Les Visages – Jesse Kellerman

Jesse KELLERMAN

Les Visages

Editions Points, 2011

473 pages

Collection Thriller

Présentation de l’éditeur

La plus grande oeuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux qui mêlent à un décor torturé d’innocents portraits d’enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaitre certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus.


Ethan Muller est galériste. Il est aussi le fils de David Muller, homme riche qui possède des immeubles en centre ville. Son second le contacte pour lui parler d’une découverte qu’il a faite dans un appartement abandonné par son locataire. Des milliers de dessins stupéfiants sont rangés dans des cartons. Ethan, fasciné, décide d’en faire l’objet d’un exposition. Celle-ci est médiatisée et peu de temps après il est contacté par un policier à la retraite qui reconnaît parmi les dessins les visages d’enfants assassinés. Ethan n’y croit d’abord pas, puis il accepte de rencontrer le policier et de se plonger dans l’enquête avec lui pour retrouver l’auteur des dessins. Ceux-ci suscitent l’intérêt et une agitation inhabituelle : on veut les acheter, les voler, les faire retirer de la galerie, déterminant d’autant plus Ethan à rechercher leur auteur.

Parallèlement nous est racontée l’histoire d’un émigré aux Etats-Unis au XIXème siècle, retraçant l’histoire de sa famille et leur avènement dans un pays à construire.

Les Visages est un roman qui m’a beaucoup plu, notamment parce qu’il a une intrigue et une construction loin des canons du genre. Son appellation « thriller » peut d’ailleurs être contestée, tellement il m’a semblé que l’enquête est un prétexte pour parler d’autres choses, aborder d’autres thèmes et finit par être presque secondaire. C’est ce qui fait avancer le personnage, mais le suspens n’est pas si intense, la résolution de l’énigme finit par ne plus une fin en soi. Ce qui importe finalement, c’est l’histoire d’Ethan, ce qu’ont bâti ses ancêtres, les drames de leur histoire qui continuent de peser sur le personnage, de sorte qu’il a eu du mal à se construire et qu’il a une vie sentimentale chaotique.

Les avis sont en général plutôt mitigés sur ce livre, mais il a su m’accrocher, m’intéresser et me fasciner et c’est bien tout ce qu’on lui demande !

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La Passion selon Juette – Clara Dupont-Monod

 

Clara DUPONT-MONOD

La Passion selon Juette

Editions Grasset, 2007

232 pages

Présentation de l’éditeur

Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. Cette enfant solitaire et rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, elle défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à son guise. Elle n’a qu’un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre : à quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l’Eglise n’aime pas les âmes fortes…

De ce Moyen Âge traversé de courants mystiques et d’anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque. Elle fait entendre enfin la voix de Juette l’insoumise. Peut-être l’une des premières féministes.


Je ne sais plus pourquoi j’ai emprunté ce petit roman à la bibliothèque proche de chez moi, mais je ne le regrette pas. J’ai été surprise parce que j’y ai trouvé, et c’était une très bonne surprise !

 Clara Dupont-Monod reprend la vie d’Yvette d’Huy, aussi appelée Juette, une sainte qui a vécu au XIIème, comme elle a été racontée par Hugues de Floreffe, un prêtre qui l’a fréquenté et qui a été son ami. Pour autant ce n’est pas une biographie. L’auteur commence son récit au moment où Juette à 12 ou 13 ans jusqu’à ce qu’elle devienne une sainte.

La « Passion » du titre est à prendre au sens premier et douloureux du terme : celui de la Passion du Christ et non pas celui de la passion pour la philatélie, par exemple. Le contexte – dont j’ignorais totalement la teneur – est celui de purges et de la lutte de l’Eglise contre les hérésies qui naissent et se développent en Europe. Juette, avec ses convictions, sa foi va se retrouver elle aussi opposée à l’Eglise, trop corrompue et trop éloignée des préceptes de la Bible. Le mariage qu’on lui impose, puis la maternité la révulse et elle se retire du monde pour s’occuper d’une léproserie et des malades, non sans combattre le clergé

