Notre Dame des loups – Adrien Tomas

Couverture - Notre-Dame des loups

Adrien TOMAS

Notre-Dame des loups

Editions Mnémos, 2014

182 pages

Présentation de l’éditeur

1868, aux confins de l’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage.

Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent, des os qui rompent, des incarnations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence….

Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des loups…


 Le silence est omniprésent. Il est lourd sur ma nuque et mes épaules, il m’entoure, m’étouffe, me pèse. A chaque fois que mon cheval traverse de son sabot la couche de neige fraîche, à chaque fois que j’inspire l’air glacé ou que j’exhale un souffle de nuage blanc, j’ai l’impression d’être en train de profaner une église, un temple ou je ne sais quoi de sacré. Je n’ai jamais été très porté sur la religion, mais par la Dame, ce que je me sens païen et ignorant dans cet endroit ! La forêt blanche m’écrase de sa majesté, de son immensité, me réduit à ce que je suis certainement : un intrus, minuscule et vain, dans un territoire qui ne lui appartient pas.

Les Veneurs cheminent en plein hiver dans la forêt Blanche à la poursuite de leur proie : une meute de wendigos (ou loups-garous ou rejs) et leur créatrice, la Dame. Alors qu’ils approchent de leur but, la troupe est peu à peu décimée et les veneurs meurent les uns après les autres. Un agent de la Dame agit-il dans l’ombre pour les mener à leur perte ? Qui les trahit au sein de la troupe ?

Au fil de huit chapitres successifs, nous nous plongeons dans ce huis-clos glaçant, un huis-clos au sein de la Vénerie, mais qui prend place dans un environnement hostile. Chaque chapitre adopte le point de vue d’un personnage. On découvre alors sa propre histoire et la manière qu’il a de considérer sa mission ou les autres veneurs. Il y a par exemple Würm : il est allemand ; sa famille est celle qui a commencé la lutte contre les rejs et il a immigré aux Etats-Unis pour poursuivre la chasse quand la Dame a investit le nouveau continent. Jack est celui qui mène les Veneurs, c’est le chef de troupe. Il est brutal, sans concession, obsédé par la Dame, et est peu aimé de ses compagnons. Il y a aussi Arlington, un pistolero de talent mais qui a peu d’estime pour ceux qu’il accompagne, Jonas, le plus vieux, Evangeline qui était une esclave et qui a dressé des chiens au combat contre les garous, et Winters, un jeune cowboy, un peu naïf.

L’intrigue se déroule à la fin du XIXème siècle. On se retrouve donc en plein western, mais un western fantastique et horrifique : des créatures rôdent dans les ombres et au milieu du blizzard. En plus du froid, de la neige et du danger, l’animosité règne au sein de la Vénerie : la confiance est loin. Chacun de ses membres se haïssent et se méfient les uns des autres.

L’imaginaire développée autour des cette troupe de Veneurs et des créatures qu’ils pourchassent est également très intéressant. La Dame et ses abominations ont une histoire : ils sont nés en Europe puis ont émigré en Amérique ; ils ont été traqué par des Veneurs européens qui ont mis en place des dispositifs de défense, comme les balles en argent ou des grigris, artefacts magiques qui leurs permettent de voir mieux dans l’obscurité. Les loups-garous font aussi échos à des mythes indiens comme les wendigos.

Tout ça donne un roman fort, prenant, trépidant. Il y a de l’action, du suspens, du mystère. Le fait que l’on change de  personnage à chaque chapitre est aussi un ressort de la narration qui est bien trouvé et qui colle parfaitement à l’intrigue. J’ai beaucoup aimé le mélange de western et de fantastique. Le style est efficace et le roman est concis, comme il le faut pour une histoire pareille (il fait moins de 200 pages). Le mélange des genres est détonnant et m’a fait passer un excellent moment de lecture.

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Des films en quelques mots (6)

Le blabla introductif est . Au programme, mes dernières sorties au cinéma. (La toute dernière datant d’hier soir, pour une fois, c’est du récent !)

