Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde – Steven Hall

Steven HALL
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde
(traduit par Pierre Guglielmina)
Editions J’ai lu, 2011
505 pages

Présentation de l’éditeur

Un matin, Eric Sanderson se réveille amnésique. Une série de lettres qu’il s’étaient adressées à lui-même le lance sur les traces de son passé. De textes codés en indices, il découvre qu’un requin qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs. Il plonge alors dans un monde parallèle inquiétant, où l’attend un amour échappé du temps.


Eric se réveille un jour sur le tapis de sa chambre, l’esprit vide, sans souvenir. Un jeu de lettres laissé en évidence le mène à une psychiatre qui lui explique qu’il souffre d’une amnésie particulière. Elle lui raconte qu’il a vécu une perte, celle de Clio, sa petite amie, lors d’un voyage en Grèce  et que c’est plusieurs mois après ses funérailles que l’amnésie s’est déclenchée. Elle le met aussi en garde contre des lettres qu’il a pu s’écrire avant de perdre la mémoire. Celles-ci arrivent à un rythme régulier, alors qu’il tente de retrouver une vie normale, et il décide de les ignorer. Jusqu’au jour où un colis étrange déclenche un évènement qui soulève de nombreuses questions : il reprend les lettres pour les lire. Il apprend qu’un monstre conceptuel le guette : un requin qui nage dans les flux des concepts et de la pensée le traque pour dévorer ses souvenirs. Il doit alors se protéger et part à la recherche du seul homme capable de l’aider à affronter le monstre.

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, titre absolument magnifique en passant, est un roman inclassable. Entre littérature contemporaine et science fiction (ou serait-ce plutôt fantastique ?), l’auteur nous présente un monde où les flux de mots et de concepts sont des courants marins et sont habités par des poissons qui s’en nourrissent. J’adore cette idée ! C’est un peu perturbant, sur le coup, mais il développe ça de manière intelligente, intéressante, cohérente, tout en laissant la place à l’imagination et à l’interprétation.

C’est un univers fou pour un premier roman, je suis vraiment admirative. Le style est parfois inégal, on y trouve quelques platitudes mais aussi de très beaux morceaux poétiques. L’auteur a donc une marge de progression, mais c’est très prometteur pour ces prochaines oeuvres. J’ai du mal à parler de ce roman, parce que, autant l’auteur arrive plutôt bien à parler de choses indicibles ou difficiles à saisir, autant je peine à y mettre des mots. Par contre, j’ai très vite été passionnée, je n’ai pas senti les pages se tourner, et la fin est à la hauteur de cet investissement dans la lecture, donc je suis très satisfaite et admirative, encore, du travail qu’a accompli l’auteur ici.

Je ne sais pas si j’aurais été claire ou même si mes vagues explications auront pu vous convaincre. Toutefois si le titre ou le concept derrière l’histoire vous titille, n’hésitez pas à découvrir ce roman indescriptible. Je me suis laissée persuader sans trop savoir dans je me lançais et j’ai beaucoup aimé ce que j’y ai trouvé.

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Pourquoi j’ai mangé mon père – Roy Lewis

Roy LEWIS

Pourquoi j’ai mangé mon père (traduit par Vercors et Rita Barisse)

Editions Babel, 1996

174 pages

Présentation de l’éditeur

« Ta saloperie de feu va vous éteindre tous, toi et ton espèce, et en un rien de temps, crois-moi ! Yah ! je remonte sur mon arbre, cette fois tu as passé les bornes, Edouard, et rappelle-toi, le brontosaure aussi avait passé les bornes, où est-il a présent ? Back to the trees ! clama-t-il en un cri de ralliement. Retour aux arbres ! »

Les inventions et mésaventures d’Edouard, hominien de génie, auquel s’oppose son frère Vania, un écolo de la préhistoire, narrées avec les tics de langage de nos modernes ethnologues, ont valu à ce désopilant roman un succès immédiat.

1ère édition en 1960 : The Evolution Man.


 

Ernest nous raconte les aventures de sa famille et en particulier de son père alors qu’ils vivent à l’époque du pléistocène. Edouard, le père d’Ernest, est un fervent adepte du progrès et il n’a qu’un seul but : celui d’évoluer pour devenir un vrai Homo Sapiens. Il recherche alors la nouveauté et l’invention géniale à tous prix, secondé par ses fils plus ou moins impliqué et persuadé du bien de ce qu’il tente d’accomplir : découverte et maîtrise du feu, taille de silex, exogamie, cuisine, dessin… Ernest raconte pas à pas et avec beaucoup d’humour les tentatives réussies ou avortées pour atteindre le progrès.