Le roman alterne des passages narrés du point de vue de Juette et des passages du point de vue de Hugues de Floreffe. Juette a un rapport assez distancié au monde. Le début du roman, dans lequel sont abordés brièvement ses rapports à ses parents, à leur classe et à leur conception du rôle de la femme – être jolie, se marier, enfanter -, et ses rêves de contes et d’histoires de chevaliers, est assez confus. Je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds. Pourtant, au fur et à mesure, je me suis laissée portée par le style de Clara Dupont-Monod et l’histoire qu’elle déroule dans ce court et pourtant intense roman. Le point de vue d’Hugues de Floreffe permet d’apporter un regard extérieur aux combats de Juette. Il est conscient du contexte religieux et de la puissance que l’Eglise abat pour éliminer les autres courants religieux et les hérésies. C’est lui qui va avoir peur quand Juette restera intransigeante et indifférente aux menaces qui pèsent sur elle.

Ce que j’ai apprécié dans ce livre c’était surtout la découverte qu’il me permettait de faire. La découverte d’un Moyen Age riche, complexe et très loin des clichés qu’on en a. Et enfin la découverte de ce personnage, aux idées et aux convictions finalement pas si lointaines de celles qu’on peut avoir aujourd’hui, mais totalement inconnu. De la à dire qu’elle était peut-être l’une des premières féministes, je ne sais pas et je vous laisse le soin de juger. Toutefois, c’est une figure à connaître parmi celles qui ont marqué la période. Merci donc, Clara Dupont-Monod, pour ce bon moment de lecture !

Pour en savoir plus : l’article Wikipédia sur Ivette de Huy

Miss Peregrine et les enfants particuliers – Ransom Riggs

Couverture - Miss Peregrine

Ransom RIGGS

Miss Peregrine et les enfants particuliers

Editions Bayard jeunesse, 2012

432 pages

Présentation de l’éditeur

Une île mystérieuse. Un orphelinat en ruine. Une étrange collection de photos.

Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».

Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela puisse paraître…

Mon avis

Jacob a grandi bercé par les histoires de son grand-père et de ses amis fantastiques dans l’orphelinat où il a été recueilli pendant la guerre. Puis il a grandi et a été déçu de se rendre compte que ces histoires ne pouvaient être vraies. Il s’est un peu détaché de son grand-père. Aussi, quand celui-ci l’a appelé en parlant du retour des créatures, Jacob a simplement cru qu’il perdait un peu plus la tête. Jusqu’à ce qu’il voit le monstre fuir du lieu où il retrouve son grand-père mortellement blessé.

Quand il parle du monstre aux policiers, ceux-ci le croient sous le choc. Les mois suivants se partagent entre crises d’angoisse, consultations chez un psy et désespoir de ses parents. Quand vient le moment de vider la maison du grand-père, Jacob trouve un livre avec une lettre signée par une femme nommée Peregrine. Il réalise alors qu’une partie au moins de l’histoire de son grand-père est vraie et il souhaite partir sur les traces de cette Peregrine pour en savoir plus sur son grand-père. Encouragé par son psy, il débarque avec son père sur une petite île galloise sur les traces de son grand-père. Il y découvre les restes de l’orphelinat, détruit par une bombe. Et n’est que plus déterminé à apprendre la vérité sur l’histoire de son grand-père, de cette Peregrine et sur les enfants particuliers qu’elle avait pris sous son aile.

Le livre est un très bel objet. Tous ceux qui l’ont lu ont pu le remarquer. L’auteur s’est aidé dans son écriture en choisissant des photos parmi des collections particulières : images parfois retouchées, mais toutes présentant des étrangetés. Elles trouvent toutes leur place dans le récit, puisqu’elles sont vues et décrites par le narrateur.

L’univers est aussi quelque chose qui n’est pas vraiment original : un monde où certaines personnes ont des dons particuliers ; mais il y a un contexte, notamment historique, qui le rend unique et intéressant.

J’ai beaucoup aimé la découverte progressive par Jacob de la vie de son grand-père et son immersion dans le monde des enfants particuliers. Mais j’y ai trouvé par moments un manque de rythme ou de dynamique, notamment dans les actions finales qui m’ont semblé parfois poussives, ce qui est un peu dommage étant donné que c’est ce qui est censé donner envie de lire la suite.