The Salvation – Kristian Levring

Long métrage danois, britannique, sorti en 2014, avec Mads Mikkelsen, Eva Green, Jeffrey Dean Morgan…

Genre : Western, drame

Synospsis

1870, Amérique. Lorsque John tue le meurtrier de sa famille, il déclenche la fureur du chef de gang, Delarue. Trahi par sa communauté, lâche et corrompue, le paisible pionnier doit alors traquer seul les hors-la-loi.

Mon avis

John est un immigré danois, ancien soldat, qui s’est installé aux Etats Unis avec son frère. Après 10 ans en Amérique, il réussit enfin à faire venir sa femme et son fils restés au Danemark. Mais dans la diligence qui les ramène de la gare, deux hommes violents embarquent et tuent sa famille.

J’espérais voir un western contemporain, qui ajouterait quelque chose au genre, mais c’est resté assez banal, très classique. Les ressorts de l’intrigue sont ceux que l’on retrouve dans de nombreux western : un « grand méchant » oppresse une communauté qui lui obéit au doigt et à l’oeil, et se détourne de celui qui essaie de s’opposer à l’oppresseur. Le mécanisme de la vengeance crée d’assez belles scènes de combat et de fusillade, les images sont d’ailleurs belles, avec ce jeu sur la saturation. J’ai tout de même bien aimé, parce que j’aime bien le western de manière générale, mais ce n’est pas celui qui me restera le plus longtemps en mémoire. J’aurais aussi attendu un rôle plus important pour Eva Green. Mais son personnage, muet, a peu de présence. Autre point à souligner : je n’avais encore jamais vu de western où l’enjeu sous-jacent comme ici était l’exploitation du pétrole. C’est un thème nouveau pour moi, et un point positif à ajouter à ce film.

Les Combattants – Thomas Cailley

Long métrage français, sorti en 2014, avec Adèle Haenel, Kevin Azaïs, Antoine Laurent…

Genre : Comédie. Romance.

Synospsis

Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille… Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

Mon avis

J’ai eu un sentiment très bizarre en tapant « Romance » dans la catégorie du genre pour ce film. Parce que c’est tellement loin des classiques et des clichés du genre que ça m’a presque paru inapproprié. Arnaud est un garçon pas très sûr de lui. Il vient de perdre son père et hésite à reprendre l’entreprise familiale avec son frère. Madeleine rêve d’intégrer les commandos pour s’entraîner à survivre à la fin du monde. Elle est du genre têtue et très déterminée, au point de boire du maquereau mixé le matin pour s’entraîner au test d’entrée dans les commandos. Arnaud trouve Madeleine fascinante et il va même s’inscrire à un stage à l’armée pour la suivre. Mais ça ne se passera pas comme ils le souhaitent. Romance ? un peu quand même. Mais je garde quand même de ce film les scènes absurdes de dialogues francs entre Madeleine et Arnaud – très drôle -, les scènes de caserne et de survie. La fin du film est étrange : elle marque un tournant dans le ton et ça en devient étrangement décalé. Une scène de la fin m’a cependant beaucoup marquée, alors que la fin du monde semble tangible, et c’est sûrement ce que je garderais de ce film.

Il faut aussi ajouter que l’actrice qui joue Madeleine est parfaite dans son rôle

Hippocrate – Thomas Lilti

Long métrage français, sorti en 2014, avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin…

Genre : Comédie dramatique

Synospsis

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Mon avis

L’hôpital comme vous ne l’avez jamais vu – sauf si vous le fréquentez vous-même – ou en tous cas pas au cinéma ! On va suivre deux internes, Benjamin et Abdel qui travaillent dans le même service. Leurs patients, leurs difficultés, leurs erreurs, les problèmes qui sont ceux de l’hôpital aujourd’hui : manque de places, de moyens… Tout ce qui est raconté et montré a l’air très réaliste et spontané. C’est parfois drôle, touchant, même émouvant. C’est un bon film et je vous le conseille.

Pride – Matthew warchus

Long métrage britannique, sorti en 2014, avec Bill Nighy, Imelda Staunton, Paddy Considine…

Genre : Comédie, Drame.

Synospsis

Eté 1984 – Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de leur marche à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre l’argent aux ouvriers en mains propres. Ainsi débute l’histoire extraordinaire de deux communautés que tout oppose qui s’unissent pour défendre la même cause.

