Trouvailles et (Re)trouvailles #4 – Courts-métrages

courts-métrages 2015Du 30 janvier au 7 février 2015 avait lieu le Festival International du Court-Métrage à Clermont-Ferrand. L’évènement est d’ampleur : c’est le plus gros festival dédié au court-métrage dans le monde. Et en France, en terme de nombre d’entrées, il vient juste après le Festival de Cannes.

Pour tout clermontois ou clermontoise, même d’adoption, c’est un évènement à ne pas manquer. Dur d’en faire abstraction de toute manière puisque la ville entière en revêt les couleurs. Quand on est étudiant, il y a forcément quelqu’un dans son entourage qui fait partie de l’équipe des bénévoles, ou alors, dans les filières culturelles, on nous donne des places.

Cette année, je me suis intéressée d’un peu plus prêt à la programmation (y aller une fois au pif, l’année dernière, c’est pas toujours un moyen efficace pour se rendre compte de la diversité du genre). Ça aide d’avoir un cours consacré au sujet, mené par quelqu’un qui parle bien du cinéma et qui sait le transmettre à ses étudiants.

En plus des films proposés en compétition dans les catégories nationale, internationale et labo, le festival propose toujours d’autres programmations sur des thèmes différents. Par exemple, 2015 permettait d’assister à deux panoramas, l’un sur la Chine, et l’autre sur le vélo. La Chine m’intéresse plus que le cyclisme de manière générale, alors on parlera surtout de ça.

Tout cette introduction pour arriver au coeur de ce que je voulais amener : parler de quelques courts-métrages qui m’ont plu/marquée/étonnée…

Revendications chinoises

Je regroupe ici trois courts-métrages consacrés à la prise de position, à la revendication,

6th March de Chun Wong (2012) met face à face trois étudiants arrêtés lors de la manifestation du 6 mars 2011 à Hong-ong, à trois policiers chargés d’effectuer les démarches nécessaires. Le commissariat est surchargé à cause des multiples arrestations faites dans la journée, et ils se retrouvent dans la cafétéria, autour d’une table. Les policiers et les étudiants se mettent alors à débattre : ce sont deux visions du monde qui s’affronte. Celle qui préfère le calme et accuse les manifestants d’avoir causé du trouble à l’ordre public parce qu’ils ont bloqué un tram ; et celle qui a des revendications, qui rêve d’un monde meilleur. Voir le trailer/La critique sur le site Format Court.

Dans Guilty de King Fai Wan (2014), Une jeune femme, engagée dans des mouvements sociaux et des manifestations, est convoquée par le tribunal. Arrêtée un an plus tôt pour trouble à l’ordre public, lors d’une manifestation, elle doit maintenant répondre de ses actes, choisie malencontreusement parmi d’autre pour porter le chapeau. Elle met alors de côté ses études pour travailler à sa défense. (Voir le trailer)

Ce qui est troublant avec ce court-métrage-là, c’est l’écho qu’il renvoie à 6th March, pas seulement par son sujet et par le lien entre arrestation et manifestation, mais aussi par le rapide flash back qui intercale des images de la manif (filmée en temps réel, peut-être) avec celles de l’histoire de ce personnage. D’un côté les revendications, la discussion, le débat, de l’autre les conséquences, la punition de l’Etat.

 The Questionning de Rikun Zhu (2013) est un film tourné en caméra cachée. La situation est exposée en peu de mots : « Le 24 juillet 2012, je me suis rendu dans une ville en soutien à trois candidats indépendants locaux, activistes des droits de l’homme. Nous nous sommes alors rendu compte que nous étions suivis. Le soir même, à minuit, des policiers sont venus dans notre chambre pour procéder à une inspection. » (Voir le trailer)

La situation vire à l’absurde quand les policiers, entrant à six pour contrôler deux hommes, se mettent à poser inlassablement la même question à laquelle le réalisateur refuse de répondre, parce que c’est marqué sur ses papiers. Pour le spectateur, c’est à la fois oppressant et amusant. Amusant car la ténacité absurde des policiers les décrédibilise. Pourtant, rien de plus efficace pour illustrer l’insécurité, la pression policière, le contrôle permanent.

Je vous renvoie à cet article du site Format Court pour une présentation plus détaillée de ce film.