C’est raconté avec un langage très moderne et donc bourré d’anachronismes. C’est aussi très drôle, puisque tous ont un rapport assez détaché avec la mort, la douleur, et donc les échecs comme les réussites sont contrebalancées avec humour. Il y a le personnage du père qui est un puits à citations sur pattes (pour les lecteurs en tous cas ^^) qui encourage et pousse ses enfants vers toujours plus de progrès. Et puis il y a, à l’inverse, l’oncle Vania, rétrograde, qui préfère rester dans les arbres, mais en descendre pour débattre avec son frère, de préférence au coin du feu et avec une cuisse de gazelle grillée à la main.

C’est décalé, drôle, et en même temps, on ne peut s’empêcher de voir, dans cette histoire d’hommes préhistoriques découvrant le feu et se lançant à la poursuite du progrès, une image du monde moderne avec ses excès et ses paradoxes. Il pose donc un certain nombre de questions, et nous montre que le feu peut autant permettre de se protéger contre les tigres à dents de sabre, que de créer des catastrophes et brûler la moitié de la savane.

C’est donc une lecture qui vaut le coût. C’est drôle, ça se lit facilement et on passe un bon moment !

XXe siècleDécennie 1960 – Littérature étrangère

Neverwhere – Neil Gaiman

Couverture - Neverwhere

Neil GAIMAN

Neverwhere (traduit par Patrick Marcel)

Editions J’ai Lu, 2003

Première publication (VO) en 1996

350 pages

Collection Fantastique

Présentation de l’éditeur

Londres, un soir comme tant d’autres. Richard Mayhew découvre une jeune fille gisant sur le trottoir, l’épaule ensanglantée. Qui le supplie de ne pas l’emmener à l’hôpital… et qui disparaît dès le lendemain.

Pour Richard, tout dérape alors : sa fiancée le quitte, on ne le connaît plus au bureau, certains, même, ne le voient plus… Le monde à l’envers en quelque sorte. Car il semblerait que Londres ait un envers, la « ville d’En-Bas », cité souterraine où vit un peuple d’une autre époque, invisible aux yeux du commun des mortels. Un peuple organisé, hiérarchisé et à la tête duquel les rats jouent un rôle prépondérant. Plus rien ne le retenant « là-haut », Richard rejoint les profondeurs.


D’abord série télévisée, scénarisée par Neil Gaiman et diffusée au Royaume Uni en 1996, puis adapté en roman, avec l’addition de tout ce l’auteur n’avait pas pu mettre dans la série, et publié la même année, avant d’être également adapté en comics en 2005 par Mike Carey et Glenn Fabry, et enfin retravaillé par Gaiman et republié en France en 2010, Neverwhere a une histoire éditoriale bien fournie ! Bien évidemment, j’ai acheté mon livre dans une boutique d’occasion et j’ai donc lu la première version du roman. Mais, étant donné que j’ai su ça après l’avoir lu, ça n’a pas beaucoup influencé mon avis sur cette lecture.

Richard est un jeune homme banal. Il vit à Londres, travaille dans un open space, a une petite-amie issue d’un milieu aisé et bourgeois qui lui marche sur les pieds et décide d’une bonne partie de sa vie (depuis son look jusqu’à ces loisirs). Sa vie bascule quand il vient en aide à Porte, une jeune fille blessée qui s’échoue pratiquement à ses pieds. Quand elle disparaît, c’est comme si elle avait effacé avec son départ la présence de Richard dans le monde « normal ». En effet, Richard découvre avec stupéfaction que l’on vient louer son appartement alors qu’il est présent dans les lieux, les taxis ne le voient pas, il ne parvient pas à monter dans le métro, et au bureau, personne ne le reconnaît quand il parvient à attirer l’attention sur lui. Sa vie définitivement chamboulée, Richard part à la recherche de Porte et découvre un univers dont il ignorait tout : le Monde de l’En-Dessous et le Londres d’En-Bas. C’est une plongée vertigineuse dans les entrailles de la ville, tunnels de métro et égouts, entre la cour d’un Comte dans un wagon, un pont plongé dans les ténèbres les plus profondes, là où naissent les cauchemars, un marché qui change sans cesse de lieu mais permet à tous de profiter d’une trêve, et un labyrinthe hanté par un monstre.