Quant à cette suite, si j’ai l’occasion de la lire, je le ferais avec plaisir, mais ça ne m’est pas indispensable pour le moment. Miss Peregrine et les enfants particuliers est donc un livre sympathique à lire et à feuilleter. Il se lit rapidement, facilement et fait passer un bon moment.

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Des films en quelques mots (5)

Le blabla introductif est . Au programme, les films que j’ai vu au cinéma depuis janvier sans avoir le temps de les chroniquer. Cet article a donc quatre mois de retard (mais vieux motard que jamais… euh mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ?).

Vu le temps qu’il m’a fallu pour pondre cette article, vous m’excuserez, s’il vous plaît, du fait que mes avis soient encore plus courts que d’habitude et donc peu argumentés. Si vous souhaitez plus de détails n’hésitez pas à me le faire savoir. Merci pour votre indulgence. *s’incline* :)

Le vent se lève – Hayao Miyazaki

Affiche - Le vent se lèveLong métrage japonais, sorti en 2014, avec les voix de Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima…

Genre : Animation. Drame.

Synopsis

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde. Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Mon avis

La vie de cet ingénieur se déroule dans ce Japon d’avant guerre. J’ai mis un peu de temps à me repérer dans cette époque (je ne savais pas quand ça avait lieu et ça m’a d’abord perturbée). La vision de ce Japon qui cherche à rattraper la modernité des pays occidentaux est aussi très intéressante. Le film est beau, lumineux ; il a aussi sa part d’ombre quand le rêve se transforme en cauchemar. J’en garde un souvenir marquant et doux, la poésie du quotidien, de l’amour, de la nature est sans cesse présente.

Voir l’avis de : La croisée des chemins

Only lovers left alive – Jim Jarmusch

Affiche - Only Lovers left aliveLong métrage allemand, britannique, sorti en 2014, avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska…

Genre : Romance. Drame.

Synopsis

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Mon avis

J’adore ! La BO, l’ambiance, le parti pris sur ces créatures fantastiques, désabusées de ce monde qui tourne trop vite, les promenades en voiture dans Detroit désaffectée, cette histoire d’amour qui perdure à travers les âges, les souvenirs d’époques passées et dépassées, les grands noms cités comme des connaissances… J’ai savouré ce film.

12 years a slave – Steve McQueen

Affiche - 12 years a slaveLong métrage américain, sorti en 2014, avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch…

Genre : Drame. Historique.

Synopsis

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

Mon avis

Encore un film que j’ai beaucoup aimé. je conserve le souvenir de beaucoup de violence, dans les actes et dans les propos. C’est en tous cas un film marquant sur l’esclavage.

Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Affiche - Grand Budapest HotelLong métrage américain, sorti en 2014, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, F. Murray Abraham…

Genre : Comédie. Drame.

Synopsis

Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

Mon avis

Un film très drôle qui m’a apporté une certaine fraîcheur (et pas seulement parce que ça se passe en hiver). Il y a un côté burlesque qui m’a beaucoup plu, contrebalancé par un propos sous-jacent plus sérieux. J’ai juste eu un peu de mal avec cette brochette d’acteurs connus qui ont de petits rôles (pourquoi ne pas laisser leur chance à des acteurs moins reconnus ?)

Max – Sarah Cohen-Scali

Couverture - Max

Sarah COHEN-SCALI

Max

Editions Gallimard Jeunesse, 2013

468 page

Collection Scripto

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Présentation de l’éditeur

« 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi la premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer.

Heil Hitler ! »

Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

Une fable historique fascinante et dérangeante qu’on ne peut pas lâcher. Une lecture choc, remarquablement documentée, dont on ne sort pas indemne.

