Les Yeux dans les arbres – Barbara Kingsolver

 

 

Barbara KINGSOLVER
Les Yeux dans les arbres (traduit par Guillemette Belleteste)
Editions Rivages poche, 2014
659 pages
1ère édition (VO) : 1998

Présentation de l’éditeur

En 1959, Nathan Price et les siens quittent l’Amérique pour le Congo belge. Pasteur baptiste, Price pense évangéliser un peuple qui ne rêve que d’autonomie et de liberté. La révolution éclate, mettant fin à l’illusion. Tour à tour, sa femme et ses quatre filles racontent la ruine tragique de leur famille qui, malgré ses croyance, ne résiste à rien : ni à la détresse, ni aux orages, ni aux tourments de l’Histoire.


Nathan Price bouleverse sa famille quand il leur annonce son intention de se rendre au Congo pour évangéliser un village. Sa femme et ses filles, attachées à leur confort de famille américaine moderne, sont catastrophées. Orleanna, la mère, panique, pense aux maladies, a peur de manquer. Rachel est la fille aînée, belle et superficielle, et elle ne veut pas quitter l’eau chaude, l’électricité et ses produits de beauté. Leah est la bonne élève qui idolâtre son père tandis que sa jumelle, à moitié handicapée, pose sur sa famille et sur l’obstination de leur père un regard plus ironique. Enfin, Ruth May est la plus jeune, la dernière enfant, celle qui pense à jouer, l’intrépide.

Leur installation est pour elles toutes un véritable bouleversement : elles se retrouvent dans un village perdu en pleine nature, sauvage, loin du confort et de la sécurité des villes. Là ils rencontrent les habitants, apprennent difficilement à vivre selon de nouvelles contraintes, et à comprendre leurs voisins. En tous cas, les filles de la famille apprennent des choses, acceptent de changer leurs points de vue. Leur père, lui reste accroché à ses croyances. Et la révolution et la guerre civile vont encore fragiliser leur mode de vie et leur famille.

Je ne sais pas pourquoi, j’imaginais, en ouvrant ce livre, Nathan Price comme un père Ingalls, droit et bienveillant. Alors que pas du tout ! Price est un pasteur intransigeant, un père strict et un homme qui refuse la lâcheté. Un mari qui écrase sa femme, un père qui effraie ses filles. Et qui préfère l’obstination à leur santé et à leur sécurité. Cette aventure au Congo est son combat, son cheval de bataille. Mais il reste aveugle à ce qui l’entoure, aux personnes qui lui sont proches, qui elles mènent un véritable combat quotidien, et il ne va voir ni le drame venir, ni sa famille se déliter.

Les Yeux dans les arbres, c’est une histoire de famille, un drame, le récit intimiste d’un épisode de l’Histoire – la décolonisation et l’indépendance du Congo belge. C’est aussi une façon d’opposer la civilisation occidentale, sa bonne conscience et ses croyances soit disant supérieure, au mode de vie de la campagne congolaise. Ce que j’ai aimé, c’est l’évolution des points de vue des filles qui – au contraire de leur père – sont plus ancrées dans la vie quotidienne : elles comprennent petit à petit les mythes, les rituels ; elles voient le travail acharné, la malnutrition des enfants, la maladie, les cicatrices, la mortalité infantile. La progression est marquée par les titres des parties : « Les choses que nous avons apportées », « Les choses que nous avons apprises », « Les choses que nous ignorons », « Les choses que nous avons perdues », « Les choses que nous avons rapportées »… qui sont plutôt explicites quant à cette évolution.

Les filles prennent la parole à tour de rôle. Elles ont donc chacune un point de vue différent, et racontent les choses, avec leurs biais, et ça enrichit d’autant ce que nous découvrons de leur histoire. Elles restent toutes très différentes, entre Adah qui ne croit plus en dieu depuis des années et trace son propre chemin en même temps qu’elle traîne sa jambe tordu, Leah qui est la fille sage et fidèle, et qui prendra pourtant le chemin le plus radical, Rachel qui reste fidèle à elle-même : superficielle, franche et égoïste.

On suit l’arrivée de la famille au Congo, et leur adaptation laborieuse à la vie congolaise. Ils affrontent de nombreuses difficultés, jusqu’au drame. Et on continue de les suivre encore après le drame,une façon d’appréhender les conséquences de tout ce qu’ils auront vécu.

Barbara Kingsolver maîtrise son sujet, et elle nous donne à voir un épisode historique par le petit bout de la lorgnette, celui d’une famille étrangère et qui va être directement impactée par les évènements. L’écriture accroche et la progression dans le drame – avec flashback et flashforward – est bien gérée. J’ai beaucoup aimé cette lecture. C’est le second roman de Barbara Kingsolver que je découvre, et j’adore les univers qu’elle ouvre à ses lecteurs. J’ai pu m’immerger facilement dans les vies et les histoires de chacun des personnages, et j’en garde un fort souvenir plusieurs mois après l’avoir refermé.

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