Gaiman construit donc un monde caché, magique, tortueux et dangereux à l’image des sous-sols de Londres : des stations de métro correspondent littéralement à un lieu, les égouts sont habités par d’autres créatures que des rats. On a l’impression de n’avoir découvert qu’une infime partie de ce monde qui s’étendrait sous toutes les villes. En plus de ces monstres et autres créatures, Richard découvre une flopée de personnage intrigants et étranges. Il y a Porte d’abord, qui a une capacité spéciale : celle de pouvoir ouvrir toutes les portes et tout ce qui peut s’ouvrir. Le Marquis de Carabas qui lui vient en aide est à mon sens l’un des plus intéressant, avec son nom sorti d’un compte et son activité d’arnaqueur et voleur. Il faut aussi compter sur d’autres dangereux personnages, Chasseur, le garde du corps de Porte, les Velours qui volent la vie des autres, ou surtout l’inénarrable duo d’assassins : Mr Croup et Mr Vandemar. Gaiman en fait un portrait plein d’humour, délicieusement terrible. Croup parle trop et aime les jolies tournures, cela est drôle mais ne l’empêche pas d’être très habile au couteau, et incontestablement sadique. Vandemar est plutôt la brute un peu simple d’esprit, toujours affamée, qui peut tuer d’une seule main, mais comme Croup, il a des caractéristiques, une sorte de naïveté et de premier degré qui le rend drôle.

Gaiman introduit donc une bonne dose d’humour à son intrigue, alimentée par des nombreux rebondissements. On est entre la quête et l’enquête – Porte cherche à savoir qui a envoyé des assassins à ses trousses tandis que Richard s’affirme et parvient à s’adapter à Monde de l’En-Dessous – et, ma foi, tout cela est bien plaisant à suivre. Pour l’heure, ce sont ces personnages et le monde créé qui m’ont le plus marquée. L’intrigue est presque trop courte, j’aurais aimé pouvoir m’y plonger d’avantage.

Le roman est à l’image du Londres d’En-Bas : passionnant et enchanteur. Malgré tout, y plonger sera infiniment moins dangereux. C’est très confortable, finalement, le rôle du lecteur ! Je rajoute Neverwhere dans les livres que je conseille sans réfléchir, tant il est riche, imaginatif et entraînant.

Lu pour le Challenge XXè siècle

XXe siècleLu pour le Challenge ABC Littérature de l’imaginaire 2015ABC Imaginaire 2015 v2

Rebecca – Daphné Du Maurier

Daphné DU MAURIER

Rebecca

Traduit par Denise Van Moppès

Editions Le Livre de poche, 2007

444 pages

1ère édition (VO) : 1939

Présentation de l’éditeur

Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l’ouest de l’Angleterre, le souvenir de celle qu’elle a remplacée s’impose à la jeune femme que vient d’épouser Maxim de Winters.

Rebecca, morte noyée, continue d’exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme de Winters, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l’angoisse qui l’envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

Dans Rebecca – qui est sans doute le roman le plus caractéristique de son talent – Daphné Du Maurier fascine le lecteur et l’entraîne à la découverte d’inquiétantes réalités sans quitter le domaine familier de la vie quotidienne.


La narratrice – on ne connait pas son nom – est une jeune femme timide et effacée, dame de compagnie d’une vieille rombière à Monte-Carlo quand elle rencontre Maxim de Winters. Ils se fiancent et se marient en urgence, quand Mrs Van Hopper menace de partir à New York. Maxim la ramène à Manderley, où elle doit s’habituer à la somptuosité des lieux, à la raideur des serviteurs, au mépris de Mrs Danvers, la gouvernante, et au caractère renfermé et froid de Maxim. La présence de Rebecca, la première femme, plane partout et notre héroïne souffre d’être sans cesse comparée à elle. Elle va donc chercher à savoir ce qui lui est arrivée, mais cela semble déplaire de plus en plus à son époux.

Daphné Du Maurier crée avec ce roman une ambiance de suspense, de tension qui croit et devient insoutenable. Elle plante son intrigue dans un décor gothique, dans une grande maison, avec un jardin, proche de la mer. Elle joue pas mal sur la météo : la pluie et l’orage participent de l’ambiance et de la tension.

