé par la grosse somme d’argent promises en récompense par le propriétaire de la ville. Le FBI envoie deux agents en mission clandestine. Jack Munson, un agent qui a de la bouteille et qui aime la bouteille, a été écarté par ses supérieurs pour avoir commis une bavure. Il est réengagé parce qu’il a participé à un projet secret de formation d’agents par le Département d’Etat. Il est obligé de mener l’enquête avec Milena Fonseca, sa supérieure qui veut assister et contrôler l’enquête. Sur place, ils vont se heurter aux forces de l’ordre, aux hommes de Mellancamp et au mystère qui entoure le tueur et une certaine jeune femme, appelée Bébé, autour de laquelle les cadavres semblent tomber.

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de lire un film d’action thriller. Je m’explique : j’ai eu l’impression, dans le rythme, dans la caractérisation des personnages, dans le sanglant, dans les détails évoqués, de retrouvé des ficelles plutôt cinématographiques que littéraires. Et je ne suis pas sûre que ça soit vraiment ce que je recherche quand je lis un livre.

Ce roman est un vrai page turner. C’est écrit de manière très efficace, mélangeant des vannes, de l’humour de situation, des scènes violentes et sanglantes. C’est scabreux, souvent absurde (un homme est tué alors qu’il est constipé aux toilettes). On oscille ainsi entre ces deux penchants, pour un rendu accrocheur. Le texte, parsemé de nombreuses références à la culture pop tant cinématographique que musicale, se dévore.

Toutefois, j’ai été moins emballée que ce que je pensais. La sauce n’a pas vraiment pris. J’ai été amusée, mais je n’ai pas ri aux éclats. J’ai bien aimé le fait que toute la ville soit complice de crimes glauques et que les agents du FBI comme le tueur se retrouvent confrontés à cette foule. Cependant, je n’ai pas ressenti grand chose. Ça a été une bonne lecture, mais je pense que je l’oublierai assez vite. Je reste néanmoins très curieuse de découvrir la première tétralogie de cet auteur anonyme. J’espère y trouver un contenu plus satisfaisant.

 ABC thriller polars

Scarpetta – Patricia Cornwell

Couverture - Scarpetta

Patricia CORNWELL

Kay Scarpetta, 16. Scarpetta

(traduit de l’anglais par Andrea H. Japp)

Editions France Loisirs, 2009

656 pages

Présentation de l’éditeur

Oscar Bane a exigé son admission dans le service psychiatrique de l’hôpital de Bellevue. Il redoute pour sa vie et prétend que ses blessures lui ont été infligées au cours d’un meurtre ; meurtre qu’il nie avoir commis. Il ne se laissera examiner que par Kay Scarpetta, médecin légiste expert, l’unique personne en qui il ait confiance. À la demande du procureur, Jaimie Berger, Kay se rend à New York City et entreprend cette enquête avec son époux Benton et sa nièce, Lucy. Elle n’est sûre que d’une chose : une femme a été torturée et tuée, et d’autres morts violentes sont à craindre. Kay se lance et très vite une vérité s’impose : le tueur anticipe avec précision où se trouve sa proie, ce qu’elle fait, et pire encore, les avancées des enquêteurs. Kay Scarpetta devra faire face à l’incarnation du mal…

Mon avis

C’est la veille du Nouvel An. Kay Scarpetta travaille dans son cabinet de médecine légale quand elle reçoit un coup de fil de son mari, psychologue et profiler pour la police : il y a eu un meurtre, une jeune femme a été tuée et son petit ami s’est fait agressé en entrant dans son appartement avant de découvrir son cadavre. OscarBane, le petit ami, est interrogé par la police et il n’accepte d’être examiné que par une seule personne : Kay Scarpetta. La procureur Jaime Berger lui demande alors de la rejoindre à New York pour examiner Bane et de rejoindre son ancien collègue, Pete Marino, et sa nièce, petit génie de l’informatique, pour enquêter. En parallèle, un blog en ligne, dont le but semble être de dénigré un certain nombre de personnalités, s’attaque à Scarpetta et publie deux articles diffamatoire sur elle.

Je partais avec deux sérieux handicaps en commençant la lecture de ce livre. Tout d’abord, ce livre est le seizième tome d’une série, une très longue série donc. Les personnages avaient donc un passif, des relations antérieures qui conditionnent leurs comportements les uns avec les autres. Il y a notamment de longues conversations à propos d’évènements déjà passés dans les tomes précédents. L’auteur ne largue pas pour autant son lecteur au milieu de ce groupe de personnages. Elle explique la situation passée, les sentiments des personnages les uns avec les autres. Mais pour autant, ces conversations entre les personnages sont beaucoup trop longues et ont tendance dans la première partie du livre à éclipser le reste, et en particulier le meurtre et l’enquête. Je n’ai donc été égarée dans cette histoire que peu de temps, mais c’est pas pour autant que les relations entre les personnages m’ont passionnées.

Ensuite il y a la dernière phrase de la quatrième de couverture : « Kay Scarpetta devra faire face à l’incarnation du mal… » Je DETESTE ce genre d’effet dans les livres et en particulier dans les quatrièmes de couverture. Je n’avais pas lu ce quatrième de couverture au moment où je l’ai acheté. Et puis, c’était il y a quelques années (oui, ce livre a passé des années dans ma bibliothèque sans que je le lise), et je n’étais peut-être pas aussi radicale par rapport à ces exagérations. Surtout que, ayant lu d’autres trucs bien plus stressant, glauque et pervers, je n’ai pas eu l’impression d’avoir affaire à l’incarnation du mal en lisant ce roman. J’admets que le criminel est un sadique manipulateur et pervers, mais j’ai lu et vu pire, donc « l’incarnation du mal » me semble un chouïa ridicule.