Mon avis

Max est né le 20 avril 1936 à Steinhöring. Sa mère a été sélectionnée pour s’accoupler avec un officier SS et débuter le programme « Lebensborn » : la fabrique d’une jeunesse aux critères aryens soigneusement préservés. Il naît le jour de l’anniversaire d’Hitler et il est le prototype de l’aryen parfait. Cela fait de lui un enfant à part. Il ne sera pas adopté par de riches familles allemandes comme les autres enfants nés de cette manière. Il prend une place centrale dans le programme « Lebensborn » et aussi dans l’enlèvement d’enfants polonais par les troupes allemandes. On le verra intégrer des écoles pour les Jeunesses Hitlériennes, jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Berlin.

Une fois que je me suis faite au parti pris de l’auteur qui consiste à nous confier les pensées d’un bébé qui pense comme un adulte un brin cynique, et qui a des valeurs nazies – parti pris qui fait alors froid dans le dos -, j’ai été plongée dans ce roman. C’est assez fascinant d’être dans la tête d’un enfant qui voit et assiste à des choses auxquelles il ne devrait même pas avoir conscience. Cependant, le personnage reste humain, et même s’il a une manière bien à lui d’exprimer ses doutes et sa tristesse, on se prend à souhaiter qu’il s’en sorte – physiquement et moralement. Il est très précoce, et il va vivre des trucs abominables. Il va quand même se trouver un grand frère étonnant et à s’y attacher.

L’auteur utilise un langage franc et cru, déjà adulte, malgré ce décalage avec l’âge de son personnage. L’enfant ne se remet jamais en question, il est trop jeune pour ça, et il faut alors se faire au fait de recevoir les faits bruts de pomme, sans recul ni filtre qui les rendrait pas plus acceptable, mais moins inhumains.

Cette plongée dans le programme d’idéologisation de la jeunesse allemande donne bien souvent la nausée – après tout, ça s’est vraiment passé. Ce roman décrit un aspect du nazisme dont on parle assez peu. En cours d’Histoire, au collège ou au lycée, quand on parle de l’Allamagne Nazie, on entend beaucoup parler de la Shoah, des aspects du totalitarisme. L’embrigadement de la jeunesse est évoqué sans qu’on y donne de détails. Ce roman nous plonge dans ces détails (les sélections sur des critères physiques, l’instruction, la discipline, etc.) et j’ai apprécié ce réalisme historique, même s’il est loin d’être réjouissant.

La collection Scripto des Editions Gallimard s’adressent aux adolescents à partir de 13 ans. Mais je ne peux m’empêcher de me dire que ce roman-là sera lu plus facilement et mieux compris par des plus vieux. Du haut de mes 22 printemps, j’ai trouvé ça dur, sans être vraiment choquée. J’ai été prise dans cette lecture au point d’avaler ces 470 pages en deux jours. Je conseille ce roman pour les personnes qui aiment lire sur cette période de l’Histoire. Le propos est dur, mais je le trouve éclairant. Et, mine de rien, on s’y attache, à Max.

Lu pour le Baby Challenge Jeunesse

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L’introuvable – Alep et Deloupy

Couverture - L'introuvable

Alep (scénario) et Deloupy (dessin)

L’introuvable

Editions Jarjille, 2009

48 pages

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Présentation de l’éditeur

En pleine nuit, un vol est commis dans une librairie spécialisée en livres rares, la librairie « L’introuvable ». Quelqu’un a cassé la vitre pour s’emparer d’un petit album illustré sans grand intérêt d’un auteur mineur. Hasard, vandalisme ?

Pour Max et Lucia, les deux libraires, il apparaît très vite que le vol n’est pas motivé par l’appât du gain, ce livre cache quelque chose, un terrible secret…

Leur enquête va les entraîner malgré eux dans les tourbillons de l’Histoire…

Mon avis

 Avec les libraires de l’Introuvable, nous entrons dans un monde passionnant – bien que méconnu pour ma part – celui des collectionneurs et des livres rares.

Max et Lucia sont réveillés en pleine nuit par la police qui les prévient qu’on a vandalisé la vitrine de la librairie. En effet, un trou a été fait dans la vitrine, malgré la grille de sécurité. Or, il apparaît d’abord que rien n’a été volé, sauf un petit livre, un album pour enfants d’une valeur de dix euros. En faisant des recherches sur le titre et Raug, l’auteur de l’album – juif emprisonné dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale -, Max en vient à rencontrer un fervent collectionneur, le fils de l’auteur et un autre survivant de la Shoah pour mettre à jour la vie de Raug.