Rebecca met donc en place la rivalité entre un fantôme et sa remplaçante. Le personnage est plutôt naïf, innocente et frêle, tout le contraire du fantôme qui a une solide réputation et semble agir même au delà de la mort. Daphné Du Maurier parvient bien à accrocher son lecteur et c’est tout ce qu’on lui demande.

J’ai bien aimé ce roman, même si cela ne s’approche pas du coup de coeur. J’avais vu le film d’Hitchcock avant de lire le roman, et donc j’avais un vague souvenir de ce qui s’y passe. Mais ça ne m’a pas vraiment gênée. Il se passe dans ce cas-là un truc bizarre quand je lis : je me souviens de ce que j’ai vu, mais pas très bien, et donc je lis avec l’impatience de voir si ce dont je me souviens se réalise ou pas. Tout en ayant très fortement envie de revoir carrément le film.

Bref, passons outre ces étrangetés.

Rebecca est un roman d’ambiance prenant place dans les années 1930 et montre la lutte d’une femme contre le souvenir de celle qui l’a précédé. Elle cherche à vivre heureuse avec son mari tout en essayant de s’adapter aux exigences sociales du train de vie de celui-ci. La mort de la première femme va les rattraper. C’est considéré comme un classique qui emprunte au roman gothique son environnement et son ambiance, mais qu’on pourrait faire coïncider avec les romans à suspense et les thrillers. Je conseille de le lire pour cela, en particulier si cela vous intéresse, mais cela ne restera pas pour moi une lecture remarquable dont je me souviendrai particulièrement.

Rebecca a été adapté de nombreuses fois en film, ou en téléfilm. Pour le moment, je n’ai vu que celle qu’a réalisé Alfred Hitchcock en 1940. Je le recommande sans arrières pensées : l’ambiance fait frissonner !

XXe siècleLu dans le cadre d’une lecture commune sur Livraddict.

Cicatrices – Ian Rankin

Couverture - Cicatrices

Ian RANKIN

Cicatrices, une enquête de l’inspecteur Rebus

Editions Le Livre de Poche, 2009

566 pages

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Présentation de l’éditeur

Les mains ébouillantées – accident domestique, prétend-il –, l’inspecteur Rebus ne peut ni conduire, ni téléphoner, ni allumer sa cigarette. Et il a les Affaires internes sur le dos : un truand notoire est mort dans l’incendie criminel de sa maison ; or, ce soir-là, John Rebus a été vu en sa compagnie…

À South Queensferry, petite ville côtière au nord d’Édimbourg, deux adolescents sont abattus par un ancien du SAS qui retourne ensuite son arme contre lui. Il se trouve que l’une des jeunes victimes est un neveu de Rebus, qui va devoir gérer l’ambiguïté de la situation.

Quatorzième enquête de l’inspecteur Rebus, Cicatrices apporte un éclairage nouveau sur la personnalité complexe de ce héros laconique, opaque et intraitable qui n’a pas que des amis dans la police…

Mon avis

Pour ce qui est d’un « éclairage nouveau » sur le personnage, je serais bien en peine d’expliquer en quoi il consiste, puisque c’est le premier roman de Ian Rankin que je lis. Toutefois, même sans ce background créé par les précédents tomes, j’ai bien apprécié la personnalité de cet inspecteur insensible en apparence, buté et qui n’en fait qu’à sa tête.

Dans ce roman, il n’est pas chargé de l’enquête. C’est un de ses collègues qui demande son apport en tant que consultant puisqu’il a appartenu à l’armée et qu’il a tenté d’intégré le SAS, ce groupe spécial de forces armées. Il est secondé par sa collègue Siobhan qui l’aide alors qu’il ne peut plus se servir de ses mains brûlées. En même temps, il a sa chef sur le dos, qui veut comprendre pourquoi un ancien taulard, en très mauvais termes avec Rebus, a trouvé la mort dans un incendie criminel alors que Rebus avait été vu en sa compagnie la soirée même.