Panorama chinois

Tang Meng de Linbo Wang met en scène une jeune adolescente – le personnage éponyme – qui s’apprête à entrer à l’université. Elle veut entrer à l’école des médias pour devenir présentatrice mais son père s’oppose à son choix. Il veut qu’elle entre à la police, comme lui, et juge son rêve irréalisable. C’est un Chine plutôt rurale qui est montrée ici. Je l’ai bien aimé, malgré son rythme assez lent. Les images sont belles, et l’histoire de Tang Meng, prise entre l’autorité paternelle forte et son désir de vivre une autre vie, laisse songeur.

Twenty Dollars de See Chit Lam (2011) prend place dans le marché aux fruits de Hong-Kong où s’effectue aussi un tout autre trafic : jeu clandestin, drogue, prostitution… Le film est assez court, il y reste comme un goût de superficiel à propos de son sujet. Mais tout reste en fait assez suggestif. L’histoire tourne autour d’un magasin de fruits dont la nouvelle employée semble jeune et innocente. Quand elle se fait racketter de 20$ par un drogué, le fils de son patron vient lui rendre son argent, lui faisant comprendre que le voleur ne réitérera jamais son méfait. Le monde prend alors une toute autre dimension pour la jeune femme. C’est efficace, et à mes yeux de néophyte, la réalisation est belle et bien faite, avec de long travellings, etc.

Yugong Yishan (The Old Fool Who Moved The Mountain) de Joanna Vasquez Arong (2009) est le nom d’un bar musical de Pékin dont l’objectif est de proposer une scène musicale chinoise indépendante qui risque la démolition.  Ce film retrace son histoire et reprend le conte du vieux fou qui veut bouger les montagnes pour explorer trois générations marquées par cette histoire. La construction de ce film est assez troublante, puisqu’il semble mélanger plusieurs « histoires » qui n’ont rien à voir tout en ayant un aspect documentaire très prégnant. Le cinéma chinois faisant peu la différence entre fiction et documentaire, et le cinéma ayant de manière générale un rapport complexe au réel, je ne vais pas m’appesantir la dessus. Il est vrai cependant que ce manque d’unité est surprenant. Pour autant, j’ai beaucoup apprécié ce film, et puis ce conte fait partie de ces histoires universelles qui sont parlantes d’une culture à l’autre.

Road trip, de Xavier Xylophon (film d’animation, Allemagne, 2014)

Julius, le personnage, n’arrive pas à dormir. C’est l’été, les vacances, et la chaleur est oppressante. Il rêve de partir en voyage sur sa moto. Mais les échecs sont nombreux : on la lui vole, elle tombe en panne, puis il est retenu par la charmante barmaid du bistrot où il va boire des coups ces soirs d’insomnie.

Ce film est plutôt drôle. Il porte un regard amusé sur son personnage et ses rêves de Road trip qu’il ne fera pas. Cette répétition d’échecs n’empêche pas d’apprécier tous ces détails loufoques qui contribuent à l’humour un peu désabusé du film : le voisin qui bombarde les pigeons ou encore les chaussettes imperméables offertes en cadeau.

Voir le trailer.

Lystopad, de Masha Kondakova (Ukraine, 2014)

La rencontre d’une femme seule, gardienne d’un immeuble, avec un inconnu, alors qu’elle ramasse les feuilles du parc pour les brûler. L’homme est blessé, aussi elle le ramène chez elle et il s’impose. Ils passent la soirée et la nuit ensemble. Le lendemain, la police vient sonner à la porte : on a retrouvé un corps sous les feuilles mortes.

L’ambiance de ce film est vaguement inquiétante. Les couleurs désaturées, passées, apportent une sorte d’effet d’irréalité, ou au contraire de réalité dure et terne, qu’on subit.

La chute est grinçante et conclut brutalement ce film qu’on peut trouver beau, qui aura fait sourire parfois.

Voir le trailer.

The Bravest, The boldest, de Moon Molson (Etats-Unis, 2014)

Une femme erre dans son immeuble. Elle fuit les deux officiers de l’armée qui sont entrés, vraisemblablement pour lui annoncer une terrible nouvelle.

Il me semble que ce court-métrage est l’un des plus émouvant que j’ai pu voir lors de ce festival. D’un côté, c’est terrible. D’un autre, le contraste entre les deux militaires engoncés dans leur uniforme et pressés d’accomplir cette corvée qu’ils détestent, et cette femme qui craint le pire et refuse de la connaître est saisissant. En tous cas, il fait son effet !

Voir le trailer.

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