L’héroïne étant médecin légal, elle pratique des autopsies, visite les lieux du crime, et parle beaucoup de chacun des détails de ce qu’elle trouve, allant même jusqu’à expliciter des choses implicitement évidentes. Quand le pseudo d’Oscar Bane est « scarbane », on comprend implicitement que c’est une contraction de son nom et de son prénom, mais l’auteur se sent obligée de nous l’expliquer. Tout ça m’a donc paru un peu laborieux.

Le roman est donc très bavard, loin du genre de polar ou thriller que j’aime. Il y a d’ailleurs peu d’action jusqu’à la dernière cinquantaine de page. Le dénouement est assez chouette, et fait paraître un criminel diabolique et manipulateur, mais loin d’être l’incarnation du mal à mes yeux.

Malgré un dénouement qui rattrape un peu le tout, ça reste un roman sans grande surprise, loin d’être aussi effrayant que ne l’annonce la quatrième de couverture. Je n’ai pas ressenti de suspens ou de tension, simplement lassée de ces conversations parfois inutiles et futiles à n’en plus finir.

ABC thriller polars

Origine – Diana Abu-Jaber

Couverture - Origine

Diana ABU-JABER

Origine (traduit par Edith Ochs)

Editions Sonatine, 2010

500 pages

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Présentation de l’éditeur

Syracuse, Etat de New-York. L’hiver est terrible, la ville est sous la neige, battue par les vents glacés. Lena, experte en empreintes digitales, travaille à l’unité scientifique de la police. C’est une jeune femme renfermée, à l’équilibre fragile, qui, en dépit de compétences exceptionnelles, préfère rester dans l’ombre et se consacrer aux cas de violence faites aux enfants, conséquence peut-être d’un passé tourmenté. Orpheline trouvée dans d’étranges circonstances à l’âge de deux ans, Lena ignore en effet tout de ses origines.

Son parcours croise un jour celui d’Erin Cogan, dont le bébé vient de décéder. Les médecins ont diagnostiqué une mort subite du nourrisson, la mère ne les croit pas. On a tué son fils, elle en est sûre. Bien vite, le doute s’insinue aussi dans l’esprit de Lena, qui découvre un nombre anormal de cas similaires dans la région. Y aurait-il vraiment un serial killer qui s’attaque aux bébés ? Plus étrange encore, Lena sent confusément que l’énigme de ses origines est lié à Erin et aux meurtres des enfants. Parviendra-t-elle à reconstituer son histoire et à percer le sombre secret de ses origines ? Malgré la pression de la presse qui s’empare de l’affaire, malgré les menaces qui pèsent sur sa vie, Lena ira au bout d’une enquête passionnante.

Mon avis

Lena est technicienne de laboratoire. Elle relève et analyse les empreintes d’objets rapportés de scènes de crime. Son statut lui empêche d’aller sur le terrain, car cela et la rencontre avec les victimes compromettraient son point de vue objectif de scientifique. Pourtant, quelques années plus tôt, son chef l’a emmené sur une scène de crime car l’enquête piétinait. Grâce à son intuition, Lena avait trouvé de nouveaux éléments qui ont permis de trouver le coupable. Ayant connaissance de cette réussite, c’est elle qui vient trouver Erin Cogan quand elle cherche à exposer ses soupçons sur la mort de son fils. L’enquête a conclu à une mort subite du nourrisson (MSN), mais Erin est persuadé que quelqu’un a tué son enfant. Lena est touché par sa douleur, mais elle ne croit pas tout de suite à un tueur. Quand d’autres cas sont signalés et que les berceaux envahissent la salle des scellés du laboratoire, elle s’interroge, sentant confusément que ces morts sont liées à son passé. A trois ans, elle a été recueillie par Pia et Henry, mais ceux-ci ne l’ont jamais adoptée. Avant son arrivée dans leur famille, elle a des images de forêt, de singes et d’oiseaux. Elle est persuadée d’avoir été recueillie par une famille de singe quand elle était bébé à la suite d’un accident d’avion. Elle a d’ailleurs conservé une dent accrochée à une chaîne comme une sorte de porte-bonheur.

L’auteur a construit des personnages intéressants et complexes. Lena est fascinante. Elle est un peu asociale, vit dans un immeuble délabré. Sa sensibilité la rend touchante et j’ai beaucoup apprécié suivre l’enquête qu’elle mène, dans son passé, auprès de sa famille, et sur les maisons hantées par la mort des bébés. Elle est secondé par l’inspecteur Keller Duseky. Lui-même semble droit et courageux, la fine fleur des inspecteurs, cordialement méprisé par Charlie, le mari de Lena dont elle est séparée depuis quelques années. Mais ce dernier révèle un étrange attachement pour Lena et une profondeur inattendue.

Syracuse est prise dans l’hiver. Cette omniprésence de la neige et du froid recouvre le roman d’une atmosphère glaçante, étouffante. Tout nous est raconté par les yeux de Lena. Elle est au centre de l’action et pourtant elle voit d’une manière assez froide, plongée dans son propre monde intérieur. Son histoire est troublante.

J’ai beaucoup aimé ce roman, un thriller loin de l’action trépidante, en plongée dans l’intériorité d’une femme effacée, avec ses traumatismes, mais bien décidée à trouver le fin mot de l’histoire, de son histoire. Le manque d’action de m’a pas gênée. J’ai été bercée par l’écriture, fascinée par la personnalité de Lena, sa manière d’être touchée par ce qui l’entoure, ses sens aiguisés, son intuition animale. Ce n’est pas un livre haletant et trépidant, mais, malgré quelques longueurs, il n’en est pas moins envoutant.

ABC thriller polars