L’intrigue se déroule assez lentement, à son rythme alors que les jours passent et que Rebus tente de comprendre le motif de l’auteur de la fusillade. Ca se déroule assez lentement, cependant l’intrigue reste riche en rebondissement. Et la fin se révèle loin de ce que l’on pourrait croire. Il y a des longueurs qui ne m’ont pas vraiment gênées puisqu’elles permettent de poser le personnage. J’ai mis du temps à m’y plonger, temps qui me manquait d’abord pour vraiment savourer cette lecture. J’ai fini par aimer les personnages et leur profondeur, et par apprécier le portrait de la société d’Edimbourg tel que l’auteur le propose. Je ne sais pas si c’est le meilleur livre pour commencer à lire du Rankin et sur Rebus, mais c’est un bon roman policier, avec une intrigue riche et intéressante.

ABC thriller polars

De bons présages – Terry Pratchett et Neil Gaiman

Couverture - De bons présages

Terry PRATCHETT et Neil GAIMAN

De bons présages (traduit par Patrick Marcel)

Editions J’ai Lu, 2014

439 pages

Collection Fantastique

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Présentation de l’éditeur

L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Ainsi en ont décidé, d’un commun accord, les forces du Bien et du Mal. L’Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, résidents sur Terre depuis l’époque de la première pomme. Mais voilà, suite à un coup du sort, l’enfant a été échangé à la maternité. Le vrai Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue londonienne. Et ça, ça change tout ! Une course contre la montre commence alors pour l’ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort…

Mon avis

Rampa et Aziraphale, malgré leurs conditions respectives de démon et d’ange, entretiennent une étrange relation : ils ont passé une sorte d’accord qui leur permet de cohabiter sur Terre et de mener chacun leurs actions, mauvaises ou bonnes, sans se gêner. Tous deux se sont bien acclimaté à la vie sur Terre.  Au début du roman, Rampa est chargé par son grand patron d’amener l’Antéchrist sur Terre et de l’échanger avec un autre bébé de façon à ce qu’il grandisse dans une famille soigneusement choisie. Mais il se rend compte, 11 ans plus tard, alors que l’Apocalypse est proche qu’il y a eu une erreur à la maternité et que l’Antéchrist a disparu dans la nature. Nous suivons donc l’ange et le démon qui recherchent l’enfant, bien décidés à la convaincre de préserver l’humanité.

En plus de Rampa et Aziraphale, les personnages sont très nombreux. Il y a d’abord Adam Young, l’Antéchrist, qui n’a de diabolique que l’énergie et l’imagination débordante d’un enfant de 11 ans. Il est le chef de la terrible bande des Eux. Nous suivons aussi Anathème Bidule, une sorcière qui cherche à décrypter les prédictions de son aïeule Agnès, Newt Pulsifer qui vient de s’engager dans l’Armée des Inquisiteurs sous les ordres de Shadwell, un étrange petit homme, et les Quatre cavaliers ou bikers de l’Apocalypse.

Le livre est structuré chronologiquement : chaque chapitre correspond à un jour (mercredi, jeudi, vendredi, etc.) et tous les faits sont présentés dans des parties plus courtes qui se succèdent selon le moment de la journée. Cela donne un rythme assez saccadé qui est au début perturbant puisque les nombreux personnages sont assez succinctement présentés et qu’on les voit successivement sans trop savoir qui est qui ou quels sont les enjeux de leur rôle. Toutefois c’est très amusant d’avoir cette multiplication des points de vue, parce que les auteurs s’en servent notamment comme d’un ressort comique : on a donc un évènement raconté par des points de vue opposés ou encore un personnage extérieur avec une personnalité caricaturale qui va assister, perplexe, à des actions étranges. Les personnages sont donc hauts en couleurs.

La fin du roman est un peu attendue, mais pas déplaisante pour autant. Les deux auteurs ont dû s’éclater à écrire un tel livre. C’est complètement délirant et fait appel à des ressources comiques insoupçonnées (quoique, vu le sujet, ça reste dans le domaine du possible). Que ce soit dans les actions, les points de vue, les personnages, ou les notes en bas de page (oui, oui), tout est très drôle. Il y a des jeux de mots tellement tordus qu’à un moment le traducteur a jeté l’éponge, étant dans l’incapacité de transmettre l’idée derrière le jeu de mot en français. J’ai bien ri pendant cette lecture !

Les auteurs jouent aussi avec les notions de bien et de mal, de démon et d’ange. La conclusion qu’ils en tirent, c’est que finalement, l’âme est faite ainsi et que les démons n’ont pas besoin de beaucoup influencer les humains pour faire le mal et inversement pour les anges. Il y a aussi une réflexion – celle que se fait Adam – sur la façon qu’ont les humains de gérer leur planète.