Mon avis

J’aime beaucoup l’ambiance de ces films anglais engagés, ou en tous cas racontant une histoire d’engagement pour la défense de valeurs. C’est festif, coloré, plein de bonne humeur et on en sort ragaillardis. Certes, il y a aussi des passages dramatiques – évidemment -, c’est un peu cliché par moment, on retrouve des personnages très typés, voire stéréotypés. Pride n’est pas vraiment le film de l’année, mais j’ai apprécié le voir parce que l’ambiance est chouette, c’est drôle et le message est réconfortant.

Voilà :)

Dracula Untold – Gary Shore

Long métrage américain, sorti en 2014, avec Luke Evans, Sarah Gadon, Dominic Cooper

Genre : Action, Fantastique, Epouvante-Horreur

Synospsis

L’histoire débute en 1462. La Transylvanie vit une période de calme relatif sous le règne du prince Vlad III de Valachie et de son épouse bien-aimée Mirena. Ensemble, ils ont négocié la paix et la protection de leur peuple avec le puissant Empire ottoman dont la domination ne cesse de s’étendre en Europe de l’Est. Mais quand le sultan Mehmet II demande que 1000 jeunes hommes de Valachie, dont le propre fils de Vlad, Ingeras, soient arrachés à leur famille pour venir grossir les rangs de l’armée turque, le prince doit faire un choix : abandonner son fils au sultan, comme son père l’a fait avant lui, ou faire appel à une créature obscure pour combattre les Turcs et par là même assujettir son âme à la servitude éternelle. Vlad se rend au pic de la Dent Brisée où il rencontre un abject démon et conclut un accord faustien avec lui : il acquerra la force de 100 hommes, la rapidité d’une étoile filante et les pouvoirs nécessaires pour anéantir ses ennemis, en l’échange de quoi, il sera accablé d’une insatiable soif de sang humain. S’il parvient à y résister pendant trois jours, Vlad redeviendra lui-même, et sera à même de continuer à protéger et gouverner son peuple, mais s’il cède à la tentation, il entrera le monde des ténèbres pour le restant de ses jours, condamné à se nourrir de sang humain et à perdre et détruire tout ce et ceux qui lui sont chers.

Mon avis

Impossible de prendre au sérieux ce film. Vous me diriez avec une affiche et une bande annonce particulière, j’aurais pu m’en douter. Mais même avec ce genre de blockbusters, on peut s’attendre à passer un bon moment. Là il y a trop d’exagérations partout (la réalisation avec tous ces effets bien lourds, l’histoire, le jeu des personnages…) qui détruisent la crédibilité du film, et j’ai pas pu entrer dans l’histoire et la prendre au sérieux. Sans compter qu’il y a pour moi des faiblesses au niveau du scénario et que la fin tombe comme un cheveu dans la soupe, sans raison. Bref, c’est loin d’être le film que j’ai préféré aller voir au cinéma dernièrement. D’où ce commentaire : j’ai ri, sauf que ce n’était pas une comédie.

Animaux solitaires – Bruce Holbert

Couverture - Animaux solitaires

Bruce HOLBERT

Animaux solitaires (traduit par Jean-Paul Gratias)

Editions Gallmeister, 2013.

324 pages

Collection Noire

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Présentation de l’éditeur

Comté de l’Okanogan, Etat de Washington, 1932. Russel Strawl, ancien officier de police pour le compte de l’armée, reprend du service pour participer à la traque d’un tueur laissant dans son sillage des cadavres d’Indiens  minutieusement mutilés. Ses recherches l’entraînent au coeur des plus sauvages vallées de l’Ouest, là où les hommes qui pas de sang sur les mains sont rares et où le progrès n’a pas encore eu raison de la barbarie. De vieilles connaissances croisent sa route, sinistres échos d’une vie qu’il avait laissé derrière lui, tandis que se révèlent petit à petit les noirs mystères qui entourent le passé du policier et de sa famille.

A l’instar des romans de Cormac McCarthy, Animaux solitaires mêle avec brio les codes du western et ceux des grands romans noirs. Un premier roman remarquable dont on ne pourra oublier le héros mélancolique qui rêve d’imposer sa justice au confins de la civilisation. Quel que soit le prix à payer.

