Il était plusieurs fois une forêt – Elisa Gehin

Couverture - Il était plusieurs fois une forêt

Elisa GEHIN

Il était plusieurs fois une forêt

Editions Thierry Magnier, 2009

36 pages

Présentation de l’éditeur

Il était une première fois une forêt dans laquelle vivaient des oiseaux qui portaient des couronnes.

Il était une deuxième fois une forêt dans laquelle vivaient des oiseaux qui portaient des chapeaux.

Et il était une fois un oiseau qui portait une couronne, seul dans son arbre. Cet oiseau décida un jour de jeter sa couronne et d’aller voir du pays. Identique aux autres, il sera invisible aux yeux de ses compagnons. Avec un couvre-chef différent, il connaîtra l’exclusion avant… d’être idolâtré ! Heureusement notre oiseau a la tête sur les épaules et sait résister aux sirènes du pouvoir… Son seul credo : accepter les différences permet à chacun de trouver sa place sans jamais s’ennuyer !

Le décor est planté pour écrire toutes les histoires du monde des humains : l’exclusion, la peur, la rencontre, la tyrannie, la tolérance… Des dessins minimalistes, frais et très colorés pour une histoire toute simple qui rappelle des valeurs fondamentales. Une fable politique pour enfants !

Mon avis

Ce très bel album met en scène des oiseaux dans des forêts qui portent soit un chapeau, soit une couronne et qui acceptent, excluent ou vénèrent les oiseaux qui ont un autre couvre-chef. Le graphisme est simple, coloré, et l’histoire est efficace pour un compréhension un brin ironique du monde des hommes.

Et je réalise que j’aime beaucoup les albums publiés par Thierry Magnier : une maison d’édition pour le jeunesse à suivre !

(Cette chronique est vraiment trop courte, mais je l’ai lu il y a 6 mois, la présentation de l’éditeur est très détaillée. Et je tenais absolument à en faire un article à part parce que je trouve cet album génial et que cela mérite qu’on le souligne !)

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Sweet sixteen – Annelise Heurtier

Annelise HEURTIER
Sweet sixteen
Editions Casterman, 2013
217 pages

Présentation de l’éditeur

– Quand est-ce que tu avais prévu de nous en parler ? As-tu pensé aux conséquences de ta décision ? As-tu seulement compris que tu vas tous nous mettre en danger ?

Molly était d’abord restée sans voix, la bouche ouverte, hébétée.

– Un paquet de Noirs se sont faits lyncher, et pour moins que ça, ma petite fille ! avait hurlé sa mère.

Rentrée 1957.

Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses pores à des étudiants noirs. Ils sont neuf à tenter l’aventure. Ils sont deux mille cinq cents prêts à tout pour les en empêcher.

Mon avis

1957, Little Rock, état de l’Arkansas.

Le Lycée Central tente d’appliquer le programme de mixité imposé par l’État, et d’intégrer des étudiants noirs dans ses classes. Ce fait divers a fait du bruit parce que les pro-ségrégationnistes ont provoqué des émeutes pour empêcher ces étudiants d’entrer au lycée, au point que l’armée a été mobilisée pour protéger les étudiants.

Molly s’est portée volontaire, trois ans plus tôt quand la préparation de cette intégration a été lancée, pour intégrer ce lycée. Elle ne croyait pas tellement que ça allait se réaliser, mais au cas où, elle voulait en faire partie. Malgré les violentes menaces des ségrégationnistes et racistes de tous poils, elle poursuit l’aventure avec huit autres adolescents. Alors que les persécutions et le harcèlement commencent, elle passe par tous les états émotionnels, l’espoir le plus fou, la colère, la dépression, la peur… Elle est harcelée par les blancs et désapprouvée par les noirs qui craignent un déchaînement de violence envers leur population (le KKK est toujours d’actualité). Elle est cependant supportée par sa mère et sa grand-mère avec qui elle vit. Son personnage est inspiré de Melba Patillo, une des neuf adolescents qui a intégré le Lycée Central de Little Rock en 1957.

Grace, elle, vient d’une famille blanche et aisée. Elle assiste à cette intégration d’un œil vaguement indifférent, plus intéressée par sa popularité et ses amours de lycée. Si elle va dans des réunions d’activistes anti-intégration, c’est parce qu’elles ont lieu chez son amie Brook et qu’elle a très envie de sortir avec Sherwood, son grand frère. Choquée par la violence raciste des autres étudiants, elle finit par prendre position contre le harcèlement pratiqué par ses amis. Qui le lui feront payer.

Molly et Grace se retrouvent dans la même classe. C’est l’année de leurs seize ans, leurs sweet sixteen, un événement qu’elles attendent avec impatience et qu’elles comptent célébrer pour marquer ce passage de l’adolescence à l’âge adulte.

J’ai fait ma première vidéo Youtube sur ce roman. Je vais donc répéter ce que j’ai déjà dit : ce livre m’a vraiment chamboulée. J’aime beaucoup lire des romans sur ce sujet : des périodes où on travaille à une plus grande tolérance, où les croyances et les certitudes se confrontent et où la bataille est loin d’être remportée, mais qu’il demeure quand même un espoir.

Malgré l’ambiance nauséabonde du lieu et de l’époque, ce racisme exacerbé, les menaces d’agression qui pèsent constamment sur les personnages, il reste une note positive, celle portée par les deux personnages, Molly et Grace.

Vous l’aurez compris, Sweet Sixteen m’a particulièrement plu et c’est un roman que je recommande chaudement et à tout le monde !

Oeil pour oeil… – Nicolas Bianco-Levrin

oeil pour oeilNicolas BIANCO-LEVRIN

Oeil pour oeil…

Éditions L’atelier du poisson soluble, 2004

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Présentation de l’éditeur

Quand un loup est un loup pour lui-même. A chaque double page un loup s’adresse à son double (reproduit à la façon du test de Rorschah). Album sans parole.

Mon avis

Album sans texte mais pas muet pour autant ! Oui, le jeu de mot est facile, mais c’est la vérité. L’illustration est très simple. La majorité de la page est blanche. On a les silhouettes des deux loups, symétriques, qui se toisent, se menacent et se battent. Fort simple, donc, mais pas sans force pour autant : cet album se révèle riche en sens caché et alimente bien une réflexion sur la violence et la tolérance. En voyant ces deux loups s’écharper, on a l’impression d’assister à une sorte de combat perpétuel, et on s’interroge sur ses raisons, son utilité. Ajoutez à cela un beau support et le grain du papier épais… Oeil pour oeil n’est pas tout récent, mais il a un aspect intemporel, universel, et il est toujours très beau !

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