En conclusion, même si l’enthousiasme retombe un peu sur la fin, ce fut une très bonne lecture et surtout un bon moment de rigolade.

Le Lion de Macédoine, 1.L’enfant maudit – David Gemmell

Couverture - L'enfant maudit

David GEMMELL

Le Lion de Macédoine, 1. L’enfant maudit

Traduit par Eric Holweck ; traduction révisée par Thomas Day

Editions Folio, 2002

403 pages

Collection SF

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Présentation de l’éditeur

Il s’appelle Parménion, moitié spartiate, moitié macédonien et, dans le tissu de tous les avenirs possibles, la vieille Tamis a pressenti le rôle qu’il doit jouer contre l’Esprit du Chaos et l’avènement du Dieu Noir. Il sera le Lion de Macédoine et la Mort des Nations. Avant de devenir un strategos d’exception, il lui faudra cependant s’extraire de la haine et l’humiliation que les jeunes spartiates lui imposent car il est sang-mêlé.

Mais quand Sparte et ses lois odieuses précipitent dans la mort Dérae, la seule femme qu’il ait jamais aimée, pour Parménion ne reste qu’un horizon : celui de la vengeance… Sparte doit tomber !

Mon avis

Parménion a 15 ans. Il est maltraité par ses camarades de caserne, spartiates, qui le méprisent pour son sang macédonien. Mais c’est un bon stratège et un bon coureur. Il bat Léonidas, le neveu du roi, porteur du nom du roi légendaire, dans la première catégorie lors d’une cérémonie qui lui permet de gagner l’épée du grand roi. Durant cette épreuve, il gagne aussi l’amitié de Xénophon, général athénien, qui fera son éducation et lui racontera ses exploits.

Parménion est veillé par Tamis, une sorcière et prophétesse qui a le pouvoir de visiter les infinies possibilités de l’avenir. Elle pressent en lui un moyen de vaincre l’Esprit du Chaos, avant qu’il ne réduise le monde à une rivière de sang et une montagne de cadavres. Quand il tombe amoureux de Dérae, Sparte n’approuve pas cette relation. Dérae est jetée dans la mer comme sacrifice en honneur à Cassandre, et Parménion doit affronter en duel le fiancé de Dérae qui vient se venger de cet affront. Sur les conseils de Xénophon, Parménion quitte Sparte pour Corinthe, rejoignant des amis de Xénophon, pour tenter de commencer une nouvelle vie.

David Gemmell situe son intrigue dans une Antiquité grecque fantastique. Le danger, inhumain, est encore loin, mais nous assistons à l’adolescence et à l’essor du personnage, Parménion. Il s’affirme contre ceux qui le brutalisent, nourrit sa haine et son désir de vengeance. Les autres personnages sont nombreux, soldats, serviteurs, généraux – principalement des hommes – ou encore sorcières. Il reprend des faits historiques : des batailles, de noms de généraux, de personnages importants. Nous assistons aux rivalités entre les cités grecques : Sparte, Athènes, Corinthe, Thèbes, chacune tente de tirer profit de son alliance aux autres pour s’enrichir et prendre le pas sur les autres. Parménion pense que Sparte est la seule cité capable d’unifier et de régner sur la Grèce, mais aucune des autres cités ne sera d’accord pour la laisser faire. Parménion vante les qualités de l’armée spartiate mais il connait aussi ses défauts et en tant que stratège, il les exploite pour assouvir sa vengeance envers cette cité qui l’a rejeté et qui a condamné l’amour de sa vie. D’un côté, c’est un personnage dur, cruel, rendu amer par tout ce qu’il a vécu alors qu’il est encore très jeune. D’un autre, il a un aspect touchant et fragile : il est malade, souffre de graves maux de tête, et est toujours amoureux de Dérae.

Ce roman est passionnant et addictif : les pages se tournent toutes seules et malgré de longs moments de calme dans la narration, il est dur de quitter ce roman. J’ai déjà parlé de mon amour pour les romans de David Gemmell et pour mon admiration pour son œuvre, son style ses personnages. Est-il vraiment utile que j’en parle de nouveau ? Sinon, il vous suffit d’aller voir cet article. Rappelez-vous simplement que mon sentiment pour Le Lion de Macédoine est le même !