Mon avis

J’ai mis du temps à écrire cette chronique. Je l’avais évoqué dans un autre article, j’attendais en fait de rencontrer l’auteur (qui était en résidence à Clermont-Ferrand pendant un mois entre mars et avril). Et j’ai bien fait, parce que Bruce Holbert a un discours très intéressant sur son roman, sur son pays, sur le sujet qu’il a choisi de traiter.

Animaux solitaires est présenté parfois comme un western, parfois comme un roman policier, parfois comme un roman noir. Disons que l’enquête est un prétexte pour raconter une époque, un personnage, une ambiance.

Russel Strawl est un ancien shérif. En 1932, il reprend du service pour mener une enquête que les autorités ne veulent pas ou sont réticentes à mener. Il vit dans le comté de l’Okanogan, dans l’Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis (à ne pas confondre avec la ville de Washington, le contexte n’est pas du tout le même !). On est vraiment dans les grands espaces américains, dans un monde encore sauvage, qui refuse la modernité, et où la violence est omniprésente, parce que c’est le seul moyen de survivre. Russel Strawl est du côté de la loi, pourtant, il est bien plus violent que la plupart des criminels qu’il a pu arrêter.

Alors qu’on le dise tout de suite, ce roman est très violent. Très, très violent. Et surtout c’est une violence dégueulasse, choquante. L’auteur a volontairement exagéré ces scènes de violence pour ne pas en faire quelque chose d’héroïque. Pour faire une comparaison avec le cinéma, on peut regarder les films de Quentin Tarantino en rigolant parce que la violence est mise en scène, elle est extravagante, elle fait de belles images. Mais il y a aussi des passages (je pense notamment à une ou deux scènes de Django Unchained) qui mettent mal à l’aise, parce que la violence est brute, moche, et qu’elle dégoute profondément. Eh bien, avec Bruce Holbert, les descriptions de violence sont brutes, froides et elles ont l’effet d’une douche glacée, bien loin de l’esthétique héroïque des films d’action hollywoodiens.

Le roman se déroule en 1932. C’est une période assez compliquée, juste après la crise de 1929. Les personnes se sont repliées vers des modèles de vie presque archaïques, dans lequel la violence prime. Strawl, le personnage principal, est loin d’être une exception. Tous les hommes qui l’entourent ont du sang sur les mains. Ils sont habitués à cette vie et il ne leur viendrait pas à l’idée de prendre du recul sur cette culture de la violence qu’il y a chez eux. Et si Strawl dégoute, c’est normal. Il n’est pas possible d’aimer un personnage pareil. Ses notions de bien et de mal sont loin d’être claire, elles sont régulièrement remises en cause au cours du roman. Cela fait de Strawl un personnage globalement antipathique.

Je ne sais pas s’il est très pertinent de parler plus de l’enquête. Ce qui est intéressant, ce sont les rencontres que Strawl va faire pour résoudre les meurtres. Il va visiter des anciennes connaissances, qui sont susceptibles de l’informer sur le meurtrier : il y a Marvin, un guérisseur indien, Hayes, un homme qui a décidé de vivre en ermite, Jacob Chin, un homme violent, l’un des principaux suspects. On rencontre aussi Elijah, le fils adoptif de Strawl, un jeune homme troublant qui s’est pris pour un prophète quand il était enfant. En tous cas, la résolution de l’énigme n’est pas du tout évidente et l’identité du meurtrier, tout comme son mobile, m’ont surprise.

L’écriture est très maîtrisée et cela donne des scènes hallucinantes, belles, mais troublantes, où on se demande si les personnages ont encore toute leur tête ou s’ils sombrent doucement vers la folie. J’en ai d’ailleurs tiré pas mal de citations intéressantes, dont voici quelques morceaux choisis :

« Votre beauté, c’est du verre, et elle reflète la beauté des autres comme un miroir. Vous êtes un miracle. Mais vous ne le savez pas. Vous possédez une âme qui illumine le verre. Et si vous reconnaissez votre propre lumière, vous pourriez espérer l’amour, et le rendre. Mais alors un homme vous livre une vérité difficile à admettre, une vérité que vous n’avez pas envie d’entendre : « Dieu n’existe pas », ou bien « les humbles n’auront pas la terre en héritage », ou encore « votre beauté n’est pas éternelle ». Et vous lui lancez à la figure : « Pourquoi me dites-vous cela ? » Ce n’est que plus tard que vous comprenez qu’il ne voit pas à travers vous comme à travers une vitre et qu’il se refuse à le faire. Ce qu’il désire, en revanche, c’est déchirer sa propre peau à l’éclat de verre que vous êtres, c’est épancher son sang sur vous et vous rendre visible. »

ou encore :

Le monde serait une arithmétique toute simple si on en ôtait la vie.