L’intrigue policière est assez simple, elle met à jour des secrets bien enfouis. C’est quelque chose qui est loin d’être original, mais le contexte change tout. Ce qui est original, en revanche, c’est le format, peu exploité dans la BD traditionnelle. Pour continuer sur la forme, j’ai beaucoup aimé les dessins : ils sont clairs, colorés… On sent aussi les auteurs passionnés par leur domaine et c’est quelque chose qui est vraiment agréable pour une lecture comme celle-là.

Au niveau des personnages, il y a les libraires, Max et Lucia. Max qui enquête et qui se retrouve un peu par chance, un peu par hasard dans une sombre histoire de collaboration et de dénonciation restée cachée des années. Lucia, elle, est plus en retrait dans cet album, elle est présente, mais moins dans les moments critiques. Il y a aussi les personnes impliquées dans l’enquête : Maître Désolières, notaire et collectionneur, et Raymond Prudence, le fils de Raug, le fameux auteur. Il y a aussi Sam, dessinateur et ami de Max et Lucia, passionné lui aussi, et qui suit Max dans son aventure.

J’ai beaucoup aimé cette petite BD. Je ne trouve pas ça particulièrement touchant ou transcendant, mais c’est une lecture très agréable, le livre est beau… Que demander de plus ?

Un mot sur les éditions Jarjille

C’est une maison d’édition indépendante et alternative située à Saint-Etienne. Leur politique est de rémunérer les auteurs avec un pourcentage de droits supérieur à ce que pratiquent les éditeurs traditionnels, et d’imprimer leur livres dans la région Rhône-Alpes, et pas en Chine ou ailleurs, où c’est moins cher (tous les éditeurs ne font pas ça, bien entendu, c’est surtout qu’il y a une tradition d’imprimeur dans la vallée du Rhône). Ils sont peu diffusés, car ils démarchent eux-mêmes les libraires sans passer par les diffuseurs et distributeurs habituels. Bref, ça donne envie de les soutenir. Et leur catalogue contient plein de trucs sympas.

Pour plus d’informations : voir leur site internet et leur blog.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Couverture - Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie OTSUKA

Certaines n’avaient jamais vu la mer

(traduit par Carine Chichereau)

Editions Phébus, 2012.

142 pages

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Présentation de l’éditeur

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.

C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Ce roman a remporté le Prix Femina étranger 2012.

Mon avis

Julie Otsuka choisit la voix de la multitude pour narrer un épisode méconnu de l’Histoire : des femmes japonaises sont mariées « par correspondance » à des japonais émigrés. Elles sont décrites comme pleines d’espoir et se retrouvent au débarquement de multiples fois déçues.

L’auteur raconte ainsi le voyage, l’arrivée, la première rencontre avec le mari, le travail au champ, comme femme de ménage ou encore dans une blanchisserie, les enfants, la vie en communauté, le contact avec les blancs, leurs réactions et leur changement de comportement avec l’attaque de Pearl Harbor et puis ensuite le soupçon, les interrogations, les disparitions, la déportation.

A l’aide du nous, le récit hypnotique ne se centre pas sur une, mais sur ces milliers de femmes qui se sont retrouvées dans cette situation. Au lieu de choisir une vie, l’auteur en raconte de multiples : par des anecdotes, des faits, des petits évènements, on a une fresque de ce qu’a pu être la vie de ces femmes et de leurs familles. Ce n’est pas vraiment un roman, ni un documentaire, peut-être les deux. Des milliers de témoignages ont été compressés de manière à ne constituer que 140 pages et ça donne un livre passionnant, brutal par moment, émouvant, splendide.

J’ai lu sur certains blogs que le « nous » avait un effet lassant, répétitif, même ennuyant, mais ça n’a pas été mon cas. Ce procédé impose un rythme soutenu au point qu’il en devient hypnotique, il ne garde que l’essentiel, élimine les futilités, garde la substantifique moelle des nombreux récit qui parcourent ce livre.

Challenge Destins de femmes chez Tête de Litote