J’ai beaucoup aimé lire ce roman. L’écriture et le style se dégustent. C’est vraiment très beau. Mais je renouvelle mes avertissements : c’est un roman extrêmement noir, qui interroge la complexité de la violence, et qui peut rebuter par ce qu’il en montre. Bruce Holbert est vraiment un auteur extraordinaire et je vais me faire un plaisir de le suivre et de lire ces prochains romans.

En bonus, une interview de l’auteur sur Incoldblog.fr qui parle de son roman et de ce qui l’a poussé à l’écrire.

ABC thriller polars

Des films en quelques mots

[le blabla introductif pour expliquer le pourquoi de cet article] Cela fait un moment que je me dis que je ne parle pas assez de films ou de cinéma. J’en vois beaucoup, mais parfois je n’ai pas suffisamment de choses à dire pour en faire un article. Il faut aussi souligner que je m’y connais moins en cinéma et que je n’ai souvent pas le réflexe de m’interroger en terme de mise en scène, de cadrage, de plans ou autre terme barbare du genre, lors du visionnement ; j’ai donc du mal à argumenter mon avis sur les films que je vois. Et comme il serait dommage de ne pas en parler du tout, je me suis dit que ça pouvais être intéressant de parler de plusieurs films en même temps, ne serait-ce que quelques mots. [fin du blabla]

Source Code – Duncan Jones

Affiche - Source codeLong métrage américain, sorti en 2011, avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga, Jeffrey Wright…

Genre : Science fiction ; thriller

Synopsis

Colter Stevens se réveille en sursaut dans un train à destination de Chicago. Amnésique, il n’a aucun souvenir d’être monté dedans. Pire encore, les passagers du train se comportent avec lui avec familiarité alors qu’il ne les a jamais vus. Désorienté, il cherche à comprendre ce qui se passe mais une bombe explose tuant tout le monde à bord. Colter se réveille alors dans un caisson étrange et découvre qu’il participe à un procédé expérimental permettant de se projeter dans le corps d’une personne et de revivre les 8 dernières minutes de sa vie. Sa mission : revivre sans cesse les quelques minutes précédant l’explosion afin d’identifier et d’arrêter les auteurs de l’attentat. A chaque échec, les chances de pouvoir revenir dans le passé s’amenuisent. Alors qu’il essaie d’empêcher l’explosion, ses supérieurs lui apprennent qu’un deuxième attentat est en préparation en plein cœur de Chicago et qu’il ne s’agit plus de protéger les quelques passagers du train mais la ville toute entière. La course contre la montre commence…

Mon avis

Le Source code serait une sorte de programme informatique permettant de vivre mentalement quelques minutes de la vie d’une autre personne. On peut y agir, mais ces actions n’auront aucun effet sur la vie réelle, puisque toute l’expérience est virtuelle. Le principe est intéressant, et il est saisissant de revoir les quelques minutes se dérouler avec souvent les mêmes gestes, les mêmes dialogues, en se disant que ça va forcément finir de la même manière, tragique et inexorable. On a un peu l’impression de voir un remake d’Un jour sans fin, sur le procédé narratif. Cependant, les deux films n’ont rien à voir entre eux, Source Code prenant rapidement l’aspect d’une infernale course contre la montre. J’aime bien, mais je ne suis pas très convaincue par la fin.

Les émotifs anonymes – Jean-Pierre Améris

Affiche - Les émotifs anonymesLong métrage français, sorti en 2010, avec Isabelle Carré, Benoît Poelvoorde, Lorella Cravotta…

Genre : Comédie, romance.

Synopsis

Jean-René, patron d’une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs. C’est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l’un de l’autre sans oser se l’avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner. Mais ils surmonteront leur manque de confiance en eux, au risque de dévoiler leurs sentiments.

Mon avis

Cette histoire est charmante et drôle. On s’attache vite aux deux grands timides qui se laissent trop contrôler par leurs émotions et préfèrent prendre leurs jambes à leur cou plutôt que de montrer leur joie. L’ambiance chocolatée et gourmande fait saliver.

Pour une poignée de dollars – Sergio Leone

Affiche - Pour une poignée de dollarsLong métrage italien, sorti en 1964, avec Clint Eastwood, Marianne Koch, Wolfgang Lukschy, Sieghardt Rupp…

Genre : Western

Synopsis

Deux bandes rivales, les Baxter, trafiquants d’armes, et les Rojo, qui font de la contrebande d’alcool, se disputent la suprématie et la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger, vêtu d’un poncho, arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois, à la grande joie du fabricant de cercueils Piripero.

Mon avis

Je résiste rarement à l’appel du bon vieux western. On n’est pas vraiment dans l’ampleur d’un Il était une fois dans l’Ouest ou d’un Le bon, la brute et le truand, mais c’est quand même sympathique de voir Clint Eastwood, sa grimace de dur et son poncho

A bord du Darjeeling Limited, Wes Anderson

Affiche - Darjeeling LimitedLong métrage américain, sorti en 2007, avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman…

Genre : Comédie, drame

Synopsis

Trois frères qui ne se sont pas parlé depuis la mort de leur père décident de faire ensemble un grand voyage en train à travers l’Inde afin de renouer les liens d’autrefois. Pourtant, la « quête spirituelle » de Francis, Peter et Jack va vite dérailler, et ils se retrouvent seuls, perdus au milieu du désert avec onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et beaucoup de comptes à régler avec la vie… Dans ce pays magique dont ils ignorent tout, c’est alors un autre voyage qui commence, riche en imprévus, une odyssée qu’aucun d’eux ne pouvait imaginer, une véritable aventure d’amitié et de fraternité…

Mon avis

Film sympa et drôle sur un trio fraternel qui a une tendance à l’autodestruction et à l’éparpillement spirituel. Il sont touchants et un vent de bon augure souffle sur leur aventure. J’ai beaucoup apprécié cette recherche spirituelle. Il y a bien ce côté rocambolesque et saugrenu des films de Wes Anderson qui rend le film singulier et rafraîchissant.

Pacific Rim, Guillermo Del Toro

Affiche - Pacific RimLong métrage américain, sorti en 2013, avec Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi…

Genre : Action, science fiction

Synopsis

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses venues d’ailleurs, les «Kaiju», ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été mise au point : de gigantesques robots, les «Jaegers», contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie grâce à une passerelle neuronale baptisée le «courant». Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaiju. Alors que la défaite paraît inéluctable, les forces armées qui protègent l’humanité n’ont d’autre choix que d’avoir recours à deux héros hors normes : un ancien pilote au bout du rouleau (Charlie Hunnam) et une jeune femme en cours d’entraînement (Rinko Kikuchi) qui font équipe pour manoeuvrer un Jaeger d’apparence obsolète. Ensemble, ils incarnent désormais le dernier rempart de l’humanité contre une apocalypse de plus en plus imminente…

Mon avis

J’avais beaucoup hésité à aller voir ce film quand il est sorti au cinéma. Finalement je n’y suis pas allée, me disant que ça suffirait bien d’emprunter un dvd quelque part. Eh bien pour une fois, j’aurais dû !

Pacific Rim est typiquement le genre de film pour lequel j’ai du mal à argumenter un quelconque avis. Mon sentiment à son visionnement n’est pas objectivement définissable, je ne saurais dire si c’était bon ou pas et je m’en moque un peu. Parce que c’était un ÉNORME kiff. Au moment du générique j’étais excitée comme une puce et étais à deux doigts d’applaudir à tout rompre comme devant un bon spectacle. C’est simple : Pacific Rim c’est un divertissement de folie avec des images grandioses, faites pour impressionner, dans la démesure poussée à l’extrême et avec un certain humour (parce qu’on a rarement l’idée de faire dégommer un dinosaure avec un pétrolier si on n’a pas un minimum le sens de l’humour). Voilà le verdict : un divertissement qui m’enthousiasme totalement et qui vaut le coup d’être vu sur grand écran. Pour le spectacle.

Western Girl – Anne Percin

Couverture - Western Girl

Anne PERCIN

Western Girl

Editions du Rouergue, 2013

200 pages

Collection Doado

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Présentation de l’éditeur

Le rêve d’Elise va enfin se réaliser. Son american dream ! Trois semaines dans un ranch du Middle-West. Tout ce qu’elle aime réuni dans un pack complet : l’équitation, la musique country, les bottes à franges, les cactus dans le désert…

Sauf qu’elle partage le séjour avec une bande de snobinards, tout ce qu’elle déteste !

Alors, comme dans tout bon western, va y avoir de la bagarre, et Elise est du genre Calamity Jane… Les méchants n’ont qu’à bien se tenir. Et les gentils cow-boys aussi !

Mon avis

Elise est fan de western depuis qu’elle est entrée pour la première fois dans un Buffalo Gril à l’âge desix ans. Dix ans plus tard, elle a eu le temps de mieux connaître cette culture, la country, les films avec Clint Eastwood et l’équitation western qu’elle rêve de pratiquer, malgré qu’elle soit peu présente en France. Finalement, ses parents parviennent à lui offrir un voyage jusqu’au Etats Unis, un séjour dans un ranch du Dakota du Sud. Au programme, équitation, trail et barrel racing (épreuves de l’équitation western), excursions dans les grands espaces, longues balades… Et surtout la cohabitation difficile avec un groupe d’adolescents issus de familles aisées. Quand l’une se met à la prendre pour son souffre douleur, parce qu’elle n’est pas aussi riche que les autres, parce qu’elle est rousse, ou encore parce qu’elle est passionnée de country, le séjour prend un tour pénible pour Elise. Malgré tout, il y a Trish et son père, Mr. Cooper, grand amateur de bière, Dereck le nouvel employé tout juste débarqué de Philadelphie, Breaking Bones le quarter horse au doux nom de « briseur d’os », son Journal De Bord dans lequel elle écrit quotidiennement et qui va lui causer bien des soucis, et puis Louis Beauregard, excellent cavalier, mais peut-être le pire des snobinards…

Anne Percin dédie son roman « A la mémoire de Jane Austen (1775-1817) et de Johnny Cash (1932-2003) ». Ça ne m’a pas frappée à la lecture, mais quand j’ai relu la dédicace, il est vrai qu’Elise ressemble par bien des côtés à Lizzie Bennet, d’Orgueil et Préjugés, en plus d’être une Calamity Jane flamboyante. Elle est attachante et, même si son impulsivité lui vaut pas mal de déboires, on a envie de la soutenir et de la défendre contre les autres.

A chaque fois que je lis un roman d’Anne Percin, ça me rappelle l’adolescence et je suis toujours étonnée de la précision avec laquelle elle dépeint les bons et les moins bons côtés de cette période. Là, il y a la difficulté à affirmer ses passions, ses goûts, sa personnalité face aux autres, surtout quand les autres ne sont pas au premier abord bienveillants, ni respectueux. Le fait d’être comme une « pestiférée » parmi un groupe, quand tout ce qu’on dira ou fera sera forcément retourné contre nous. Il y a aussi les moments plus contemplatifs, ceux où Elise a simplement besoin d’être avec elle-même et de savourer la beauté des paysages qu’elle découvre.

Anne Percin a aussi une gigantesque culture musicale (il suffit de voir la « BO » de la trilogie Comment (bien) rater ses vacances). Là chaque chapitre porte le titre d’un morceau de musique et le roman multiplie les références musicales, depuis Johnny Cash jusqu’à Moriarty en passant par quelques morceaux traditionnels.

C’est drôle, bien raconté et loin d’être niais (ce que je reproche souvent à certains romans du même type). Ça parle de chevaux, ce que j’adore, mais pas suffisamment pour désintéresser ceux qui s’en moquent. Du roman estampillé ado comme on en fait rarement !